‹ De la politique dans ses rapports avec la morale, essai sur la République de PlatonChapitre 29 sur 36 · LA VIE FUTURE · texte numérisé non relu

LA VIE FUTURE

n’hésite avant de frapper? que d’exemples d’erreurs fatales commandent à la justice humaine la timidité, la circonspection, la défiance d’ ellemême !

Dieu juge sans appel , parce qu’il sonde , comme dit l’Écriture, les reins et les cœurs. La société n’a le droit de justice que là où sa propre existence mise en péril ne permet pas d’attendre le jugement suprême.

Ce qui force encore l’État à restreindre , à limiter la sphère de sa juridiction, c’est le respect de la liberté humaine, qui serait violée dans la personne de chaque citoyen, si l’intention, qui fait la valeur morale des actes, était justiciable des tribunaux, si la pénalité pouvait atteindre les consciences.

Préventives ou restrictives, les lois humaines contrôlant chaque détermination de la volonté, scrutant jusqu’aux plus secrets replis de l’âme, enchaîneraient le libre arbitre par leur surveillance continuelle et leur action immédiate. La contrainte d’une obéissance passive effacerait le mérite et le démérite : les méchants rejetteraient sur l’État la responsabilité de leurs fautes , et les bons, perdant avec leur indépendance l’émulation qui pousse aux grandes choses , seraient sans force et sans ardeur pour le bien.

N’est-ce pas en vertu du même principe que ceux qui aiment et comprennent la liberté repoussent toute loi préventive comme une injure à la dignité humaine, comme une défiance indigne d’un gouvernement et d’un peuple libre, comme

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