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CHAPITRE XXXVI

Caractère qu’a pris chez nous, depuis 1830, ïe mêcamsm®

importé d’Angleterre,

Tel esbdonc le caractère qu’a pris chez nous, depuis 1830, le mécanisme importé d’Angleterre.

Tronqué dans son essence , et réduit à deux forces au lieu de trois, ce mécanisme, fondé théoriquement sur une pondération qui n’existe p us, ne peut pas fonctionner.

P y a réellement pondération en Angleterre, puisque ce pays n’ayant pas accompli «ne révolution comparable à la nôtre en 89, est un pays de Noblesse féodale propriétaire du sol, et de Bourgeois livrés au commerce. La lutte et la pondération s’établissent entre ces deux c asses de la nation. La Chambre Haute représente la Noblesse ; la Chambre Basse représente e Peuple. La Chambre Haute représente la propriété féodale et foncière ; la Chambre Basse représente l’ industrie manufacturière. On suppose dans ce gouvernement que les intérêts des simples ouvriers sont identiques avec ceux des chefs de l’industrie, des Bourgeois, Ce peut être une fiction , et l'apparition

des Char listes a commencé à montrer m 10 c’est en effet une fiction. Mais enfin un pareil pmi ver nement es! fonde sur une réalité oui

remonte jusqu'à Quillauiie- le- Conquérant

Deux classes , la Noblesse et le Peuple , repré*

«entées par deux Chambres, et un Roi , voilà

la Constitution Anglaise. Si les deux Chambres

ont des in iérêts divers, comme dit Montes-

sjifieu, alors le Roi I es pondère, et établit l’équilibre.

Mais en France, encore une fois, la prétendue pondération de nos Chambres est une illusion, un mensonge. Est-ce que deux éléments distincts, ayant des vues diverses et des intérêts séparés , sont représentés chez nous par la Chambre des Pairs et la Chambre des Députés? Est-ce que ces deux Chambres ne représentent pas indistinctement une pure oligarchie propriétaire ou industrielle mêlée et confondue?

: Qu arrive- t-i; donc? Ce que nous voyons.

Le pouvoir royal n’a pas un contre-poids suffisant ou n’est pas un contre-poids suffisant dans un pareil système. Si la Bourgeoisie est d’accoi d avec la Royauté, la Royauté est toutepuissante; mais alors la Bourgeoisie ne compte plus, elle est confisquée. Si, au contraire , la Bourgeoisie a une volonté décidée, la Royauté u est qu’un roseau flexible.

La Royauté, avec une Noblesse, comme en Angleterre, aurait, même en cédant, une contenance; mais elle n’a que des soldats. Elle

est donc souvent a la veille de recourir au despotisme.

Aussi , je le redis encore, dès que ce gouvernement, débarrassé des craintes que la Démocratie inspire également à ses deux branches, pourrait fonctionner tranquillement, on le voit tout-à-coup se désunir, et il paraît prêt à se dissoudre. La Royauté et l’Omnipotence delà Chambre tirent, comme on dit vulgairement, le tapis chacune de leur côté; et des disputes interminables et dignes du Bas* Empire commencent. Pas de troisième pouvoir pour mettre ces deux-là d’accord ; et si la Démocratie ne venait pas de nouveau se jeter à la traverse, on verrait bientôt, comme le prophétise le Journal des Débats , le culte de la Itoijanié renaître sur les ruines de l’Omnipotence parlementaire, ou bien une catastrophe nouvelle abolirait le trône.

Mais la Démocratie apparaissant, la Constitution, par la réunion intéressée de ses deux pouvoirs, devient une machine de guerre; et c’est une machine puissante. Car les 200,000 électeurs représentés dans le gouvernement sont en même temps les propriétaires du soi et de tous les instruments du travail.

C’est à ce jeu terrible d’armer la Constitution contre la niasse de la nation condamnée à l’ostracisme et au prolétariat, que nos hommes d’Etat passent leur temps, quand ils ne le pas* sent pas dans le jeu puéril, quoique également dangereux, de la lutte entre le Pouvoir parle-

montai re et Je Pouvoir royal. Cette double occupation depuis tant d’années montre la portée de leur génie. Tristes marionnettes qui méritent à la fois la pitié et la colère ! quand iis ne sont pas au pouvoir, ils servent i 'Omnipotence parlementaire contre Ja Royauté • quand ils y sont, ils servent la Royauté contre Je Parlement. Mais qu’ils soient au pouvoir ou dans P opposition, ils sont toujours prêts à renier leurs anciennes croyances, leurs anciens écrits. Jour libéralisme d’autrefois ; car ces prolétaires parvenus ne connaissent réellement plus qu’un sentiment énergique, la peur de la démocratie, Ja peur du peuple. Leur rôle véritable est de servir, par la corruption, de lien entre a Royauté et la Chambre des Députés, et de remédier, aux dépens de leur honneur, et en se faisant les agents d’une vraie prostitution politique, au vice essentiel de la Constitution , qui, au lieu d’une tri n i té de pouvoirs, n’offre qu’un absurde dualisme.

11 subit, en effet, de ministres courtisans et coi rompus poiu mettre la représentation de i oligarchie bourgeoise dans la dépendance de ia couronne. A ors e gouvernement devient gouvernement personnel, comme on dit dans la langue politique du jour.

