DE LA POLYURIE OU DIABÈTE NON SUCRÉ CHEZ LE CHEVAL
Il règne quelquefois dans la race chevaline une affection vulgairement nommée pisse , qui n’est autre chose qu’une forme de polyurie assez analogue à celle qui nous occupe. Une épizootie de cette affection, observée par Moiroud, et publiée par ce professeur dans le Recueil de médecine vétérinaire , 7e année, 1830, sévissait presque exclusivement sur les chevaux de trait soumis à des travaux un peu rudes. Au début, ces animaux étaient généralement tristes et abattus, avaient peu d’appétit, la bouche chaude, et la région lombaire sensible à la pression; en même temps l’urine coulait abondamment, et la soif était alors en quelque sorte inextinguible; la maigreur était de plus en plus grande, la peau sèche, le poil terne et piqué. L’urine, pendant tout le cours de la maladie, était limpide, de couleur jaunepaille, d’une odeur extrêmement faible ; son poids spécifique était de 1007, celui de l’eau étant 1000. Soumise à l’analyse chimique par Lassaigne, elle a fourni les résultats suivants :
1“ Eau 98
Urée
Benzoate de potasse...
Acétate de potasse
Acétate de chaux
Chlorure de sodium...
Acide acétique libre...
0 (Mucus
° j Sulfate de chaux
Cette analyse diffère de celle de l’ urine normale par une plus grande proportion d’eau, par la présence de l’acide acétique libre, et par l’absence de carbonates terreux. On n’a point trouvé dans cette urine de principe sucré comme dans celle de F homme atteint de diabète.
Cette affection durait de trois à quatre semaines, après quoi les chevaux reprenaient leur appétit, leur force et leur gaieté; mais quelquefois aussi elle se prolongeait au delà de ce terme, se compliquait de gastro-entérite, et avait alors une terminaison funeste. L’autopsie ne démontrait qu’une violente inflammation de la muqueuse vésicale.
En 1855, MM. Reynal et Bouley signalent une nouvelle épidémie de pisse. Au lieu de 2 litres d’urine, quantité moyenne rejetée chaque jour par un cheval buvant environ 28 litres d’eau, les individus atteints de cette affection et rationnés, c’est-à-dire n’ayant bu également que 28 litres d’eau par jour, ont rendu 10 litres d’urine, ce qui est vraiment énorme.
Les urines, dans les premiers temps de la maladie, ne sont pas modifiées dans leurs caractères chimiques. Plus tard, elles deviennent très-acides. Habituellement, pendant les deux derniers jours de la vie, elles se chargent d’une certaine quantité d’albumine. Tantôt les reins ne présentent aucune altération, tantôt ils offrent des traces évidentes de néphrite.
La polyurie, dit le savant inspecteur des écoles
Lancereaux. 3
vétérinaires, M. II. Bouley, dans une lettre qu'il a eu l’obligeance de m’adresser il y a quelques jours, se développe habituellement, à l’époque des grandes chaleurs de l’été, chez les chevaux condamnés à des travaux rudes et pénibles. L’animal présente d’abord les signes d’une faiblesse remarquable ; il éprouve une soif vive et cesse de manger ; il maigrit rapidement, et l’on a pu observer sur un cheval polyurique une perte de 6 kilogrammes en vingt-quatre heures. Si la maladie n’est pas arrêtée dans sa marche, l’animal ne tarde pas à mourir, ou bien il est pris, tôt ou tard, de morve ou de farcin. Pourtant la pisse du cheval est sans gravité quand on a la prudence de suspendre le travail dès sa première manifestation, car alors, au bout de quelques jours de repos et de régime modéré, l’écoulement des urines redevient généralement normal. Le médicament qui réussit le mieux en pareil cas, est le carbonate de chaux ; il suffit de mêler aux boissons de l’animal une certaine quantité de cette substance, pour voir les urines diminuer d'abondance et la maladie disparaître au bout de quelques jours.
Malgré un certain degré d’analogie, cette affection diffère incontestablement de la polyurie de l’homme, tant par les conditions dans lesquelles elle survient que par sa marche aiguë et sa terminaison rapide. 11 est difficile d’ailleurs de lui reconnaître une origine nerveuse et de la rattacher à un trouble de Pin nervation; elle paraît se lier surtout à l’in-
fluence d’un mauvais régime, à une fatigue excessive, et, selon quelques vétérinaires, à l’ingestion de la luzerne fraîche; conséquemment, elle tiendrait plutôt à un trouble de l’estomac et des reins.