HISTORIQUE, DÉFINITION ET DIVISION DU SUJET
Le diabète était connu des médecins de l’antiquité, comme on le voit d’après les descriptions que nous en ont laissées Celse, Arétée, Paul d’Égine, Aétius, Oribase ; mais il est probable qu’ils avaient en vue surtout le diabète sucré, vu sa fréquence relative. Toutefois, même aujourd’hui . en se tenant aux traits indiqués par Galien (1) et Alexandre deTralles(2),il est permis de croire que ces deux auteurs avaient rencontré le diabète insipide et que peut-être ils avaient une idée confuse de la distinction qu’on pouvait établir, au moins au point de vue de la gravité symptomatique. Quant à la distinction résultant de la nature des urines, l’antiquité semble ue l’avoir ni entrevue ni soupçonnée. Le hasard sans doute la fit découvrir pendant le moyen âge, à cette époque où
(1) Galien, De loris affectis, lib. VI.
("2) Alex. deTralles, liv. IX, ch. vnr. Lancereaux.
l’examen des urines revenait si fréquemment dans la pratique médicale et donnait naissance à tant de traités spéciaux sur la matière. Dans la seconde moitié du xvne siècle, Thomas Willis (1) parle des urines sucrées comme d’une notion vulgaire et répandue parmi les médecins. D’autre part, Pierre Petit, son contemporain, commentateur d’Arétée, marquait déjà avec plus de netteté, en s’appuyant sur la clinique, la différence entre le diabète sucré et le diabète insipide : rappelant que Cardan avait été affecté de polyurie en 1536, d’après son propre témoignage, il remarquait justement que la diurèse chez ce médecin, sans dépérissement, sans polydipsie, durant plus de quarante ans, ne pouvait être la maladie décrite par Arétée et en différait essentiellement.
Au xvme siècle cette distinction ne fait que s’accentuer davantage ; alors ce n’est plus seulement à la clinique ou à la chimie qu’on demande des éléments de séparation et de classification. Sauvages(2) cherche dans l’étiologie des différences, il reconnaît : 1° le diabète vrai ou sucré ; 2° le diabète anglais ; 3° le diabète hystérique ; 4° le diabète artificiel ; 5° le diabète alcoolique; 6° le diabète goutteux; 7° le uiabète fébrile. De leur côté, Cullen (3), Lister, signalent chacun un cas de véritable diabète
(1) Th. Willis, Pharmaceutices rationalis , p. 93, édit, de Lyon, 1681, in-4.
(2) Sauvages, Nosologie méthodique , 1775. Traduction, tome III, p. 163; Paris, in-8.
(3) Cullen, Éléments de mêd. pratique, traduction de Bosquillon, tome II, p. 446.
insipide; J. Frank (1) en indique d’autres. En 1829, M. Andral (2) donne comme caractère chimique du diabète non sucré l’augmentation de la quantité d’eau dans les urines avec une très- petite quantité de matière animale.
Enl831,le professeur Bouillaud (3) confondsous la même dénomination les deux diabètes.
Plus tard, Robert Willis, préoccupé du côté chimique, dans un chapitre consacré à l’étude de la sécrétion urinaire exagérée, établit les distinctions suivantes : Dans une première catégorie, il décrit des cas où cette excrétion est caractérisée par la diminution générale des principes solides , c’est ce qu’il nomme hydrurie. Dans une seconde il place les cas dans lesquels il y a diminution d’urée, c’est Yanazoturie. Dans une troisième il range les cas où l’urine a pour caractère une exagération de la quantité d’urée, c’est Yazoturie.
En 1841, Lacombe, examinant la polyurie au point de vue purement clinique, rassemble dans un mémoire qui n’est pas sans valeur la plupart des matériaux sur la question, qu’il traite surtout en médecin, tenant fort peu de compte des données chimiques. C’est dans cet ouvrage que presque tous les auteurs classiques puisent postérieurement pour faire l’histoire de cette affection, tout en s’écartant quelquefois des opinions de l’auteur. Ainsi Yalleix (1) se
(1) Franck, Traité de pathologie interne, trad. de Bayle, t. V, p. 393.
(2) Andral, Précis d'anatom. patholog., t. II, p. 657.
(3) Bouillaud, Dictionn. deméd. etchir., t. VI, p. 249.
sert de la thèse de Lacombe pour écrire son article Polydipsie , et il emprunte au travail de Willis les éléments de son article Polyurie ou diabète insipide. Grisolle (2) fond ces deux chapitres en un seul intitulé Polyurie.— Requin (3), discutant le plus ou moins de convenance des dénominations de polyurie et polydipsie, n’y voit avec raison qu’une subtilité théorique sans distinction possible dans la pratique.
Falk revient aux idées de R. Willis : envisageant la question à un point de vue chimique plutôt que clinique, il établit des distinctions qui s’éloignent peu de celles de son prédécesseur ; ainsi il admet sous le nom de polyurie simple l’espèce morbide appelée par les anciens diabète insipide, espèce dans laquelle il y a simple hyperdiurèse sans sucre ni albumine, il lui reconnaît deux variétés suivant la densité de burine : i° Polypissuria , azoturie de Willis, où le poids spécifique de l’urine est de 1018-1036.
2°Polydiluturia, hydrurie et azoturie de Willis, où l’urine a un poids spécifique de 1000-1018.
Wood (4) adopte une division qui s’écarte également fort peu de celle de Willis.
Dès 1855, la question entre dans une voie nouvelle: l’éminent physiologiste du collège de France, dont les recherches et les travaux marquent si profondément dans la science, Claude Bernard étudie la glycosurie et la polyurie; il montre que ce n’est pas
(1) Valloix, Guide du médecin praticien, t.II, p. 685, et t. III, p. 552.
(2) Grisolle, Traité de pathol. interne , t. I, p. 839.
(o) lîequin, Nosographie organique, l. II, p. 609.
G) Wood, A treatise of the practice ofmedicin. Philadelphie, 1855,
dans les reins qu’il faut en chercher l’explication, mais que l’on doit remonter plus haut jusqu’aux centres nerveux.
Parkes, en 1860, distingue dans le diabète insipide trois variétés fondées sur des phénomènes physiologiques et pathologiques, variétés qu’il suffit de mentionner ici sans entrer dans de plus longs développements.
Vogel distingue deux espèces de polyurie :
l°La polyurie caractérisée par une simple augmentation de la sécrétion urinaire sans résidu solide plus considérable par l’évaporation, c’est ce qu’il appelle hydrurie.
2° La polyurie accompagnée d’une augmentation des matières solides : c’est le diabète, qu’il divise en diabètes mellitus et diabètes insipidus ; cette distinction a été adoptée en tous points par le Dr Kien.
Antérieurement le Dr Magnant, comprenant sous le nom de diabète insipide tous les flux urinaires, décrivait séparément la polydipsie, qu’il faisait synonyme d’hydrurie, la polyurie ou azoturie de Willis et la polydiluturie ou anazoturie; mais les observations qu’il apporte à l’appui de son système ne légitiment en aucune façon ces divisions.
