‹ De la poterie gauloise;Chapitre 26 sur 107 · L.A COUPE DE L'IMMORTALITÉ · texte numérisé non relu

L.A COUPE DE L'IMMORTALITÉ

§ I. SouHAtna ; - La Coupe sjrobole de ^^DéralioD de reDaissanu et d'iDamorlalité. — La Coupe femelle lotus des Egypliens. — Le sacriâce du SAma et h Coupe des sept prêtres, chez les Aryas. — Le sacriGce du Haoïna el la Coupe du Zend Avesta, en Perse. — La Coupe femelle, symbole du mariage et de la Rénéralion en Gaule. —La Coupe des tombeaux. — Le Gui potable et la Coupe de Taliésin. — La Coupe chei les palriarcbes, chez les Assyriens. — La Coupe d'Ambroisie chez les Grecs. — Le Calice du chrétien.

Si l'aspect de la mort, du cadavre immobile, du corps ioerte, des yeux éteints, de la bouche muette, fit naitre dans le cœur des anciens hommes le besoin de la croyance à l'immortalité, combien la vue de la vie, de la naissance, de la génération dut-elle confirmer, rafcrmir cette toi vigoureuse dans une prolongation d'existence an delà de la séparation du tombeau.

Dans ces fils robustes, dont le regard imitait à s'y méprendre le regard du père, dont la voix avait les mêmes sons, dont la démarche, l'allure, le geste étaient semblables, la mère sentit vibrer quelque chose de celui qu'elle ne voyait plus. Le mort revivait dans sa postérité.

Le beau lotus, qu'elle avait si souvent contemplé dans sa fraîcheur printanière, avait de même perdu peu à peu ses fleurs si suaves ; sa tige s'était flétrie, la froidure était venue le glacer aussi lui; mais à l'époque du renouveau, à la même place, s'étaient montrées de nouvelles fleurs plus riaotes, plus splendides et plus fraîches.

La bienfaisante nature Isis, la féconde, le divin soleil Phré, qui parcourt, pénètre et comprend toutes choses, avait réchaufl'é la plante et la plante était revenue au monde.

La mère remercia le soleil et lui offrit, non sans un ressouvenir de

ceux qu'elle avait perdus, le cnlico du beau lotus. Plus tard, quand elle en eut imité la forme, ce Fut la Coupe de renaissance et d'immortalité qu'elle prit de sa main reconnaissante et qu'elle leva vers le ciel, inaugurant de la sorte le premier, le plus grand, le plus pur des sacrifices.

Toutes les religions antiques, gardant pieusement ce souvenir de la famille primitive, ont fait de la Coupe lo symbole de la renaissance, de la génération, de l'immortalité.

Pour les Égyptiens, la Coupe ou le Lotus, qui en est le prototype ', est essentiellement femelle. C'est elle que féconde Ammon Mendez n muie première de la nature. » C'est elle que portent comme un sceptre les grandes déeases. Neitfa, « omue d'elle-même ; » Sati, n dame du ciel;» Athor, « rocculte, Vignorée, f inconnue; » Bouto, « la nuit primor£ale; »

t. Il noui Mmbls Inutile de noua étendre dsvftnttt^e tur t» tignlâMUon du lotu* dani les ralig^ans orientales. On ferait dei volume* avec les lègendee Indiennea, chlnoUeB et JapODaises, oi) fi^re la divine fleur depuli celle du Vtchnou, moU»ment étendu sur \& peau du serpent Ananta, cueRié par Lakaml, voguant'fur In mer d'aïur en contemplant Orahma sorti d'un lotus fijionoul, dont il est hii-m#me la racine, jasqu'k celle du roi lirahm^nandita do Vsiçali, de la fille but pieds de biclie, et des mille guerriers immortels qui reconnaissent leur m^re \ la rosée de lait (ju'elle répaod sur eux de ses deux seins pressés par acs mains divines.

A Ninive, il apparaît triomphant sur les briques des temples et dans les mains des grands prtires. — Les baa-reliers de Thèbes en sont couverts.

