CHAPITRE m. — l'ordre DES DIMANES. S
la nourriture spéciale qui lui convenait. Et encore aujourd'hui nous retrouvons comme des traces de cette tendance toute naturelle et qui fut peut-être générale à l'origine.
Modéra, cité par J. Crawfurd, raconte qu'un jour, trois naturalistes allant à la côte nord de la Nouvelle-Guinée pour leurs études, ils trouvèrent les arbres pleins d'indigènes des deux sexes, qui sautaient de branche en branche avec leurs armes sur le dos, comme des singes, gesticulant, criant et riant (1). Cette race singulière, dont nous avons parlé plus haut, et qui a été signalée dans l'Hindoustan par plusieurs observateurs, parait vivre à moitié dans les arbres. On est en droit de se demander si le souvenir confus d'un tel peuple et de ses mœurs, n'a pas été l'origine de la tradition, qui a servi de base au poëme de Valmiki. Rama marche à la conquête de son épouse Sîta, ravie par le mauvais génie Râvana ; il est aidé dans cette entreprise par une vaillante armée de singes, et à chaque instant, dans le récit, reviennent des expressions, des épithètes qui rappellent la nature simienne et quadrumane des combattants. (Voir la traduction de cette véritable Iliade par M. H. Fauche) (2).
En jetant les yeux sur les premiers groupes de la
(1) Cf. British Association for the advancement of science,
(2) Râmâyana, in-i2. F'aris, 1857.
série animale, on trouve des singes qui marchent sur la plante des pieds et des mains ; d'autres qui marchent sur la plante des pieds et sur les phalanges des mains renversées, marche toute particulière, caractère bizarre et inattendu, qui suffiraità lui seul à caractériser un groupe ; d'autres enfin qui ne marchent plus que sur la plante des pieds, la forme du corps et des jambes rendant les membres antérieurs tout à fait impropres à la marche : c'est l'homme.
Ne pourrait-on pas dire que le pied de l'homme est à la main, ce que la main des singes anthropomorphes est au pied?
Les singes inférieurs, seraient quadrupèdes faisant servir leurs quatre pieds à la préhension, fonction secondaire, dérivée, puisque dans la série des vertébrés, le membre abdominal ou pectoral est avant tout organe de locomotion.
Les singes supérieurs devront être considérés comme bipèdes et bimanes, pouvant à volonté intervertir dans la Yie commune les fonctions des deux paires de membres : faisant servir les antérieurs à la marche, les postérieurs à la préhension.
L'homme, à son tour, est aussi bipède et bimane, seulement il ne peut plus altérer, dans des limites normales, que les fonctions du membre inférieur, le supérieur n'étant plus propre du tout à la marche.
Là encore, au point de vue organique, les singes