‹ De la politique dans ses rapports avec la morale, essai sur la République de PlatonChapitre 5 sur 36 · LA FOBCB ÉRIGÉE EIS LOI SOCIALE · texte numérisé non relu

LA FOBCB ÉRIGÉE EIS LOI SOCIALE

« Le plus sage des philosophes , a dit Bossuet , en » cherchant l’idée de la vertu , a trouvé que, comme » de tous les méchants celui-là serait le plus mé- » chant qui saurait si bien couvrir sa malice qu’il » passât pour homme de bien , et jouît par ce moyen » de tout le crédit que peut donner la vertu : ainsi » le plus vertueux devait être sans difficulté celui » à qui sa vertu attire par sa perfection la jalousie » de tous les hommes , en sorte qu’il n’ait pour lui » que sa conscience , et qu’il se voie exposé à toutes » sortes d’injures, jusqu’à être mis en croix, sans » que sa vertu lui puisse donner ce faible secours » de l’exempter d’un tel supplice (1). »

Adimante fortifie encore ce résumé énergique , et vient frapper le dernier coup. Développant, ■avec une profondeur extraordinaire, la théorie que Larochefoucauld a tenté de faire revivre dans ses Maximes , il prouve que l’intérêt est caché sous toutes les actions qu’on appelle justes. Écoutez les pères conseillant à leurs enfants d’être vertueux, leur parlant du monde , du rôle qu’ils doivent y remplir , des profits , des honneurs , de la considération que la justice procure; les moralistes, répétant partout que la vertu mène au succès, que le droit chemin est le plus sûr de tous , et que Dieu favorise toujours l’homme de bien. Admirez dans les poètes le tableau séduisant de la prospérité du juste , ses moissons abondantes , ses arbres courbés sous les fruits, ses troupeaux chargés de laine ; voyez enfin les prêtres eux-mêmes pro-

(1) Bossuet, Diic. sur l'hist. untv., !• part , ch. VI.

iS LA FORCE iSaiGéH EN LOI SOCIALE,

mettre au nom de Dieu, pour les bons, une félicité enivrante au sein de la vie éternelle ; pour les méchants, des peines redoutables, des supplices sans fin J toujours l’intérêt, toujours l’égoïsme (1). Mais bientôt , oubliant sans doute leur rôle , ceux qui parlent ainsi vous avoueront que la justice et la tempérance sont rebutantes , que la licence et l’injustice n’ont rien que de doux et de facile.

Que conclure de là? Qu’il faut présenter* au dehors et de tous côtés l’image de la vertu , mais en arrière , comme dit Archiloque , « traîner le re- » nard rusé et trompeur ; » se cacher toujours avec art ; et , pour éviter d’être découvert , se ménager des amis, des complices; apprendre à tromper le peuple et les justes ; employer tantôt l’éloquence et tantôt la force (2). C’est ainsi que le don Juan de Molière développe la théorie du vice sans scandale : «L’hypocrisie est un vice privilégié, qui, de > sa main , ferme la bouche à tout le monde, et jouit » en repos d’une impunité souveraine : on lie , à » force de grimaces , une société étroite avec tous » les gens du parti : qui en choque un, se les attire » tous sur les bras (3). » Couvert du masque de la vertu , se dit le fourbe en lui-même , j’aurai le privilège d’échapper à la vengeance des lois. Mais je ne pourrai ni me cacher des dieux ni leur faire violence ; eh ! s’ils n’existent point , ou s’ils ne se mêlent point des choses d’ici-bas!... Je serai injuste, et avec le fruit de mes injustices , je ferai

(1) PUt.i p. 38i , c, d, e; p. lOh, a, b, c, d.

(2) Ibid., p. 36S, a, 6, c, d.

(3j MolUi'c, ftsiin de Pierre, arie V, k. 2.

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