CHAP. VII. INFLUENCES. — IIYBRIDITÉ. 13S
que tous les faits analogues le soient également, cela ne prouverait encore rien. On voit chaque jour l'union de deux espèces bien distinctes produire un métis.
Ce n'est pas la présence du métis qui peut constituer un caractère spécifique : ce sont ses conditions de vitalité et d'existence. Produit de deux organismes, un descendant peut toujours être considéré comme résultant de deux moitiés unies ensemble, emboîtées, enchevêtrées l'une dans l'autre. Si les deux moitiés sont identiques, l'animal est semblable à ses ascendants en tout et pour tout. Si les deux êtres qui ont essayé de s'unir sont trop dissemblables, les deux forces en présence ne peuvent se, combiner même en partie, et le produit est nul ou immédiatement arrêté dans son développement dès les premiers temps de la vie blastodermique. Si les deux forces en présence, ou les deux sommes de force, ont un certain nombre de directions communes, elles pourront produire un être imparfait, monstrueux, qui n'aura pas toutes les conditions d'existence de ses parents; il n'en aura pas la plus sublime manifestation, \di reproduction qui constitue l'espèce en ses composants : les individus parfaits pouvant se reproduire (1).
(1) Cuvier [Dict. des sciences naturelles, mot Nature ) a dit : « On ne peut concevoir un être qui avec certaines exigences « ne posséderait pas ce qui peut les satisfaire^ un être qui
Le caractère de l'espèce, a dit M. Flourens (1), est la fécondité bornée un peu plus tôt^ un peu plus tard. Ceci est évident et a valeur de loi dans l'état actuel de la science. Admettant maintenant que le genre humain est composé d'une seule espèce, nous aurons partout et toujours production illimitée de termes moyens. Ceux-ci posséderont individuellement une vitalité égale à la moitié des deux dont ils dérivent, c'est-à-dire qu'ils seront aussi individu que chacun de leurs parents, aussi propres à être fraction constituante de l'espèce, aussi propres à en assurer la durée.
Voyons s'il en est ainsi :
En Êgypte, les Mameluks ne purent jamais propager leur race au milieu des populations nilotiques , quoiqu'il soit difficile de dire si ce fut là un effet du climat, ou si les produits du croisement
« aurait une partie d'organisation alliée avec une autre partie « convenable pour un être différent. » — Ces êtres ambigus peuA^ent exister^ les métis en font foi; seulement, on ne peut les comprendre qu'en tant qu'individus (phénomènes secondaires), non en tant qu'espèces (phénomène primaire absolu). — Déjà Aristo-te semble avoir entrevu cette importance de la série spécifique par rapport aux individus qui la composent. Il s'exprime ainsi : « L'acte le plus naturel aux êtres vivants qui <; sont complets et qui ne sont ni avortés ni produits par géné- « ration spontanée, c'est de reproduire un autre être pareil à « eux, l'animal un animal, la plante une plante, afin de parce ticiper de l'éternel et du divin autant qu'ils le peuvent. » De l'âme, liv. II, ch. iv, § 2. Trad. par Barthélémy Saint-Hilaire. (1) Histoire des travaux de Buffon. Paris, 1844.