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LE ROMAIN EN GAULE

LES INSTRUMENTS DE LA CIVILISATION (lb Soldat)

SoMHÀiBi : iDTBsion des Homains en Gaule. — César et ses soldats. — Massacre des Belges. — Massacre des Nerviens. — Sac deNamur. — Hasiiacre des Vénèles. — Massacre des Ménapiens. — Incendies k Amiens, en Bretagne, sur leBhio, chez lesÊbuions, chez les Biluriges. — Bouleversement de la Gaule . Victoire des Homains.— Nouveaux massacres à Gien, à Poitiers, au Puy d'Yssolu, — Les mains coupées. -> Retour de César i Rome. — La Gaule ouverte k la civilisation.

Urbatti, tervate uxorei ; mœehum calvum adducimus, Citoyeos, gardez bien vos épouses, nons tous umenons le chauve débauché, le mari de toutes les femmes, et la femme de tous les maris, celui de qui triompha Nicomède, celui que Bibulus et Guiion nomment la reine de Bithyoie, l'amant des Servilie, des Posthumie, des LoUie, des Mucie, des Tertulle.

Citoyens, gardez bien vos femmes, voici venir le féroce adultère ■.

1. Ne provinclalibus quidem malrimoniis abatinuUae vel hoo ditUoho ipparel, jactato œque a mUitilna per gallloum triumphum :

UriMni, Mna(« diotm; jnaehjon eabnm addDCJnitu. Aunun ia 0»!^ flffgtuûti; hic mmpBUti rooUiiaDi.

(Sii4ton«, Divta Juliut Cteiar, Ll.)

Et qui parle de la sorte, des ennemis sans doute, des esclaves envieux el maltraités, des bourgeois incendiés et ruinés ? Mais non. Les soldats eux-mêmes du général victorieux, les soldats de Rome et de César, la fameuse dixième légion, cette vieille gar<k Battée, choyée, ca- .resaée par flmperator lui-même.

Le torrent descendait des montagnes avec un bruit strident de fer, d'acier, d'air&in mêlés, pour se précipiter sur la Gaule.

« Soldats I le gouvernement vous doit beaucoup, mais ne peut rien pour vous. Votre patience, votre courage vous honorent ; mais ne vous

GtUico deniquD triumpbo, miUita ejus ialer estera ormina qualia curaum prosequentes joculariter canunl, eti&m vulstritiaaiinum illud prouunliaverunt.

Calliu Ccur nib«git. Nicomsdn CieHreni.

Ecoe Cicur ngna triampbil qui subegil Oalliu. Nieuioe4«a non (rinmpbit, qui lubeçit Ctnanm.

{ IdeiH, XLIX. )

Ac DO eui dublum oranino sit, et impudicitix eum, et adullcriorara fla^use intanila,Curio ptkr, quadam eum orallone, omnium mulierum virum, et omnium ui'ra-

ruin mulierem oppcllal.

{Idem, LU.) Pudicitim eju9 famam niliil quidem prœter Nieomedia eonlubernium Ueiit, ^avi tsmeiiet perenai opprobrio, et ad omnium oonvitia cxposito. Omitto Cla'l Licimi no- Ijssimoa vertus :

Bilhydid quidquid fll piedEcator Gasaris raquain hibuit.....

prxtcrea actioaea DolabellEB et Curionis patria : la quibus euDi Dolabella pelUtem reginf, spondam înleriorem regia lectka; ao Curio alabulum Nicomedù, el bithynicum fornicem dicunt, etc.

(Idei», XLIX.

Pronum el sumptuosum in libidincs fuisBe constaaï opinio est plariraaique et i1luïlres rcmiDas corrapiaae in quibus Posihumiam Servi! Sulplcii, Loiliam AuU G>binii, Terlullam Maroi Craisi, etiam Cneli Pampeil Maciam... Sed ante aliaa dilexit Marci Bruti inatreiQ Serviliatn.

Udem, h.)