A son tour le docteur Kiener considère la polyurie comme expression symptomatique, il en étudie les conditions physiologiques et reconnaît une polyurie essentielle, une polyurie avec excès d’urée, une polyurie avec glycosurie, et une polyurie par dvscrasie hydroémique. D’un autre côté, le Dr Ro-
berts, de Manchester, envisageant cette question par son côté clinique, désigne sous le nom de diabète insipide tous les cas où se rencontre l’émission abondante d’urine avec un faible poids spécifique.
Dans cette revue rapide des travaux les plus importants publiés sur la question que nous traitons, une chose frappe d’abord : c’est la diversité des opinions, la multiplicité des divisions dans un sujet qui se présente à première vue avec une apparente simplicité. La signification même des noms consacrés n’est pas bien fixée ; polyurie, diabète insipide, sont employés par les auteurs avec un sens plus ou moins restreint, plus ou moins particulier à chacun. Cependant ce qu’il importe de faire avant tout, c’est de dégager de cette confusion et de cette divergence d’appréciations l’idée commune, d’en déterminer l’étendue et de lui donner son expression la plus juste. Or, un premier point nous paraît devoir être admis, c’est que la polyurie est un symptôme qui se rencontre dans un certain nombre d’états pathologiques, tels que le diabète sucré, le diabète insipide, l’albuminurie, etc.; il ne faut désigner par là, suivant le sens propre du mot, que la sécrétion exagérée des urines.
Si à ce phénomène commun s’ajoutent des caractères particuliers empruntés notamment à la nature et à la composition du liquide excrété, on doit recourir à des désignations nouvelles rappelant ces caractères mêmes. Ainsi le diabète sucré est une expression sur laquelle l’accord est général: il en devrait être de même du diabète insipide qui est dans un rapport
exactement parallèle vis-à-vis de la polyurie, dont il n’est qu’une forme particulière ; aussi nous semblet-il logique d’en donner la définition suivante : Un état morbide caractérisé par une émission exagérée et non passagère d’urines d’un poids spécifique faible, sans sucre ni albumine.
Par cette définition, d’ailleurs peu différente de celle que donne le Dr Roberts dans son excellent mémoire, nous groupons sous un même chef un ensemble de cas qui, il faut bien le reconnaître, ne sont pas d’une identité parfaite, mais présentent au moins de grandes analogies, et fournissent des traits communs pour une histoire clinique spéciale.
Nous distinguons ce groupe de l’affection encore mal connue et désignée depuis Willis sous le nom d’azoturie, affection caractérisée par une émission abondante d’urines avec excès d’urée. Plus loin, nous verrons s’il y a lieu de l’en séparer.
Nous écartons également ces cas nombreux où l’on voit se produire une diurèse transitoire, comme après les attaques convulsives, au déclin des maladies aiguës, à la suite des eaux minérales.
Ainsi envisagé et circonscrit, le diabète insipide correspond assez bien à ce que l’on trouve désigné dans les auteurs sous les noms d’anazoturie , hydrurie, polydiluturie et polyurie essentielle.
CONDITIONS PATIIOGÉNIQUES ET ÉTIOLOGIQUES.
La recherche des conditions qui président au développement d’un état morbide quel qu’il soit, constitue toujours une étude des plus difficiles, mais aussi des plus importantes, car au moyen de cette étude on peut établir des distinctions utiles pour le pronostic et pour le traitement. Nous avons donc tenu à préciser autant que possible les conditions diverses sous l’influence desquelles se développe le diabète insipide.
A cet effet nous avons cru, à l’exemple du professeur Roberts, devoir rassembler le plus grand nombre des faits connus , pour chercher ensuite s’il serait possible d’en former des groupes fondés sur des circonstances pathogéniques et étiologiques particulières.
Mais, ainsi qu’il arrive ordinairement, nous avons trouvé, à côté d’un certain nombre de cas où ces circonstances sont indiquées, un non moins grand nombre d’observations où il n’en est fait aucune mention. Ces observations diverses ont été passées en revue, et de leur analyse est résulté le classement que voici :
A. Observations dans lesquelles la polyurie a été le résultat :
1° D’un traumatisme ayant porté sur la tête. . 5
2° D’une contusion affectant d’autres régions du corps, ou d’efforts
3° De lésions non traumatiques de l’encéphale. 7 4" D’ un état hystérique ou névropathique ... 7
5° D’une émotion vive 2
6° D’excès alcooliques antérieurs ou succédant
immédiatement à l’ivresse 7
7° D’un refroidissement subit 3
8° De l’insolation 1
9° De maladies aiguës fébriles ou inflammatoires 5 10° De l’hérédité 11
B. Observations dans lesquelles la polyurie n a
aucune cause indiquée 21
Lésions traumatiques de la tête. — Les faits dans lesquels ces lésions ont été suivies d’une polyurie plus ou moins grave ne sont pas nombreux, mais ils sont suffisamment nets et précis pour qu’il n’y ait pas le moindre doute à établir sur l’existence d’une liaison causale entre le choc et le désordre urinaire consécutif. Aussi nous ne pouvons résister au désir de les rapporter en quelques mots. Nous les faisons suivre de trois cas de glycosurie passagère avec polyurie également survenue à la suite d’un traumatisme du crâne.
Observation I. — Homme de 27 ans. Chute sur la tète, fracture de la région frontale, compliquée de plaie. Perte de connaissance pendant onze jours. Déviation des traits à gauche. Abolition de la vision à droite et affaiblissement à gauche. Polydipsie succédant à l'accident. Polyurie simple. — Ingestion de 25 litres de liquide. Traitement par la valériane. D’abord légère décroissance, puis état stationnaire de la polyurie peu-
dant trois semaines. Guérison deux mois après l’accident. (Moutard-Martin, loc. cit .) (1)
Obs. II. — Homme de 18 ans. Polydipsie datant de six ans, à la suite d’un coup de pied de cheval sur le front. Rémission des symptômes pendant une varioloïde. La polyurie était simple.— 8 à 10 litres de liquide ingérés par jour. (Charcot, loc. cit.)
Obs. III. — Homme. Chute d’une hauteur del5mèt.Plaie contuse du front sansfracture du crâne. Perte de connaissance durant cinq jours. Écoulement de sang par l’oreille gauche. Polyurie simple consécutive. Urines incolores avec reflet verdâtre, en proportion à peu près égale à celle des boissons ingérées : 4 à 13 litres. Guérison en deux mois. (Debrou, loc. cit.)
Obs. IV. — Homme de 18 ans. Coup sur la partie latérale droite de la tête. Polydipsie et polyurie simple immédiate. — 30 litres de boisson par jour. Urines en proportion. Opium administré sans résultat. Succès de la valériane. (Baudin, loc. cit.)
