XXIX
Argo non mai, non vide Cipro o Delo,
D'abito 0 di bellà forme si care.
D'auro ha la chioma; ed or dal bianco vélo
Traluce involla, or discoperta appare.
Cosi qualor si rasséréna il cielo, '
Or da candida nube il sol traspare,
Or délia nube uscendo , i raggj intorno
riù chiari spiega, e ne raddoppia il giorno.
» se dérobe au voile même et répand vin plus vif » éclat. Ainsi, quand le ciel devient plus pur et plus
Fa nove crespe l'aura al crin disciolto, Che naUira per se rincrespa in onde :
Stassi l'avarn sgiiardo in se raccolto, E i tesori d'amore, e i suoi nasconde. Dolce color di rose in quel bel volto Frà l'avorio si sparge e si confonde : Ma nella bocca, ond' esce aura amorosa, Sola rosseggia, e simplice la rosa.
XXXf.
Moslra il bel petto le sue nevi ignude, Onde il foco d'amor si nutre e desta : Farte appar délie mamme acerbe e crude; Parte altrui ne ricopre invida vesla :
Invida, ma s'agli occhj il varco chiude, L'amoroso ponsier già non arresta ; Chè non ben pago di bellezza esterna, Negli occuiti secreti anco s'interna.
Corne per acqua, o per crislallo intero Trapassa il raggio, e nol divide o parte; Per entro il chiuso manto osa il pensiero Si penetrar nella vietata parle :
Ivi si spazia, ivi contempla il vero Di tante maraviglie a parle a parle :
Poscia al desio le narra e le descrive, E ne fa le sue flamme in lui più vive.
(Jénis. déliv., eh. 4. )
» serein, le soleil, du sein de la nue qui le captive, » lance des rayons encore pcâles ; mais bientôt, dé- »gagé de sa prison , il darde tous ses feux et re- » double la clarté.
» Ses cheveux flottent en ondes sur ses épaules , » et le zépiiyr en se jouant y forme des ondes nou- »velles. Son œil, avare des trésors de l'amour et » des siens , se cache sous sa pau[)ière abaissée. » Sur son teint l'incarnat de la rose se mêle et se «confond avec l'ivoire; mais sur sa bouche, qui » respire un souffle amoureux , brille le seul incar- «nat de la rose.
» Sa gorge à demi-nue étale la blancheur de » l'albâtre le plus pur. C'est là que l'amour réside, «c'est de là qu'il lance ses traits et ses feux ; deux "globes arrondis par la main des Grâces s'élèvent «et s'abaissent tour à tour: l'œil en découvre une » partie ', l'autre est cachée par une robe envieuse »et jalouse : impuissante barrière qui résiste aux «regards et ne peut arrêter la pensée. Moins en-
• Parte appar délie mamme acerbe et crude; Parte allrui ne ricopre invida vesta :
a dit le Tasse, bien plus énergique que son traducteur.
» chantée de ce qu'on voit qu'avide de ce qu'on ne "Voit pas, l'imagination s'élance et pénètre les appas »les plus secrets.
"Tel qu'un rayon de lumière passe à travers » l'onde ou le cristal sans les diviser, telle l'imagi- » nation perce les voiles les plus sombres et les » plus épais ; elle erre au milieu des merveilles les » plus cachées , les contemple à loisir, et les peint «ensuite au désir, qui brûle et s'enflamme encore « davantage. «
Terminons par un exemple qui contiendra le développement et la preuve de l'une de nos précédentes assertions. IMilton, au quatrième chant de son poème , a décrit dans les vers suivants le séjour de nos premiers pères.
' Tel était ce jardin riant et magnifique , Simple et majestueux, élégant et rustique. Là brillent suspendus ces globes précieux , Dont le suc plait au goût et la couleur aux yeux ; Ces fruits d'or végétal , ces pommes délectables ,
Thus was tliis place
A happy rural seat of various view ;
Grevés whose rich trees wept odorous gums and balm,
Olhers, whose fruit, burnish'd with golden rind,
Ont dans ces lieux divins réalisé les fables. Ailleurs mille arbrisseaux distillent en pleurant La myrrhe précieuse et le baume odorant ; L'œil voit des gazons frais , de riantes prairies , D'heureux troupeaux tondant les pelouses fleuries Des palmiers ombrageant de modestes coteaux , Des vallons émaillés , de limpides ruisseaux Nourrissant ces trésors de leurs eaux cristallines , Et parmi tant de fleurs la rose sans épines. Plus loin des antres verts, ignorés du soleil , Par leur douce fraîcheur invitent au sommeil ;
Hung amiable, Hesperian fables true, If true, hère only, and of delicious taste : Betwixt them lawns, or level downs, and flocks Grazing Ihe tenderberb, were interposetl, Or pahny hillock; or the flowery lap Of some irriguons valley spread her store, Flowers of ail hue, and without thorn the rose : Another side, umbrageous grots and caves Of cool recess, o'er witch the mantling vine Lays forlh her purple grape, and gently creeps Luxuriant; meanwhile murmuring waters fall Down the slope hijls, dispersed, or in a lake, That to the fringed bank wilh myrtle crown'd, Her cryslal mirror holds, unité tiieir streams. The birds Iheir quire apply ; airs, vernal airs, Breathing the smell of lield and grove, attune The tremblins: leaves
Sur eux rampe le lierre , ou montant avec grâce De ses bras tortueux la vigne les embrasse , Et le long de leur voûte élève dans les airs Et ses grappes de pourpre et ses feuillages verts. Parmi ce luxe agreste , en chutes argentines Plus d'un ruisseau descend du sommet des collines ; Puis au sein d'un beau lac dont les bords festonnés De myrthes sont couverts et de fleurs couronnés , Va finir ses erreurs et de ses eaux brillantes Déploie en frais miroir les nappes transparentes. L'eau mollement frémit , l'oiseau chante , les vents Emportent les parfums des feuillages mouvants , Et l'air à ces doux bruits , concerts de la nature , Des bois harmonieux accorde le murmure *.
