‹ De la pluralite des races humainesChapitre 26 sur 50 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Nous avons essayé de démontrer, dans les pages précédentes, l'unité spécifique des phénomènes biologiques de tout ordre, qui se manifestent chez les animaux supérieurs et chez l'homme. Cette unité nous conduit nécessairement à une autre, celle de la méthode. Les règles à employer dans le groupement, dans la classification des différentes variétés qui nous frappent dans le genre humain : ce seront les mêmes qui sont appliquées déjà par les zoologistes, aux individus composant la série zoologique. Cette marche seule pourra donner de bons résultats, c'est-à-dire des résultats comparables.

La première chose à examiner est de connaître de quel ordre sont les divisions à établir dans l'humanité : la seule voie pour y arriver sera donc l'étude des différences physiques, base de toute classification dans les sciences naturelles. Procéder autrement serait une marche essentiellement vicieuse : nous ne savons rien à priori, absolument rien.

On a immensément écrit sur l'anatomie des races, et cependant on peut encore désigner ce sujet aux

G-i DES RACES HUMAINES.

études sérieuses des anlhropologistes; peut-être en portant leur attention plus loin que la peau, la masse encéphalique et le squelette, qui ont été à peu près seuls étudiés jusqu'ici, trouveraient-ils dans tous les systèmes des dissemblances de même ordre et aussi tranchées (1).

Ces différences, ces variétés sont telles qu'elles sautent aux yeux et que le peuple ignorant les apprécie de suite (2), elles sont telles que les monogénistes les plus éminents s'accordent à les regarder comme suffisantes à différencier (partout ailleurs) des espèces ou même des genres ! Elles portent sur tous les points de l'organisme, et nous verrons plus

(1) (( Chez un noir ou homme de couleur (Australien?) que je fus assez heureux pour observer, les nerfs des jambes étaient au moins un tiei s plus petits que ceux d'un Anglo-Saxon de même taille. M. Tiedemann d'Heidelberg m'informa qu'il avait de grandes raisons de croire que les natifs d'Australie diffèrent des Européens à un point extraordinaire {in an extraordinary manner).ii Knox, The races of men. London, 1850, p. 2.

(2) « Les caractères physiques qui distinguent les races hu- « mainesles unes des autres, sont peut-être le fait d'histoire na- « turelle qui, à toutes les époques, a le plus frappé l'imagina- « tion des hommes... Les historiens racontent que lors dupre- « mier retour de Colomb, les Européens ne pouvaient détacher <( leurs yeux des plantes, des animaux inconnus que Colomb <t avait rapportés^ et surtout, disent-ils, des Indiens si différents « de toutes les races d'hommes qu'on ait jamais vues. » M. Flourens , Annales des sciences naturelles, t. X. — Ces étonncments se renouvellent encore chaque jour, et j'ai connu un nègre très-intelligent qui avait coïiservé un souvenir fort peu agréable des campagnes de France où il avait été l'objet de la curiosité la plus indiscrète et la plus générale.

loin qu'elles se retrouvent aussi tranchées, aussi palpables dans le moral, que dans le physique.

Nous ne prétendons pas ici les dire toutes, même les énumérer; nous citerons seulement les principales ou celles qui nous semblent mériter quelque remarque. Le nombre est immense de celles qui existent, ou qu'on a cru remarquer, car cette restriction est nécessaire : en effet, si nous sommes portés à admettre un nombre considérable de différences considérables elles-mêmes, nous devons nous efforcer de ne pas tomber dans ces erreurs qu'on a commises bien des fois et qui tenaient au petit nombre de faits observés ; les savants ayant souvent donné à des phénomènes tout individuels la valeur de faits généraux. On comprend qu'un tel procédé soit incomplet, et ne puisse mener à rien de certain, rien de positif.

Nous trouvons dans l'histoire des études anthropologiques plus d'un exemple de ces jugements trop précipités : à l'époque même où la couleur du nègre semblait être le point de mire des élucubrations et des réflexions de toute l'Europe savante, vers la fin du siècle dernier, un nommé Kluegel affirma (dans ï Encyclopédie de Berlin, 1782) que les lèvres du nègre étaient d'un beau rouge. Grande rumeur ; Sœmmering lui-même s'en émeut, écrit de tous côtés , cherche des informations , demande des renseignements, qui, tout naturellement, se trouvèrent

contraires à l'opinion de Kluefîel. On sait en, effet que, chez le nègre, le pigment s'étend aux muqueuses et même jusque sur la sclérotique. Lés lèvres sont ordinairement noires, et l'on trouve le plus souvent sur les gencivesy ou même sur le palais, une couchei pigmenlaire non continue, qui y forme des maculatures d'un violet foncé (1). Kluegel avait conclu trop vite du particulier au général, ayant eu trèsprobablement à sa portée un seul individu nègre! ayec les lèvres, les gencives et la langue d'un beaurose ressortant avec éclat sur le ton noir de la peau. Nous avons pu nous-même observer un cas^ semblable chez un Soudanien , affecté ainsi d'une ' sorte d'albinisme do la muqueuse buccale.

j En Anthropologie comme dans toutes les sciences , d'observation, ce sont les. moyennes qui doivent faire foi; elles seules ont une valeur absolue; tous les , autres phénomènes ne sont qu'individuels, ayant leur , valeur vraie dans l'espèce, mais non susceptibles de servir de base à aucune vue d'ensemble.