Obs. V. — Jeune fille de 14 ans. Chute sur les pieds. Accidents de commotion cérébrale. Coma , grincements de dents, pupilles dilatées, strabisme, hémorrhagie par l'oreille gauche. Neuf jours plus tard, apparition de la polyurie. — 6 litres de boisson par jour. Urines en proportion, sans sucre ni albumine. Guérison en quinzejours. (Martin, loc. cit.)
— Homme de 16 ans. Coup de bâton sur l’occiput. Polyurie et glycosurie succédant à l’accident. La glycosurie disparaît assez vite , et il reste pendant deux mois une polyurie simple. ( Plagge, loc. cit.)
— Homme de 17 ans. Chute d’un sixième étage. Fracture par enfoncement du frontal droit et de la base du crâne. Accidents convulsifs et comateux, contractures , etc. Polydipsie cinq jours après l’accident, et augmentant de jour en jour. Glycosurie légère, 3 gramm. 23 pour 1,000 gramm. d’urine. — Boissons ingérées atteignant 30 litres la veille de la mort, treize jours après l’accident. Aulopsie : Contusion du lobe antérieur. Bulbe examiné avec le plus grand soin : on n’y trouve rien d’anormal , ainsi que dans la partie supérieure de la moelle. (Chassaignac et Fischer, loc. cit.)
(1) On trouvera dans la Bibliographie l’indication des ouvrages d’où les observations ont été tirées.
— Homme de 19 ans. Choc sur la région occipitale. Fracture du crâne. Commotion cérébrale. Urines abondantes. 5 à 6 gramm. de glycose par litre dans l’urine. Mort quatre jours après l’accident. On ne trouve pas de trace de contusion du bulbe ni de la protubérance. Le quatrième ventricule a paru sain. (Jacquemet, loc. cit .)
Faisons remarquer que, dans ces cas, la contusion a généralement amené une perte de connaissance de longue durée à laquelle ont succédé, presque aussitôt ou peu de temps après, la soif et la diurèse. La relation paraît donc évidente.
Lésions traumatiques 'portant sur diverses régions. — Les faits de cette catégorie sont très-rares, puisque nous n’en avons pu trouver que deux, et peut-être même ne les eussions-nous pas relatés, si dans des cas analogues de traumatisme on n’avait vu apparaître la glycosurie. A côté de ces deux cas nous en donnons deux autres où la polydipsie et la polyurie ont paru succéder soit à un violent effort , soit à un traumatisme.
Obs. YI. — Homme. Chute sur les reins, hématurie, puis polyurie simple quelques jours après l’accident. (Vigla, loc. cit.)
Golding Bird (loc. cit.) a rapporté à la Société de Westminster le cas d’un malade atteint d’une polyurie qu’il attribuait à la chute d’une certaine hauteur sur la région des reins. Ce fait se rapproche du précédent.
— Homme de 24 ans. Coup sur l’hypochondre droit. Glycosurie pendant quinze jours disparaissant avec les signes de contusion du foie, et faisant place à une polyurie simple et boulimie. Nombreux traitements et nombreuses exacerbations de la polyurie. (Rostan, Piorry, Charcot, Trousseau.)
— Femme. Chute dans un escalier. Hémiplégie du côté droit. L’urine, examinée le vingtième jour, présente de légères traces de sucre, pas d’albumine. Densité 1010 à 1021. Deux litres d’urine par jour. (Todd, loc. cit .)
Obs. VIL — Fille de 19 ans. Effort violent pour empêcher une chute dans un escalier. Métrorrhagie et polydipsie le jour même de l’accident, 50 à 60 livres d’urines qui n’avaient point de saveur douce. (Jarrold, loc. cit.)
Obs. VIII. — Garçon de 12 ans, traité à la clinique de Wilna d’une soif inextinguible qui s’était développée, quelques mois auparavant, pendant qu’il poussait la roue d’une voiture embourbée dans un chemin. En même temps, sensation d’une légère douleur à l’épigastre. Cet enfant buvait 20 litres en 24 heures et urinait en proportion. Guérison momentanée et réapparition de la soif. (Joseph Frank, loc. cit.)
Lésions non traumatiques de l'encéphale. — Ces lésions, de natures très-diverses, sont pour la plupart des tumeurs ayant leur siège dans différents points de l’encéphale, mais plus souvent peut-être au voisinage du bulbe ou à son niveau. Dans un cas, le plancher du quatrième ventricule était lui-même affecté ; mais ce cas, manquant de détails symptomatiques, perd un peu de sa valeur. La polyurie, dans ces faits, a persisté autant que la lésion cérébrale ; une fois même elle a diminué en même temps que cette lésion. La relation entre ces affections et la polyurie semble donc naturelle et assez bien établie ; toutefois ne nous hâtons pas trop de conclure, car il reste des difficultés, et, dans l’état actuel de la science, il n’est pas possible de prouver incontestablement ce rapport par la clinique. Il est fort probable que la causalité signalée est réelle, de graves présomptions autori-
sent à le croire; une affirmation absolue serait téméraire.
Obs. IX. — Jeune fille de22 ans. Etourdissements dès l’enfance. Vomissements. Céphalalgie depuis l’âge de 20 ans. Hehvig, se fondant sur les symptômes, avait diagnostiqué un diabète insipide. Pas de sucre dans l’urine. Autopsie faite par Virchow; glio-sarcome de 5 centimètres de long sur 1 d’épaisseur, adhérent au plancher du quatrième ventricule dans une étendue de 8 millimètres, qu’il remplissait en partie, se prolongeant en avant jusqu’à l’aqueduc de Sylvius et en arrière jusqu’au bec du calamus scriptorius. (Mosler, loc. cit.)
Obs. X. — Homme de 60 ans. Polyurie ne datant que de trois mois. Amaigrissement rapide, débilité générale, insomnie; quelques troubles digestifs peu intenses; densité de l’urine de 1002 à 1004, 9 à 14 pintes par jour, correspondant exactement à la quantité des boissons ingérées. Urée en proportion double de l’état normal.
Convulsions avec coma se reproduisant à plusieurs reprises et suivies de mort.
Reins volumineux, ramollis, sans altérations appréciables, sans dégénérescence histologique; tubercule jaune dans l’hémisphère gauche, même produit dans le côté droit du cervelet, rien dans le quatrième ventricule. (Roberts, loc. cit.)
Obs. XI. — Homme de 54 ans, mort à Bicètre en 1860.
Syphilis ancienne. Accidents primitifs il y a 26 ans. Hémi plégie droite survenue quatre ans après et guérie par l’iodurede potassium. Nouvelle atteinte d’hémiplégie à gauche quelque temps après, ayant en partie disparu. Gommes et exostoses en divers points du corps, il y a trois ans. Polydipsie et polyurie huit mois avant l’entrée à l’hôpital. Ni albumine ni sucre dans l’urine dont la quantité moyenne s’élevait à 4 litres par jour.
A l’autopsie, exostose du crâne. On ne trouve pas de tumeur ni de lésion appréciable dans le cerveau. Gommes du foie et des ganglions bronchiques. Reins mamelonnés, de couleur lardacée à la coupe. (Obs. de Gentilhomme, dans Lancereaux, loc. cit.)
