CHAPITRE I. LE RÈGNE HUMAIN
font lagloire de l'humanité, qui ont porlé si haut les sciences et les arts, ou seulenient nous-mêmes, membres de la grande famille à peau blanche, alors on sera frappé delà différence immense, de l'abîme qui sépare les uns des autres, et c'est ainsi qu'on a été conduit à établir le Règne humain, comparant deux extrêmes sans trop tenir compte des termes moyens.
Laissons pour un instant de côté la question de l'unité ou de la pluralité des origines de l'homme. Une race, une famille douée d'une activité propre, de la faculté singulière et unique, parmi les êtres créés, de réunir en faisceau les pensées de la masse et de se transmettre l'héritage précieux, est arrivée à un point énormément distant de son point de départ. Le concours des générations se succédant, a pu produire les idées dites métaphysiques ; entre elles , la plus grande peut-être , la plus générale, celle de la Divinité. Dans un ordre semblable, chacun est comme le représentant de toute la puissance intellectuelle des générations passées , et c'est trop présumer de nous que de nous égaler au travail de mille, dix mille générations. Tels nous n'avons pas été créés, tels nous ne pouvons être l'objet d'une comparaison avec les animaux restés à l'état primitif (1). Nous devons prendre pour autre terme
(1) Courtet de l'Isle a déjà fait cette remarque, p, 8, Tableau ethnographique du genre humain. Paris, 1849, in-8°.
des peuples où la vie est pour ainsi dire individuelle, où jamais aucun n'ajoute quelque chose à l'héritage transmis ; où cet héritage même a dû venir du dehors, car on ne comprend pas pourquoi, étant arrivés à un degré même infime de civilisation, ils n'onl pas su se perfectionner; ils copient simplement, et ces armes grossières dont se sert le sauvage, il les a connues sans doute par importation étrangère. Peut-être ne s'est-il civilisé que par imitation, faculté que possèdent, dans des limites très-bornées, les espèces supérieures de singes. ' ■
Quand on veut saisir les rapports vrais qui peuvent exister entre deux, classes successives d'êtres dans le monde physique, il faut nécessairement comparer les termes correspondants de deux séries, le premier de l'une au premier de l'autre, etc. Mais quand on veut s'éclairer sur la nature véritable d'une partie plus ou moins considérable d'un être, rechercher les analogues, il faut nécessairement comparer cette partie à des termes voisins, afin que les transformations, grandissant à mesure qu'on s'éloigne, n'arrivent pas à masquer tellement les objets qu'on puisse en méconnaître l'identité.
Que l'on compare le dernier terme d'une série au premier de la suivante, les différences se comblent : on est tout étonné de trouver que tel crustacé est presque un mollusque; tel reptile, tel mammifère.