Comparez ces vers à ceux qui contiennent, au seizième chant de la Jérusalem, la description des jardins d'Armide. Le fond du tableau est le même; mais Milton peignait l'asile de l'innocence, le Tasse le séjour de la volupté ; le point de vue est changé, et avec lui les impressions que l'objet fait naître. Enfin , rapprochez ces deux morceaux de la peinture des jardins d'Alcinoiis dans Homère ; et vous aurez d'un môme objet trois représentations différentes, également vraies , égalemenè na-
* Traduction de Delille.
tiirelles , et répondant pourtant à trois situations différentes de l'âme. C'est le propre de la poésie ; riche , féconde et variée comme la nature , elle exprime comme elle une puissance infinie de créalions , et l'on doute laquelle de ces deux choses doit ou donne ses couleurs à l'autre.
De la Poésie descriptive considérée dans le ijenre dramaligiie.
Nous serons beaucoup plus court dans ce que nous avons à dire de la poésie descriptive considérée dans le genre dramatique. Ce genre est le moins propre de tous à l'emploi du style descriptif ; et pour peu qu'on y réfléchisse, on en sent facilement la raison. Toute description suppose dans celui qui la fait , comme dans celui qui l'écoute , cette tranquillité d'esprit nécessaire à l'un pour observer les objets ou pour se rappeler les détails d'une observation déjà faite , cà l'autre pour prendre quelque intérêt à l'énumération de ces détails. Or, cette tranquillité d'esprit n'existe presque jamais dans le genre tragique , qui a pour objet la peinture des passions les plus violentes et des
catastrophes qu'elles amènent. Dans l'épopée, c'est le poète qui observe et décrit , c'est le lecteur qui écoute et qui juge ; l'un et l'autre sont placés hors de l'action et assistent pour ainsi dire à ses phases. Dans la poésie tragique , la description aurait nécessairement pour auteur et pour auditeur des personnages animés de passions , préoccupés d'intérêts et de desseins , dans la bouche desquels elleserait par conséquent un vrai contre-sens. D'ailleurs, la succession rapide des événements, condition essentielle de l'intérêt dramatique, s'accommoderait mal de ces descriptions, qui en arrêtent la marche et attirent l'attention sur des objets étrangers. On a dans la littérature française un exemple célèbre du danger des descriptions dans la poésie dramatique. Tout le monde connaît ce beau passage de la Phklre de Racine , où Théramène raconte à Thésée la mort de son fils. La description du monstre vomi par Neptune , poui" eflrayer les chevaux d'Hippolyle , est un cheld'œuvre de poésie :
L'onde approche , se brise , et vomit à nos yeux Parmi des flots d'écume un monstre furieux. Son front large est armé de cornes menarantes ; Tout son corps est couvert d'écaillés jaunissantes ;
Indomptable taureau , dragon impétueux , Sa croupe se recourbe en replis tortueux. Ses longs mugissements font trembler le rivage , Le Ciel avec horreur voit ce monstre sauvage , La terre s'en émeut , l'air en est infecté , Le flot qui l'apporta recule épouvanté.
Tout ce morceau cependant n'a pu échapper à la critique ; on a senti que la plus belle description était déplacée dans un tel moment , que le poète n'avait fait ici que montrer son esprit aux dépens de la vérité , et que quelques phrases , entrecoupées par la douleur, étaient le seul récit qu'un ami pût faire et qu'un père pût entendre.
Les anciens ont placé quelquefois des descriptions dans leurs tragédies ; mais leur système tragique exigeait moins que le nôtre la rapidité de l'action , et ils avaient d'ailleurs une ressource qui manque aux modernes , le chœur, sorte de personnage étranger à l'action , placé en dehors et au-dessus des événements , qui n'est présent que pour rappeler au spectateur les maximes de morale et les utiles exemples qui en découlent , ou pour le charmer par des morceaux de poésie religieuse ou morale. C'est le chœur, par exemple , qui , dans YOEdipe-Roi de Sophocle , décrit la
peste qui désole Thèbes , qui âamYOEdipe à Colone , du même auteur, décrit la contrée au milieu de laquelle cette ville est située '. Or, l'on sent que dans la bouche d'un tel personnage l'invraisemblance de telles descriptions diminue ou disparaît.
