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LE RÈGNE HUMAIN

Au-dessus de la matière inorganique, des végétaux et des animaux, apparaît l'homme.

Ici pas de doute, l'homme est bien la première des créatures. Ce n'est pas sa place relative qu'il est malaisé de trouver, c'est sa place vraie; la difficulté est de découvrir la valeur des différences réelles qui séparent l'homme des animaux et d'examiner si les divisions qu'on a établies s'appuient sur des bases solides, des faits incontestables.

Examiner ce qu'est l'homme à la nature animale, telle est donc la question primordiale qui se présente en anthropologie. Il semble au premier abord qu'il suffisait à la trancher d'un regard jeté sur sa nature, tout entière et absolument soumise aux mêmes exigences fonctionnelles (1) que les animaux.Tout devait faire pressentir que nous n'étions pas d'une essence tout à fait aussi immatérielle que l'homme s'est quelquefois donné la satisfaction de le croire. Il n'en a pas toujours été ainsi.

(I) « ...whereby we are most closely related to the brutes. » Agassiz, dans le Christian examiner, Boston, 1850.

Deux systèmes, deux théories sont donc en présence. L'une prétend que l'homme n'est que le premier des animaux, qu'il est semblable à eux, dans le sens que ce mot a en géométrie, c'est-à-dire composé d'éléments semblables et par suite comparables.

Un autre système, étayé des noms des plus illustres, fait de l'homme une sorte d'entité spéciale, différente des autres êtres organisés par la nature distincte et bien tranchée de son intelligence. « Un « intervalle profond, sans liaison, sans passage sé- « pare l'espèce humaine de toutes les autres es- « pèces. Aucune autre espèce n'est voisine de l'es- « pèce humaine, aucun genre même, aucune face mille » (M. Flourens) (1). C'est l'opinion adoptée et défendue, en dernier lieu, par M. I. Geoffroy Saint-Hilaire dans le second volume de Y Histoire naturelle générale. Le savant naturaliste et philosophe conclut à l'adoption d'un règne humain apparaissant comme le couronnement des règnes organique et inorganique, et aussi éloigné du second que celui-ci l'est du troisième.

Qu'on nous permette ici quelques réflexions.

Tout en admettant le règne humain, on est bien forcé de reconnaître que l'homme se rapproche infiniment des singes par son organisation physique.

(1) Éloge de Blwnenbach, dans les Mémoires de l'Institut, t. XXI.

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