Et maintenant encore il est vénéré par tes riverains des grands 1ac3 du pays de Cachemire.

Le retrouver dans les pafs de Gaule tout aussi sacré qu'en Orient, est chose plus curieuse; qu'on nous permette donc un rapprochement qui confirme, d'une manière complète, la thèse que noua cherchons k soutenir.

« Veri le douzième siècle vivaient, i Blaensawdde (dans le comté de Caermarthen) une pauvre veuve et son (Ils, dont les seules ressources consistaient en un modeste troupeau; tous les matina le jeune homme conduisait ses moutons le long du lao de Van Vach (près des montognes noires); mais un jour, ï son grand élonncment, tl vif aasise sur la surface de Veau une adorable créature qui peignait sa chevelure, en sa servant du lac comme miroir.— Tout d'un coup elle aperçut le jeune Galloia, lea yeux ftxéa aiir elle et lui présentant sa provision de pain et de fromage. Elle glissa joiqu'ik lui, mais refusa l'olTre qu'il faisait si galamment, et comme il essayùt de la toucher, elle disparut au sein des eaux, aprAs aïoir prononcé ces paroles : ■ Pour celui qui mange du p^n cuit au four, il esl dilTIcIlo de nous saisir. ■

Le lierger s'en retourna chez lui désespéré, mais le lendemain, en se promenant sur le bord du tac, il vit une substancx pareille à da pnin flotter sur l'eau; il atUra h lui ce pain d'un nouveau genre, et remarqua qu'il était doré, comme s'il était fait avec la farine Jaune qui saupoudre l'intérieur des nénufars. Il le goûta et le trouva délicieux; mois ce fut en vain qu'il attendit, pendant de longues heures; celle que son cœur appelait n'arriva pas.

Enfln, la fée parait plus belle que jamais, consent à devenir sa femme, fait sor- Ur du fond de l'eau son douaire, sept vaches et trois taureaux, et lui dit : <■ Je aérai

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Isis enfin et toutes cos sublimes figures, variantes d'uD même typa : la mère divine. C'est elle, c'est lui, qu'on offre au soleil, « qui pénètre tout, u Au Dieu Nil, ((^t/«^(»uiefout,'à Mnévis; enfin le Taureau noir, tiçui naturam inaemitiaré dicaiur^.

La femme n'est-elle pas, en effet, la plus délicieuse des coupes que l'homme, modeleur habile, peut parvenir facilement à fuçonncr à sa guise; grande, immense, magnifique, par le sentiment, l'intelligence ttt le cœ.uF, s'il ne répand pour etlo que le baume sacré de l'amour, d'autant plus mauvaise, infâme et funeste, qu'elle aurait pu être bonne, digne et bienfaisante, s'U lui verse lo poison de la tromperie, du mensonge et du déshonneur?

Dans l'Inde, ce pays oix la femme allait cueillir sur la colline, où elle croissait à la lueur de la lune, la plante sainte du Sâma, liqueur d'immortalité que l'on servait dans le bois femelle qu'avait fécondé le bois mâle {pramantà); dans l'Inde védique, la Coupe est encore te symbole de la renaissance.

Au moment du sacrifice de l'aurore, sur les hauts lieux, dès que disparaissait l'étoile marquée par le prêtre au milieu de l'enceinte sacrée jonchée d'herbes fridches (Kuça), le Holri (sacrificateur produisait, au moyen de l'Arani, le feu sacré Agni, symbole du soleil et de la génération '.

Alors sept prêtres, guidés par le Netlri, marchaient vers la droite et répandaient le divin Sâma qui remplissait leto"* coupes. « Le SOmo,

votre Adèle êpouM; maÎH, ai jamais voua me frappez trois fois, je vout l&lascrai pour toujours. B

Ils vécurent sept sns easomblc, et la Tée eut trois fils qui se rendirent célèbres comme médecins. Mais, un jour qu'il priait sa femme de lui amener son cheval ot que la fée (ardait. Il ta toucha de son gaut en lui disant : n Alk'z, allez. » Etlo s'enfuit pour loi^jours.