Obs. XII. — Homme de 42 ans. Hémiplégie du côté droit, il y a douze ans. Première attaque d’épilepsie, il y a quatre ans.
Attaque tous les six mois. Polyurie ayant débuté, il y a douze ans, six semaines après l’hémiplégie.
La quantité d’urine a varié de 4,300 à 8,500 cent, cubes par jour. Les sécrétions cutanées n’étaient point sensiblement modifiées.
L’auteur rattache le diabète insipide à une affection de la moelle allongée, en s’appuyant sur ce que ce malade avait de l’embarras de la parole et de la difficulté à mouvoir la langue, et que les altérations du langage paraissent dues à des lésions affectant les origines de l’hypoglosse qui naît près des olives, et près du point dont l’irritation, d’après Claude Bernard, détermine de la polyurie simple. (Leyden, loc. c it.)
Obs. XIII. — Homme de 21 ans. Otite du côté gauche datant de deux ans. Exacerbation des symptômes depuis trois semaines. Polyurie intercurrente survenue subitement; le malade boit de 12 à 14 cruches de liquide et urine en proportion. Ni sucre ni albumine. Diminution de l’otite et de la polyurie. Le malade est perdu de vue.
Urines: 9,600 centimètres cubes. — Densité: 1004. Réaction alcaline.
Eau 95,47,53
Matières solides 52,47
Matières organiques 38,63
Sels inorganiques. ....... 13,84
(Kien, Thèse, p. 17 ; Kiener, Thèse, p. 76.)
Obs. XIV. — Homme de 35 ans sujet à des attaques de nerfs revenant à des intervalles irréguliers et durant d’une demiheure à plusieurs jours, et dont quelques-unes présentaient le caractère épileptiforme avec perte de connaissance. Santé générale parfaite entre les attaques. Depuis vingt mois, surdité complète et permanente, perte de l’œil gauche puis de l’œil droit six mois après, et excrétion, depuis ces vingt mois, de 2 à 3 gallons d’urine par jour. On soupçonna une tumeur hydatique. (Roberts, loc. cit.)
Obs. XV. — Homme de 30 ans, entré à l’hôpital Necker le 16 janvier 1864, service de M. le professeur Lasègue, forte stature. Son père mort d’un coup de sang, sa mère morte subitement d’apoplexie; frère et sœur, santé excellente et constitution
robuste. Se masturbait trois fois par semaine, pas de syphilis. II y a quinze jours, polydipsie, 5 à 6 litres par jour (il buvait antérieurement 7 litres de vin par jour) ; quelques jours après, boulimie(I01ivres de pain par jour). Bientôt perte de forces, étourdissements; laiblesse dans les jambes, épistaxis abondantes, sécheresse dans la gorge, langue humide et fraîche ; digestions faciles, selles régulières; aucune lésion cardiaque ou pulmonaire; urines claires et limpides ne contenant pas de sucre; désirs vénériens et érections abolis depuis le commencement de la maladie, mais pollutions nocturnes.
Affaiblissement général du système musculaire; anesthésie générale à la douleur, aux températures, au tact, de la peau et des parties musculaires sous-jacentes, de la langue, de la cornée, des fosses nasales. Seules les parties génitales externes échappent à cette anesthésie. Le goût, l’odorat sont abolis, l’ouïe est intacte; affaiblissement de la vue, surtout à droite.
Pendant le séjour à l’hôpital, plusieurs fois vertiges avec chute et perle de connaissance pendant dix minutes; sueurs profuses; puis contracture des membres du côté droit et hémiplégie de ce côté; déviation de la face à, gauche, amaurose complète du côté droit et amblyopie à gauche ; les sueurs restent abondantes ; légère diminution de le polyurie; nausées, céphalalgie, constipation, vomissements pendant six jours après l’hémiplégie, mouvements convulsifs dans le côté non paralysé.
Les vomissements durent quinze jours, et se reproduisent après l’ingestion des aliments; la boulimie et la soif persistent malgré cela (2 pains, 8 portions d’aliments et 8 litres de tisane dans les 24 heures).
Trois semaines après l’hémiplégie, attaque épileptiforme, et convulsions du côté gauche durant deux heures.
On ne trouva à l’ophthalmoscope aucune lésion dans l’œil droit.
Le malade quitta l’hôpital le 12 mars ; l’hémiplégie avait légèrement diminué. La boulimie persistait ainsi que l’anesthésie générale, la constipation, l’amaurose ; la polydipsie était moins intense (4 litres par jour de boisson). (Fernet, observation inédite.)
Etat hystérique ou névropathique , émotions vives. — La plupart des auteurs qui ont écrit sur l’hystérie s’accordent à faire mention d’une polyurie temporaire survenant principalement à la suite des accès, ainsi qu’il arrive après certaines attaques d’épilepsie. Ce n’est pas de cette polyurie passagère qu’il est ici question, mais bien d’une polyurie persistante coïncidant avec des accidents nerveux si elle ne leur succède. On trouvera plus loin une très-belle observation de ce genre tirée de la thèse du Dr Kien. Voici les faits que nous avons rencontrés ; de ces faits nous rapprochons deux cas où il est dit que la polyurie aurait succédé à une vive émotion.
Obs. XVI. — Femme de 37 ans, d’une bonne constitution, hystérique, ayant eu diverses hématémèses supplémentaires des règles ; enceinte de 8 mois. Appétit dévorant, soif vive, boit 6 litres par jour et rend une quantité proportionnelle d’urine ne contenant ni sucre ni albumine. (Landouzy, toc. cit.)
Obs. XVII. — Femme de 40 ans observée à l’Hôtel-Dieu (salle Saint-Antoine), ayant toujours joui d’une bonne santé, pesant 230 livres. Elle a eu depuis quelques mois de franches attaques d’hystérie à la suite de contrariétés, et depuis deux mois et demi elle est devenue polydipsique et boulimique.
Depuis six semaines elle éprouve différents troubles nerveux, céphalée, étourdissement, état nauséeux, troubles de la vue, vertiges, surtout lorsqu’elle veut coudre ou lire, à ce point que ces deux occupations lui sont devenues impossibles, et qu’elle est obligée de garder le lit.
Les urines, limpides, aqueuses, ne renferment ni glycose ni albumine. La moyenne de la diurèse est de 6 à 8 litres par jour.
Divers traitements n’amènent aucune amélioration. (Le Teinturier, observation inédite.)
Le professeur Oppolzer, d’après le Canstatt's Jahresbericht, tome II, p. 26, 1 866-67 , rapporterait
aussi ( loc . cit .) un fait d’hystérie avec polyurie, que malheureusement nous ne pouvons qu’indiquer ici, n’ayant pu nous procurer le mémoire original.
