CHAPITRE II. — PSYCHOLOGIE COiMPAUÉE
gée !» a dit Balzac sous le pseudonyme de Louis Lambert (1 ). La vie est une, et la vie du corps et la vie de l'àme, et la matière et l'âme, et l'organisme et les facultés. Termes corrélatifs l'un de l'autre, mais jamais indépendants.
Entre l'âme ou l'intelligence des bêtes, l'âme ou l'intelligence de l'homme blanc, iranien, il y a un espace immense; mais comblé par des termes moyens, des transitions nombreuses : que celles-ci existent, qu'elles aient' achevé leur temps sur notre planète ou qu'elles doivent y apparaître un jour.
Reste la question de langage, si complexe, encore pleine d'obscurités.
« Quelque ressemblance qu'il y ait entre le Hotten- «tot et le singe, avait ditBuffon, l'intervalle qui les « sépare est immense, puisqu'à l'intérieur il est rem- « pli par la pensée et au dehors par la parole (2). » — Nous savons à quoi nous en tenir sur la première de ces appréciations. — Quant à la seconde, là encore nous pouvons entre-apercevoir une sorte de gradation véritable qui nous mènera de nos langues si compliquées, à d'autres d'une simplicité extrême, et qui touchent presque à la nullité.
Déjà l'homme a de commun avec les animaux,
(1) Voy. E. Geoffroy Saint-Hilaire, Comptes rendus des séances de r Académie des sciences, t. IV, p. 261.
(2) Cf. Flourens, Hist. des travaux de Buffon, p. 135, in-12. Paris, 1844. — L'absence de langage^ chez les animaux, était aussi un grand argument pour Descartes.
« la voix, les cris, les accents naturels » (M. Flourens), ce qu'on appelait autrefois le langage naturel.
« Comme un simple animal, dit Herder (1), l'homme a la parole. Toutes les plus violentes et les plus pénibles sensations de son corps aussi bien que les fortes passions de son âme se manifestent immédiatement par des cris ou accents, par des sons sauvages et inarticulés. La bêté qui souffre, aussi bien que le héros Philoctète, quand elle ressent la douleur, geindra, gémira, même abandonnée dans une île déserte, loin de la vue ou du passage d'une créature amie, sans espérance de secours. » — Ce langage est intelligible d'un animal à l'autre, des animaux à nous, et de nous aux animaux. On peut affirmer que l'homme l'a possédé de tout temps, du premier jour où il respira.
Pour ce qui constitue actuellement l'élément principal du langage, ce qu'on appelait langage artificiel, la question est plus complexe et beaucoup moins résolue. — Et ici deux questions se présentent.
\° L'homme a-t-il toujours parlé ?
2° Le langage est-il accessible, dans des limites infiniment restreintes, aux animaux ?
Si la réponse à cette dernière question est affirmative, on le voit, on retrouvera là même, dans cette
(1 ) Treatise upon the originoflanguage, in-8. London, 1 827. p. ti.