‹ De la politique dans ses rapports avec la morale, essai sur la République de PlatonChapitre 6 sur 36 · LA FORCE ÉRIGÉE E?! LOI SOCIALE · texte numérisé non relu

LA FORCE ÉRIGÉE E?! LOI SOCIALE

aux dieux des sacrifices (1). On le voit, la justice est affaire de convention ; les éloges que l’on en fait se fondent sur la nécessité, le calcul , l’intérêt, l’espoir des récompenses.

Comment en serait-il autrement? En théorie, le matérialisme (s’il n’est pas inconséquent) nie l’âme et Dieu , ne reconnaît que la matière fataleluent organisée; la vie est tout entière dans le corps , naît et meurt avec lui. 11 n’y a pas de vérité absolue: les opinions diffèrent; l’une vaut l’autre. 11 n’y a pas de vertu : chacun suit son instinct et sa fantaisie; le juste et l’injuste, les lois, la morale sont des nécessités imposées par la force , ou des conventions dictées par l’intérêt. En pratique , puisque tout finit avec cette vie , le bien-être est le but suprême. Que les esprits se tournent donc vers cette unique pensée ; qu’elle occupe tous les loisirs de l’homme et lui fasse oublier le reste : droits politiques et civils , qui sont la sauvegarde et la dignité de l’être libre; bienfait de l’éducation, qui doit dissiper l’ignorance, et relever l’homme à ses propres yeux ; respect de la famille , qui donne les chastes jouissances; devoirs sacrés envers la société, qui maudit la guerre sacrilège des citoyens contre les citoyens ; probité sévère, qui consacre et garantit les fruits du travail. Qu’est-ce que tout cela? Des mots vides de sens, invention des puissants pour duper et contenir ceux qu’ils oppriment : le gain de chaque jour en est-il plus fort, la tâche moins lourde? La vie est courte, il faut

(1) Plat., p. 366 et sqq.

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jouir : chacun pour soi , et que la force décide f

Comment ceux dont on a distrait la pensée de tout ce qui peut l’agrandir et la consoler, pourraient-ils tenir un autre langage? S’ils ne croient pas à la justice de Dieu, qui a créé notre âme immortelle, s’ils n’envisagent que la vie présente, comment se résigneraient-ilsà supporter un jour de plus les inégalités de l’ordre social? Ces inégalités, dites-vous, sont inévitables : aujourd’hui détruites, le lendemain les verrait reparaître. Us le savent; mais que leur importe , dès qu’ils croient être les plus forts? Ne voyant rien au delà de cette courte existence , ils seraient bien fous de ne pas tenter par la force de déplacer les conditions de ce monde.

Telles sont les conclusions d’un système qui n’accepte les inégalités de la vie qu’au profit du plus audacieux ou du plus habile, et, s’enfermant dans le présent, consacre l’oppression de la faiblesse par la force. Malheur aux vaincus ! Us doivent servir de victimes. Mais les vainqueurs seront-ils plus heureux? Celui qui envie le sort d’un autre est-il bien sûr que l’échange accompli lui apporterait autre chose que des déceptions? La conscience liumaine et l’expérience de chaque jour ne sont-elles pas là , pour nous apprendre que les besoins croissent avec les jouissances , et qu’un désir satisfait engendre un désir nouveau?

U existe sans doute , il faut le reconnaître , une doctrine plus noble et plus séduisante, celle qui fait briller à nos yeux une félicité pure et parfaite , au lieu de ces jouissances précaires et mélangées d’amertume; qui , dans l’attente d’un avenir meil-

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