CHAPITRE I. LE RÈGNE HUMAIN
Un auteur américain (1), M. Haie, écrit qu'ils ont presque la stupidité de la brute , qu'ils ne savent compter que jusqu'à quatre , quelques tribus jusqu'à trois. «La faculté déraisonner, dit-il, paraît chez eux très-imparfaitement développée. Les arguments dont font usage les colons pour les convaincre ou les persuader sont de ceux qu'on emploie avec les enfants ou les gens presque idiots.»
MM. Quoy et Gaymard, qu'on n'accusera pas de tendances polygéniques, racontent ainsi leur entrevue avec ces populations misérables. « Notre pré- « sence leur causait une sorte de gaieté, et ils cher- « chaient à nous communiquer leurs sensations avec « une loquacité à laquelle nous ne pouvions répon- « dre, car nous n'entendions pas leur langage. Dès « que la rencontre s'opérait , ils venaient à nous les « premiers en gesticulant et en parlant beaucoup; « ils poussaient de grands cris, et si nous leur ré- « pondions sur le même ton, leur joie était extrême. « Bientôt l'échange de nom avait lieu et ils ne tar- « daient pas à demander à manger en se frappant « sur le ventre (2). » Le tableau que ces voyageurs avaient devant eux est tellement triste et navrant qu'ils ajoutent aussitôt, comme par acquit de conscience: t( Cependant ils ne sont point stupides. » Non, sans doute, mais ils ne semblent même pas mériter
(1) American journal of science, 2« série, vol. I, p. 303,
(2) Voyage de l'Astrolabe, Zoologie, 1. 1, p. 43.
l'épithète que le monde donne à des êtres infiniment au-dessous, quand on dit : «Malin comme un singe.» Ils ne sont point stupides, et voilà tout!
■ Les Australiens ne sont pas seuls une exception; Bory Saint-Vincent nous a tracé un tableau à peu près aussi triste des habitants du sud de l'Afrique ,., beau et fertile pays.
A l'autre extrémité du monde, sur ce continent de glace qui occupe le pôle boréal , nous retrouvons encore des hommes si abrutis que , vivant au bord des criques et des anses, ils n'ont jamais su se construire de canots (1).
John Ross, perdu dans les glaces, se trouva en présence d'une peuplade qui n'avait jamais vu un Européen : le navigateur anglais, d'une religion profonde , était dans les meilleures conditions pour envisager avec indulgence les seuls êtres à portée de son affection, et cependant!... Observateur attentif et scrupuleux, sincère avant tout , il dut désespérer de trouver dans ces âmes l'étincelle vivifiante qu'il y cherchait. « L'Eskimau, dit-il, est un animal de proie, sans autre jouissance que de manger; guidé par aucun principe, aucune raison, il dévore aussi longtemps qu'il peut, et tout ce qu'il peut se, procurer, comme le vautour et le tigre (2). » Et plus
(1) Voy. le Voyage de l'Isabelle. — Cf. Desmoulins, Hist. naturelle des races humaines. Paris, 1826, in-8°, p. 276.
(2) J.Ross, Narrative of a second voyage, 1833 p. 448.