LA COUPE DE L IMMORTALITÉ
Mais de tous les peuples primitifs, les Gaulois seuls conservèrent pour ainsi dire dans leurpureté native, les traditions de la Coupe, les traditions de la ligueur divine, du boire de l'immortalité. Ils firent d'elle tout d'abord le symbole du mariage. Lorsque les chefs, pai-és do leurs saies brillantes, ornés de leurs bracelets, de leurs colliers d'or, ayant au flanc le large poignard, aucâté droit la grande épée, les cheveux noués surlatôtc, étaient assis autour de la table paternelle, devisant de leurs exploits avec cette ostentation proverbiale h. notre race, racontant leurs prouesses et semblant appuyer à qui mieux mieux leurs prétentions à l'amour de la
RR. PP. Cahier et Marlln le retrouvent garda par des lions et des piépards dans las ma^Ulquea tapisseries de leurs Mélanges archéologiques. Nous ne devons pas aoos étonoer de le rencontrer dans nombre de nos médailles gauloises (médailles des enrirons de Paris, au nom de Roveoa, derri&re on ohevnl, — Médailles de l'Aquitaine. — Derrière le loup blésoia, médailles de Contoutos, chef des SanUins.) L'Arl gaulois, d'après lea médailles de M. Eugène Huctier, p. 31 et 36, planehe GO •t !0. — Nuoiismatique des chefs gaulois, de M. de Sauloy, p. li. — Tasgetlo, médaille d'Amboise, etc., etc.
Ce ne sont pas les symboles orientaux qui manquent sur les monamenla laissés par
Les grues, eei oiseaui de la Iransmigratton et des voyages, ces signes du second Hermès. Tolii du Panthéon égyptien, qui a tant de rapport avec notre divinité gauioiae, les grues couvrent les boucliem de l'arc d'Orange, les médailles des Bitoriges, de Gobales et du pays d'Amien?, p. 77, Art gaulois, d'Huoher, loc, cit., 87 et BB.
On les voit enlln sur l'autel du Taureau de Paris, roruot trigaranui (musée de Cluay, salle des Thermes, n» 1, 2, 3, 4 du Catalogue).
Et ce même Taureau, plus caractéristique que les taureaux assyriens deKorsabad, que les taureaux nourris àHermantis,en l'honneur d'Am mon, legénérateurparexceiienoe, ne i'avons-nous pas dans le biis-relief de Saint-Marcel (musée de Cluny, Idem).
Et les oùeouc ineifateurs qui volent au-dessus des coursiers dans les bas-reliers de la collection du duc de Luynet (Mag. pitt., p. 16, t. XXXIII, 186S), qui se reposent sur les flancs du bélier Amraon Rab., Esprit des quatre élémeDta (Panikton égijplim, de Cbampolliou, p. 5), ou qui voltigent en figuie d'ureus allé au-dessus du sphinx du dieu Pbré (Idem, p. 66). Est-ce que M. de Barihélemyne les apas signalés (flroue archéologique, p. ISS, février 1867) sur une brique estampée du midi de la France et sur une quantité de médailles de la collection de M. de Saulcy. — Médailles des Carnutei, des Leukes, des Arvernes, des Bellovaques, des Bituriges, des Meldes, du Belgiun el des Parises.
Ils se trouvent encore sur des pièces antérieures i César.
Statère d'or pile, de style aquitain. Collection Huoher.
Statère de bas electrum, provenant de l'eitréme Armorique. [Arl gaulois, de M. Hucher, p. 3S.)
Tout est oriental en Gaule, depuis le cheval de mer, Vhipposampe, armes parlantes des tribus ffor mor (la mer), conservé comme type de cette parUe de la Oanle Jusque dans les ballades des Bardes. — « Tiens, bon cbeval de mer, aussi blanc q<ie la neige brillante, frappe k la tête, frappe fort, frappe, a Prédiction de Gwenc'hlan. — (Bartaa, BreU), depuis l'hippocampe jusqu'au sanglier de Nîmes (namaiat), Jus-
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belle parla gloire acquise à leur nom respecté, la jeune fllle, revêtue ds la tuaique blanehe, entrait. EUe cherchait du regard celui pour lequel avait parlé son cœur, s'approchait doucement et lui tendait le breuvage d'amour.
