LA METAPHYSIQUE ET LA PHILOSOPHIE
La pensée génératrice de la Poésie scientifique repose sur les théories Evolutionnistes, et elle part d'elles... (2) Nous avons dit dans nos pages préliminaires sur « l'In-
(1) En méthode a l'Œuvre.
(2) Il me paraîtrait oiseux d'insister davantage sur une définition de la « Poésie scientifique ». Nous n'en sommes plus aux heures où des ignare, ou des plaisantins de plus ou moins de probité, demandaient ingénument si nous mettions en vers l'histoire naturelle l S'il s'en trouve encore, c'est au dam de leur intelligence.
tuition et la Science en Poésie », que nous avions cru pouvoir déterminer, en partant des données évolutives comme puissantes d'émotion suprêmement synthétique, — une Métaphysique scientifique.
J'ai donc ramené à deux lois ou plutôt à une loi à double action, les phénomènes de tous ordres : loi de condensation et d'expansion.
C'est par ces deux mouvements essentiels de la Matière que de toute éternité a été assurée la création universelle, mais aussi la conservation même de la Matière, — puisque de la condensation renaissent les énergies explosives qui remettent en mouvement. C'est, d'autre part, par cette double loi, que sont régies la croissance et la décroissance de l'homme. Et, de la même loi de concentration ici pléthorique, d'amassement pesantdes vitalitéssuivi de délivrance, dépend la volition à deux pôles qui engendre, conserve la race et améliore l'espèce, en un troisième mouvement de l'évolution.
J'ai exprimé les deux mouvements premiers et le troisième qui en est la résultante, par le signe géométrique de l'Ellipse. — L'on sait que l'Italien Vico schématisa par le «cercle» la conception du Tout en mouvement, tandis que Goethe le voit en « spirale ». Figuration excellente en ce sens qu'elle dénonce la vérité de l'évolution de la Matière et des êtres animés, d'accord avec les théories évolutionnistes, — mais la « spirale », si elle rend compte du mouvement d'expansion, ne laisse pas entendre en même temps le mouvement de condensation qui en est la suite nécessaire, qu'on ne saurait nier dans l'ordre naturel, ni anthropologique. Mouvement nécessaire au progrès, et qui cepen-
dant, après avoir maintenu l'équilibre instable propre aux mutations, amène en toutes choses le ralentissement et l'immobilité relative, la déchéance et la mort, — inertie que de nouveaux états réveilleront encore en leurs expansions natives...
Tout devient selon un Rythme elliptique. — La Matière étant éternelle et illimitée est représentée virtuellement par le Cercle, qui, si grand qu'il s'élargisse, demeure illimité, de la nature même de la matière. Donc il s'élargirait éternellement en la nécessité de demeurer en même mouvement : la Matière se mouvant selon le Cercle, n'évoluerait pas, ne progresserait pas.
Mais, si elle meut elliptiquement, par l'Ellipse elle se sort éternellement, et illimitée, de la nécessité primordiale du Cercle : elle évolue avec progrès.
Mais, puisque, virtuellement, le Cercle est sans limites, illimitée sera l'ouverture d'ellipse vers la ligne droite, terme d'évolution, — et éternellement, sans pouvoir se résoudre, la Matière évolue et va vers un Plus, vers un Mieux...
Or, par quoi est mise en mouvement, selon cette ellipse, la Matière?
La théorie « évolutionniste » a émis en loi la « lutte pour la vie ». Mais si nous examinons essentiellement cette proposition, c'est un contre-sens que nous repoussons, qu'il vienne de Darwin ou des déductions de Spencer et de Nietsche, et de tous qui après eux l'ont sciemment ou inconsciemment commis, — voir là un But de l'évolution vitale. Ce n'est de cette évolution qu'un Moyen, — pour
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parvenir à plus d'harmonie et d'énergie équilibrée. Donc, c'est une loi d'amour procréateur dont est pénétrée la Matière, et procréateur du Mieux, puisque c'est tendance à l'harmonie.
L'Amour, sa Force inhérente (c'est-à-dire sa propension à l'harmonie de toutes les parties universelles, et à l'équilibre) l'Amour, et pris au sens d'affinité chimique, — meut la .Matière.
La Matière de toute éternité est une unité-Synthétique, mais non-consciente d'elle-même. Parla succession de son divers phénomène elle tend éternellement à prendre conscience de tous ses éléments et de toutes ses propriétés. Elle opère continuellement son Analyse, — elle se développe pour se connaître, et aux divers degrés du processus vital se sent, s'éprouve, se pense, se recrée consciente
Or, Amour implique deux désirs, deux pôles : pour se connaître, dirons-nous métaphysiquement, ils entrent en action, et la résultante de cette action est le troisième mouvement qui naît d'elle — et qui détermine la sortie hors de la non-connaissance, de la non-conscience : c'est-àdire qu'il détermine l'Evolution, troisième mouvement de l'unité trinaire que nous avons représenté par l'Ellipse, signe de l'Univers évoluant.
Désormais la Matière évolue à prendre connaissance d'elle-même, à travers la sensation, l'instinct, la pensée. Sa science produit continuement sa Conscience : savoir, étant être...
Mais l'Ellipse sort péniblement et par intermittences, à travers les vicissitudes inhérentes aux conditions de durées partielles, de ce Cercle primordial par quoi nous suggérons
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la Matière unique. Fatalement l'Ellipse, par périodes, se raccourcit donc, et par loi de pesanteur même, vers le dessin originel : c'est-à-dire l'évolution n'est pas continuement en expansion. C'est à quoi répondent les périodes de décadence dans la nature et les êtres.
De la double loi, selon cette double évocation géométrique, sont possédés les astres du ciel, qui ont irradié et qui se minéralisent, — et dont le cours elliptique se raccourcit. En sont possédées les vies des peuples et des empires, — et nos propres vies, naturelles et intellectuelles, et nos énergies quotidiennes elles-mêmes. En dépendent, nous l'avons dit plus haut, les vertus génératrices.
Avant de dire quelle sanction humaine ressort de ces principes, nous remarquerons en passant qu'ils peuvent mettre un terme à la vieille et longue querelle occidentale entre le Matérialisme et le Spiritualisme, avatar de l'antique antagonisme du Mal et du Bien, de la Nuit et de la Lumière, double direction de l'esprit humain partie de l'Inde depuis la méditation de Vyasa, et l'emprise générale de Kapila qui tient la pensée évolutionniste moderne! — En notre pensée les deux termes s'unissent et l'antinomie se résout : car le spiritualisme, c'est-à-dire pour moi, le plus de conscience prise du Tout, sort perpétuellement de la Matière évoluante. Cet idéalisme nouveau est rationnel et immane à la matière même de l'Univers.
« Le rêve cosmogonique de M. René Ghil, d'où découle le principe de Philosophie qui soutient de sa charpente toute
l'œuvre, s'échaf'aude avec la splendeur et le charme délicat d'idéalité d'une théogonie indoue. » — Gaston et Jules Couturat : René Guil [Revue Indépendante, Août i8gi).