‹ De la pluralite des races humainesChapitre 5 sur 50 · CHAPITRE I. — LE RÈGNE HUMAIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — LE RÈGNE HUMAIN

aux idées cartésiennes. Les animaux ne pensent plus, ils possèdent la sensibilité seule que n'ont pas les plantes (1).

Si Bossuet lui-même, après avoir longtemps étudié, et d'un esprit indépendant, les manifestations de ce que nous appelons sans hésiter le raisonnement, la pensée chez les animaux supérieurs avait été mis en demeure de préciser le point exact par lequel cette intelligence est distincte de la nôtre, il l'eût fait peut-être; mais il n'y a pas pensé, il a fait de la science d'intuition, d'inspiration, non de raisonnement, de faits et de preuves. Avant de trouver une exphcation à la supériorité de l'esprit de l'homme, il fallait démontrer cette supériorité.

Embrasser à priori l'une ou l'autre des deux opinions que nous venons d'énoncer serait un procédé essentiellement vicieux et contraire à toute méthode, celle-ci dans les sciences naturelles récusant tout autre appui à l'origine que des faits. Cependant, sans rien préjuger encore de la solution, examinons simplement les résultats auxquels celle-ci pourra mener selon sa nature.

Que l'homme soit par lui-même une entité spéciale, un monde à part, une sorte de microcosme, un tout en dehors delà vie universelle, notre vanité sera peut-être flattée : pour la science peu ou point

(!) Voir ces idées catégoriquement exprimées dans son eicellente Histoire naturelle générale, t. Il, p. 281.

de progrès. L'anthropologie aura ses méthodes spéciales de recherche peut-être encore à trouver ; elle sera par elle-même, mais sans profit pour les autres branches des connaissances humaines, rameau stérile qui ne croîtra pas, tirant tout de lui-même, éternellement attaché à cette Ecole des faits qui avance sans grandir et qui cherche toujours sans trouver jamais.

Si non, si l'homme rentre dans la vie commune, s'il n'est qu'une partie du grand tout organique, liée nécessairement aux autres par mille points de contact et de rapports intimes, alorsl'anthropologie, fécondée par le principe d'universalité, devient une science profitable; elle rend à ses sœurs, les sciences naturelles, l'appui qu'elle en reçoit, les voies s'agrandissent, et la science de l'organisation devient plus facile, plus sûre, plus large. La synthèse , déployant ses puissantes énergies, nous ouvre les champs de l'inconnu; l'esprit, franchissant cet obstacle, signalé par Montaigne, « de ne s'entendre point, » étudiera l'âme des animaux, fouillera la pensée intime des bêtes. Par nous, nous apprendrons à les connaître, comme Galien, inspiré, apprenait l'anaomie humaine en disséquant un singe.

Cherchons donc à nous faire une idée exacte de cette barrière , dite infranchissable , qui sépare l'homme de la brute. Que si l'on compare aux animaux même de l'ordre le plus élevé, ces génies qui

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