LE ORANI> ŒUF SACRÉ
par goût, en faire le principe de la création. Ils ne pouvaientavoir qu'un Ptha femelle, gu une coordinatnce et non un créateur mâle. Ils inventèrent Creiz Viou, et de plus, lui donnèrent la beauté.
Mais si nous voulons constater le respect de la tradition de l'œuf comme symbole de renaissance et de génération. Il est inutile de nous égarer dans les recherches et les comparaisons des mythologies anciennes. Il suffit de jeter un regard autour de nous, de signaler un usage tout moderne, et qui marque suffisamment la parenté qui n'a cessé d'exister entre noua et les Orientaux de tous les âges.
« En Perse, dit Chardin, la fête du nouvel an, la seule fête civile que les Persans connaissent est célébrée avoc beaucoup de pompe. Djelad* din, instituteur d'un calendrier qu'on dit préférable au calendrier grégorien, a fixé la fête du renouvellement de l'année solaire au soir de l'équinoxe du printemps. On annonce la fête au peuple par des décharges d'artillerie... Puis chacun échange des présents, et dès la veille, on s'entr'envoie des aiufi peints et dorés. Il y a de ces œufs qui coûtent jusqu'à trois ducats d'or la pièce.
«Le roi en donne de cette espèce quelque cinq cents dans son sérail, et on les présente dans de riches bassins aux principales dames. L'œuf est couvert d'or avec quatre petites figures ou miniatures très-fmemenl faites aux côtés. On dit que, de tout temps, les Persans se sont donné des ceuft comme cela au nouvel an, parce que l'œuf marque le comment cernent des chose».*
On sait que l'année en Gaule commençait autrefois à Pâques. — Au printemps, lorsque les premiers bourgeons s'épanouissaient sur les branches nues des arbres desséchés par l'hiver, lorsque l'herbe verdissait aux champs, que le blé germait dans le sillon, on proclamait l'an neuf, ens'écriant: o Voilà que la terre se réveille, le blé germe, enghin an eit^ . Renaissance I Renouveau 1 Résurrection! » et l'on s'envoyait des œufs peints, des présents et des souhaits de bonheur, — lei œuf» de Pâques!
Ténacité sublime du plus grand des peuples t Vraiment je t'admire : les conquérants viennent, t'imposent leurs lois, ils croient te soumettre et tu te tais, ils changent tes noms, tes fêtes, tes mois, tes jours, tu no dis mot. Renversés et remplacés par d'autres, ceux-ci prétendent t'absorbera leur tour, ils enlèvent à tes grandes réunionsjusqu'à leur sens caché, jusqu'à leur signiilcation symbolique, — tu laisses faire !
1. Au Gui ran neur, voir la traduclion qu'en donne M. de la ViUemargué, eng/im un eil, le germe, voir Henri Martin, Hiil. de France, tr I, p. 72.
02 POTERIE QAULOISE.
Puis, tout à coup, on recoimatt qu« tu n'as rien oublié, que tu sais, que tu te souviens, que tu vis quand même.
Par le souffle du divin Hesus, peuple grand, race de la pensée, je t'aime. Ab I certes, qui pourra se vanter de te tuer toi? Gaulois tu étais, et passent toutes les tyrannies de la terre, toutes les invasions de la force brutale: Gaulois tu resteras! ^ Gaulois tu seras toujours!
LA P.ERSONNALITâ GAULOISE
PHUitni t?(»oui
§ I SovHMRi : ^ Traosplanlation de l'arbre de vie (Haorna) en Gaule.— Premiers caraclères de la personnalilé gauloise, de l'art national dans les poteries. — Ce que c'était que la barbarie gauloise . — Un clan gaulois, — Education libre de l'enfant. — Constitution de la famille. — RSIe de la femme. — T.e Fuseau et la Lance.'— Religion. — Contemplation sublime de la nature. — Irruption de la clfilisalion romaine. — César.
ConuDe les Indiens des prairies traversent les déserts du nouveau monde, en emportant avec eux les ossements de leurs pères, les premiers Celtes quittèrent les plateaux de l'Asie, avec les traditions de la famille primitive, et les conserTèrent religieusement au milieu du long voyage que la brutalité des aînésrlea forcèrent h entreprendre.
Un savant, amant de k natuiTai transporta, dit-on, de régions lointaines, un pe^t arbuste qu'il abpeiiya, dans la pénible traversée, de l'onde rare que l'on mesurait à l'Aquipage en détresse. De retour dans sa patrie, il planta l'arbuste, et l'arbuste devint un grand arbre.
De même, le Druide, quand il parvint aux extrémités de la terre, enracÎDa dans le sol, le grand Haôma de la Perse, sa première patrie, et Tarbre de vie abrita dans la suite ses petits enfants sous l'ombre bienfaisante de ses rameaux bénis.
Les Juifs portaient dans leurs tentes, à travers les sables de l'Arabie, la loi que Dieu leur avait donnée matériellement, par les mains de Moïse. Le Celte, dans sa noble intelligence, conserva plus précieusement le code de ses ancêtres : l'Ame humaine n'est-elle pas le plus nùr des tabernacles?
Sur l'HaSma d'Asie vint se grefier par la suite nue braacbe plus
94 rOTERl£ GAULOISE.
vivacc ; sur ce tronc noueux et rude sYpanoulreot de nouveaux feuillages. Entées sur les traditions orientales, les légendes celtiques prirent
, et formèrent ce que nous appelons la personmalitë oac-
LOISB*.
