‹ De La Pneumonie AbortiveChapitre 29 sur 32 · CHA PER E TV · texte numérisé non relu

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Etiologie et pathogénie

La pneumonie considérée autrefois universellement comme une affection purement inflammatoire, le plus souvent à frigore est rangée depuis les découvertes récentes de Friedlander, de Talamon, de Frænkel et de Netter dans le groupe des maladies infectieuses. Sans rappeler ici les nombreuses discussions qui ont été soutenues par les pathologistes les plus distingués, et les arguments sans nombre apportés par eux, nous nous contenterons d'adopter la doctrine actuelle qui veut que toute pneumonie soit une maladie microbienne, une véritable pyrexie comme la fièvre typhoïde, la grippe, l’érysipèle, etc.

Dès 1877, M. Bernheim avait déjà remarqué que la vraie cause de la pneumonie aiguë franche réside dans l'existence dun agent infectieux, et que le froid, quand il existe, doit être considéré tout au plus comme une cause purement occasionnelle.

En tant que fièvre infectieuse, il lui reconnait une forme abortive, qu’il rapproche de la fièvre typhoïde abortive.

Cette forme abortive étant admise, on doit se demander

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pourquoi, dans certains cas, la pneumonie tourne court avant d’arriver à son terme normal. C’est là une question très compliquée et qui est loin d’être résolue aujourd’hui.

Dans sa thèse d’agrégation, M. Letulle cite, au chapitre des considérations générales, un certain nombre de causes qui pourraient avoir une influence plus ou moins marquée sur la durée des pyrexies. Ces différentes causes, nous allons essayer de les discuter au sujet de la pneumonie et voir si oui ou non elles peuvent avoir une action bien nette sur la marche de cette affection.

L'âge, le sexe, qu’il ne fait que signaler en passant, jouent en effet un rôle par trop aléatoire pour qu’on s’y arrête. Nous avons observé des exemples de pneumonie abortive à tous les âges, et en parties à peu près égales dans les deux sexes.

EL? « influence épidémique » ne doit pas non plus nous retenir longtemps. Sans nier que certaines épidémies présentent une bénignité particulière aussi bien pour la pneumonie que pour la fièvre typhoiïde, ce caractère ne doit cependant pas être pris en grande considération, car les observations que nous avons publiées ne font pas partie d’une épidémie spéciale, mais répondent à des cas quise sont présentés à tous les moments le l’année et même en des années différentes.

D'autre part, la « température du terrain organique ensemencé » «doit-elle être rangée au nombre des causes qui peuvent provoquer l’abortivité de la pneumonie? En admettant que les expériences faites sur les animaux aient montré que les microbes se développent beaucoup moins facilement dans un milieu où la température est élevée, on peut toujours se demander s’il en est de même chez l’homme.

Cette influence, qui est du reste contestée par certains observateurs, ne doit pas être en effet bien grande, puisque

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TR es chez nos malades nous avons observé tous les intermédiaires entre 38 et 41 degrés.

Une autre cause bien digne de fixer l'attention, nous dit l’auteur, résiderait dans « les portes d'entrée de la maladie ». Cela revient à dire, que tel virus introduit dans l'organisme par l'appareil respiratoire, par exemple, produit une forme abortive de la maladie, et qui, s’il eût pénétré dans les vais- Seaux sanguins ou les voies digestives, aurait déterminé des phénomènes pathologiques beaucoup plus graves.

À première vue, cette question nous semble aussi obscure que les précédentes. Tout d’abord il paraît bien impossible de dire dans quelles circonstances et par quelles voies se font chez l’homme ces inoculations qu’on pourrait appeler inconscientes.

Ne serait-il pas plus rationnel de penser que ces éléments infectieux pénètrent dans l’organisme humain par toutes les portes qui leur sont ouvertes et y restent à l’état latent, n’attendant qu’une occasion déterminée pour se développer. Ce sont des « microbes indifférents qui deviennent pathoscènes » dans certaines conditions particulières et qui provoqueront l’éclosion d’une maladie plus ou moins violente, suivant la quantité ou la qualité des germes, suivant la réceptivité plus ou moins grande du terrain organique.

