CHAPITRE 1. LE RÈGNE HUMAIN
exagérée, c'est le plus beau comraenlaire en faveur du rappi'ochement des primates et de l'homme.
Tuân, c'est le nom de l'animal, s'habillait aussitôt qu'il avait quelque lambeau d'étoffe à sa portée (1). Un jour que son maître lui avait enlevé une mangle, « il poussa des cris plaintifs comme un ence fant qui fait la moue. Cette mutinerie n'ayant pas « eu le succès qu'il en attendait, il se jeta à plat « ventre sur le sol, frappa la terre du poing, cria, « pleura, hurla pendant plus d'une demi-heure. » Quand on lui eut rendu la mangle, il la jeta à la tête de son maître (2). — Chose curieuse, l'ami de prédilection de Tuân était un negrilo de Manille. A Manille il se fit aux mœurs tagales et jouait avec les enfants. «Un jour que Tuân se roulait sur une natte «avec une tille de quatre à cinq ans, il s'arrêta « tout à coup et se livra sur l'enfant à un examen « anatomique des plus minutieux. Les résultats de « ses investigations l'étonnèrent profondément ; il « se retira à l'écart et répéta sur lui-même les re- « cherches qu'il avait faites sur sa petite cama- « rade. »
(1) « Les Australiens n'ont senti la nécessité de recevoir des <i vêtements de laine que pour se garantir la poitrine... au- « cune idée de pudeur ne les a jamais portés à voiler les par- « ties naturelles...» MM. Lesson et Gaïnot, Annales des sciences naturelles, Pdiris, \8il, t. X. '
(2) L'orang observé par J. Grant donnait aussi de ces marques de désespoir. Edimburgh journal of science, vol. IX.
On se rappelle les pages éloquentes où BufTon , dans l'hypothèse d'un couple unique à l'origine, raconte les impressions de nos premiers parents. La Nature n'a-t-elle pas été ici, nous le demandons, meilleur historien que le génie?
Au-dessus de tous ces faits, comme leur couronnement, nous trouvons à invoquer le témoignage de l'homme qui a porté le plus loin en France l'esprit de philosophie dans les sciences naturelles, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire. Observateur attentif et sage surtout, il se mêla à la foule qu'attirait en 1 836 l'orang du Muséum. Défiant de ses propres jugements, il a recueilli ceux qui se produisaient autour de lui, ceux de tous ces visiteurs, « qui venaient observer « sans préjugés, sans idées préconçues, et sans s'être « laissé prévenir par ces déplorables entraves qu'on « appelle nos règles de classification » (I).
Le résultat fut merveilleux, il surprit E. Geoffroy lui-même. Ces visiteurs si divers se rencontrèrent unanimement dans une même pensée : « L'animal de Sumatra n'est ni un homme ni un singe. » « Ni « l'un ni l'autre, dit encore E. Geoffroy; c'est ce « qu'est venu affirmer tout à l'heure l'esprit de « tous. »
Il faudrait citer tout entières ces pages admirables du naturaliste philosophe , où l'élévation du
(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences, vol. II , p. 582.