Les témoIgnagcB do rbistoritn latin sont assez formels et assez motivfs pour insister davantage aar le caractère vrai de ce César, qu'ont dû prendre pour patron toua les aventurière heureux de l'histoire. 11 est toujours bon de faire coanallre cet homme. C'est pour cela que nous avons transcrit en ces notes l'opinion de Suétone. Parce que si nous reconnaiseona lea taleiiU militaires de César a /a hiiine qv'ilnoia inspire, comme le dit si bien Lcpeletier de Saint- Fargeau, ne nous empfr.iie pas d'admirer la seule qualité qu'il ait possédée à un degré aussi éminent que l'ambition et la fourberie. » {César, par Michel Lcpeletier do Saint- Kargeau. Paris, Abcssard, MDCCCLXV. Ouvrage posthume, édlt. par M. Cheron de Villicrs.) Voilï quel éUit rbomms a suscité par la proeidence pour marquer du sceau de ion génie une ire nouvelle, aODomplir en Gaule, en quelques années, le travail de plualeura sliclei, faire progresser l'humanité et bâter chez nous le triomphe dé/lnilif du bien. > — Jugement de Napoléon 111. Histoire de Jules César, t. I. Préface, p. 6. Paris, Palais des Tuileries, 20 mars 1862. Paris, Henri Pion, MDCCCLXVI.

LES WSTRUMENTS DE LA CIVILISATION (lE SOLDAT). 129

procureDtniî//oirem'at(m/ojeï. Je vais vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde. Vous y trouverez de grandes villes, de riches provinces, voua y trouverez honneur, gloire et richesses. Soldats d'Italie, manqueriez-vous de courage '?»

rouf^e luBlrie, aveu arneroi

Mido tépucnt 1« lujcli; au

leur, <g esDlimitrea ; Itreenr, Il wolunèlnB, N» Î3i du CatihiBai (2)

Il On dit que vous n'obéirez point h mes ordres, que vous ne lèverez point vos enseignes. Ce sont des choses gui ne m'inquiètent nullement. Une armée ne refuse d'obéir que lorsque son général a été la cause de ses désastres, et la victoire des Helvètes témoigne de mon heureuse fortune. Si personne ne me suit, je partirai seul, avec la dixième légion, qui a toute ma conlîance et qui sera ma cohorte prétorienne. J'étais résolu à retarder le départ de quelques jours, nous lèverons le camp à la quatrième veille 3. n

1. Diêcoiiri du général Bonaparte à rormie des Alpes. Campagne de HM, Thiore. Hùloire de la Révoliilion française. Uvro XXXIII, l. II, p. 366. Paris, Purue et Jouvel, MDCCCLXVI.

2. Voir la planctis 6S du ta collection de ligurines en srgile, œuvres premiirea de l'ut ssulois, pir Edmond Tudot. Parie, Rollin, MDCCCLX.

3. Discours de César à tarviie romaine avant la campagne de 696, Gtierra des Gaules. Commentaires, XL. Charpentier, Paris, 1863. p. il.

130 POTERIE OADI-OiaB.

Et les buccins recourbés sounèreat, à ta quatrième veille, l'éclatante marche des légions.

Les aigles d'argent, les louves d'or, brillèrent dans la nuit sombre, portées par des hommes dont la tête orgueilleuse s'encadrait dans un mufle de bête fauve, et l'astre de Diane, au croissant recourbé, fit jaillir des étincelles d'une forêt de piques, de lances, de javelots, de falariques, qui tout à coup se mirent en mouvement.

On entendit un bruit formidable de boucliers remués, de glaives battant sur les écailles des cuirasses ou sur les lames serrées des corselets, et la terre trembla sous le pas cadencé des cohortes et des manipules.

L'armée s'était mise en marche.

Parfois, les titiciucs faisaient retentir les échos du son bruyant do leurs cornes de cuivre. La voix des centurions, lançant un commandement, dominait le tumulte. Les grandes trompettes droites, au large pavillon, traduisaient les ordres des chefs, les dos courbés des triaires se rangeaient sous le cep de vigne des officiers,

C'était l'invasion de la force brutale qui commençait comme l'avalanche grossie par sa course furibonde éclate, renverse, détruit tout ce qui l'arrctc. Le soldat romain, traînant à sa remorque les nations vaincues par lui, arrivait pour brûler, ravager et soumettre les vallées tranquilles, les collines paisibles, les calmes plaines de la patrie.