Il l'approchait de ses lèvres, le père l'appelait son gendre. Les époux étaient unis pour toujours '.
A la mort, on déposait près du cadavre ce vase sacré dans lequel il avait bu la liqueur de vie, dans lequel il devait boire, au milieu de ses transmigrations à travers les mondes, la liqueur d'immortalité. Pieux usage que paraissent n'avoir pas oublié les paysans du Morvan, de la Bresse et de l'Aveyron '.
qu'au loup de Blols (Ar BleU, le loup), Jut4]ii'ï la branche d'aune dei Artenea {ArVem, l'aune).
Mais nos noma eux-mSmei, nos noms n'onl-ila pas la tournure que le plaliaient
I donner aux leurs Ids peuples primitifs. Chez les Hébreux. Abraham s'appelut le fkre de la multitude. (Genèse, cbap. xvii, v. S.) Isaac avait nom Sourire, {l/l., xxi, v. 3G.)
Beaonl italt le Sis de la douleur (/d., xxxi, v. 18), et Benjamin le llls de la droite. Moïse Bigniflalt tiré des eaux. {Exodf, chap. ii, v. %). Jacob, supplanleur. (Gen^:(r, XXV, V. fS], et isracl fort contre Dieu. (xxxn,v. S8.}
Dana l'indo moderne, Sarcbekin khan veut dire qui rompt les batsillonB; Saeb koran, le prince fortuné; Timour Lenk, Timour le boileux; Bayeaid, le foudre; et Alemguip, le conquérant du monde.
En Basse-Hretagiie, Ker-vaa-doue veut dire la ville du bftton de Dieu ; Kervealou, la ville du vivant & toujours; Laameur, le graud pays; Rumengol, la pierre rouge de la lumière; Rochglns, la'roche verte; Coetmen, le bois de la pierre; et Coelmenech, le bois de la montagne.
C'est-à-dire que tà nous n'avions pas oubtlA toutes les traditions de nos pères, nous pourrions dire k tous ceux qui m font gloire de leur noblesse et de leurs litres à l'heure qu'il est: Rendez-nous nos blasons, il n'y a de nobles on France que les surnommé» les bourgeois, auxquels le peuple donna un cognofiien qui se transmettait. Il n'y a de nobles en France que les Le Brun, les Le Gris, les Le Roiu, les Le Noir, tes Le Blanc, etc. Vous, vous n'êtes que des usurpateurs, et la Réforme de Ifni aurait dû vous interloquer et vous débouter & juste titre.
Ah! que do cliosea, les rapprochements, si l'on voulait bten s'en donner la peine, feraient découvrir dans l'histoire de nos aleuxl
f. Histoire de la fondation de Massaiie, Amédée Thierry. Histoire des Gaulois, 1. 1, p. 136; Htitoire rfr" Caninio, t. I, p, ii2\ Histoire de Zenotkemis et de Cydimachée, t. I, p. 5î3; W. Histoire de France, d'Henri Martin, t. I, p. H.
Le mariage en Grïce se faisait aussi par la coupe.
« Tel un homme rictie saisit la coupe où pétille la rosée de la vigne; il la porte
II ses lèvres, puis la donne au jeune homme qui bientôt sera son gendre, pour qu'il l'emporte dans sa maison. Cette coupe est toute d'or, le plus précieux des trésors, l'ornement des rcslias. C'est le présent d'honneur qui consacre l'allianoe, et les amis conviés & la fête envient le bonheur de ce tendre hyménée. a (Pindare, vu* olym- . pique.)
8> Nous avi>ns vu plut haut cet usage de la coupe placée dans les lombes, con-
LA COtIPB DE l'immortalité. 76
Enfln, dans les sacrifices religieux au milieu de l'enceinte du Cromlech, nous voyons aussi bien que dans l'Inde brahmanique, aussi bien que dans la Perse du Zcnd-Avesta, figurer le vase saint aux mains des initiés des grades les plus élevés.
Taliesîn, le type du sage, qui savait tout, même l'explication des rameaux sur la table des sentences, Taliesin, qui avait été marqué par Math la nature, marqué par Guyon le voyant, marqué par le feu, marqué par le sage des sages, Taliesin. qui avait traversé toutes les épreuves, qui avait été serpent tacheté sur la montagne, vipère dans le lac, étoile chez les chefs supérieurs, dispensateur des çouttes de
Flg. 4». Coape u bjontiie 1 lu m duCaUlogiM.
l'effusion du Gui, fut enfm revêtu des habits du sacerdoce et Uni la Coupe '.