Dans la haute comédie, celle qu'on appelle comédie de caractère, les personnages , à la vérité, ne sont pas placés dans cette situation d ame qui exclut la faculté d'observer et de peindre la nature; mais dans ce genre de composition, le sujet, même épisodique, du tableau ne saurait être ni de décrire une action, ni de représenter un objet physique, mais de peindre des mœurs et des caractères. Or, nous avons déjà dit qu'un tel genre de
1 Voyez ces deux pièces. 11 y a pourtant dans l'Electre de Sophocle, nne longue description d'une course de chars faite dans des circonstances tout à fait semhlables à celles du récit de Théramène dans la Phèdre de Racine. Le gouverneur d'Oreste annonce à Clytemnestre la mort de ce prince, qu'il suppose avoir été tué dans une course de chars. Mais, dans l'auteur grec, plusieurs circonstances rendent la description beaucoup moins invraisendilable; le narrateur raconte un événement éloigné, supposé même, et mêle à son récit les détails d'une victoire rpii doit llatter l'orgueil d'une mère.
peinture sortait du cercle de la poésie descriptive. D'ailleurs, on peut douter que le style de la comédie admette d'autres qualités que celles qui constituent une bonne versification, et s'élève jusqu'à la hauteur d'une véritable poésie.
Il est pourtant deux genres de descriptions que la poésie tragique admet sans difficulté, les images et les hypothyposes. Ce que nous avons dit précédemment de chacune de ces figures, en fera sentir la raison. Les images et les hypothyposes sont des descriptions vives et rapides, soit d'un objet, soit d"une série de faits , qui contiennent seulement ceux de leurs détails dont l'imagination doit être le plus vivement frappée. Or, de telles descri|)tions, loin d'être incompatibles avec la situation d'une âme agitée par les passions, sont au contraire la forme naturelle sous laquelle les objets se présentent à elle. Telle est l'image contenue dans ces vers de Ylphigéme de Racine :
Un prêtre environné d'une foule cruelle Portera sur ma fille une main criminelle, Déchirera son flanc, et d'un œil curieux Dans son sein palpitant consultera les Dieux !
Il est inutile de faire sentir l'à-propos d'une
telle description. Clytemnestre ne décrit i)oint comme un spectateur indifférent le lieu de la scène, les apprêts du sacrifice , la contenance de la victime ; elle est frappée par une seule image, sa fille expirante sous le couteau d'un prêtre ; et c'est en effet ainsi qu'une mère devait se représenter un tel spectacle. C'est encore une très-belle image que celle où Eschyle nous montre le serment des sept chefs devant Thèbes, dans ces vers si heureusement traduits par Boileau:
Sur un bouclier noir sept chefs impitoyables Elpouvantent les Dieu\ de serments effroyables ; Près d'un taureau vivant qu'ils viennent d'égorger Tous , la main dans le sang , jurent de se venger.
Quant aux hypothyposes, on en trouve de trèsbeaux exemples dans les vers où Racine peint le massacre des [irinces de la famille de David ' ; dans ceux où le Cid raconte au roi l'arrivée des "Maures dans le port où il les a surpris" ; dans ceux enfin où Cinna peint aux conjurés les hor-
* /l///fl//e, acte ler, scène 2.
De princes éç;org(''S la chambre était rciii|ilic. - Le Cid, acte IV, scène 3.
Cette obscure clarté nui touibe des étoiles, etc.
reurs de la guerre civile. Empruntons à Corneille ce dernier morceau :
J'ajoute à ces tableaux la peinture effroyable De leur concorde impie, affreuse, inexorable , Funeste aux gens de bien, aux riches, au Sénat, Et, pour tout dire enfin , de leur Triumvirat. Mais je ne trouve point de couleurs assez noires Pour en représenter les tragiques histoires. Je les peins dans le meurtre à l'envi triomphants , Rome entière noyée au sang de ses enfants, Les uns assassinés sur les places publiques. Les autres dans le sein de leurs Dieux domestiques, Le méchant par le prix au crime encouragé , Le mari par sa femme en son lit égorgé , Le fils tout dégouttant du meurtre de son père , Et, sa tôte à la main, demandant son salaire , Sans pouvoir exprimer par tant d'horribles traits Qu'un crayon imparfait de leur sanglante paix.
De la Poésie descriptive considérée dans Je fjenre lyrique.