Le système osseux a été le plus étudié (2), et dans .

(1) Cf. Bulletin de la Société ethnologique, p. 52. Année 1847.

(2) L'analyse des différences anatomiques du squelette n'a nulle part été mieux faite que par MM. Bérard en France, et Lawrence en Angleterre. Je renvoie, pour les détails, à ces deux éminents auteurs. Béva-và, Cours dephysiologie. Varis. 1848, 1. 1.

Lawrence, Lectures on comparative anatomy. London, 1848.

in-i2. 9* édition.

CDAP. IV. — VARIÉTÉS ANATOM. ET PHYSIOLOGIQUES. 67

le système osséak,U lête'(l )i clans ta efâiié':'"^ nous reviendrons plus loin âùr la vâleur'des pro- ^ cédés cranioscopiquès et des classilications assises sur cette base. f\

La face presque autant que le crâne a efé roï)jet de recherches attentives ; les plus petites différen- ' ces ont été notées, et presque toutes érigées par les uns ou par les autres en caractères dislinctifs. Nous ne citerons que la classification de M. Bérard en orlhognathes ei en prognathes (comprenant les Australiens, les Ethiopiens et les Nègres océaniens) (2). Mentionnons encore la dépression du nez , corapa-^, rée par MM. Quoy et Gaymard à celle de ï'orang ^ (chez les habitants de Vanikoro) ; l'aplatissement général de la face chez les Eskimaux, et chez ceuxci encore toute la conformation particulière de la . voûte du crânej qui est telle qu'une coupe verticale donne presque une ogive parfaite (3).

Quant aux incisives à couronnes plates qu'on a^j

(1) Voyez, entre autres, Pucheran, Considérations anatomi- " ques sur les formes de la fête osseuse. Paris, 1841 . (Thèse.)

(2) On pourraitpeut-être distinguer deux sortes de prognathisme : l'un où les faces antérieures des maxillaires sont con-;-(j vexes comme dans la tête qui a servi de point de comparaison

à M. Bérard (au Musée Orflla), l'autre où ces faces sont presque concaves. , . > , . , ',

(3) Voir le crâne où cette particularité a été pour la pre- ^ mière fôis observée (en ce moment à Guy' s hospital), et surtout les magnifiques spécimens rapportés du Nord par S. A. I. le ! prince Napoléon. '^^

cru longtemps caractériser les anciens Égyptiens, il paraît résulter des recherches de l'École américaine que cette exception ne se présentait, chez eux comme chez nous, qu'individuellement.

On a essayé aussi d'établir par des moyennes une différence sensible entre les bassins des différentes races. Weber (1) les a classés ainsi :

Bassins ovales Européens.

— ronds Américains.

— carrés Mongols.

— cunéiformes ou oblongs. Africains.

Les mêmes idées ont été reprises et défendues par les anthropologistes français; il est bon pourtant de faire remarquer que Weber ajoute que des exemples de chaque sorte peuvent fort bien se rencontrer dans une seule race. — Ce qui semble positif, c'est que dans l'espèce nègre le bassin serait en général sensiblement plus petit. C'est au moins l'opinion de Camper (2), de Yrolik, de Sœmmering. de White (3), de Bérard (4), qui en ont mesuré un grand nombre.

(1) Voy. English Cyclopœdia, art. Man.

(2) La proportion donnée par Camper est celle-ci : Le grand diamètre est au petit.

Chez l'Européen :: 41 : 27, Chez le Nègre :: 39 : 27,5.

(3) Account ofthe regular gradation of man, in-4°. London, 1799, p. 118.

(4) Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848, t. 1, p. 394. — Voy. aussi, sur la même question, A. Maury, dans i Athcneum français, 1853, no 47.

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En sorte que la facilité de pariurilion, si remarquable chez les races inférieures, a pour cause la petitesse relative encore plus grande de la tête du fœtus. Là tout cependant se passe à l'état normal, et c'est l'accouchement laborieux chez nous, qui est une exception, un phénomène particulier, anormal, et peut-être inexpliqué. On peut l'affirmer, tel n'était pas le cas au temps où nos ancêtres vivaient dans un état barbare et sauvage. La parturition difficile est un phénomène acquis par la civihsation; seulement il est difficile de déterminer où est le siège précis de cette difficulté. Est-ce dans le bassin, rendu plus étroit par l'usage des vêtements suspendus à la hanche? Est-il permis de supposer que le développement du cerveau , d'un organe chez le fœtus, fût subordonné au développement des facultés, des fonctions du même organe chez les parents?

Au système osseux tiennent aussi les différences de taille qui sont si sensibles. Ainsi , sans sortir de l'Europe, il est bien reconnu que les Anglo- Saxons , les Allemands , les Norwégiens , les Albanais sont grands, tandis que les habitants du midi de la France, les Irlandais, les Espagnols , les Maltais sont petits (1).

