‹ De la pluralite des races humainesChapitre 10 sur 50 · CHAPITRE I. — LE RÈGNE HUMAIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — LE RÈGNE HUMAIN

beaucoup voyagé, que donc il avait dû acquérir, même à son insu, une sorte d'expérience anthropologique. Lui-même prend soin de nous dire qu'il avait vu tour à tour des Boshimans, des Hottentots, des Papous , des Alfours, les indigènes de la Nouvelle-Hollande, de la Nouvelle-Zélande et des Sandwich, ce qui donne une autorité puissante aux faits qu'il rapporte.

Quoi ! ce sont encore là des hommes ! est-on en droit de s'écrier : combien loin nous sommes du point de départ, de la race arienne, maîtresse dans les arts et dans les sciences ; combien nous approchons de l'animalité, si nous n'y touchons déjà! Voyons maintenant si la différence est si grande avec les animaux supérieurs. Essayons de remonter à ce même point qu'on peut appeler le dernier échelon de l'espèce humaine. Cherchons si le premier échelon de l'espèce animale en est aussi éloigné qu'on l'a cru.

Nous ne considérerons ici que les mammifères, et même les mammifères supérieurs, la question se compliquant sur toutes ses faces en même temps que l'organisme devient plus distinct.

Pour celui-ci les faits ont parlé depuis longtemps et M. R. Owen lui-même n'a pas craint de dire que la distinction entre l'homme et le singe est l'écueil, la pierre de touche des anatomistes (1).

(1) R. Owen, On the characters ofthe class mammalia, 1857, p. 20, note. — On sait que l'illustre anatomiste a lui-même traité

Passons à l'intelligence. Les animaux « sentent, connaissent, pensent » (M. Flourens), rient (1), pleurent (2) et sont accessibles à toutes les passions humaines, à la défiance, à l'envie, à la haine, à la

jalousie, elc Ceci est amplement prouvé par

mille exemples. On sait les histoires sans nombre, qu'on a trouvées si merveilleuses et qu'on a rapportées avec tant de soin des phoques, de l'éléphant, etc. Il suffit de lire le tableau admirable tracé par Bufîon de l'intelligence du chien; encore, l'histoire détaillée et précieuse à plus d'un titre que F. Cuvier nous a léguée de l'orang-outang du Muséum , sans oublier que celte observation ne pouvait être ni complète, ni parfaite, en raison des circonstances dans lesquelles se trouvait l'animal, loin de sa patrie et sous un climat ingrat.

Le docteur Yvan (3) nous a fait connaître l'histoire d'un orang-outang de Bornéo; si elle n'est pas

cette question de main de maître dans le catalogue de la collection du Musée des chirui-giens.

(1) « is tlie orang-outang capable of a kind of laugh

H "when pleasantly excited. » J. Graxit, Edimburgh journal of science, vol. IX.

(2) Voy. dans Lawrence, Lectures on comparative anatomy, p. 236, la liste des auteurs qui rapportent des faits d'où il paraîtrait résulter que les larmes, chez les animaux, sont parfois l'expression d'une douleur purement intérieure, morale.

(3) Le docteur Yvan, attaché à l'expédition que le gouvernement français organisa pour la Chine, en 1843, montait \'Archiméde. Il a écrit la relation de son voyage : Voyages et récits. Bruxelles, 1833, 2 vol. in-12.

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