Sans doute dans ces banquets sacrés, cités par Pline, banquets semblables à ceux du temple d'Orsmud et des collines de l'Himalaya, « Epula rite ordinata, » où l'on buvait le Gui conune 1^-bas on buvait leSôma et l'Haoma a eo poto», dit encore Pline, boire, qui produisait la fécondité, guéiissuii tout, « oninia sanans » et servait d'antidote aux poisons les plus victlcnts, « contra omnia venena remedio esse », sauvait même de la mort et procurait aux hommes la joie étemelle *, comment les druides n'auraient-ils pas conservé pures les formes de
■taU en Champa^e dans un cimetière antérieur à ta conquête romaine. M. l'abbé Cochet le cite comme permanent en France, dana le Morvan &cl.ue\, (Archéologie céramique el sépulcrale. Paris, Déroche, 1880, p.l6.)
Et le mua6e de Salnt-Germain-en-Laye possède plusieurs coupes, de forme complètement orientale et de fabrication moderne, trouvécx dans le cimuUëre do Perro, au fond de l'Avoyron.
1. Sur l'écriture végétale des druides, et sur les dilTêreotes traDsrormationt de Taliesin, voir VEsprit de In Gnule, de Jean Roynaud, p. S33 et sulv.; et la note de M. Henri MarUn, dans son Histoire de France, t. I, p. 71, sur la coupe que ^ent le même barde.
i. Jean Heynaud, VEsprit de la Gaule : Le Gui et le Haoma, p. 231.
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leurs vases sacrés {fig, -19, 50 et suiv.), eux qui gardaient si Hdèlement la tradition de la famille première.
Ne pas trouver en Gaule le lotus égyptien, fleur de Tlnde dans toute
« oimatiiret de Is Htni<, n'
Pig.H.Coapa dt (orm< 0Dnip.ét«nieat orieatalc, Irices d'esiil de peinturai, tarre jiuuUrs, anaDCée da rangs. — Bintaur, » centimèlrci, laigcur, 19 centimùtr», — N» t7« du Calalogiw.
sa naïveté première {fig. 31, 52 et suiv.), nous eût au contraire étonné. Ils étaient si près de la nature et si loin de toute intervention purement sacerdotale, dans la plus mauvaise acception du mot, qu'on ne doit pas être surpris d'une telle fldélité.
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Qu'avaient-ils comme livre ? La nature et rien que la nature, la plus belle bibliothèque qui soit au monde. Ailleurs, l'intérêt pervertît peu h peu les coutumes. L'ignorance aidant, on oublia le sens pour s'attacher au mot. Je crois que l'absence de rt^criture, en forçant l'imagination au travail, dut en Gaule, ôfre une des causes les plus puissantes de la sublimité continue des doctrine» druidiques.
Coupe divine, humble vase si respecté, on ne peut ouvrir une chronique des vieux ôges sans la trouver partout. Aux mains de Mel-
rig. a. Coups de hnro grâàtcc. — PniT«iiiinc« cimeliirei ds la Mune, nO 01 da Ciltlojpis.
F[g. S4, Coape ds terrs gri» et noim, — PronnaiKS Cologn», no eO du CaUlogas.
chisedec, dans celles des prêtres, à la tiare d'or, à la barbe tressée, de Ninive, dans celles des initiés d'isis, à la procession de l'âne d'or d'Apulée', dans celles plus étbérécs des Dieux grecs eux-mêmes, qui s'abreuvent du nectar et de l'ambroisie que leur verse la jeune Hébé ou le beau Gaujinède. 11 n'est pas jusqu'aux catholiques qui n'en aient conservé le souvenir dans leur sacrement par excellence, qui donne la force et le secours {da robur fer auxilium], « et quelque puissance que les mages et les druides aient attribué à leur coupe, dit M. Jean Reynaud, ils ne sont jamais entrés, par ce rite, dans un surnaturel plus profond que les chrétiens, pur leur calice'. »
1. Idem gerebat aureum vasculum in modum papiUœ roiundaium. L'Ane d'or, I. XI, p. S29, t. II.