Pauvre France !

Après les phalanges régulières, descendirent les alliés, la cavalerie numide, au petit manteau noir flottant, montée sur des chevaux tachetés comme des tigres et prompts comme des aigles. Les archci's de Crète, au vêtement grec, l'arc en main, le carquois sur l'épaule, les frondeurs des Baléares, balançant une sacoche pleine de petites balles d'argile durcies au feu.

Après, les lourds chariots s'ébranlèrent, encombrés de béliei-s, d'onagres, de tours démontées, de mantelcts, de scorpions, déballâtes, de catapultes.

Puis vinrent les valets d'armes, aussi nombreux que les soldats, avec les tentes, les vivres et les bagages.

Puis la foule des marchands, qui calculaient déjà le gain féroce d'un butin sans exemple.

Puis les oiseaux de proie, qui ne quittent jamais les tueurs d'hommes.

Au-dessus de tout cela, flottait une vapeur épaisse à la saveur acre, mélangée de l'odeur forte des sueurs et du fumier des bêtes de somme.

us INSTRUMENTS DE LA CIVILISATION (lK SOLDAT). 131

et des senteurs concentrées du cuir éch&ufTé, des vêtements militaires.

En tête, — le front nu, — la face blême, — h pied, — drapé dans son paludamentum de pourpre, — marchait, suivi du soldat qui portait son, ^pée, le proconsul, défiant les orages du ciel et la colère des nations libres '.

Bientôt les massacres commencèrent.

On avait déjà défait 69,000 hommes dans la guerre des Helvètes, réduit des deux tiers une population de trois cent mille hommes, et passé au (il de l'épée six mille prisonniers qui, après avoir rendu les armes, avaient cherché à se dérober par la fuite '.

On avait tué quatre-vingt-sept mille hommes k la bataille de Nonnenbruch ', dans la guerre contre Arioviste,

Chez les Belges, auprès de Laon, sur la rivière d'Aisne, api'ès un vif combat, comme les Gaulois battaient en retraite en laissant derrif|r)isux des traînards, César lança sa cavalerie et l'on tua sans danger, tan( que dora le jour ^,

Sur la Sambi'e, chez les Nerviens, oii cette race qui n'a pas latfirreur de la mort montait sur des cadavres amoncelés pour jeter au-t P(i¥»ihîsseurs leurs propres javelots, encore tièdes du sang des blusufes faites, on tua encore, on tua tant, que de soixante mille guerriernj jl en échappa cinq cents, et que tous les chefs périrent si ce n'est trqls *, A

1. V. ta Commentaires, SuétoDO, Pline, Ptularqae, Moattaucori, Anthony fficll,— H«ari Martin, Michelet, Amédée Thierry, — etc., etc., etc.

2. Les friliusde Luceme et de Berne (les Verbigènes) i. la bataille du mont Deu' ¥Miy (Bibrscte). — V. Histoire de JuUt César, t. II, p. 71 el 67. Paris, Henri Pion, et les CommeiUaires, Uv. I, XXVIII et XXIX.

3. Histoire de Jules César, t. H, p. S3 et 91. PluUrquc. Vie de César, XX(. V. y Atlas del'Hittoire de César, planche 6.

K, Bataille de Berry-ftu-Bac, prËs la montagne du Vieux-Laon (Bibrai). Hisivire de Jules César, t. Il, p. 101.

Sine ttllo periculo, tantam eonii:! multitudiDcm nostri iiitcrrL'ocrunt quantum fuil diei apatium. — (Ainsi, une courir aucun risque, lei uAlroB tuèreut sutaat d'ennemis que la durée du jour leur permit d'en tuer.) Commentaires, liv. II — XI.