Nous comprenons sous ce titre tous les genres de compositions qui ne sauraient rentrer dans nos trois autres divisions, par conséquent un grand nombre de poèmes divers , tels que l'ode , Télé-
gie, l'idylle, etc., etc. Il est difficile de rien dire de bien général sur ces compositions, qui ont chacune leur objet, leur but et leur caractère. Nous rap pellerons seulement une observation que nous avons déjà faite : c'est qu'à la différence des ouvrages que nous venons d'examiner , chacune d'elles conserve dans toute son étendue un caractère déterminé, une couleur locale (l'entliousiasme, l'amour, la tristesse, etc.), variables dans les divers genres, mais constants pour le même, et ce caractère fixe à la fois le choix des objels qu'il faut décrire, et surtout le point de vue sous lequel ils doivent être présentés.
L'ode, comme la poésie dramatique, n'est pas le lieu des descriptions proprement dites. Les bornes étroites de ce genre de poème , la marche rapide des idées, l'élan et la chaleur qui le caractérisent, sont incompatibles avec de longues et minutieuses descriptions. L'homme qu'un sentiment exclusif remplit et domine, peut être frappé par les grands traits des objets, mais ne s'amuse point à en observer les détails. Par la même raison, l'ode est peut-être de tous les genres de poésie celui où les images , c'est-à-dire , les représen-
— Dotations vives et courtes d'un objet, sont le plus à leur place. Aussi lesya-t on prorliguées; et quand on cherche les modèles de ce genre de figure, les poètes lyriques se présentent d'abord à l'esprit. Il est remarquable que le plus ancien de tous soit aussi celui qui en ail fait le plus fréquent usage. Les odes de Pindare sont une suite d'images vives et hardies, placées à la suite les unes des autres, l)resque sans liaison ni transition apparentes. Voyez par exemple, dans le début de sa première Pythique, avec quelle hardiesse le poète rapproche dans ses images les objets les plus éloignés et les plus disparates ; c'est l'aigle de Jupiter, le Dieu de la guerre, le géant Typhon et l'embrasement de l'Etna, qu'il nous peint en quelques strophes :
«Trésor d'Apollon et des muses, compagne de » leurs chants, lyre dorée , tu règles la marche qui «ouvre nos fêtes. Le concert des voix t'obéit, » lorsqu'ébranléeune fois tu fais retentir le prélude >'des hymnes qui conduisent le chœur : tu éteins »les traits de la foudre que les feux éternels em- » brasent.
« Le souveraindes oiseaux, l'aigle, s'endort sous »le sceptre de Jupiter, son aile rapide des deux
» côtés s'abaisse. Un nuage sombre, répandu sur » son bec recourbé , est le sceau dont tu fermes "doucement sa paupière; dominé partes sons il »dort et son dos humide se soulève. Le Dieu de » la guerre quitte ses armes, et se laisse aller aux «charmes d'une volupté tranquille...
«Tout ce que Jupiter n'a point aimé sur la «terre et dans l'immensité des flots, redoute le » chant des Piérides. Tel est cet ennemi des Dieux, » Typhée aux cent têtes, couché au fond du Tar- «tare. La Cilicie l'a nourri dans un antre fameux, » aujourd'hui le rivage de Cumes (borne des mers) » et la Sicile , oppressent sa poitrine hérissée ; «l'Etna l'écrase, le blanc Etna, colonne du ciel, «éternel nouri«icier des neiges et des frimats, dont » l'abime vomit des sources sacrées d'un feu inac- » cessible. Ces fleuves brûlants ne semblent dans « l'éclat du jour que des torrents de fumée rougis » par la flamme; dans l'obscurité c'est la flamme » elle-même roulant des rochers qu'elle fait tomber «avec fracas sur la profonde étendue des mers. « Typhée, ce reptile énorme , vomit ces sources em- «brasées. 0 prodige, dunt le spectacle et le récit «étonnent ! Il est attaché au pied et au sommet
» de l'Etna ; le roc sur lequel il est étendu pénètre «son dos et le déchire, etc. »
Dans Horace, les images sont amenées par des transitions mieux senties , et renfermées ordinairement en moins de vers encore. Quelques traits, quelques épittiètes suffisent à ce grand poète pour nous donner une idée exacte de l'objet qu'il veut peindre. Qui n'a souhaité de respirer la fraîcheur des ombrages qu'il décrit dans ces vers : Quà pinus ingens albaque populus Umbram hospitalem consociare amant Ramis, et obliquo laborat
Lymplia fugax trepidare rivo ' .
ou de parcourir les bosquets de Tibur dont il vante le séjour:
Me nec tàm patiens Lacedaemon , Nectàm Lariss» percussit campus opimse,
Quàm domus Albuneae resonantis , Et praeceps Anio , et Tiburni lucus , et uda Mobilibus pomaria rivis^.
Quelle énergie et quelle fierté dans ces images des Titans escaladant la demeure des Dieux : Magnum illa terrorem intulerat Jovi Fidcns juventus horrida brachiis,
1 Liv. II, ode 3.
2 Liv. I, ode 6.
Fratresque tendentes opaco Pelion imposuisse Olympo.
Sed quid Typhoeus et validus Mimas , Aut quid rainaci Porphyrion statu , Quid Rhœtus, evulsisque tru)icis Enceladus, jaculator audax, Contra sonantem Palladis segida Possent ruentes '?