(1) Faut-il admettre que, du côté de Sennar et du Cordofan, certains individus ont une yerlèbre de plus? Ce fait aurait été observé à Candie par un chirurgien allemand, sur des nè-

Les membres nous offrent dans les races d'hommes de très-grandes variétés (1) , en raison de cette loi

,,qui veut que les modificalions de l'organisme deviennent de plus en plus tranchées du centre à la périphérie. C'est dans les doigts, dans les dents qu'on est allé chercher lés caractères des ordres et des genres; c'est à la limite même de l'individu, dans

^la couleur des plumes et des poils qu'on cherche les caractères des espèces. Nous ne citerons encore

^ici que quelques faits particuliers.

^^^^j|On. a dit .^t répété, (2) que lesTartares avaient les jambes recourbées en dedans , et les monogénistes n'ont pas manqué de trouver là une des mille influences de la manière de vivre. Ils ont vu dans cette infirmité générale une conséquence de l'habitude de monter à cheval, sans penser que l'Arabe hymiarite était au, moins aussi souvent à cheval, et que pourtant la noblesse et la rectitude^^dp sa stature n'en souffraient.pas, ..f:- -!: , >.

C'est là une exagération évidente. Pallasj qui a si longtemps vécu au milieu des Tartares, dit simplement.:» Le seul vice de conformation qui soit assez

■ 'grès au service de Méliéniet-Ali. Voy. Smith, The natural history of the human species, in-16. Edimburg, 1848, p. i91.' — D. Madden, Travels.

(1) Elles n'avaient pas échappé à Albert Durer. 11 dit, en parlant des nègres : «Leurs mains, aussi genoilz, iambes et piedz,

. sont difformes de leur nodosité. » Les quatre livres de la Propor- '' tion des parties, etc. Trad. par L. Mcigrct. Arnhcm, 1614, p. 10l3.

(2) Voy. Sammlungen, th. T, p. 98. — Buffon. — Solger.

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« fréquent cliez eux, est une courbure extérieure « des bras et des jambes, résultat d'une espèce de «cuillère sur laquelle ils ne cessent d'être comttiie « à cheval dans leur berceau, et de ce que,dèsqu'ils « ont appris à marcher, ils se trouvent à chaque « déménagement obligés de s'habituer à l'équita- « tion. » Voilà ce que dit Pallas, et il est bien évident qu'il ne parle ici que d'une exception , car il écrit quelques lignés plus haut : « Je ne me rappelle « pas avoir vu un enfant qui fût estropié. L'éduca- « tion, qui est entièrement abandonnée à la nature, «,ne peut former que des corps sains et sans dé- « fauts, etc. (1). »

Si l'on. a parfois exagéré les relations des voyageurs, il n'en est pas moins constant que certaines races offrent une conformation des extrémités très^ différentei de ce qu'elle est chez nous.; Le poùéë dë la main est généralement beaucoup moins opposable chez le nègre. Celle-ci est très-souvent petite, d'une petitesse presque monstrueuse : ainsi, chez lesBoshismans.chez les Chinois et les Eskimaux (2), chez les habitants de Ceyian (3), chez les peuples qui ont construitles grands temples américains, où nous retrouvons encore sur les pierres, l'empreinte en rouge

'''{\) Tribus mongoles, traduction par S. A. de Graiidsàgil^^ dans les A/emoiVe*' du Muséum, t. XWl. '''' • (2) Cf. Lawrence, Lectures on comparative anatomy. Londôn, 184S, p.'4lb. ' ■■' "' • '

(3) Davy, An account of the interior of Ceyian,' Vsïi fp'. 'lO^! '

de leurs petites mains (1), enfin chez les habitants primitifs de l'Europe, ainsi que le démontrent les poignées des armes trouvées dans leurs tombeaux (2).

Les extrémités inférieures ne varient pas moins. C'est ainsi que les races nègres de l'Océanie et de l'Afrique paraissent offrir un développement exagéré du calcanéum. MM. Quoy et Gaymard l'ont remarqué chez les habitants de Vanikoro, et, rapprochement curieux, M. d'Abbadie raconte (3) qu'un Abyssin lui définissait ainsi un nègre Changalla : « C'est un homme à peau noire, à orteil ridé près de « sa racine, à talon proéminent , et dont les che- « veux laineux ne dépassent jamais la longueur du « petit doigt. »

Le pied des Nubiens, surtout des femmes, offre une autre particularité. Tous les métatarsiens semblent reposer tout entiers sur le sol et s'écarter

(1) Voy. Daniel Wilson dans British review, 1851. — Voir dans Stephens la description du temple d'Uxmal.

(2) Bulletin de la Société de géographie, 4' série, vol. X, p. 45.