Obs. XVIII. — Femme de 30 ans. Métrorrhagie abondante il y a quatre ans. Boulimie; pica; mange des cendres en quantité, puis polydipsie plus accusée l’hiver que l’été, augmentée par le café et les liqueurs. Boit une voie d’eau par jour. Depuis un an, diminution de la polyurie. Ne boit plus que 4 ou S litres par jour. L’appétit est redevenu naturel. Urines, poids spécifique = (1007), 333 à l’aréomètre de Baumé. (Lacombe, loc. cit., p. 48.)
Obs. XIX. — Femme de 34 ans, constitution robuste, en proie, depuis son enfance, à divers accidents nerveux. Depuis cinq semaines, perte d’appétit , signes d’embarras gastrique, amaigrissement, teint jaune terreux , souilles anémiques , cardiaque et vasculaire. Boit 14 litres par jour et urine 14 litres 7. Densité, 1002. Augmentation légère des sels fixes, 14,98 au lieu de 14,38. Diminution de l’urée, G, 33 au lieu du minimum normal 9,92. Pas d’acide urique. — Traitement inefficace par les purgatifs, sudorifiques et boissons acidulées. Efficacité du calomel, qui, en treize jours, fait tomber l’urine excrétée de 14 litres à 3 dans les vingt-quatre heures. (Fleury, loc. cit.)
Obs. XX. — Femme de 43 ans. Douleurs périodiques intermittentes du côté gauche de la face, de la tète et du cou , avec mouvements convulsifs dans les doigts de la main gauche , le tout datant d’un an ; légère saillie de l’œil gauche au moment des accès, avec œdème de ce côté de la face. Onze enfants. Quelques atteintes de rhumatisme goutteux. Langue sèche saburrale. Appétit nul et restant tel. Rien au cœur. Polyurie dont le début n’est pas indiqué. Urine limpide sans sucre ni albumine; densité de 1011. Quantité moyenne, 2,280 gr. lre analyse de 2,280 gr.: urée, 20 gr. (401 grains d’urée pour 76 onces d’urine). 2e analyse de 4,330 gr.: urée, 31 gr. 70; acide phosphorique, 2 gr. 19. Constipation opiniâtre. (Haughton, loc. cit.)
Obs. XXL — Jeune femme d'une constitution nerveuse, atteinte, depuis plusieurs années, d’une soif nécessitant l’ingos- Lanccreaux. 2
tion de 8 à 10 bouteilles de liquide. — Emploi du kermès minéral pendant deux mois; sueurs excessives découlant de tous les points du corps. Diminution passagère de la polyurie , qui reparaît bientôt après accompagnée d’une série de maux nerveux, dont le nombre, la différence , autant que l’anomalie , ont de quoi surprendre. (Desgranges, loc. cit.)
Obs. XXII. — Femme de 33 ans , à qui on annonce brusquement, il y a quatre ans, la mort de son mari, et qui, sans convulsions, sans perte de connaissance, est prise de céphalalgie, chaleur générale et soif inextinguible; elle but un seau d’eau dans la nuit. La miction fut proportionnelle à l’ingestion du liquide. Cette polydipsie persista plus intense l’hiver que l’été. La nourriture végétale est préférée. A la suite d’une période menstruelle accompagnée de fièvre , vomissements bilieux , douleurs lombaires vives. La polyurie cessa presque entièrement, et reparut lorsque les signes d’inflammation des organes pelviens disparurent. L’excrétion de l’urine oscilla entre 5 et 15 litres, et la densité entre 1001 et 1005. Grande sensibilité au froid. L’état général était satisfaisant, (Lacombe, loc. cit., p. 29.)
Obs. XXIII. — Femme de 30 ans , polvdipsique depuis l’âge de 5 ans , à la suite d’une frayeur : elle avait fait une chute dans une cave. Pas de sucre dans l’urine. (Delpierre, loc. cit.)
Excès d'alcool. — Un certain nombre de cas de polyurie consécutifs à des excès de boissons alcooliques paraissent établir une liaison évidente entre l’ivresse et le diabète insipide. Nous avons rassemblé six cas qui présentent cette particularité caractéristique que c’est immédiatement après l’excès de boisson ou le lendemain que se sont fait sentir la soif et la polyurie.
Cette rapidité d’apparition après l’action de la cause est assez remarquable. Nous avons vu que cette soudaineté d’invasion existe aussi dans la polyurie traumatique. Mais la polyurie qui survient à
la suite d’excès de boisson est généralement grave, et la guérison rare. A côté de ces faits, nous en plaçons deux autres où la relation de causalité est moins évidente.
Obs. XXIV. — Un individu âgé de 26 ans, dans l’ivresse alcoolique, reste privé de connaissance pendant deux jours et délire ; à son réveil il est pris d’une soif inextinguible qui ne le quitte pas; en quelques jours il devient d’une faiblesse inouïe; au bout de quatre mois il est mort avec tous les symptômes du diabète insipide. (Griesinger, loc. cil., et Union médicale, 1802, p. 583.)
Obs. XXV. — Homme de 28 ans, ayant eu un chancre labial il y a six ans; grand buveur; il y a deux mois, à la suite d'une ivresse, il perd connaissance pendant deux jours. Le malade, revenu à lui, fut pris d’une soif dévorante qui a continué depuis. La sueur s’est supprimée. L’appétit, d’abord faible, est devenu exagéré. Constipation habituelle, amaigrissement, perte de forces, faiblesse de la vue, anémie. Pression douloureuse des reins. Peau sèche. 8,000 à 12,500 centimètres cubes d’urine par jour. Densité, 1001 à 1002 ; ni sucre ni albumine. La créosote lut employée sans succès. L’opium amena une diminution de l’urine qui tomba à 1,500 centimètres cubes. Densité, 1015. Les forces diminuèrent progressivement. L’estomac devint de plus en plus intolérant; la mort arriva. L’autopsie révéla des hépatisations lobulaires dans le poumon gauche. Reins anémiés. Canalicules élargis d’après Luscka. L’épithélium était graisseux et manquait en partie. Neuffcr place le point de départ de ces désordres dans les reins; il pense que la polyurie détermine la polydipsie. (Neuffer, loc. cil.)
Obs. XXVI. — Homme de 49 ans, entré à l’hôpital de la Pitié, service de M. Marrotte, le 6 janvier 1869, sorti le 31 du même mois. Grand buveur habituel, absorbant quotidiennement 4 à 5 litres de vin ou de boissons fermentées ; à la suite d’un grand excès de boisson, et par une température assez basse, il se couche sans se couvrir, et le lendemain il devient polyurique. Urine en moyenne, 10 litres par jour. La transpiration cutanée s'arrête en même temps qu’apparait la polydipsie. Depuis ce temps, cet
homme , d’apparence vigoureuse, a perdu un peu de ses forces et de sa mémoire. L’appétit est faible; langue blanche et pâteuse, bouche habituellement sèche. L’émission de l’urine atteint 14 litres par jour. Cette urine est claire, limpide, légèrement alcaline, marquant 0 au densimètre Baumé. On n’y trouve ni sucre ni albumine ; les sels y sont en quantité insignifiante. Le sulfate de cuivre, l’opium, les bains sulfureux employés dans le but de ramener la transpiration, une meilleure hygiène, produisirent une amélioration passagère. L’appétit devint meilleur. La moyenne de l’urine excrétée tomba à 6 litres par jour. La transpiration ne revint pas. (Liouville, observation inédite.)
