CHAPITRE [. — LE RlîGNE HUMAIN
On admet donc que deux organismes semblables, ni plus ni moins parfaits l'un que l'autre, servent deux puissances directrices, deux organisations psychiques aussidissemblables, aussi immensément distantes que l'ont admis les défenseurs de cette théorie. Est-ce làun phénomène vraiment naturel, en harmonie parfaite avec ce que nous voyons de toutes parts?
Une organisation psychique supérieure, autre, doit exiger pour ses manifestations une organisation physique supérieure, autre. Tout organisme doit être en raison des influences qu'il estapte à recevoir ; deux organismes semblables supposent les deux organisations psychiques servies par eux semblablés (ce mot toujours employé dans l'acception qu'il a en géométrie).
S'il y a plus de distance de l'intelligence de l'homme à celle des singes anthropomorphes que de l'intelligence de ceux-ci à l'intelligence de l'écureuil à cerveau lisse, par exemple, comment se fait-il que la différence immense ne soit marquée dans le premier cas que par des variations peu profondes de l'organe des manifestations, pendant que dans le second cas cette différence bien moindre est traduite par des variations énormes? Si cette intelligence à part de l'homme n'a pas besoin d'instruments, pourquoi cette autre intelligence commune à lui et aux animaux supérieurs aurait-elle plus besoin d'un instrument?
iB DES RACES HUMAINES.
Conclure avec Bossuet (1) que l'intelligence n'est pas attachée aux organes, c'est revenir à une sorte de cartésianisme. Ceux de celte école en voyant un animal faire des actes humains avaient été aussi obligés de conclure que les organes, et ils allaient plus loin, que les organes et leurs manifestations étaient communes; mais que la force qui mettait tout en œuvre était distincte, différente. Un tel système n'a pu tenir. L'autre est-il plus solide? quand on voit qu'entre nous et les animaux il n'y a que gradation, qu'on passe des uns aux autres presque insensiblement, que notre esprit ne possède rien de plus, pas une faculté autre, mais les mêmes, plus développées.
Encore une objection. Si cette intelligence est indépendante des organes qui ne servent qu'une sorte d'intelligence inférieure, commune aux animaux et à nous, il s'ensuivra qu'en lésant les mêmes organes chez les animaux et chez nous, nous ne produirions que les mêmes lésions chez nous et chez les animaux , n'atteignant jamais cette partie qui est exclusivement humaine et indépendante des organes. Voyons-nous qu'il en soit ainsi?
Entraîné par cette idée de supériorité absolue du règne humain, M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire s'est trouvé tout naturellement et nécessairement ramené
(1) Cf. Is. Geoffroy Saint-Hilaire, Hist. naturelle générale des règnes organiques, t. l\, p. 2S2.