(3) Je n'ai pu malheureusement ra'assurer de ce fait lorsque j'élais en Afrique, mon attention n'y étant pas alors appelée. Cependant je dois noter ici l'aspect spécial du cou-de-pied des nègres, tenant sans doute à l'épaisseur de la peau. Là aussi, elle est sillonnée de plis nombreux partant du dessous des chevilles. Au lieu de tendons, de muscles, elle semble recouvrir une masse graisseuse ou comme lâchement infiltrée. C'est là un de ces aspects du corps humain si difficile à décrire, mais que n'oublie jamais celui qui y a une fois porté son altention. Je ne saurais dire si c'est là un phénomène absolument général, je me rappelle seulement l'avoir maintes fois observé.

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par leur extrémité anlérieure, sans cou-de-picd, les doigls tous également espacés, tous à plat. Cette structure est, au reste, parfaitement représentée dans toutes les statues égyptiennes sans exception, et plus saillante encore, quand on leur compare dans les galeries du Brilish Muséum un fragment de pied colossal (1) trouvé en Egypte aussi, à Alexandrie et évidemment d'origine grecque ou romaine: les doigts y sont rapprochés, le pouce seul écarté, le dessus du pied arqué comme chez les Européens.

Si cette ressemblance de toutes les statues égyptiennes avec le pied des habitants de la haute Égypte ou de la Nubie est un fait fortuit, il est assurément bien remarquable. C'est un véritable problème en Anthropologie, que de déterminer la valeur à accorder à l'iconographie monumentale des anciens Égyptiens. M. A. Maury a réduit de beaucoup et avec justesse, l'autorité de ces portraits, presque tous semblables, qui couvrent les murs des temples. Nous-même, en visitant le fameux spéos d'Aboii-Simbel, nous fûmes loin de trouver tout ce que nous avait promis la lecture de partisans enthousiastes de l'art égyptien, en même temps anthropologistes (MM. Nott, Gliddon, etc.). Sans doute, on distingue parfaitement certains types, cela est indubitable; mais vouloir retrouver dans chaque tête un peuple, Scythes, Arabes, Phihstins, Lydiens, Kur- (1) « Présentée! by A. C. Harris Esq. 1840. »

des, Indous, Juifs, Chinois, Tyriens, Pelasges, Ioniens, elc, n'esl-ce pas faire la part trop belle aux artistes égyptiens, copistes ma! habiles et inventeurs maladroits? L'art égyptien, quoi qu'on ait pu dire, a toujours été plus éloigné du point de départ, de la copie de la nature, que l'art grec : l'un tendait à idéaliser, l'autre transformait. Certains arbres qu'on voit abattre dans un bas-relief du grand temple de Karnac sont assurément de fantaisie pure. Il a pu en être ainsi debién d'autres sujets auxquels on a voulu donner une valeur scientifique.

Le phénomène de la coloration chez l'homme, qui parcourt presque toute la gamme chromatique depuisle blanc mat jusqu'au noir opaque (1), a surtout frappé vivement les observateurs de tous les temps; il n'est pas de système qu'on n'ait imaginé pour l'expliquer. «Toutes ces suppositions, dit « M. Flourens (2),, tombent devant l'anatomie de la « peau, mieux connue. L'effet du climat (3) ne va « pas jusqu'à donner ou retrancher un appareil; » C'est donc un appareil que le noir possède en plus et qui manque chez le blanc (4), différence fondamentale, au nom de laquelle les polygénistes peuvent encore proclamer la non-communauté d'ori-

Bérard, Cours de phrjsiologie. Tàris, ' (2) Archives du Muséum d'Histoire naturelle, t. 111. Aiiatùmie générale de la peau. , ,

(3) Et encore moins toute autre cause.

(4) « La peau de l'homme de race blanche ne se compose que

gine pour le nègre et pour le blanc, i l'iranien.

Les variétés que présente le système pileux sont capitales et d'une imporlance au moins égale à celles du système cutané. On devra sans doute y trouver chez l'homme, comme chez les mammifères, de bons caractères spécifiques. Car si elles sont innombrables en France et en général dans les pays où le mélange a été poussé aussi loin que possible, il faut reconnaître que chez les populations plus entières, moins envahies par le sang élranger, la constance des caractères tirés, [dasi 'cheveux est .assez grande (1). . •>; >

«( du derme et des deux épidermes. L'appareil pigmentai man- (« que. » Flourens, ibid., p. 180. — Il est fâcheux que Kolliker en faisant l'anatomie intime des tissus ne se soit pas plus étendu sur l'histologie comparée de la peau chez les différentes races. Il ne paraît pas qu'il ait examiné plus d'un échantillon de peau noire, et plus d'un échantillon de peau jaune, un malais. Cf Éléme7}ts d'histologie /<i/mamp. Trad. par Béclard " etSée, in-8. Paris, 1856, p. 127. Ces observations ne seraientelles pas à refaire ou à continuer? Ne faudrait-il pas li^echercher avec un, soin tout particulier si les deux natures pigmentaires sont identiques chez le blanc et chez le nègre, et surtout le mode d'action de l'insolation qui agirait, selon M. Flourens, sur le deuxième ép iderm e ? ! -> J ; i '

En6n il semblerait résulter des expériences de M. Brown- Sequard {Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, .21 déc. 1857), qu'il y a une relation entre les fonctions des capsules sur-rénales et l'existence ou la non-existence (pathologique?) du pigment'. C'est encore là un but dç recherches à proposer aux anatomistes quis'occupent des races d'homme.

