PAYSAGE DU SOIR
« Un reflet d'or couvre les bois ; un rayon magique illumine doucement les ruines du burg au milieu de la forêt.
«Calme et majestueuse, la mer resplendit; làbas, près de l'île, comme des cygnes sur les eaux, des barques de pêcheurs nagent mollement vers le bord.
» Un sable argenté brille sur la plage. Des nua-
* Nous devons à M. Saint-René Taillandier la traduction de ce morceau et des suivants, dont l'auteur s'était borné à donner le texte original. (Ed.)
Abendlandscliafl.
Goldner Scliein
Deckt den Hain, Mild beleuchtet Zauberschimmer Der umbûschten Waldburg Trummer.
Still und hehr
Strall das Meer; Heimwârts gleiten, sanft wie Schwàne, Fern ara Eiland F'ischerkâhne.
Silbersand Ulinkt amStrand;
ges de maintes formes, tantôt rouges, tantôt pâles, flottent au sein des ondes.
» Les roseaux, dorés par le couchant et frémissant au vent du soir, couronnent les premiers plis du terrain ; autour d'eux tumultueusement se croisent les oiseaux de mer.
»Au milieu du bois brille, à ravir un peintre, avec son petit jardin, son feuillage et sa fontaine, la cellule de l'ermite tapissée de mousse.
» Les feux du soleil vont mourir dans les eaux;
Rôther schweben hier, dort blàsser, Wolkenbilder im Gewàsser.
Rauschend kriinzt
Goldbeglanzt Wankend Ried des Vorlands Hùgel, Wildumscliwarmt vom Secgeflugel.
Malerisch
Im Gebiisch Winkt, mit Gartchen, Laub'und Quelle Die bemooste Klaiisnorzo'Ie.
Auf (1er Fluth
Slirbt die Glnlh; Schon verl)lasst dcr Abendschimnier Au dcr hohen Waldbiiru Triimmer.
déjà l'éclat du couchant pâlit sur les hautes murailles du burg, au milieu de la forêt.
» La lueur de la pleine lune couvre les bois ; le murmure des esprits flotte dans la vallée , autour de la demeure détruite des héros. »
Ailleurs c'est le tableau de la campagne au clair de lune :
TABLEAUX DE CLAIR DE LUi\E.
«La lune plane au ciel du côté de l'Orient; sur la vieille tour des esprits , caché dans la mousse des pierres, le ver luisant jette sa clarté bleuâtre. Le tilleul, comme un sylphe, se balance gracieux
Vollmondschein
Declit den Hain ; Geisterlispel wehn im Thaïe Um versunline Heldenmale.
Mondscheingemiilde .
Uer Vollmond schwebt in Oslen;
Am alten Geislertliurm l''liininl l)laulicli im l)eiiiooslen
Gestein der Feuorwunii.
et timide, sous les rayons de l'astre des nuits. Au bord de l'étang, parmi les roseaux sombres, danse l'essaim léger des feux-follets.
» Les vitraux de l'église étincellent, les blés ondulent sous une lueur argentée. Les étoiles scintillent et tremblotent dans l'étang et le ruisseau de la prairie. Les rochers, avec leurs anfracluosités et leurs crevasses, semblent se mouvoir dans la lumière ; la montagne où s'agitent les sapins est toute enveloppée d'une blanche vapeur.
» Avec quelle grâce la lune met une bordure lumineuse aux flots du ruisseau des aunes, quand il
Der I.inde schôner Sylphe
SU'eift scheu iii Lunens Glanz; Im dunkeln Uferschilfe Webt leichter IiTwischtaiiz.
Die Kirchenfenster schinimern;
In Silber wallt das Korn ; Bevvegte Sternchen llimmern
Auf Teicli und Wieseiiborn; Im Lichte wehn die Rankeii
Der ôden Folsenkliift; Den Berg, wo Tannen wankeu,
Umschleiert weisser Duft.
Wie schôn der Mond die Wellen Des Erlenbachs besauint,
écume ici parmi les joncs, plus loin au milieu des fleurs, et que là-bas, roulant en cascade, il fait aller le moulin du village, puis se brise, furieux, sous la roue bruyante , et poudroie en étincelles d'argent !
» Sa lueur glisse à travers les pins , pâle, mystérieuse, et descend sur les ruines et les broussailles de l'aqueduc; elle éclaire les ifs sombres de la petite métairie, elle fait scintiller les riches vitraux de l'abbaye gothique.
Der hier durch Biiisenstellen, Dort unter Blumen schàumt,
Als lodernde Kaska^ie Des Dorfes Mùhle Ireibt,
Und wild vom lauten Rade In Silberfunken slâubt.
Durch Fichlen senkl der Schiinmer,
So bleich und schauerlich, Auf die ergrauten Trùmnnier
Der Wasserleilung sich ; Beslrall die dûslern Eibcn
Der kleinen Meierei Und hellt die bunten Scheiben
Der goUiischen AIttei.
» Comme la clarté magique de la pâle illumination fond les masses énormes et les arêtes aiguës des rochers, à l'endroit où sous cette lumière si douce, entourée d'arbres toujours verts, est suspendue aux flancs gris du roc la cellule de Termite !
» L'essaim des Elfes voltige par les champs et les prairies ; des fils d'argent indiquent leur route au berger. A voir ces traces lumineuses que ses troupeaux dédaignent , il sait dans le calice de quelles fleurs s'agitent leurs légions nocturnes.
Wie sanft verschmilzt der blassen
Beleuchtung Zauberschein Die ungeheuern Massen
Gezackler l'elsenreihn, Dort wo, in milder Helle,
Von Imniergrun umwebt, Die Ereiiiilenzelle
An grauer Ivlippe schwebt.
Der Elfen Heere schweil'en
Durch Feld und Wiesenplan, Es deuten Silberslreifen
Dem Schafer ihre Bahn ; Er weiss ani Purpiiikreise,
Vom Wollenvieh verschmaht, In welchcni Dlumengleise Ihr Abendreihn sich dreht.
» 0 gracieuse magie ! l'imagination s'éveille , et maintes formes s'agitent sous ses regards , tantôt à demi effacées dans l'ombre, tantôt se déployant tout entières. A ta lumière, ô lune , s'épanouissent les fleurs délicates que la fantaisie tresse autour de nos tempes , en des songes inspirés par les fées ! »
Dans ses deux poésies sur le lac de Genève et sur les Alpes, le poète s'élève davantage au-dessus de son sujet; et tantôt, par des rapprochements d'idées, tantôt par l'analogie des sentiments, rattache les phénomènes du monde et des sens aux phénomènes de l'intelligence. Telles sont aussi ces strophes dans lesquelles il peint l'effet sur l'âme de la campagne d'automne.
Bald bergen, bald entfdlten,
In licblicher Magie, Sich wechselnd die Geslalten
Der regen Phanlasie.
Die zarten Blûlhen keimen,
0 Mond! an dcineni Licht, Die sie, in Feenliaùmen
Um unsre Schlafe flicht.