CHAPITRE V
Diagnostic
Le diagnostic différentiel ne nous arrêtera pas longtemps. Nous ne parlerons pas ici des signes particuliers qui différenclient la pneumonie fibrineuse des autres phlesmasies broncho-pulmonaires et qui peuvent également se rapporter à la pneumonie abortive. Nous renvoyons pour cela à tous les traités de pathologie interne.
Il s’agit principalement de savoir si au début d’une pneumonie on peut dire oui ou non si elle sera abortive, autrement dit, quels sont les symptômes particuliers à chacune de ces formes.
Nous pensons que Jusqu’aujourd’hui on n’a pas trouvé de signe pathognomonique qui permette d'affirmer à l’avance que telle pneumonie avortera. En effet nous avons vu que le début est toujours identique aussi bien par sa brusquerie que par son intensité. Dans la suite, les symptômes généraux et les signes physiques ne diffèrent pas non plus : matité, submatité, son tympanique, expectoration rouillée, souffle, ràles crépitants et sous-crépitants, bronchophonie, jusqu'aux phénomènes
critiques : rien n’y manque. Si certains caractères font parfois défaut, il ne faut pas en attribuer la cause à la forme écourtée de l’affection, car la pneumonie lobaire, même dans ses variétés les plus franches, ne présente pas toujours au complet le tableau signalé dans les livres.
Quant à l’affection signalée par Woillez et décrite depuis par MM. Bergeron et Hirne sous le nom de fluxion ou congestion aiguë du poumon, nous pensons qu’elle n’existe pas, et qu’elle a tout simplement été confondue avec la pneumonie abortive.
En effet les symptômes, que ces auteurs considèrent comme propres à cette congestion pulmonaire, ressemblent singulièrement à ceux de la variété abortive de la pneumonie : même mode de début, même durée, même défervescence, même courbe thermométrique, mêmes signes stéthoscopiques.
L’expectoration semblable à une solution de gomme, qu’ils regardent comme pathognomonique de leur affection, nous l'avons rencontrée dans un certain nombre de nos observations où la maladie s’est arrêtée au premier degré.
L'augmentation des vibrations thoraciques, qu'ils n’ont jamais constatée, nous ne l’avons observée non plus que dans quelques cas très rares, où la durée de la maladie était relativement longue et l’hépatisation nullement douteuse.
La mobilité des signes physiques, qui constitue, selon eux, un des signes caractéristiques les plus importants, ne suffit pas, à notre avis, pour différencier la pneumonie abortive de la congestion aiguë du poumon.
En somme, nous croyons qu’il n’y a pas lieu d'établir, en clinique, une distinction entre les formes écourtées de la pneumonie et la congestion pulmonaire aiguë, et pour nous, cette dernière ne serait autre chose qu’une pneumonie dont l’évolution s’arrêterait à la période d’engouement.
CHASPEPPR EENT
Pronostic
Si l’on s’en rapporte uniquement aux observations que nous avons publiées, il est aisé de voir que la pneumonie abortive est une affection bénigne qui s’est toujours terminée favorablement Les symptômes locaux et généraux ont affecté des formes variables. Le plus souvent modérés, ils ont présenté quelquefois une grande intensité.
Cependant les phémonènes nerveux ataxo-adynamiques, qui ont une si grande valeur au point de vue du pronostic, ont pour ainsi dire toujours fait défaut chez nos malades. Tout au plus, avons-nous observé dans quelques cas un peu de subdélire et de la prostration.
En conclurons-nous que les pneumonies abortives sont forcément toujours bénignes ? Ce serait peut-être aller trop loin.
Néanmoins, on peut nous objecter qu’une pneumonie, étant abortive, guérit nécessairement, et du moment qu’elle guérit, c’est qu’elle ne présente pas de gravité.
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C’est vrai ; mais voici un malade atteint de pneumonie qui succombe avant le cinquième jour. Rien ne prouve que la maladie qui l’a tué, n’aurait pas été abortive. .
D'autre part, l'organisme peut avoir subi un choc assez considérable, comme dans toute affection fébrile, et si le sujet n’est pas en état de supporter les frais de la maladie, la défervescence aura beau se faire rapidement, il tombera dans le collapsus et succombera : on en a observé des exemples.
Enfin, pendant la convalescence de la forme abortive, 1l peut survenir comme dans la pneumonie ordinaire des rechutes et des complications.
Evidemment, chez les adultes qui offrent une grande force de vitalité, et chez quila mortalité est faible, même quand il s’agit de la pneumonie commune, l'affection est peu grave, bien qu’elle s’annonçât parfois avec des symptômes bruyants.
Mais chez le vieillard et chez les sujets détériorés, le pronostic, quoique moins sérieux que dans les cas ordinaires, doit cependant être parfois réservé.
Tout à l'heure nous avons dit qu’il pouvait survenir des rechutes pendant la convalescence d’une pneumonie abortive. Ces rechutes sont-elles fréquentes? Les auteurs que nous avons consultés restent muets à cet égard, excepté Beau (Journal de médecine, 1843) et M. Moutard-Martin (Rev. méd., 1844), qui sous le nom de pneumonie à /oyers successifs, signalent une forme spéciale, dont il faut peut-être considérer chaque poussée comme une pneumonie abortive. |
L'observation que nous citons un peu plus loin au sujet des complications, fournit un exemple très concluant de ce que nous avançons. Il y eut chez ce malade trois poussées successives, les deux premières dans le lobe inférieur droit, la troisième à la partie inférieure de l’aisselle gauche, et chaque
nouvelle poussée fut caractérisée par un nouveau frisson, un
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SR: os nouveau point de côté, de l’expectoration rouillée, de la matité et des ràles crépitants.
À côté des rechutes, on peut rencontrer également des complications. Au nombre de ces dernières, celles qu’on a observées le plus fréquemment dans la pneumonie ordinaire, sont : en premier lieu la pleurésie, qui peut se développer soit comme lésion de voisinage, soit comme conséquence de l'infection générale. Après elle, viennent la péricardite, l’endocardite d’origine infectieuse, la méningite, etc.
À la rigueur, toutes ces lésions pourraient peut-être se rencontrer dans la forme abortive qui ne diffère de la forme commune que par sa plus courte durée. Cependant elles doivent être très rares, puisque nous n’avons eu que deux malades atteints de complications.
Chez le premier (Obs. VII), il s’agit d’un érysipèle de nature très bénigne et qui se manifesta simplement par quelques excoriations sur le bord inférieur des narines avec un peu d’œdème et une légère plaque rouge à la partie inférieure de l’aile gauche du nez et sur la joue.
Chose curieuse, cet érysipèle disparut en moins de deux fois vingt-quatre heures, c’est-à-dire présenta une forme abortive comme la pneumonie.
La seconde complication fut plus sériéuse. C’était un épanchement pleurétique survenu à la suite de deux rechutes. Cet épanchement, joint à un certain nombre d’autres causes, une diarrhée chronique et surtout la dégénérescence du cœur , a amené la mort du sujet. |
Comme on le voit, ces complications, heureusement fort rares, peuvent cependant à un moment donné inspirer des appréhensions sérieuses et doivent toujours être présentes à
l'esprit du médecin.
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