On trouve aussi de très-belles images dans les poésies lyriques des modernes. En général, ils ont mis dans leur emploi moins d'abondance et de hardiesse, plus de choix et de liaison que les anciens.
iNous aurons peu de chose à dire sur la poésie élégiaque. L'élégie, chez les anciens, avait un cadre plus restreint que parmi les modernes. Ils en faisaient l'organe exclusif des peines et des plaisirs d'une seule passion , l'amour ; quand l'un d'eux, relégué loin de sa patrie, voulut peindre les tourments de l'exil, ce fut un nom nouveau qu'il donna à ses chants (les Tristes dOvide.) Les modernes ont fait de l'élégie l'expression commune de tout sentiment de regret et de tristesse, quelle qu'en soit la cause; et si l'amour revient plus souvent dans leurs élégies , c'est que de toutes les passions
' Liv. m, ode 4.
sans doute , il est la plus commune el la plus poétique. De celte définition de l'élégie, on peut conclure qu'elle n'est pas le vrai lieu des descriptions, La peinture des sentiments et des passions compose tout son domaine, et les descriptions qui s'y rencontrent n'étant qu'accidentelles et accessoires, ne méritent pas une attention plus spéciale. II n'en est pas de même de l'idylle et de l'églogue. La nature champêtre y est représentée , quant au but de la description, comme lieu d'une action imaginée par le poète, et, quant à son point de vue, dans un état de calme et de repos, expression de l'harmonie qui règne dans le monde moral des personnages que le poète met en scène. Les descriptions, dans l'idylle, doivent n'être que la traduction naïve et dépouillée des faits ; tout l'effet est dénaturé si le poète, se plaçant lui-môme dans son tableau, veut en faire un objet de sentiments et de pensées et a l'air de s'apercevoir du charme et de la grâce des scènes qu'il décrit. C'est recueil où presque tous les modernes ont échoué, sans en excepter même le plus fameux de tous en ce genre, Gessner. Les anciens qui ont créé l'églogue et l'idylle , nous en ont aussi laissé les
plus parfaits modèles. Plus près que nous de la nature, ils savent la peindre pour elle-même et sans chercher dans le tableau d'autre effet que celui qui naît de sa vérité. On sent du reste que la courte étendue de ce poème admet moins des descriptions détaillées que de simples images des objets. Telles sont celles contenues dans ces vers, où Virgile peint le bonheur d'un laboureur dont la guerre a respecté le modeste héritage :
• Fortunale senex ! ergô tua rura manebunt ! Et tibi magna satis, quamvis lapis oninia nudus Limuscque palus obducat pascua junco.
Fortunate senex ! h'ic inter flumina nota Et fontes sacros frigus captabis opacum ! Hinc tibi quœ seniper vicino ab limite sjepes Hyblaeis apibus florem dcpasta salicti , Siepé levi somnum suadebit inire susurre ; Hinc alla sub rupe canct IVondator ad auras; Nec tamen inlereà raucio , tua cura , palumbes , Ncc gemere aëriâ ccssabit turtur ab ulmo * .
On trouve aussi dans l'idylle de Théocrite intitulée le Cydope, un parfait modèle et de ce genre
' Bucol., égl. 1.
de composition et de la nature des descriptions qu'il ccmporte.
Enfin , les descriptions de toute espèce peuvent être placées dans ces poésies qui, sousIetitre.de Poésies mêlées, sont le réceptacle commun de ce qui ne rentre point dans un ordre fixe de composition. Les poètes modernes se sont beaucoup exercés dans ce genre, qui permet l'emploi de tous les tons, depuis la haute inspiration de l'ode jusqu'au langage familier de l'épi tre. Il y a dans la poésie allemande, un exemple remarquable du parti qu'un poète habile peut en tirer. Schiller, dans son poème de la Cloche , s'est servi des procédés techniques des arts, pour faire passer tour à tour sous les yeux du lecteur, une foule de tableaux empruntés aux scènes de la vie humaine ou aux phénomènes de la nature physique. Voyez, dans ce nombre, cette magnifique description d'un incendie, dont notre traduction ne donnera malheureusement qu'une bien faible idée.
«L'entendez-vous, du haut du clocher', ce tin-
1 Hort ihr's wiminern hocli vom Thurm?
Das ist Sturm !
Rolh wie Blut
» tement lugubre? C'est la cloche de l'incendie. Le » ciel est rouge comme du sang ; les feux du jour «n'éclairent point ainsi. Quel tumulte dans les » rues ! La fumée y roule de noirs tourbillons ; la » flamme en parcourt la vaste étendue et monte » en bruissant dans les airs . L'atmosphère embra- »sé6 ressemble à une ardente fournaise. Partout »des poutres qui rompent, des appuis qui cèdent, »des éclats qui volent, des enfants qui crient, des » mères qui courent, des animaux qui hurlent sous «des débris qui s'amoncellent : tout se précipite,
Ist der Himmel,
Das ist nicht des Tages Glut.
