CHAPITRE III
0n corl( &âc aux privilégiés que c’est entre leurs mains que-
se forme le revenu neU
Examinons s’il y a justice, milité, convenance, à ce que 180,000 individus disposent arbitrairement du revenu net de la France montant à quatre milliards six cents millions*
Notre critique n’est pas déloyale. Commençons donc par faire à ces privilégiés, ou aux
défenseurs de leurs privilèges, une concession importante.
Il est bien certain que c’est entre les mains de ces 180,000 individus que, par suite de 1 organisation actuelle de la société, ce capital exisie et se reforme sans cesse. Eux seuls, dans
Ja luene sociale, voient ce miel naître dans cuis cellules ; il n y a que cire ou vide dans toutes les autres. Ce ne sont pas, je l’ai déjà dit (1), les quatre millions de mendiants, ni es quatre millions d’indigents, ni les quatre millions de salariés, ni les dix-huit millions de pi oh 't.iii a 18 Ira mes de revenu, qui sont en état de former directement le revenu net. Non; les trente millions de Prolétaires n’ont qu’une
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Cst (e capital de la France»
participation indirecte à la création d’un capital quelconque. Ils vivent cîe salaire, et, pris en niasse, il ne peut leur échoir aucun excédant de ce salaire sur ieur subsistance; car autrement, en vertu de la concurrence, ce salaire diminuerait à l’instant même. Ils ne jouent donc dans ie phénomène de la production que le rôle d’instrument. II est vrai que, de cette niasse de trente millions, il s’élève incessamment des hommes qui parviennent à la fortune; mais ces exceptions ne changent rien à a condition générale. La règle est que le capital seul engendre le capital. :)es spéculations immorales dans le commerce, l’industrie, et les fonds publics, de singuliers hasards, la prostitution, le vol, peuvent faire passer des Prolétaires à la condition de Capitalistes. Le budget aussi est «ne mine d’or pour un certain nombre de Prolétaires habiles. Mais, tandis qu’ils s’enrichissent, tous ces échappés du Prolétariat n’accroissent pas le revenu net; et ce n’est réellement que lorsqu’ils tiennent leur place parmi ceux qui possèdent le capital source de ce revenu nef, qu’ils servent pour leur part à former ce revenu.
Nous confessons donc que, dans l’organisation actuelle de la société, les Propriétaires seuls ont par essence une intervention directe sur la formation du revenu net de la France.
Ces Propriétaires, comme nous l’avons vu, sont au nombre de cinq millions. Mais, de ces cinq millions, il y en a quatre qui n’ont de
revenu acquis que leur stricte subsistance, et qui vivent, pour le surplus, de sa aires. En bonne théorie, ce ne sont donc pas encore ceux-là qui reforment sans cesse ou accroissent le îevenu net. Sans doute cette classe , qui se. trouve à la limite du revenu et du salaire, suspendue et comme en équilibre entre la pauvreté et la richesse, est loin d’être inactive clans la production. C’est, au contraire, la plus remuante ; c’est d’elle que sortent en général les commerçants, les industriels, les spéculateurs. Elle touche, par sa position, aux deux extrémités de la chaîne sociale, et elle met en rapport le travail avec le capital, dans la vue d’en prôner. Qu’il s’élève incessamment de son sein des hommes qui s’enrichissent, et même dans une plus grande proportion relative que du; sein des classes prolétaires, cela est indubitable ; mais il faut dire d’eux ce que nous venons de dire des Prolétaires heureux. Ce n’est pas pendant qu’ils s’enrichissent qu’ils accroissent le revenu net de la France. Pendant qu’ils s’enrichissen t, ils déclassent à leur profil ceux qui étaient rie les quand eux étaient pauvres, et: voilà tout. Ils s’arrondissent aux dépens des anciens dispensateurs du revenu net; et ce n’est que lorsque cette opération de déclassement est opérée à leur profit, qu’ils ont une influence directe sur le revenu net de la France. En un mot, il n’y a que 180,000 moyens et grands Propriétaires qui puissent directement accroître ce revenu net, et en réalité ce sont
ces 180,000 seulement qui Je reforment sans cesse. Le capital source de ce revenu est entre îëurs mains; c’est entre leurs mains par conséquent que ce revenu retourne comme à sa source. Telle est la loi exacte et certaine de la production dans l’organisation actuelle de la société.
Mais de ce que ce revenu est entre leurs mains, doit-on en conclure qu’ils ont seuls intérêt à en disposer et droit d’en disposer ? Thaï is the question .