‹ De la poterie gauloise;Chapitre 101 sur 107 · DISPARITION ET SOMMBIL DE L'ART GAULOIS · texte numérisé non relu

DISPARITION ET SOMMBIL DE L'ART GAULOIS

SouNAiRE : Clovis et le vase «la Soissons. — Les Franks artUles. — Fleurs de lis >'t Ters de lance. — De la céramique des Franks. — Relour à la barbarie. — Le Panlasliqiie : la prédiclien de saint Jean et la terreur de l'an mil. — Nuit complète. — Sommeil de l'art. — De ce que l'on peut voir dins une esquisse d'un grand maître. — De ce que donne l'étude des simples profils des vases. — Justesse de l'afânuBtioii du savant Leiewel. — La céramique, c'est l'histoire de l'humanité.

Un jour, après une lucrative expédition dans le pays de Reims, 'I toute la proie » avait été accumulée sur In place publique de Soissons. Remy, pour l'amour duquel « le roi s'abstenait de beaucoup de méchancetés, » et qu'il écoulait même parfois assez volontiers, avait été pillé k l'insu du grand chef par une bande indisciplinée. On avait, comme d'ordinaire, forcé les églises, enlevé les ornements et les vases sacrés. Le vieux Père ne réclamait qu'un tircevs d'une merveilleuse beauté, h Venez avec moi, » avait dit le Koning aux envoyés de Remy .

« La masse du butin » était étalée par terre. « Mes braves guerriers, voici un vase que je désire rendre H l'évëque. Ne me le refusez pas, je vous en prie, et qu'il me soit donné hors part. — Tu n'auras rien que ce que le sort t'accordera, i> s'écria tout à coup un Frank, h léger, envieux, écervelé, » et il leva sa francisque et broya le vase.

Un an plus tard, une grande revue d'armes se faisait & la cour. Tous étaient rangés en bataille. Clodowig parcourait le front des guerriers, n Montre ta pique, toi, montre ton épée, ta francisque. Ta hache est rouillée, ton glaive n'a plus de tranchant, ton hang ne peut servir. » — Et la hache, arrachée des mains du soldat, tombe à terre, et lu pique suit la hache, et l'épée est reji'téc sur l'arène. Le guerrier furieux ne

2â4 POTERIE OAULOIfiE.

baisse. « Tiens, qu'il te Eoit fait ainsi que tu as fait, l'an passé, au vase de SoisBoos, » et la framée du roi fit voler eD éclats |a tête du soldat. « C'est ainBÎ qu'il parvintà s'environner d'une graade crainte, " ajoute Grégoire de Tours. {Henri Martin^ 1. 1, p. 413.)

Voilà comment les Franks comprenaient le respect des chefsd'œuvre.

— A moi ou, sans cela, à personnel

De tels artistes étaient faits pour marcher à grands pas dans la voie de l'idéal.

On trouver le temps de penser, au milieu de ce sang, de ces égorge-

Fig. ÎOI. Vu» en Km glÎM frulla tarbotini d'une fiçon harbtre ïQgl»nl Dgurtf dd« lél* hiin)>iD«, muni d'ans inK, HiDlaur, 1 1 ccnliiOFlrv^ ; larECur, « cenlimitrH.— fm'eiisncc, Colofiia. Na ISO da Catalogue.

ments, de ces meurtres, de ces fratricides,de ces vengeances de princes qui avaient, comme Claude, le droit de tout faire, de ces plus cruelles représailles de femmes jalouses, qui ne se délectaient que dans les supplices.

ic Tous en Gaule, à cette funeste époque, avaient perdu le repos de l'esprit, sans lequel l'étude et les arts périssent. »

« Hors la force physique, tout était méprisé. »

La grande, la seule, l'unique raison, étail le skramasax, le couteau de sûreté qui pendait à la ceinture.

a Toute culture intellectuelle, toute élégance de mœurs disparut de la Gaule, n

Les instincts brutaux, les passions désordonnées régnaient sans mefiurc et sans règle. {Augtatia Thierry, t. I, p. 313, l. II, p. 53.)

DISPARITION ET SOMMEIL DE l'aRT GAULOIS. 285

— Esl-ce que tu ne vois pas quelque chose au-dessus du toit de ce MUment? demandait SalviuE d'Alby h Grégoire de Tours, — Je vois la Douvelle guette que le roi vient de faire élever. — Et tu n'aperçois rien de plus? — Rieu du tout, si tu vois autre chose, dis-moi ce que c'est. Salvius fit un grand soupir. — Je vois le glaive de la colère de Dieu suspendu sur cette maison. (Augustin Thierry, t. II, p. 54.)

Et c'est à cette famille bénie, sacrée, aimée de Dieu, que des colombes mystérieuses ont apporté du ciel l'huile sainte dans des ampoules de verre. C'est pour cette famiire prédestinée, que des anges ont brodé des étcndai'ds de soie blanche où brillaient des Heurs de lis. (Lé" gende du sacre et légende de l'hérmite de Saint-Germain- en- Laye.)

T eenlimèlCM; ltrg«nr, Il Molimèlm, — Pnnunce ineoniiDS. N>ï93da CtUlogue.