Welch Getûmmel !
Strassen auf
Dampf wallt auf!
Flackernd steigt die Feuersaule,
Durch der Strasse lange Zeile
Wachst es fort mit Windesciie,
Kochend wie aus Ofens Raclien
Glùhn die Lûfte, Balken krachen,
Pfostcn stiirzen, Fenster klirren,
Kinder jammern, Mtitter irren,
Tliiere wimraern
Unter Triimmern ,
Ailes rennet, rettet, fliichtet,
» se heurte, se sauve ; la nuit resplendit de l'ardent » éclat du jour. Cependant une longue chaîne se "' forme , des seaux volent de main en main , la » pompe lance en sifflant ses jets arrondis. Mais )' le vent se lève, il accourt en mugissant, cher- » chant la flamme qui l'appelle. Il la pousse sur » des toits desséchés, sur d'arides soutiens, sur des «denrées entassées dans de vastes ahris. Elle s'y «attache, vole, tourbillonne, et, comme si le sol «même, ébranlé dans ses fondements, allait être «entraîné par elle, pousse en grondant jusqu'aux
Taghell ist die Nacht gelichtet.
Durch der Hànde lange Kette Um die Wette
Fliegt der Eiiner, hoch ira Bogen Spritzen Quellen Wasserwogen.
Heulend kommt der Sturm gellogeii, Der die Flamme brauseud sucht.
Prasselnd in die dûrre Frucht Fallt sie, in des Speichers Piàume, In der Sparren dùrre Baume, Und als wollte sie im Wehen Mit sich fort der Erde ^^ nclit Reissen, in gewalt'ger Flucht, Wachst sie in des Ilimmels Hohen Riescngross !
IloffnunEtslos
» cieux une immense colonne ! Plus d'espoir ! Les «Dieux sont plus forts ; l'iiomme cède à la nature »et, spectateur oisif , assiste, en l'admirant, à la » destruction de ses propres ouvrages.
» C'en est fait ; tout est consumé ; le vent siffle » sur des ruines ; l'horreur habite leur enceinte dé- » serte et dépouillée , et du haut des airs les nua- »ges en passant y laissent tomber leur pluie.
«L'homme jette un dernier regard sur ce tom- «beau , où s'est englouti tout ce qu'il possède. » Puis il se relève , il prend avec courage le bâton
Weicht der Mensch der GôUerstârke, Mûssig sieht er seine Werke Und bewundernd untergehn.
Leergebrannt Ist die SUittc,
VVilder Sliirme rauhcs Bette.
In dcn oden Fensterhohlen Wohnt das Grauen Und des Rimmels Wolken schauen Hoch hinein.
Einen Rlick Nach dem Grabe Seiner Habe
Sendct noch der Mensch zurûck — Greift frohlich dann zum Wanderstabe ,
»du voyageur. La flamme a tout détruit , mais le » plus précieux de ses biens lui reste : autour de lui » se pressent des têtes chéries ; ô bonheur , il les » compte , et pas une ne manque à son amour ! »
De la Poésie descriptive considérée dans le genre didactique.
On définit le poème didactique, celui dont l'objet est de décrire les procédés d'un art ou d'enseigner les vérités d'une science ; et celte définition indique déjà quel rôle variable la poésie descriptive doit jouer dans les compositions de ce genre. Si l'auteur s'est choisi un sujet de la seconde espèce, s'il se propose de traduire en vers ces faits de l'ordre moral et métaphysique qui sont l'objet des sciences de raisonnement , son poème sera moins propre que tout autre aux développements de la poésie descriptive. De tels faits s'expliquent ou se démontrent , mais ne se décrivent point , et les
Was Feuers Wuth ihm auch geraubt, Ein sûsser Trost ist ihm geblieben, Er ziihlt die Hiiupter seiner Lieben, Und sieh ! ihm fehlt kein theures Haupt.
descriptions qu'un tel ouvrage pourra renfermer ne tiendront point au fond et serviront seulement d'ornementau discours. Lucrèce parmi les anciens, Pope parmi les modernes ^ , ont donné des modèles de compositions semblables , et les exemples du rôle que la poésie descriptive y peut jouer. S'il s'agit, au contraire , d'expliquer les procédés d'un art, ou d'enseigner les résultats d'une science qui se fonde sur l'observation de faits physiques et sensibles , la poésie descriptive jouera un rôle presque exclusif dans un tel ouvrage , et la première condition des succès du poète sera d'en bien posséder tous les secrets. Les Géorgiques de Virgile , les Saisons de Thompson , le poème de Rapin sur les Jardins, et une foule d'autres ouvrages de ce genre , consistent en une suite de descriptions , séparées seulement par les réflexions du poète et par les transitions nécessaires au sujet. Ici même les descriptions seront plus fréquentes , plus inhérentes au fond que dans l'épopée , mais elles y seront moins variées peut-être; car, tandis que l'épopée embrasse dans les choses l'action comme
1 Dans son Essai sur l'homme.
l'existence et peint les scènes de la vie humaine comme les faits de la nature, le poème didactique, borné par sa nature, n'a pour objet qu'un état fixe de choses , un ordre de phénomènes déterminé.