Obs. XXYI1. — Homme de 31 ans, atteint d’exostoses syphilitiques et de phthisie laryngée , faisant des excès habituels de boisson. Au lendemain d’une orgie , ce malade est pris d’une soif intolérable et d’une polyurie en rapport avec cette polydipsie. Environ 9 litres d’urine sont émis par jour. Densité, 1003 à 1003 ; ni sucre ni albumine. (Haughton, loc. cit.)
Obs. XXVIII. — Homme de 23 ans, atteint depuis dix ans de polyurie, survenue, dit-il, à la suite de libations copieuses. Buvait de 13 à 20 litres par jour, et urinait en proportion ; signes do tuberculisation pulmonaire.
A l’entrée du malade à l’hôpital, diurèse abondante. Quantité considérable de matières extractives. Urée en faible proportion. Aggravation de l’état pectoral, diminution des matières solides, et diminution des urines.
Vomissements abondants. Disparition de l’urée.
Pneumothorax. L’urine excrétée n’est plus que de 2 litres ; l’urée réapparaît en grande quantité. Le sang contient trois fois plus d’urée qu’à l’état normal.
Anasarque généralisée. Mort.
Tubercules. Cavernes pulmonaires.
Beins hyperémiés. — Morel n’y a trouvé au microscope aucune altération. Foie gras.
On n’a rien trouvé dans le cerveau ni dans le bulbe, ni au plancher du quatrième ventricule. (Kien, p. 22; Kiener, p. 61, loc. cit.)
Obs. XXIX. — Soldat de 25 ans, bien constitué, tempérament lymphatique, buveur, atteint depuis longtemps d’une polyurie, qui s’est élevée à 23 et 30 litres. L’appétit est bon, ainsi que la santé générale.
Quatre analyses d’urine , faites par Poggiale en quatre mois, donnent la moyenne suivante pour les vingt-quatre heures: Densité, 1001, 46 à 1001, 52. Réaction neutre, absence de glycose et d’albumine.
Eau . . «
Urée
Acide urique
Matières extractives
Sels inorganiques
Traitement : vomitifs, — amers, — antispasmodiques, mercuriaux jusqu’à salivation, alcalins, acides, opiacés.
Le malade quitte l’hôpital sans que son état soit amélioré. (Poggiale, loc. cit.)
Obs. XXX. — Homme de 25 ans , habituellement intempérant, affaibli par la syphilis et le traitement mercuriel, ayant souffert du froid et de la faim, pris subitement d’une grande soif. Diminution des forces. Émaciation. Bouche sèche parcheminée, langue blanche, dyspnée. Appétence pour les végétaux; n’a pas de goût pour les aliments. Brûlure à l’estomac. Vue affaiblie, vertiges, gencives ulcérées, apathie, anaphrodisie , œdème malléolaire. Douleurs ostéocopes, etc. Urines limpides, pas d’albumine sucrée. Densité, 1008. 12 litres en moyenne par vingt-quatre heures. Amélioration notable de l’état général mais douteuse de la polyurie. (Graves, loc. cit.)
Refroidissement subit. — Cette cause, mentionnée dans trois cas, est encore moins bien établie sans doute que celles qui précèdent; cependant, en l’absence de toute autre indication, il est permis de croire que l’ influence d’un brusque refroidissement a pu, en agissant sur le système nerveux, jouer un certain rôle dans la production du mal qui nous occupe. A côté de ces cas nous en plaçons un autre où l’insolation a pu jouer un rôle analogue.
Obs. XXXI. — Jeune homme de 14 ans, a bu de l’eau trèsfroide à une fontaine, il y a quatre ans, étant en sueur. Depuis
lors, suivant lui, il serait devenu polydipsique. Les urines, examinées par Bouchardat, ne présentent pas de sucre; l’excrétion, de 18 litres à l’entrée du malade à l’hôpital, baisse à 8 litres, sous l’influence d’un régime tonique, de bains de vapeur et de pilules de cantharide. Mais la polyurie reparaît bientôt aussi intense qu’avant; légère acidité de l’urine. Densité, 0,0 à l’aréomètre de Baumé. Le tannin et la valériane amenèrent une amélioration considérable. Quevenne, ayant de nouveau analysé l’urine, n’y trouva pas de sucre. (Lacombe, loc. cit.)
Obs. XXXII. — Un vieillard, pendant l’un des jours des grandes chaleurs de l’été, prit, le corps étant couvert de sueur, un verre d’eau rougie. A partir de ce moment, sans fièvre, sans douleur, il éprouva une soif continuelle et vit ses forces diminuer. Pas d’appétit (il préfère surtout les fruits); pas de lésions organiques; il boit plusieurs litres. Urines en proportion, aqueuses, décolorées, légèrement acides, d’une densité très-peu supérieure à celle de l’eau distillée; ni sucre ni albumine. Meurt quinze jours après l’entrée à l’hôpital. (Vigla, loc. cit.)
Tenon raconte aussi qu’un avocat devint polydipsique quelques heures après être tombé dans un ruisseau durant une partie de chasse.
J. Frank cite le cas d’un malade devenu polyurique le soir d’un jour où il avait eu les pieds mouillés en coupant du riz dans les premiers jours d’octobre.
Sundelin (Horn’s Archiv., 1830) rapporte un troisième cas analogue.
Obs. XXXIII. — Homme de 31 ans, d’un tempérament lymphatique, s’aperçoit un jour qu’il urine abondamment et qu’il éprouve un fréquent besoin de boire. Il se rappelle que, huit jours avant le début de sa polydipsie, il s’est exposé en moiteur à un courant d’air froid. — Sudorifiques, opiacés, ferrugineux employés inutilement. Une saison de Vichy fut sans résultat. Un an après , la polyurie persistait dans le même état. Santé générale assez bonne, permettant au malade, qui est soldat, de reprendre son service. (Fr. Barthez, loc. cit.)
Obs. XXXIV, — Jeune homme de 24 ans, d’une apparence chétive, buvant 20 litres de boisson depuis trois ans , à la suite d’üne excursion à la campagne , par un soleil ardent. Un peu
d’affaiblissement musculaire. Il fut pris d’un rhumatisme trèsintense qui fut traité par le nitre, à la dose de 30 grammes. Diminution de la soif, et onze jours après guérison des deux affections. La polydipsie n’avait pas reparu un an après. (Debout, loc. cit.)
Maladies aiguës fébriles ou inflammatoires. — Il n’est pas rare qu’une polyurie passagère se manifeste au moment de la défervescence des maladies aiguës. Mais ce phénomène, généralement considéré comme une crise , est plutôt favorable que nuisible , et d’ailleurs purement transitoire. Il n’en est pas de même de ces cas, rares il est vrai, où à la suite d’une maladie aiguë, telle que la diphthérite ou le rhumatisme, on a vu apparaître une polyurie persistante. Dans ces faits, ce nous semble, il y a lieu de croire que la polyurie a été le résultat d’un désordre nerveux comparable à celui qui, dans les mêmes circonstances, donne lieu à ces paralysies qui ont été récemment l’objet d’une étude spéciale.
