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prit nouveau, et de régler ses efforts en lui marquant un but. Les principales théories de l'écrivain, consacrées aujourd'hui, étaient neuves alors et même paradoxales, au moins pour ceux qui ne connaissaient pas les écrits de Lessing et de Herder , les manifestes de Louis Tieck et de Guillaume Schlegel.M.Castelnau voulut donner à sa pensée tous les développements qui en justifiaient la hardiesse. Il reconça au concours afin de travailler plus à loisir, et le mémoire projeté devint un livre. La littérature romantique, considérée comme l'expression du génie moderne, de même que les littératures classiques ont exprimé admirablement la civilisation des anciens ; l'étude des éléments dont se composent les sociétés nouvelles ; l'indication des sentiments nouveaux dus aux croyances religieuses et aux institutions; les influences diverses du christianisme, de la féodalité, des peuples germaniques, de la nature du Midi et du Nord ; un tableau rapide de l'esprit roman-
tique depuis le moyen âge, et des poètes qui en représentent le développement ; des pages bien senties sur Aristote et le Tasse, sur Shakspeare et Calderon, sur Milton et Klopstock, Schiller et Goethe, M™e de Staël et Chateaubriand, lord Byron et Walter Scott : voilà ce que renferme ce livre écrit au fond d'une province, en 1824, et terminé à l'heure même où le Globe prenait si brillamment la parole pour la défense des mêmes principes littéraires !
Il nous semble que ces rapprochements donnent quelque intérêt au docte et modeste ouvrage que nous publions aujourd'hui. Si l'on n'approuve pas tous les principes de l'auteur, si l'on trouve sa méthode trop circonspecte et ses divisions trop multipliées ; si ses théories n'ont plus cette opportunité féconde qui est le premier devoir de la critique, on se rappellera quil a écrit son Uvre au moment où la philosophie de l'art se renouvelait, et que lui-môme , ouvrier obscur mais zélé de
cette rénovation, éclairé depuis lors par le progrès général , il avait sans doute complété son œuvre au fond de son esprit. Pourquoi ne l'a-t-il pas publié avec les modifications qu'elle exigeait? Rendu sans partage à ses studieux loisirs , il revoyait avec une attention scrupuleuse les travaux de sa jeunesse , lorsqu'une mort affreuse vint le frapper. Le 15 juillet 1855 , il prenait un bain de mer près des cabanes de Palavas , à l'endroit où le Lez se jette dans la Méditerranée. Un de ces courants sous-marins qui se forment souvent d'une manière subite agita tout à coup la plage , ordinairement si tranquille et si sûre. M. Castelnau fut-il entraîné par le courant ? Ou bien , étourdi par la violence du coup , fut-il soudain comme paralysé au moment où il avait besoin de déployer toute sa force ? Cette dernière opinion paraît la plus probable ; car M. Castelnau , en véritable ami de la nature , excellait dans l'exercice de la nage. 11 disparut sous les vagues, et
ce fut en vain que les bateliers se précipitèrent à son secours. Quelques heures après , les pêcheurs de la côte retrouvaient son corps au fond de l'eau. Sa mort fut un deuil pour la cité. Il est resté de de lui le souvenir d'une vie pure, d'une vie dévouée au bien , au vrai , à l'étude des lettres , et marquée par d'intéressants travaux. L'écrit qu'on va lire n'ajoutera rien au respect qui entoure sa mémoire ; nous le publions afin de restituer une page <à l'histoire du mouvement littéraire qui précède