Eux qui déchiquelaient en fer de lance l'ancien signe du sceptre antique, le vieux lotus fleur de vie, source d'immortalité des figures égyptiennes, qui brille encore dans les cathédrales aux mains des vierges couronnées ( Violkt-Leduc, t. V, p, 495, Panthéon de Champollion. Passim. Ornementation usuelfe, 1867, p, 4iî), ils ne le comprirent que comme harpon, instrument de mort.

Sea venere solo, seu sunt hœc édita cœlo, Sœc sunt digna solo, Lilia digna Polo.

Il est vrai que les gens qui blasonnaicnt Nemrod de sinople au bélier d'argent; 7>/amon de pourpre ou linon dragonne d'or, couronné et armé de même, à la bordure componoée d'argent; et /><itit<f, d'argent, à

286 POTISRIE «AULOISIS,

la fronde d'azur, chargée d'une pierre d'or en pal, pou%'aient sur les froids et muets écus des Pranks, mettre des crapauds, des couronnes, ou ce que bon leur semblait. {Uiérmme de Bara, 1630, p. lîOetauio.)

La naïveté des courtisans en quête de flatteries nouvelles, peut seule faire pardonner la faiblesse de leur science profonde, la platitude de leur argumentation surmenée.

On n'a eu qu'un tort, c'est de bâtir sur cette vase, un édifice aux proportions immenses, qui croule de lui-même et pour cause.

Le colosse avait des pieds d'argile.

Pourquoi s'étonner de sa chute !

Que pouvaient devenir, au milieu de tout cela, nos pauvres maiti'cs potiers du Rhin, de la Loire et de ta Charente ?

Les terres grises, rugueuses, grossières, monotones, avaient le pas dans le goût de la cour.

La France fut inondée d'étranges coupes, d'informes hanaps,de bou ■ teilles sans aucune délicatesse, de récipients de toutes sortes, façonnés comme on en fabriquait encore à l'époque du premier voyage, au sortir du berceau des invasions primitives. {Fig, 201 et suiv.)

L'outil de bois, la glaise à peine dégrossie, les formes anciennes, mal comprises, exagérées dans leurs défauts, les bords droits, la molette, l'application brutale de l'ébauchoir carré, plaqué régulièrement sur les panBes; les ornementations géométriques de l'âge de pierre revenues & la mode après plusieurs siècles d'oubli ; le sauvage dans des combinaisons mal ordonnées, remplaçant la recherche elle culte de la belle nature végétale ; les procédés des tailleurs de silos venant comme perfectiouncment des études grecques, des initiés de l'ère des Antonins.— Voilù la céiomique française des Méi-ovingicns I

DISPARITION ET tiOUUlCIL 1)E l'aKT OAUI.OIS. 287

Si l'on Q'arrôlait dans sa couree furibonde l'ours germanique, tout était perdu.

Les moines s'en chargèrent, on leur doit cette reconnaissance.

Le fantastique faisait partie intégrante de l'éducation des rois fraoks. Ces buflles avaient des etTrois soudains & la vue de ce que leurs yeux refusaient de comprendre.

Ghildéric, une nuit, est chassé de son lit par sa femme. « Que voistu, A roi ? — Je vois des lions, des licornes et des léopards. — Que voistu encore, ô roi ? Retourne et dis à ta servante, — Je vois des bêtes semblables & des ours et à des loups, dons le bois grand. — Regarde bien encore, ô roi, dis à Bazine ce que tes yeux aperçoivent dans

— Pronuuice inconnue. Mo til àa Cataloguo.

l'ombre de la nuit ? — Je vois des chiens qui se déchirent les uns les autres. » {ffâloire populaire de la France, 1. 1, p. 68. Paris, Hachette.)

On connaît l'histoire du monstre marin, père de Mérovéc,

Les moines exploitèrent hubilement cette corde du fantastique, et donnèrent une espèce de (lèvre de terreur salutaire aux bandits couronnés qui apprirent de la sorte à les respecter.

— Vous vivrez mille ans et plus, s'écriaient-îlg, puis après Satan sera délié. Il sortira de sa prison, et il réduira les nations qui sont aux quatre coins du monde, Gog et Magog, et le nombre des victhnes égalera le sable de la mer.

Et cîim consummati fuerint mille anni solvetur Satanas de carcere suo, et exibit, et reducet gentes quic sunt super quatuor angulos terrœ, Gog et Magog; et congrcgabit eas in prœliura, quorum nuroerus ut sicut arena maris. {Apocalt/psis Beati Joannù apostoli. Caput XX, ver. 7.)

Que celui qui a des oreilles pour entendre, écoute ce que l'esprit dit aux églises.

POTEKIE GAULOISE.

Préparez la grande cuve. Voici que la vendange est prête, on va presser le raisin dans la coupe de la colère de Dieu.

Aiguisez la faulx. Voici que la moisson va se faire. Ou fauchera les épis, car la terre est nifkre pour le jour du Toutr-Puissant,

Archanges, trônes et dominations, emhouohez la grande trompette sonore de l'Éternel qui habite au-dessus des nuées.

Ouvrez le hvre et déliez les sceaux terribles.

Toutes les races ont adoré la grande prostituée Babyloae, demeure des démons, retraite des esprits immondes, repaire de tout oiseau impur et haïssable.

Princes gorgés de sang, trumbl'iz I

Page 1