Les descriptions, dans le poème didactique, ne diffèrent point, sous ce seul rapport, des descriptions considérées dans l'épopée; elles s'en distinguent encore par le point de vue général où le poète les place et par le style qu'il emploie. Le poète épique décrit les objets sans avoir besoin d'en bien connaître la nature ; frappé par leur spectacle , il exprime dans ses vers l'impression qu'ils font sur nos sens , et cette impression est décidée par leurs traits extérieurs et apparents , qui ne sont pourtant pas toujours les plus essentiels , ni les plus remarquables. Le poète didactique ne décrit que ce qu'il connaît, et il le décrit pour le faire connaître aux autres ; il s'attachera par conséquent moins aux qualités extérieures des objets qu'à leurs propriétés réelles, et sans renoncer aux traits qui frappent l'imagination , il recherchera ceux qui fixent , dans l'ordre naturel des êtres , le rang et la place que ces objets occupent. On voit que
hi description épique demande plus d'imagination, et la description didactique plus de réflexion ; l'une est plus riche, plus pittoresque et plus poétique ; l'autre plus vraie , plus détaillée et plus exacte.
Les mômes considérations déterminent le caractère du style. Le poète didactique s'attachera moins à lui donner le nombre , la pompe et la hardiesse , qu'à le rendre clair , précis et facile, sans lui rien ûter toutefois de la grâce et de l'élégance, compagnes inséparables de toute poésie , et le choix qu'il fera des mots sera moins déterminé par leur elfet poétique que par leur signification rigoureuse dans la langue ; car, comme il y a moins d'arbitraire ici dans la pensée, il doit y en avoir moins aussi dans les termes qui l'expriment. Ces distinctions, qui peuvent paraître minutieuses, ont pourtant été senties et respectées par les maîtres de l'art. Virgile n'a point décrit dans ses Géorgiques du môme style que dans son Enéide ; Horace n'a point employé dans son Art poétique les mômes images que dans ses Odes. Mais il n'appartient qu'à un grand talent de réunir ainsi, dans la description didactique, deux (|ualités qui semblent mutuellement s'exclure, l'exac-
titude et la grâce, et d'atteindre la précision sans tomber dans la sécheresse.
Le plus célèbre des poètes didactiques anciens, Lucrèce, n'a pas toujours évité ce dernier défaut. Il avait choisi pour objet de ses vers, l'un de ces sujets philosophiques que nous avons dit ne se prêter qu'imparfaitement aux développements de la poésie descriptive. Les maximes delà philosophie d'Épicure, traduites en langage poétique, devaient fournir plus d'idées que d'images, plus de raisonnements que de descriptions. Aussi l'auteur, accoutumé aux formes sévères de ce langage philosophique, en apporte-t-il trop la rigoureuse exactitude dans les sujets qui laissent le plus le champ libre au sentiment et à l'imagination. Il dessine avec fidélité , mais il ne colore pas ; ses expressions sont justes mais froides, et ses tableaux sont exacts sans être intéressants. Lisez , par exemple, à la fin de son poème, la description de la peste qui désola Athènes. Dans cette longue énumération des causes, des symptômes et des effets de la maladie, vous reconnaîtrez trop souvent l'homme de l'art et trop rarement le poète ; vous éprouverez qu'un tableau aussi dépouillé de ce
qu'il y a de plus affligeant dans la condition humaine, inspire plus d'horreur encore que de pitié; et vous vous souviendrez que Virgile, en traitant un sujet analogue , a jeté plus d'intérêt sur les souffrances de simples animaux, que Lucrèce sur celles des victimes du fléau qu'il décrit.
Les poètes didactiques modernes sont en si grand nombre, que vingt pages ne suffiraient pas pour passer leurs ouvrages en revue. Il y a de belles descriptions dans les poèmes latins de Rapin sur les Jardins, et du P. Yanière sur l'Agriculture, dans les Saisons de Thompson et de Saint-Lambert, dans les Quatre parties du jour de Zacharie, dans les Mois de Roucher, le poème de la Navigation d'Esménard , etc. Dans cette foule, nous nous contenterons de choisir celui de tous les auteurs modernes qui s'est le plus occupé de ce genre de composition, qui s'y est acquis le plus de gloire et a le mieux réuni en eiïetles qualités nécessaires pour y réussir, le traducteur des Géorgiques , l'auteur des Jardins, de l'Homme des champs, des Trois règnes de la nature, Delille enfin.