Obs. XXXV. — Élisa S...., 11 ans, vue le 23 janvier 1866. Fièvre ardente. Peau très-chaude. Face injectée. Pouls, 140. Délire, agitation. Pas d’éruption. — Le 25, prostration, fièvre moins ardente. Amygdales rouges. Diphthérie. Urines alcalines sans albumine; densité, 1008. Les parents et deux sœurs sont atteints de diphthérie. — 1er février, abattement, inappétence, peau chaude et sèche. Céphalalgie intense. Attention appelée sur les urines : elles sont abondantes, très-alcalines ; densité, 1002. — 5 février, état général meilleur. 5 à 7 pintes d’urines aqueuses, incolores, alcalines; pas d’albumine. Céphalalgie intense calmée par une miction abondante. On prescrit une préparation de fer. Résultats très -satisfaisants. Urines réduites à la quantité normale. La densité, de 1002 le 26 février, monte à 1013 le 26 mars. Réaction acide. Cessation de la céphalalgie. Retour de l’appétit. Guérison.
2 avril. Céphalalgie, abattement, perte d’appétit, séjour au lit; urines alcalines, devenues abondantes et, ce jour seulement, renfermant quelques traces d’albumine. Préparation de fer. Mieux rapide. Les urines diminuent de quantité. La densité, de 1009, monte à 1013. Réaction acide. — 20 avril, guérison. (E. Whittle, loc. cit.)
Obs. XXXVI. — Homme de 40 ans, cocher de fiacre, pâle, lymphatique, bien portant jusqu’à son arrivée à Londres, il y a quatre ou cinq ans. Un mois après son arrivée il eut un accès de fièvre rhumatismale, et aussitôt après sa guérison il commença à se plaindre de la soif; il a de la céphalalgie, perd l’appétit; les urines qu’il rend peuvent être évaluées à 4 ou 5 pintes en vingt-quatre heures. Cet état s’aggrave : quelques douleurs vagues dans les membres, faiblesse, diarrhée et constipation alternatives ; dans ces derniers temps quelques hémoptysies. Arrivé à l’hôpital, il rend 5, 6 et 7 pintes d’urine par jour; elles ne contiennent ni sucre ni albumine; densité, 1003 à 1009.
Les urines, analysées par Sutton, contiennent, sur 1,000 par-
ties :
Eau 990,700
Urée 5,570
Sels 3,730
Sous l’influence du cachou et de l’opium, plus tard de l’acide tannique, de l’acide sulfurique, du sulfate de fer, enfin de la teinture de perchlorure de fer, il y eut une amélioration notable ; l’urine fut réduite de 6 à 4 pintes, dont la densité devint 1018. (Cade, loc. cit.)
Obs. XXXVII. — Homme de 31 ans, bonne constitution; à 13 ans, il a eu une maladie grave avec fièvre, coliques, diarrhée, dans laquelle il buvait beaucoup; depuis, sa soif a toujours été exagérée. La santé est restée bonne; boit 15 litres par jour; appétit normal ; amélioration par le nitrate de potasse. (Bidard, loc. cit.)
Obs. XXXVIII. — Fille de 20 ans, observée à l’Hôtel-Dieu (salle Saint-Antoine, service deM. Parrot), 22 février 1864, d'un tempérament lymphatique, d’une santé maladive et d’une intelligence très-bornée. A la suite d’une fièvre intermittente nette-
ment caractérisée, contractée il y a dix ans, elle devint polydipsique dans sa convalescence. La polyurie a persisté depuis ce temps. Les urines sont aqueuses, ne contiennent ni sucre ni albumine.Cette fille, qui boiten moyenne 10 à!5 litres par jour, a été traitée il y a trois ans par la valériane pendant deux mois, et a obtenu pendant les deux ans et demi qui ont suivi ce traitement une amélioration assez considérable. Elle ne rendait plus que 3 litres par jour. — Récidive à 10 litres depuis. Améliorée par l’arsenic et le nitrate d’argent. (Le Teinturier, observation inédite.)
Obs. XXXIX. — Fille âgée de 7 ans. Il y a quatre ans, après avoir été traitée pour une inflammation d’intestins, sans avoir eu ni dévoiement ni vomissement, elle fut prise tout à coup de soif ardente, persistante l’été et l’hiver; diminution passagère pendant un état fébrile; même diminution pendant une pleuropneumonie. La soif a besoin de 6 litres en vingt-quatre heures; urine pâle, aqueuse, limpide, presque sans odeur, légèrement acide; poids spécifique, 0,8 — 1003,866 aréomètre de Baumé.
Traitée, il y a deux ans, par M. Cruveilhier; bains aromatiques, tisane de quinquina, préparations martiales. La soif persiste. Préférence marquée de la malade pour une alimentation végétale. Sécheresse de la peau, sensation habituelle de froid. Persistance de la soif sans amener de troubles notables dans la santé générale. (Lacombe, loc. cit., p. 44.)
Il existe bien encore quelques cas de polyurie et de polydipsie ayant succédé à une métrorrhagie plus ou moins abondante, mais sans qu’il soit possible de voir une liaison causale entre ces deux symptômes.
Hérédité. — L’hérédité enfin peut être regardée comme cause de la polyurie, car il se rencontre nonseulement des individus polyuriques dès leur enfance, mais d’autres aussi dont les ascendants et les collatéraux sont ou ont été atteints de la même affection. Les faits qui suivent sont dans ces conditions. L’un d’eux toutefois pourrait peut-être recevoir (obs.
Belloc) une autre interprétation. L’usage du vin dès les premiers mois de la vie chez la malade aurait pu contribuer, en effet, à faire naître un désordre qui d’ailleurs ne fut pas grave. Cette malade eut onze enfants sans altération notable de sa santé. Tous ces enfants sont morts, excepté deux dont l’un est atteint, comme sa mère, d’une grande soif, le propre des polyuries ayant une origine héréditaire étant de se continuer pendant de nombreuses années, dix, vingt et trente ans, sans produire de changements notables dans l’état général de santé des malades.
Obs. XL. — Homme de 59 ans, dont deux frères, la sœur et un oncle étaient atteints de soif intense. Les enfants du dernier étaient de plus frappés de la même affection. Le malade, dès sa tendre enfance, était un grand buveur d’eau ; à 30 ans, il buvait 20 à 25 litres en vingt-quatre heures. Appétit normal, avec préférence marquée pour la salade.
En 1835, malaise, anorexie devenant considérable pendant plusieurs semaines; diminution de la soif qui n’est plus revenue à son état primitif. Il continue à boire 3 ou 4 litres de liquide. Ses urines ont une densité de 1007, sans sucre ni albumine. (Obs. communiquée par le Dr Héré. Lacombe, loc cit.)
