CHAPITRE 1. LE IIÈGNE JIUMAIN
presque un oiseau (1). Les différences se sont éteintes, les êtres qu'on eût dit le plus éloignés, se sont rapprochés. Nous n'apercevons plus qu'une série continue, et là même où il y a des lacunes, nous sommes presque en droit d'admettre l'existence passée ou à venir de quelque animal intermédiaire.
La chaîne des êtres de Bonnet, de Leibnitz, en tant que phénomène ultérieur, résultant de l'observation d'êtres qui n'ont pas été créés nécessairement dans ce même ordre, n'est pas vraie seulement du monde physique, elle l'est encore du monde moral. Pour connaître ce qui sera commun à l'homme et au singe, combien loin il y a de l'un à l'autre, ne nous mettons plus en scène, nous privilégiés: descendonsjusqu'au basdel' échelle et voyons si, de l'expression dernière de la nature humaine, la distance est si grande à ces animaux trop prônés à leur tour par certains penseurs, souvent de parti pris contre l'humanité.
Les exemples ne manquent pas de races placées si bas, qu'on les a tout naturellement rapprochées des espèces qui les suivent dans la série zoologique (2) ! Cet homme, beaucoup plus près que nous du véritable état de nature, mérite par cela même toute
(1) AnatifSj chéloniens, ornithodelphes, et en général les représentants extrêmes des divisions de toute classification rationnelle.
(2) Comme Bory Saint-Vincent.
l'attenlion de l'anthropologiste et du linguiste, qui, tous deux, peuvent aller chercher là la solulion de problèmes insolubles ailleurs. Pour n'avoir pas étudié les caractères psychologiques de ces races, on est tombé dans d'étranges méprises. Que deviendront toutes ces théories superbes, et sur l'immense supériorité intellectuelle de l'homme, et sur cette âme toute dégagée du monde matériel, tout indépendante, dont il s'est attribué la jouissance exclusive, et aussi sur l'unité de la famille humaine, si l'on arrive à prouver que certaines races ne sont guère plus inteUigentes que certains animaux, n'ont aucune notion de ce que nous appelons monde moral, idées innées y celle de Dieu comprise.
L'exemple le plus souvent cité est celui des indigènes de l'Australie. « Ils ont toujours montré une «profonde ignorance, disent MM. Lesson et Gar- « not (1), une sorte d'abrutissement moral... Une « sorte d'instinct très-développé pour conquérir une « nourriture toujours difficile à obtenir, semble a avoir remplacé chez eux plusieurs des facultés « morales de l'homme. »
Si la police anglaise n'y veillait de fort près, ils braveraient chaque jour, dans les colonies anglaises, les lois de l'honnêteté publique sans plus de souci que des singes dans une ménagerie.
(1) Annales des sciences naturelles, série, Paris, 1827, t. X, p. 155.