(1) On s'est déjà servi des cheveux comme base de classification. Bory Saint-Vincent partage les hommes en Leucotriques

Les différences offertes peuvent se rapporter soit à la couleur : il y a des cheveux blonds, noirs, rougeis (par exception?); soit à leur état : ils sont lisses ou crépus ; soit à leur longueur, à leur souplesse, à leur abondance. Enfin peut-être à l'implantation.

Quand on a rasé la tête d'un nègre, et que les cheveux commencent à pousser, on est frappé de l'aspect étrange que présente cette chevelure naissante. Au lieu de paraître également répandus sur toute la surface du crâne, les cheveux se montrent en petites toutîes de la dimension d'un gros pois environ; et l'on a comparé, non sans raison, l'aspect que présente alors la tète à une vieille brosse usée (1). Ceci est particulier aux nègres et ne se voit même pas chez leurs voisins les Barabras, malgré leur teint foncé, malgré leurs cheveux ondulés, et plus véritablement laineux que ceux des nègres. Car ce mot les définit assez mal : c'est crépus qu'il faudrait dire (2).

Parmi les nombreuses perfections que la dogmatique indienne exige du Bouddha parfait, et que possédait Ça-Kiamani , il est dit : « Les cheveux du

et Ulotriques (voy. Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1 848, 1. 1, p. 394). Prichard rapporte toutes les différences à trois types : 1° Melanocomous ; 2» Leucous; 2° Xanthous (voy. English cyclopœdia, art. il/mt). Ces classiQcations sont sans doute trop générales pour ne pas être artificielles.

(1) Cf. Earl, dans British association for the advancement of science, 1852.

(2) Cf. Smith, The naturalhistory of the human species, p. 189.

CHAP. rv. VARIÉTÉS ANATOM. ET PIIYSIOLOCrQUES. 77

«Bouddha, repoussent en petites boucles (1). » Il est impossible de mieux designer ce qui se passe chez le nègre. Toute celte tradition hindoue est, au reste, une véritable énigme pour l'anthropologiste. Pourquoi, chez le Bouddha, les paumes des mains descendent-elles jusqu'aux genoux (2) ? Pourquoi le mendiant fils de roi, né sur les bords du Gange, est-il toujours représenté sous les traits ou avec les caractères d'un nègre, la peau noire, les cheveux crépus? Rien n'autorise à penser qu'une race semblable ait jamais occupé le versant méridional de l'Himalaya. D'un autre côté, Ça-Kiaraani n'appartenait certainement pas à une variété inférieure du genre humain : il eût été inapte à formuler aucun système moral ou philosophique.

Un fait extrêmement important, et auquel on n'a peut-être pas donné assez attention, c'est l'abondance relative du système pileux. Chez les nègres, les Américains, la race polaire, il est trèsgénéralement fort peu développé. « La longueur de nos barbes, dit J. Ross (3), qui n'avaient pas été rasées depuis que nous avions laissé la Viclory (30 jours), était, entre autres choses, une source de grand amusement ; et un Eskimau d'une autre^ tribu qui était au milieu d'eux, et dont la barbe

(1) Cf. Burnouf, Le Lotus de la bonne foi, p. 562.

(2) Cf. Ibidem, p. 569.

(3) Narrative of a second voyage. London, 1835, in-4o, p. 427.

était plus forle que de coutume, s'en prévalait pour se dire notre pareni de ce côté (1). » ' '

La barbe épaisse,fournie, semble, en y regardant bien, l'apanage exclusif de la race iranienne, de cette race qui, descendue de l'imaus, s'est répandue dans l'Europe entière, et dont les plus béaux représentants habitent encore les plateaux de l'Iran. Nos voisins les Sémites sont loin d'être aussi pourvus-, eVei& ni'-est peut-être pas à tort que H. Smilh a proposé (2) de faire du système pileux abondant le ca- ' ractère d'une race, de même que l'état crépu deviendrait le caractère d'une autre.

La splancbnologie des races humàines n'est pas' moins curieuse à étudier. Il noùs suffira de rappeler ici le développement des petites lèvres chez les femmes hottentotes, celui du prépuce et du clitoris chez les Sémiles , l'absence ou la brièveté du frein chez beaucoup de nègres , mentionnée par White (3), le volume de la verge chez les Éthiopiens, volume dont la cause serait dans le bassin' même et qui permettrait l'union du blanc avec la noire et non pas l'union du noir avec la blanche.

Cette remarque toute conforme aux théoriesi"

(1) On sait qu'en Europe même les Frisonnes n'ont al)solument que leurs clievcux sur le corps. Buffon dit la même chose des femmes du Groënland, et Tavernier des femmes mongoles.

(2) Cf. The natural history of the human specïps.