Obs. XLI. — Homme de 30 ans, polydipsique depuis l’enfance, urinait environ 10 à 15 livres d’urine par jour. Densité, 1,007 à 1010, pas de sucre, un peu d’albumine; mais le malade avait une diarrhée abondante et du catarrhe vésical. Traitement infructueux par les bains chauds, le tannin, l’opium, l’azotate de chaux. Le copahu abaisse le chiffre de l’urine excrétée à 7 livres par jour.
Le frère aîné du malade, mort l’année précédente, avait une soif ardente et buvait des quantités considérables de thé. Il urinait en proportion. (Wachsmuth et Andersohn, loc. cit.)
Obs. XLII. — Jeune fdle de 19 ans, petite-fille de diabétique et nièce d’un individu atteint d’affection de Bright. Lympha-
tique; devient chlorotique à 14 ans et peu après polyurique. Le fer et la valériane raniment les forces, la diurèse diminue, et le poids spécifique de l’urine remonte de 1003 à 1019. De 1856 à 1862, la polyurie persista avec alternative de mieux et de pis. La santé générale était meilleure; embonpoint; la menstruation ne s’est pas manifestée. (Trousseau, loc. cit.)
Obs. XLIII. — Soldat de 24 ans, plusieurs fois atteint de fièvre palustre, a vu depuis deux ans ses urines augmenter. Il rend i par jour 25 litres d’urines claires, pâles, sans odeur. Poids spécifique, 1001 ; réaction neutre; précipité nul par la chaleur,'’ l’acide nitrique et l’ammoniaque. Pas de glycose. Quantité de boisson moins grande que celle de l’urine rendue; embonpoint conservé, mais salive rare et épaisse, bouche pâteuse, sécheresse du pharynx, peau sèche, très-sensible au froid; urée en quantité normale. Sa mère, un frère et deux sœurs, tous décédés,
1 ont présenté la même affection. Après trois mois et demi de traitement (quinquina, fer réduit, citrate de fer), le malade ne rend plus que 10 litres etdemi en vingt-quatre heures. Libéré du service, il sort de l’hôpital. (Deebrey, loc, cit.)
Obs. XLIV. — Femme de 24 ans , bonne santé habituelle, soif intense depuis neuf mois, à la suite du sevrage de son enfant. Son père et son frère furent glycosuriques. Le frère était mort du diabète; le père était mort phthisique, et ses urines ne renfermaient plus de sucre avant sa mort.
Quant à la malade, elle présentait les signes physiques d’une tuberculose commençante.
En moyenne 17 pintes d’une urinepâle, d’une densité de 1000, sans albumine ni sucre; urée et chlorures en quantité normale.
Légère diminution de la diurèse sous l’influence de la valé- I riane. La densité, qui était de 1000 pour 17 pintes, monte à 1006 pour 13 pintes. La malade est perdue de vue. (Reith, loc. cit.)
Obs. XLV. — Femme blonde, mère de onze enfants. Peu d’embonpoint. Sujette à une soif intense dès sa plus tendre jeunesse, elle buvait trois seaux d’eau par jour. Mariée, deux lui suffisent jusqu’à son premier enfant, depuis lequel la soif est j| revenue aussi intense qu’auparavant. Les saisons n’influencent pas sa pojydipsie. Les maladies intercurrentes diminuent sa soif, (Belloc et Brongniart, loc. cit.)
Obs. XLYI. — Soldat de 31 ans, grand appétit etgrande soif dès sa jeunesse. Étant militaire', ingérant 41 à 43 livres de liquide, et urinant 27 à 30 livres. Pas de sucre au polarimètre. Légère réaction acide. Boulimie considérable. Amélioration par la créosote et une nourriture animale. (Novellis, loc. cit .)
Obs. XLYII. — Le 22 mai 1866, se présentait, à l’hôpital des Enfants-Malades, X..., garçon de 11 ans, atteint de diabète insipide depuis 1860, sans troubles notables dans la santé jusqu’en décembre 1865. A cette époque, désordres digestifs, épistaxis, affaiblissement de la vue, fièvre, palpitations violentes. — L’urine pèse 1008, au lieu du chiffre normal 1020. Elle contient de l’albumine, mais pas de sucre. — Le traitement par les amers, les toniques, la valériane, les opiacés, restant sans résultat, l'enfant succomba peu de temps après. (Roger, loc. cit.)
Obs. XLVI1I. — Homme de 32 ans. A 4 ans, il est pris d’une soif ardente, et boit de cinq à six bouteilles d’eau par jour; à 18 ans, il en buvait trente bouteilles. Appétit normal, impressionnabilité au froid. (Desgranges, loc. cit.)
Obs. XL1X. — Homme de 19 ans. Il éprouve un besoin continuel de boire depuis très-longtemps. Une pleurésie bilieuse étant survenue, il se trouva guéri de la soif, à la suite de l’application d’un large vésicatoire qui suppura trois jours. On ne dit pas si cette guérison s’est confirmée. (Desgranges, loc. cit.)
Obs. L. — Homme de 51 ans, polydipsique depuis l’âge de 5 ans, buvant en moyenne 33 livres d’eau et en rendant 34, appétit normal, santé générale bonne, fonctions génitales assez actives. La vessie paraît peu développée. Les urines, examinées par Thénard, n’ont pas fourni de sucre. (Boissat, loc. cit.)
Tels sont les faits de diabète insipide où se rencontre une mention plus ou moins exacte des conditions pathogéniques ou étiologiques. Ainsi groupés et examinés dans leurs rapports avec leurs causes prochaines ou éloignées, ces faits conduisent à des résultats tout à fait dignes d’intérêt. Ils nous montrent que la polyurie est toujours plus ou moins di-
rectement liée à une influence nerveuse. On ne peut en effet contester qu’il n’en soit ainsi dans les cas de polyurie consécutive à des traumatismes, à des lésions encéphaliques, à l’hystérie, ou môme dans ceux qui succèdent à l’ivresse et au froid. N’est-ce pas encore à une influence du même genre que se rattachent ces cas de diabète insipide survenant au déclin de quelques maladies aiguës ; l’hérédité enfin ne vient-elle pas toujours nous révéler cette même action du système nerveux dans la production de la polyurie, quand on sait la grande prédisposition des affections de ce système à se transmettre héréditairement ?
Les observations dans lesquelles les causes ne sont pas indiquées, ou ont pu échapper au malade et à l’attention du médecin, seraient nombreuses si on voulait les accepter toutes sans restriction. Ici, nous n’avons voulu tenir compte que des plus complètes, et ce qu’elles nous ont paru offrir d’intéressant trouvera sa place dans les chapitres ultérieurs (1).
(1) Au point de vue du sexe et de l’àge, voici ce que donnent
ces faits :
Hommes 14
Femmes 7
— De 5 à 20 ans. 9
— De 21 à 40 ans 8
— - Au-dessus de 40 ans. ... 4