Nommer Delille, c'est rappeler tout ce que l'art de la versification a de ressources, tout ce
que la poésie didactique possède de richesses. Ce poète semble fait pour réaliser en poésie l'idéal du genre qu'il s'est choisi, la description didactique. Il ne faut point chercher dans ses ouvrages cette force de conception et cette vivacité d'imagination qui caractérisent les grands poètes. Si Delille eût possédé de telles qualités, il ne se fût probablement pas renfermé dans le cercle assez étroit du poème didactique. Mais toutes celles que le génie de la versification comporte, il les a reçues de la nature ou acquises par le travail. Son style est élégant et facile, ses expressions sont choisies sans être étudiées ; toujours le mot le plus propre semble venir se placer naturellement sous sa plume; familier avec tous les tours du langage poétique, il descend sans efîort aux objets les plus vulgaires et remonte de même aux tableaux les plus élevés; une étonnante souplesse de style lui fait vaincre, sans les laisser apercevoir, les extrêmes difficultés du lan2[as;e, et la lansçue française, si rebelle en poésie, semble avoir perdu pour lui sa raideur et son inflexibilité. Ses descriptions embrassent les grandes scènes de la nature comme les plus minutieux détails, les créations
élevées des arts comme leurs plus vulgaires productions. Telle est méaie la facilité du poète en ce genre , que dans ses nombreux ouvrages il présente souvent un même objet sous plusieurs formes différentes, et se répète sans cesse luimême sans jamais se copier. Quoique ses descriptions soient presque toutes heureuses, il faut admirer surtout celles dans lesquelles le poète avait le plus à lutter contre les difficultés du sujet. C'est ainsi que dans son poème des Trois règnes , vaste galerie où les tableaux se succèdent sans interruption, il décrit avec un rare bonheur les phénomènes de la machine électrique ( ch. I ), la marmite de Papin (ch. III), la pompe à feu. Empruntons-lui ce dernier tableau :
Au-dessus des bassins sur qui l'onde bouillonne, Dans les concavités d'une longue colonne, Une épaisse vapeur, du bassin écumeux S'exhale dans le vide en tourbillons fumeux. Suivant que son nuage ou s'élance ou s'affaisse, Le docile piston ou remonte ou s'abaisse ; L'industrie à son choix en gouverne le jeu. A peine la l'uméo, enfant l('^ger du feu, Dans le tube d'airain où sa vapeur s'amasse, Du piston qu'il refoule a soulevé la masse,
Une eau froide avec art introduite en son sein, Dans son canal brûlant la refroidit soudain ; Et par le froid magique arrêtée en sa route, Une immense vapeur tombe réduite en goutte; Alors le lourd piston sent le fardeau de l'air, Et retombe en glissant dans sa prison de fer. Cependant un levier, qui dans l'air se balance Suivant que la fumée ou s'abaisse ou s'élance, Monte ou tombe et s'en va jusqu'aux antres profonds Arracher leurs trésors aux entrailles des monts, Ravit le noir charbon à sa mine féconde , Extrait le plomb, l'airain, puise et reverse l'onde.
Il y a une grande connaissance de la langue dans les vers suivants , où le poète décrit une grotte de stalactites :
Ailleurs c'est une voûte en merveilles féconde, Où brillent suspendus les chefs-d'œuvre de l'onde ; Architecte, sculpteur et peintre en même temps L'onde seule embellit ces lambris éclatants, Descend en girandole et se courbe en arcade , S'arrondit en bassin, s'élève en colonnade, Se découpe en festons, se moule en chapiteaux , Se groupe quelquefois en brillants végétaux.
Elle en fait des bouquets, des lances, des trophées; On dirait qu'en ces lieux habitèrent les fées.
Ou qu'autrefois Cybèle a dans ces antres frais Chargé le dieu des eaux d'y bâtir son palais.
Il y a aussi (le très-beaux vers OU de très-agréables images dans son tableau des détails de la vie privée *, dans sa peinture des ruines romaines"', de l'ouragan de sable qui ensevelit dans la haute Egypte l'armée de Cambyse' , des phénomènes d'un volcan*, etc. Si l'auteur de tant de riches productions, moins flatté peut-être dans les commencements de sa carrière littéraire, se fût défié davantage d'une facilité qui n'est un bien que lorsque le goût la règle et la dirige ; s'il eût évité dans sa poésie les répétitions fastidieuses, les épithètes inutiles, les vers communs et prosaïques et les énumérations triviales d'objets *, qu'on
' Les Trois Règnes, ch I.
2 Les Jardins, ch. IV.
3 Les Trois Règnes, ch. II.
* Les Jardins, ch. IV .
^ On trouve à chaque instant dans les poèmes de Delille des vers tels que ceux-ci :
Le doux printemps revient et ranime à la fois Les oiseaux, les zéphyrs, et les fleurs et ma voix.
Le soir ayant fini ma course vagabonde.
Plein des tableaux du ciel, de la terre et de l'onde.
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lui a justement reprochés, nul doute qu'à force de talent il n'eût fixé sa place à côté des hommes de génie et atteint la perfection même dans un genre où jusqu'ici il conserve encore le premier rang.
Ainsi l'art asservit par ses travaux divers,
Et la terre, et les eaux, et la llamme et les airs.