(3) Voy. Lawrence, Lectures on comparative analomy,Z' édition, p. 286. ' ■ '

COAP. IV. — VARIÉTÉS ANATOM. ET PHYSIOLOGIQUES. 79

bizarres de M. d'Eichlhal a élé faite par un raonogéïiiste érainent(l). On est seulement en droit de se demander, comment des individus d'une même espèce (espèce dont le caractère essentiel est la reproduction indéfinie) peuvent, même se développaiït suivant des directions ditTérentes, arriver à l'impossibilité physique de se reproduire; celte impossibilité ne fûl-elle que partielle. Que deviennent alors les idées monogéniques, et Vunité spécifique du genre humain ?

Aristole avait déjà remarqué, que le sang du ■ nègre est plus foncé, plus violet que celui du blancli? Il avait fait une observation semblable sur le sperme. M. Jacquinot a vérifié ces assertions, et Virey a pu dire que la chair du nègre est à celle du blanc comme la chair du lièvre est à. celle du lapin.

On peut encore signaler, d'après Edwars, chirurgiien de la deuxième expédition de Parry, un déve- lopperaeint considérable de la membrane scmi-lU'jb naire de l'œil, chez les nations hyperboréennes, et'> qui en fait presque une troisième paupière (2). Jil

Nous appelons différences physiologiques, cer^Ji! . tains modes fonctionnels des mêmes oi-ganes chez les différentes races. C'est là, comme on le voit, unè | distinction tout artificielle, puisque ces différences

(1) M . Serres dans ses leçons au Muséum d'Histoire natu- ,

relie.

(2) Cf. Edinburgh new physical Journal, t. XXVI, p. 296.

doivent nécessairement et forcément remonter à des différences anatomiques. Seulement celles-ci, par leur peu de valeur ou quelque autre raison, ont été jusqu'à ce jour méconnues, pendant que le résultat, plus sensible, n'a pu nous échapper. Qu'un Tartare, par exemple, voie plus loin qu'un Européen armé d'une lunette, il est certain qu'une telle supériorité fonctionnelle ne dépend que de la qualité matérielle de l'instrument, d'un mécanisme plus perfectionné des organes de la vision, de la nature plus parfaite des milieux réfringents (1).

On a souvent voulu rejeter sur l'éducation de la race ou de l'individu ces sortes de modifications. L'éducation delarace est une fiction. Chacun de nous vient au monde comme son père et sa mère y sont venus, mêmeraent doués, y apportant parfois par l'hérédité certains caractères particuliers, mais qui doivent nécessairement s'éteindre avec le temps, soit d'eux-mêmes, soit en tuant celui qui les porte en lui (c'est le cas dans les dégénérescences héréditaires). Si ce perfectionnement natif était possible, il en résulterait que nous ne serions plus des êtres parfaits mis sur la terre dans la meilleure condition d'existence possible, que notre organisme serait

(1) Le fait est rapporté par Pallas [Mémoires du Muséum, t. XYII, p. 238). Un Kalmuck vit un parti à 30 verstes (= 32 kilomètres) pendant que le général russe ne pouvait rien apercevoir avec sa lunette.

perfectible à l'infini et nous retomberions dans des systèmes qui ont fait grand bruit il y a quelques années, et dont chacun s'est moqué. Cette éducation préalable par les ancêtres existe si peu que l'acuité du sens de la vue que possèdent aussi les Boshismans au plus haut degré, se perd immédiatement par un seul croisement avec les blancs (1).

L'éducation individuelle a une influence incontestable, mais qui ne suffit pas à expliquer des variations aussi grandes. On ne voit nulle part que les Européens appelés à vivre avec les sauvages soient jamais arrivés à avoir des perceptions sensitives aussi fines, aussi délicates. Le mode de vie, les circonstances ambiantes n'ont pas l'influence qu'on leur a supposée. L'Américain dans ses forêts où la vue est toujours bornée a le regard aussi perçant que le Kalmuck sur sa steppe.

L'Arabe au désert n'a pas le même avantage. De cette perfection relative des sens résulte aussi l'adresse à se servir de l'arc ou des armes à feu, exercices où excellent les Cafres et les Américains pendant que les Arabes ne partagent que peu cette supériorité.

Cette question de l'éducation d'un organe sera au reste éclaircie tôt ou tard par l'anatomie attentive. On peut chercher dans quelle mesure la nourriture, par exemple, modifie le canal alimentaire et les

(1) Knox, The races of men. London, 1850, in-8, p. 271 .

glandes qui en dépendent, c'est-à-dire le système organique essentiellement et immédiatement en rapport avec elle (1). Les Eskimaux actuels sont de fait carnivores ; il est évident de plus, et par la structure de leurs dents et par toute leur organisation, qu'ils ont été créés frugivores comme nous et les singes. Eh bien ! il sera curieux d'examiner les modifications qu'un long usage de la viande comme aliment a pu introduire dans leur économie, et là on trouvera la véritable valeur des changements qu'il faut attribuer au mode d'existence, changements que Buffon, d'abord, a proclamés. Le premier effet de céttë nourriture absolument et exclusivement animale aura été de diminuer la sécrétion des glandes salivaires, ou au moins la quantité de ptyaline contenue dans la sahve et devenue inutile à ces hommes qui ne mangent jamais de matières féculentes ; de rendre l'intestin plus court, le pancréas plus volumineux, etc..