Alors aussi tous les malheurs, toutes les fautes du gouvernement, toutes les plaies de la société sont imputées au monarque. Le gouvernement personnel est attaqué personnellement .

Et la presse la plus élevée, la plus impartiale, est bien forcée de l’attaquer ainsi. Car, en définitive, Ja représentation oligarchique étant corrompue, et l’immense majorité du peuple n’étant pas représentée, qui gouverne réellement? Celui qui choisit les ministres, c’est-à-dire le roi.

De là, d’abord, une série de maux infinis, dont le dernier chaînon est la folie du régicide.

Mais les ministres eux-mêmes, quel est leur sort? Sont-ce des hommes d’Etat? peuventils être des hommes d’Etat? Quelle base outils, sur laquelle ils puissent s’appuyer pour être des hommes d’Etat? Le peuple n’est pas représenté ; il n’y a que les nobles qui soient représentés (j’entends les riches, vrais et seuls nobles actuels). Or gouverner, c’est marcher à un progrès quelconque dans 1* intérêt de ceux qui ont surtout besoin de progrès , dans T intérêt du peuple. Jamais homme (d’Etat n’a pu rien faire de grand qu’appuyé directement ou indirectement sur cette même force qui faisait dire à Mirabeau dans le sentiment de la vraie puissance : « Nous sommes ici par la voit Ion té du peuple ; nous n’en sortirons pas. %

Que deviennent donc les ministres, ceux qui ai meut le métier de ministre dans un tel gouvernement ! Tranchons le mot: des intri gants. Obligés de se prosterner devant le monarque, faute d’une véritable représentation du peuple où iis puissent indirectement puiser leur force, ils sont cependant obligés encore

0E LA Pt O UT OC R À TIE,

de retenir le monarque, dont le rôle naturel est de tendre à l’unité, et de dire comme Louis XIV: L'Etat , c’est vîqÏ. II leur fa ■ opposer au monarque le vain simulacre de représentation gagnée par les places et les emp/ois dont ils disposent. Mais le monarque peut toujours leur dire : Vous savez bien que ces hommes que vous avez achetés sont à vous, et par conséquent à moi,

La même fatalité qui entraîne le monarque dans la voie d’un système tout personnel, force donc les minist-' « d’un gouvernement pondéré aussi mal pondéré a entrer dans Je même système, et à n’étre devant le ro qiu des sùù- ■ ait crues.

Comment donc pourraient-ils. comme on

, dit en langage parlementaire, couvrir la Royauté?

Tandis qu’ils jouent le rôle des Orispins de comédie, la Royauté, qu’ils friponnent un jour, pour tout lui rendre te lendemain , est exposée à toutes les attaques.

Alors les passions se déchaînent, les partis

s’arment, la guerre civile est patente ou latente.

Mais voici une nouvelle série de maux qui

4 ^ 11101170 cause, et qui viennent

accroître les dangers directs d’une pareille coustniHon politique,

La Presse se modèle sur la constitution meme de IT.tat. L’Ktai est un assembl tgc , sans cohésion a sans unité de deux principes In

DE LA PL0Ü7GGR ATIE. Ü1

Royauté et la Bourgeoisie; la Presse devient

monarchique et bourgeoise, il suffit de deux

lois pour lui donner ce caractère, et lui ôicr tou te clairvoyance des \ rais intérêts du pays : un e loi de cautionnement, une loi de timbre.

La Pi *esse timbrée et cautionnée devient Rorgane, soit de la royauté et de ses subalternes, soit des autres royautés rivales, de» prétendants , des déchus , soit de la ausse représentation nationale, c’est-à-dire des diverses nuances de la Chambre des privilégiés.

La Chambre duPeupîe n’existant pas, si des journaux s’élèvent pour déféndre les intérêts de cette multitude immense non représentée, s’il s’en élève, dis-je, malgré les barrières qu’on a mises à leur naissance, ils sont nécessairement déclarés anarchiques, et sont presque forcés de tourner à 1 utopie révolutionnaire.

Quant à la Presse des privilégiés, elle éloigne, comme fait l’Etat hii-inême, ses regards des questions sociales qui intéressent la multitude. Mais elle a des yeux de lynx pour les petits accidents de la coulisse politique. A quiconque parle de la nation , des intérêts de la nation, du peuple, des classes pauvies, des travailleurs ; à quiconque étudie sérieusement l’économie politique ; à quiconque réclame au nom de la morale et de la i oison, elle dit dédaigneusement: Vous êtes un uto- ’ piste et un révolutionnaire. Pour n’être pas qualifié de ces litres, et réprouvé à ce litre.

il faut, comme elle , s’occuper uniquement

des imperceptibles péripéties d’un Etat où i] n’y a que mystérieuses volontés et desseins occuites, d’un Etat qui vit en dehors de la Na~ lion et en dehors duquel vit la Nation.

o n , au bout du compte, voyant que 'Etat est tel et que la Presse est telle , ne

s’occupe pi us de j’Ktat et de la Presse que pour gémir et s’indigner.

C’est la dernière période du mal, c’est celle où nous sommes arrivés après trente ans bientôt de ce gouvernement pondéré, mal

PC ItEVEÜÜ MET DE LA FRASEE ET DE SES DISPENSATES*

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