Un jour pourtant elle vint trouver son (Ils Rhyvallon et lui dit que sa mission sur la torro devait être de soulager les maux de l'hitmaniU. Elle lui remit un petit sao contenant des ordonnances médicales.

< En vous y conformant, dit-elle, toi et tes frères et tes desccntlants, vous serei des médecins illustres, d

{Voyage dans te pays de O'alies, Alfred Emy. — Tour du Monde, lg67,premier semestre, p. 272),

Bat-elle assez indienne cette légende naïve avec son paiu de Netumbium, et cotte femme qu'on frappe trois fois. « Ne happez pas la femme, eût-elle fait cent fautes, pas même avec noe fleur, a dit le Code de Manon, et celte initiation des fils élevés i la science par leur mère.

Niez donc aprts cela la parenté des Aryas et des CcttcB.

1. porphyre, — làté par Champollion dans son Panthéon égyptien.

2, Voir sur la production de ce feu obtenu par le frottement de deux morceaui

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qui, bu par les hommes, les excite, les remplit de joie, d'ardeur, de courage, exalte leurs forces et leur donne l'immortalité. »

Indra, le brillant Boleil aux cheveux jaunes, chassait devant lui l'armée des IHamts, traînés par des antilopes, nuages légers chargés de vapeurs humides, et la lumière envahissait le monde ',

Le chœur chantait la renaissance de la nature. <i Reçois notre hom< mage, radieux et brillant soleil ; prends plaisir à nos chants, aime notre prière comme l'époux amoureux aime son épouse. Être sans commencement, sans milieu, sans iln, toi qui échautTes par ta chaleur cet univers, qui remplis toutel'éteDdue du ciel et de la terre, qui touches & toutes les régions, raconte-moi donc gui lu es. Sois-moi propice, louange à toi. Je délire te connaître, euence primitive, car je ne pitit saisir la marche de ion action *.

En Perse, au-dessous des grands arbres qui environnaient le temple d'Orsmud , se rassemblaient les convives du banquet mystique , le Stoùed (prêtre) jetait sur le feu des parfums, broyait les sept petites branches i'Omone dans la coupe, puis l'on buvait en chantant le Baoma hlano, qui croît dans la source de l'eau ardouizour'.

Cl Haoma, de couleur d'or, qui fait concevoir, qui donne la prudence, l'énergie, la victoire, la beauté, la santé, le bien-être, la croissance ;

Hàoma, source de vie, gui rend les femmes stériles, mère de beaux enfants et d'une postérité pure ; Hnoma qui éloigne la mort, car il estdit de lui : a celui gui boira du me de cet arbre ne mourra pas *.»

de bols manœuvres avec una lanière de cuir, la description du Kacrilioe liindou dans VStsaiiur la Vida, d'Emile Bumouf.

Essai *w la Vida, par Emile Burnour, Dcsohry, Tsndou et Oe, 1883, Paris, p. 302, et Micheiet, Bible de l'humanité, p. 30 et suiv.

1. u Vous m'avez prouvé d'une fason qui a fait Uire mes objections, que il vie de notre planËte a sa source dans ie soleil, que toute force est une Iransfonnalion du ■oleil, que la plante qui alimente nos foyers est du soleil emmagasiné, que la loeomoUve marobe par l'effet du soleil qui dort dans les couches souterraines du char-

' bon da terre; — que le cbeval tire sa force des végétaux produits p«r ie soleil, que le reste du travail sur noirs planète se réduit \ l'élévation de l'eau, qui est directement l'œuvre du soleil.

Avant que la religion arrivât ï placer Dieu dans l'absolu un seul culte fut raisonnable et icientifique, celui du soleil, a

/tenue desDeux-Mondei,*,. XLVIl, p. 766, IS octobre 1S63.

Lettre de M. Renan l. M. Bertbelot.

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