5. Bataille de Hautraont, près Maubeuge. — Planche 10. Atlas de la Vie de César, t. II, p. 109 el Buiv.

Al tiosles ellam in exlrema spe Mlutis tantam virlutem prœstilerunt, u( quum primî eorum cccidissenl, proiimi jaceulîbua insistèrent atque ex eorum corporibua pugnarent; his dej«ctis et coacervalis cadavcribus, qui Buperc»i<e(it, ut ci lumulo, tels in noatros coiijiccrenl et pila intercepta remlllercnL

Quant aux ennemis, ils montrèrent un courage extraordinaire dans l'elTorl suprême qu'ils tentèrent pour s'échapper. Lorsqu'il tombait au premier rang quelques homme», ceux qui se trouvaient i cûlé montaient sur eux et combattaient sur ieuru

NamuT, on vendit cinquante-trois mille tètes. Corps et biens, tout fut adjugé sous la lance. Namur avait résisté, et après avoir livré des monceaux d'armes, en avait fabriqué d'autres pour se battre de nouveau '.

A Vannes, dans l'Armorique, on faucha des hommes pendant des heures entières, tout le temps que le flot met à remonter après qu'il a quitté le rivage. Là, comme on combattait sous les yeux de César, le soldat mît du cœur à la besogne ^. 11 était là, l'homme rouge, regardant du haut de la falaise ; depuis un an, il attendait, faisant des chaussées gigantesques, luttant contre la pâture, l'Océan et la ténacité d'une race énergique. Il était là, en avant du camp, debout sur le dur rocher. Derrière lui, les primipilaires, les tribuns et les légats silencieux. Audessus de sa tête, Hottaient au vent les flammes jaunes des cavaliers, les petites bannières des cohortes, les médaillons laurés des împeratores. Les trois rangs des soldats, le pilum droit en main, l'épée courte au flanc, le bouclier foudroyant au pied, se tenaient fixes, les aigrettes

corps. Da hftut de cet monoeaux de cadavres, ceux que la mort «Tait épargnés noua langolent leur* traits et nous renvoyaient ceui qu'ils atiient reçus, oomme s'ils avaient été placés sur une huile de terre. Commentaires, IJv. U —XXVII.

... In coronienioriuida civttatis oalamilale ex sexoenlis ad trcs senatores, ex bo-ninum [DJllibus sexaginta vix ad quingentos qui arma fers posaent, sese redaclos esse dixerunt.

De leurs ài cents sénateurs, disaient-ils, en rappelant lo désastre do leur cité, il n'eu restait que trois, et de soixante mille hommes en état de porter les armes, c'était à peine s'il en avait échappé cinq cents. Commenlairea, liv. Il — XXVIIl.

t. Hùloire de César, t. II, p. p. lifl. Voir le plan de l'oppidum des Aduatuqnes. Laciladello da Namur. — Atlas derUitloire de César. Planche 11.

Postridie qus diei, refractis porUs ijuum jam defenderet nemo. Atque Intromisws mililibus nastris, scctionem ejus oppidi universam Giesar vcndidit. Ah his qui emerant, capitum numcrus ad eum relatus est milNum quiuquaginla trium.

Le lendemain, on enron^a les porlei qui n'étaient plus défendues par personne, et César, après avoir fait cnlrer ses troupes, flt vendre au profit du Trésor public tout ce qu'il trouva dans la ville. Les acheteurs lui dirent que le nombre des tètes était de clnquante-lrois mille. Commentaires, liv. II, XXXUl. Traductîou de Ch. Louandre, p. 101.

S. Reliquum era>, certameu positum in virtute, qua nostri milites facile superahant, atque eo mapia, qnod in eontptctu Cœtan'a atque omnis exercitus res gerebalnr, ut nullum piullo forliua factum laters possol; omnes enim coUhs ac loca su|)eriora, unde erat propinquua despectus in mare ab eiercitu tenebantur.

Dès lors le succès ne dépendait plus que du courage, et celui de nos soldats triomphait aisément, d'autant plus qu'ils combattaient lous les yeux de Ciaar et de toute l'armée, et qu'il était impossible que les moindres traita do valeur no fussent pas remarqués, attendu que l'armée occupait i. peu de distance toutes les collines et tous les pointa élevés du haut desquels la vue pouvait s'étendre sur la mer. Commentaires, liv, III, XIV, p. 34.

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