(1) On a longtemps cru que la nourriture influait sur le caractère des hommes ou des peuples. Maints héros fameux ont été allaités par des bêtes sauvages, et ont sucé le courage aux mamelles de leurs féroces nourrices. On connaît ces vers à'Hudibras ;

Was ever Tartar fierce and cruel Upon the strength of water gruel But v/ho can stand his fire and force When firsthe rides, then eats hishorse.

Une étude importante à faire et qui n'a encore été qu'indiquée, c'est l'influence que peut avoir sur le développement ou la santé de l'enfant blanc, par exemple, le lait d'un animal ou d'une femme d'autre race.

Nous ne croyons pas qu'il en soit ainsi ; nous n'admettons pas (sauf observation ou expérience ultérieure) que la nourriture ait aucune influence sur les fonctions ou les organes, autre qu'une in-r fluence pathologique. La race qui nous occupe n'est pas devenue Carnivore, elle est devenue vorace, gloutonne, et c'est tout. L'organisme s'est modifié mais en s'altérant; l'estomac qui devrait être petit, musculeux, a au contraire pris un développement anormal, si bien que la nourriture de six matelots anglais par jour est justement la nourriture d'un Eskimau dans le même temps (1).

Les différences physiologiques sont très-nombreuses, nous n'en citerons que quelques-unes parmi les plus importantes.

La principale est peut-être l'odeur toute particulière de la sécrétion cutanée du nègre, ou plutôt de certains nègres, car il paraîtrait que les Cafres de Mozambique et les Malgaches, déjà si différents des populations soudaniennes et sénégambiennes, ne partagent pas cette propriété (2). On sait que cette odeur est si forte qu'elle imprègne pour longtemps un endroit où un nègre a habité même quelques heures seulement, et quels que soient les moyens de propreté qu'il mette en usage (3). Chez certains

(1) Ross, Narrative of a second voyage, etc., p. 446.

(2) Voy. BufFon, p. 367. — Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848, 1. 1, p. 433.

(3) HoWer {Elementa physiologiœ, t. V, p. 179) avait déjà fait

enfants, cette odeur arrive au point d'être insupportable; de plus, elle n'est pas en relation directe avec la sueur : elle est constante et ne succède pas seulement à un exercice violent. La matière qui la produit est sécrétée sans doute par des organes semblables à ceux qui émettent chez nous cette odeur qu'on attribue à la sueur; c'est aussi sous le bras qu'il faudra probablement les rechercher.

On se demande vraiment si ce caractère n'a pas une valeur suffisante pour ériger en espèce la race qui le possède? Le chien ne vient pas du chacal, a dit M. Flourens (1), « car le chacal a une odeur « si particulière quil ne semble guère possible que « le chien venu du chacal n'en conservât pas au a moins quelques traces. » D'un autre côté, la Nature, comme l'a remarqué l'illustre physiologiste, ne va pas plus jusqu'à donner que jusqu'à retrancher un système. Donc aussi le chacal ne vient pas du chien, donc... Si la Nature est une, si elle obéit en toutes ses parties aux mômes lois, ne pourrait-on pas déduire de là une preuve imposante en faveur de la pluralité d'origines ?

remarquer que les sauvages des Antilles peuvent suiwe un nègre àla piste. Humboldt {Relation personnelle, t. III, p. 229) a dit la même chose des Péruviens. — Voy. Lawrence, Lectures on comparative anatomy, p. 280. — C'est encore là un nouvel exemple de la perfection sensitive des Américains.

(1) Flourens, Histoire des travaux et des idées de Buffon,^, 92.

Une autre fonction spéciale à notre race blanche, bien curieuse, bien particulière et qui touche du plus près à notre sens intime, à notre âme, c'est cette faculté qu'ont les capillaires du visage, chez nous, de s'injecter de sang sous l'empire de sentiments ou de passions telles que l'amour, la haine, la pudeur, etc. C'est Humboldt qui a remarqué l'isolement de ce phénomène qu'on pourrait restreindre à la race blonde du nord-ouest de l'Europe.

Encore un phénomène physiologique extrêmement remarquable et d'autant plus digne d'être noté, qu'il a une certaine influence sur la physionomie, le faciès d'une race, c'est un mode particulier de station, consistant à se tenir accroupi, la plante des pieds à terre et les cuisses sur les jarrets, sans que les fesses touchent le sol.. C'est ce que Cook appelait a monkey countenance . On ne voit nulle part que les Grecs, les habitants de l'ancien continent en général, les Arabes hymiarites et même les anciens Egyptiens aient jamais été familiarisés avec cette posture qui nécessairement implique une modification anatomique plus ou moins importante, soit dans l'écartement du bassin, la direction du col du fémur, la torsion des os, etc.. (1). Elle semble au contraire avoir été de tout temps le partage des

{\) « Sœmmering observes that, in the negro, the bones of « the leg seem pushed aul-wards under the fémorale condyles.

races mélaniennes : c'est la station ordinaire des habitants du cours supérieur du Nil et des nègres d'Afrique et d'Océanie.