En dernier lieu, on peut se demander si c’est une question de traitement. Nous ne le pensons pas, car chez la plupart de nos malades, il n’y a pas eu de médication sérieuse établie, ce qui n’a pas empêché la maladie de faire sa défervescence prématurément.

Si dans notre observation XII, à la suite de administration de 1 gramme de phénacétine, la température s’est mise à descendre dans l’espace de quelques heures de 40 à 37 degrés,

pour ne plus se relever, nous pensons qu'il y a eu simple

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coïncidence entre la prise de médicament et la défervescence, et nous ne croyons pas que dans le cas particulier, la phénacétine ait eu une action véritablement abortive sur la durée de l'affection.

Puisque les raisons invoquées jusqu'ici sont insuffisantes à expliquer l’abortivité de la pneumonie, nous allons essayer d’en trouver d’autres.

Voici un individu qui se présente à vous avec une pneumonie ayant débuté de la façon ordinaire ; vous vous attendez . à voir la maladie suivre son cours régulier, lorsque, dans le courant du troisième jour, par exemple, la température tombe subitement pour ne plus remonter. Pourquoi cette défervescence brusque ?

Une idée vient tout d’abord à l’esprit. Si le mal s’est déclaré chez l'individu avec cette bénignité qu’il n’eût peut-être pas montrée ailleurs, c’est parce que son économie a présenté une : énergie vitale suffisante pour lutter victorieusement contre les éléments morbides. Le corps a été le plus fort; il a triomphé de la maladie.

Si l’on admet cette hypothèse à l'exclusion de toute autre, il faut bien se dire que seuls, les sujets jeunes, vigoureux, pourront résister suffisamment à l’action du germe pneumonique pour l’enrayer, et, par conséquent, il faudra supprimer cette forme abortive chez le vieillard qui présente le plus ordinairement un organisme singulièrement affaibli et chez les individus jeunes, mais débilités et cachectiques.

Mais n'oublions pas que dans plus d’un tiers de nos observations, il est question de vieillards et même de vieillards présentant, pour quelques-uns du moins, une détérioration organique assez marquée.

Il est done évident que sans nier l’influence que peut avoir « l'opportunité, la réceptivité morbides » du terrain, comme

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les appelle M. Letulle, sur la durée de la maladie, il est sans contredit une autre cause peut-être plus importante, nous voulons parler du germe morbide.

Le poison qui s’introduit spontanément dans notre économie peut présenter des variétés dans sa quantité et dans sa qualité. Peut-être aussi que dans un organisme qui s’imprègne lentement de ces éléments microbiens, et qui a le temps de s’habituer à leur action nocive, une pneumonie qui viendrait à se déclarer dans ces conditions avorterait plus facilement.

Dans l’état actuel de nos connaissances, nous pensons que c’est probablement surtout dans la quantité ou la qualité moindre du germe pneumonique qu’il faut chercher les causes de la forme abortive de la pneumonie chez certains individus, et M. Bernheim doit avoir raison, quand il dit au sujet de la fièvre typhoïde « que la nature de la maladie, fébricule ou forme prolongée, n’est pas tant une question de terrain qu’une question de germe. >» Néanmoins il est difficile de ne pas admettre que la constitution du malade, son tempérament aient une certaine influence sur la détermination écourtée de la fièvre.

Il yaurait peut-être là des recherches bactériologiques assez intéressantes à pratiquer. S’il était possible de faire parallèlement des cultures de microcoques de pneumonie ordinaire et de pneumonie abortive et d’inoculer avec le produit de chacune de ces cultures, des animaux pris dans des conditions absolument analogues, on trouverait peut-être là la solution de ce problème aujourd’hui si obscur et si difficile à expliquer.

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