Fig. S3. Vua à boiro [Utntp], La tam gritUre, avec arnemenlalion en ligngt flanquie àe fgaillagaa an crsui. Variili ohunpeiiaiia. Hautenc, 10 untimilm ) largiur, lO oentimètcei. — PravsDanw eitnoUèrei de U Uaroa, n» ST du Cslalosoe.
1. «Chanta populairee, ircha d'nllianoe outre lea' temps anoiens et les nonTeam, c'est en vous qu'une nation dépoae les trophées de ses liéroa, l'eapoir de aes pensées et Ib fleur de ses sentimeotH; arche aointe, nul coup ne te frappe, ne te brise. chanson pnpulaire, tu es la garde du temple des souveiiira nationaui; tu as les ûlea et la voit d'un archange, souvent aussi tu en as les arraea. La flamnie dévore les ŒDTres du pinceau, les brigands pillent les trésors; la chanson échappe ut survit. Elle eourt parmi les hommes » — Mickicvicï,
LA PERSONNALITE OAULOISE. 95
Comme les hoOiiiies, Ica nations, jo ne parie ici que des racRs de l'intelligence et non pas des races de la force, les nations ont un caractère, une originalité qui lenr est propre, qui les distingue, qui les marque.
Les races de la force, elles, n'en ont aucun; aussi les Toit-on dispa-
boire (lUnaj.) J« Urr» 1,
cuue.f
.-Provenanoeumetièraid.
a la Ml
rpe, ai SS du CiUlogtis.
raître du monde, sans laisser aucune trace, après avoir joué ce que les historiens, flatteurs des rois et de leur séquelle, habitués & narrer les conquêtes et les tueries d'hommes, appellent un grand rôle. Qui pourrait trouver aujourd'hui des Macédoniens en Macédoine? et pourtant leur chef, Alexandre dit le Grand, les conduisit jadis jusqu'aux rivages de l'Inde. Qui désignerait aujourd'hui dans Rome un vrai Romain? et pourtant César et ses augustes successeurs inondèrent jadis le monde, des cohortes impies, des enfants de la louve.
Ce qui frappe par l'épée périra de même.
Ce qui s'impose par l'esprit reste éternel.
Je n'ai pas à démontrer ici l'iDduence qu'eut dans le monde le caractère particulier de la Gaule, qui peut se résumer en trois grands principes : —.immense liberté, — perfectibilité indéfinie, — universel amour de l'humanité. — Je dois donc me contenter de distinguer dans l'humble branche de l'art qui nous occupe spficialement les tendances très-accentuées des modestes façonneurs d'argile, et en faire naitro les quelques conséquences qui en découlent immédiatement.
Sur le sommet des monts, non loin de ces cercles do pierre, dont le pâtre encore aujourd'hui ne s'approche qu'en tremblant, tant est grande la vénération qu'inspirèrent jadis ceux qui tracèrent ces enceintes sacrées, les Druides, traînant silencieusement leurs longues robes blanches, se livraient, selon l'expression d'Ammion Marceilîn', à la seule étude des choses abstraites et profondes. Autour d'eux, une troupe de jeunes gens, scrutant la nature, s'elTorçaient d'en découvrir
1. n hes Bsrdes, dit Ammion Mnrcellin, clisntaicnt tiur la lyre los graiidos nctionB des homme» héroïques; les evhagca, scrutant la nalure, a'eUorçainnt d'en décooTrir les cnchatDeiiienta et les sublimil^s; et au mîtieu, les Druides, les plua élevés par l'esprit, comme l'a déclaré l'autorité de Pylhagore, ee vouaient à l'étude des choses abstraites et prorondes. ■ ~lU,Etpril de in Gaule, de Jean Heynaud.
LA PURSONNaLITË GAULOISE. 97
les eachaînements et la sublimité, écoutaient pieusement la parole du maître.] Dans une profonde vallée, venait-il à s'établir un chef de
Fig. K. Vu» ds lern □oiràtn; stih orDSnleiitalioD an rslisf trAi-«BaDluia, miiDolieluKi à l'étMDeboir, rigolièrH. Variété chuDpenDiM. Iltulaar, llcentimètna ; lirgtor, 19 csattoitlrGi. — Prorenuiw cimelitru de li Uinie, n» ït du Calalogiie. (Vu« dn rapM FQnibrs.)
famille aveosa parenté cherchant pour SCS troupeaux l'herbe épaisse, pour les siens, le cbamp fertile et cultivé, il allait consulter sur les
POTERIE QAOLOIBE.
hauts lieux le ^rand Druide, et si l'argile reteDait dans le col étroit du vallon l'eau fécondante, celui-ci donnait son. libre cours à l'eau; si le Boleil, au contraire, desséchait le flanc de la colline, en preoant non loin de sa source le ruisseau dont il connaissait les méandres, il le
UlgMf , T .— PratlDUM T ni TT dn CaUlofus.
conduisait au-dessus ^dU vallon', et les troupeaux paissaient l'herbe frtûche, et le chef de famille voyait prospérer sa maison.
Fig. M. ViH da tarra gr'aUrt, ornt ds tousi i l'iiliiiucUuir, urai:léritU>|Uii, — ProTanums Gand, DO n da Catalogua.
Alors, non loin des cafaatiea du clan, celui qui avait fidèlement gardé dans la mémoire la vraie tradition de l'art de terre, l'amour de la fleur, modèle unique du vase, refit d'abord pour la famille les formes consacrées par le rite sacré de ses aTeux ; puis, peu à peu, voyant s'épanouir