‹ De la pluralite des races humainesChapitre 41 sur 50 · CHAP. VU. INFLUENCES. HYBRIDITÉ · texte numérisé non relu

CHAP. VU. INFLUENCES. HYBRIDITÉ

des dégénérescences de i^î. Morel (Peut-être un peu trop dominé par les idées qu'il a Ttionneur d'avoir le premier mises en avant, M. Morel a rejeté sur les vices et l'abrutissement par ei/ic-memes, des parents de race européenne, l'imperfection des produits. C'est là sans doute une cause influente, mais nous ne pensons pas qu'elle ait agi seule, et ces unions contre nature ont dû être pour beaucoup dans cet abâtardissement ; car si un être que l'abus des boissons ou toute autre cause dégénératrice aura dégradé s'unit à un individu semblable à lui, de la même espèce, et, de plus, sain de corps et d'esprit, il est évident que le produit devra être moyen, c'est-à-dire moins imparfait, moins dégénéré que celui des deux parents affectés. Il n'en est pas ainsi.

Nous ne devons donc plus nous étonner que le croisement des races ne produise pas toujours les effets que semble en attendre M. Morel. Que deux familles d'individus, parties de la même souche, en viennent, après des fortunes diverses, à s'unir; les produits seront beaux, seront purs; ce sera là une véritable régénération du sang. Si l'organisme a été usé d'une part, par quelque influence, il se retrempera, il retrouvera une nouvelle vigueur dans un sang plus neuf, et qu'il est essentiellement apte à recevoir. Le croisement, dans les limites d'une même race, de la descendance d'une souche unique sera productif et généreux, par cela même que c'est là

un phénomène tendant à reproduire l'espèce inlacte, à en détruire les écarts, à tout ramener au même type, à consolider l'espèce, qui est peut-être la manifestation importante de la vie, l'individu devant être rejeté à un plan secondaire, celui-ci soumis à l'espèce, celle-là jamais dépendante de l'individu, ou souffrante quand elle subit son influence.

C'est au nom des mêmes principes que M. de Gobineau (1) s'est appliqué à prouver longuement que le mélange des races conduit nécessairement à la dégradation, à l'abrutissement universel. Cabanis avait professé les mêmes idées (2).

Quand les faits rapportés plus haut ne suffiraient pas à prouver qu'une race métis ne peut prendre naissance, en voyons-nous une quelque part? Trouvons-nous un peuple conservant un type moyen entre deux autres? Nulle part nous ne voyons cela, pas plus qu'il n'existe de race de mulets. C'est qu'en effet une telle race, un tel type ne peut avoir qu'une existence subjective, éphémère.

La définition du mot type en histoire naturelle, et dans le cas particuher qui nous occupe, est une chose assez difficile et qu'on sent beaucoup mieux qu'on ne peut l'exprimer. Quand on a vu un certain nombre d'hommes appartenant à une race, l'esprit, sans aucun travail attentif, détache de chacun

(1) Essai sur l'inégalité des races humaines. Paris, 1852.

(2) Rapports du physique et du moral, 1. 1, p. 484.

CHAP. VII. INFLUENCES. HYBRIDITÉ. ii\

un ensemble de caractères généraux, et en forme une sorte d'être idéal auquel il rapporte ceux qu'il voit ensuite, et qui ont une somme suffisante de similitudes avec ce type pour en justifier l'identité (1).

Le type se reproduit invariable à travers le temps et l'espace sous toutes les latitudes, sous tous les climats. Nous avons vu plus haut comment deux types différents peuvent se trouver rapprochés et vivre simultanément au milieu des mêmes influences ; nous allons voir maintenant que, ces populations missent-elles tout le soin possible à se mélanger, on retrouvera toujours des blancs et des noirs, si ces populations ont été blanches et noires à l'origine, et ceci en vertu de lois que nous croyons pouvoir énoncer, et dont la démonstration sera d'autant plus positive qu'elle est presque mathématique :

Première loi. — Un type moyen ne peut exister par lui-même, mais seulement à la condition d'être entretenu par les deux types créateurs.

Deuxième loi. — Quand deux types s'unissent,

(1) Les distinctions individuelles ne peuvent donc se baser que sur les caractères qui ne sont pas ceux de Tidéal formé. Il résulte de là que si on a vécu avec un homme portant tous les caractères de sa i-ace bien dessinés, on croira le reconnaître dans tous les autres. — Le fait m'est personnel. Après avoir voyagé pendant cinq mois en compagnie d'un nègre magnifique, moi et mes compagnons, nous croyions le retrouver au Caire dans chaque nègre qui passait à nos côtés.

deux phénomènes peuvent se présenter : Tou bien l'un d'eux absorbe l'autre; 2° ou bien ils subsistent simultanément l'un près de l'autre.

C'est en vertu de la première de ces lois que nous ne voyons nulle part une race moyenne s'établir au détriment des races créatrices, les remplacer, et vivre par elle-même. Pour avoir ainsi une existence indépendante, elle devrait être procréée par des métis mêmes qui se propageraient indéfiniment; mais nous avons établi que ceux-ci sont toujours doués d'une fécondité bornée, qui n'irait encore qu'en décroissant chez leurs enfants.

White (1) suppose une colonie composée d'un nombre égal de noirs et de blancs ; puis il examine ce qu'elle deviendra par la suite des temps, supposant qu'un trentième meurt et naît chaque année. Il arrive par ses calculs aux résultats suivants : en soixante-cinq ans le nombre des noirs, des blancs et des mulâtres serait égal; en quatre-vingt-onze ans les blancs ne formeraient plus qu'un dixième de la population totale, et les noirs un dixième ; enfin en trois siècles, il ne resterait pas un centième des blancs.

Cette proposition est vraie théoriquement parlant. Elle est fausse dans la pratique ; elle repose sur ce qu'on pourrait appeler un équihbre instable. Dans le monde physique on peut, à force de soins,

(1) Cf. Account of the regular gradation, etc., p. 146.

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