Cela est même si bien une posture normale et habituelle, qu'elle est infiniment plus commune chez ces races que la station verticale qui n'est que l'exception. Les magnifiques dessins qui illustrent le récit du voyage de l'ambassade anglaise envoyée à l'empereur d'Abyssinie (1), nous représentent ce prince passant en revue une armée entière de fantassins rangés en bataille et accroupis. — Enfin les monuments viennent nous révéler que de tout temps il en a été ainsi. Une grande peinture de Beït-Oually, en Nubie (2) , représente Ramsès le Grand chargeant une troupe de nègres soudaniens. A l'écart, plus loin, on voit un nègre préparant sans doute un mets dans une marmite : il est accroupi de la même manière. Là, comme souvent, l'artiste égyptien a été habile à saisir une silhouette par son caractère significatif.

Les anciens Égyptiens, eux, se tenaient ordinairement à genoux ou assis à terre, les talons rapprochés des fesses. — C'était là leur position normale, et des milliers de figures, de peintures, de statuettes,

« so that the knees appear rallier further apart, and the feet M are directed autwards. » Lawrence, Lectures, p. 407. On peut déjà se demander si ce n'est pas l'explication du phénomène.

(1) Sketches of central Africa.

(2) Elle est reproduite au J?ntîs/i Muséum.

leurs caractères hiéroglyphiques même en font foi (1).

On pourrait poursuivre indéfiniment l'histoire des variétés physiologiques, aussi bien que des variétés anatomiques; c'est un vaste champ à explorer, et, pour ne citer qu'un point, l'histoire comparée du développement est encore à faire (2).

Si l'organisme, fonctionnant normalement chez les diverses races, présente de telles différences, il doit en offrir de corrélatives dans ses altérations morbides : — il y aura aussi une pathologie ethnologique. C'est là une question immense et qui ne fait que de s'élever de nos jours dans la science. «Il est « des races, dit le docteur Boudin (3), en signalant « la nouveauté de ces recherches, qui se montrent « à un haut degré réfractaires à certaines formes « pathologiques pour lesquelles d'autres offrent, au « contraire, une prédisposition marquée. )j Malheu-

(1) Je ne connais qu'une seule peinture égyptienne qui rappelle la station de leurs Yoisins méridionaux. Elle est au British Mttseum et représente un troupeau d'oies avec divers personnages. Elle a été extraite d'un tombeau de Thèbes. Il est bon cependant de remarquer que l'artiste a voulu représenter un groupe d'individus ; que le profil de chacun d'eux empiète sur le dessin des autres, en un mot, que peut-être il a été un peu gêné par la nature même de son sujet.

(2) Nous sommes loin de bien savoir même dans quelles conditions naît le fœtus nègre : on a affirmé les faits les plus contradictoires résultant sans doute des lieux d'observation.

(3) Boudin, Traité de géographie médicale. Paris, 1837, grand in-8. Introd., p. xlix.

reusement les recherches , dans cette direction spéciale, manquent encore.

On connaît les résultats déplorables de l'expédition tentée, en 1841, sur le Niger, par des équipages moitié Anglais et moitié nègres. Pendant que ceux-ci, nés pourtant en Amérique pour la plupart, étaient à peine malades, la perte fut de 40 blancs sur 145; 130 avaient été atteints.

Le nègre contracte dans nos pays tempérés aussi bien qu'aux Antilles, et à Ceylan, la phthisie avec la même facilité que nous contractons la fièvre ou la dyssenterie dans l'Afrique ou l'Hindoustan. La race juive a toute une pathologie spéciale. Souvent les épidémies qui ont fait le plus de ravages les ont respectés; d'autres fois ils ont payé seuls le tribut; enfin, ils paraissent généralement exempts du goitre, du croup, du ténia (1).

Ce qui est aujourd'hui hors de doute, c'est que, de deux races transportées dans un chmat étranger à toutes deux , l'une peut contracter dans ce climat des maladies dont l'autre est exempte : telle est la fièvre jaune qui, à la Nouvelle-Orléans, n'attaque pas les nègres.

Pendant que certaines affections, telles que le bouton d'Alep, tiennent à la terre et ne sévissent que dans un lieu géographique restreint , il semble

(1) Boudin, Traité de géographie médicale. Paris, 1857, t. II, p. 140.

que d'autres maladies ne soient localisées sur les continents que par les limites des races qu'elles affectent exclusivement ou presque exclusivement; les cas qui paraissent faire exception, ne sont peutêtre que des phénomènes de contagion (par voie ignorée) analogue à celle que nous constatons chaque jour entre les espèces animales les plus distantes, les plus éloignées.

Le parasitisme mieux étudié offrirait peut-être des résultats semblables; la Vistule qui sépare le ténia du botryocéphale est la limite approchante des Germains et des Slaves. Les peuples de la vallée inférieure du Nil et de la Malaisie paraissent exempts du ténia (1).

(1) Boudin, Géographie médicale. Paris, 1857, t. I, p. 336.

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