LES INSTSUUBNT3 DE LA CIVILISATION (LB SOLDAT
11 eut recours aux ressources de la tactique militaire, rejoignit Labienus, qui venait de vaincre Gamulogène à Lutèce, dans les plaines qui furent plus tard le Pré-aux-Clercs, battit la ligue des peuplades soulevées à la Viogeanne ', et rejeta le chef des chefs dans Alise-Sainte- Reioe *,
On connaît le dénoùmeat de ce drame terrible d'Alise.
Un jour, sur son cheval fauve, orné comme pour la bataille, on vit apparaître au camp des Komains le jeune chef, le promoteur de la grande ligue de la liberté.
La veille, les femmes qui, du haut du rempart, écoutaient et regar-
daient, attendant l'armée de secours et soutenant le courage des guerriers, avaient vu dans les tranchées passer sur les épaules des soldats des casques éclatants, des saies brodées, des boucliers peints, des glaives ébréchés, des poignards nus. Mais les lames de ces poignards, les débris de ces glaives, les peintures de ces boucliers, les sayons blancs, les casques brillants, étaiciit rouges do sang. L'armée de secours n'existait plus : il fallait se rendre.
Vercingétorix se leva et dit: «J'irai, moi, et le vainqueur prendra ma vie, mais épargnera les miens. » Et il arrivait traversant les circonvallations oii se pressaient les vélites réguliers, & la coifTure de cuir. Il
1. V. lur les champs de bataille de Luttes et de la Vingeanne, tes planches 33 et 2* de ÏAlkt de la vie de César.— Histoire de Jutes César, Paris, IlenPi Pion, t. Il, p. 3S9-298.
2. V. sur Alise-Sainte-Keiae et lé mont Anxois, lOs plsnclles 35, 2G, 27, 38 dd X'Aihum de la vie de Cisar. — Hisloire de Jules César, Paris, Ilonri Pion, p. 300
arrivait, passant au galop la porte Décumaae, dr6lt à l'estrade sur taquello était assis l'Italien cliauve. La troupe bigarrée des auxiliaires sortit des tentes, montrant des visages étonnés.
Il parvint au petit forum au fond duquel so dressait la tente ornée d'étoffes brillantes du futur triomphateur.
Les louves, les aigles les mains ouvertes, les victoires aptères, brillaient au soleil dans les bras des vexillaires. Les officiers, les poitrines fastueusement ornées de leurs plialèresà tète de lion, se serraient autour delà chaise ornée du proconsuL
Fig. aï. Sceau on poinrim an relief, sannoutage romain do la fabrique de Uberlus. 0ff[ Libcii. Grandeur d'exéculiun.
Le Gaulois, serré dans sa cuirasse aux ornements repoussés, la tôle couverte d'un casque orné des ailes voyantes de l'oiseau des grands bois, cimier glorieux qu'on avait toujours rencontré sur le chemin de l'honneur, rejetant négligemment au souffle du vent son court mantcl aux plis flottants, rcicnu par deux épinglettes de bronze, le cou blanc orné de son grand collier d'or; le Gaulois arriva resplendissant de calme, vaincu, mais le front haut, fier, t'o-il au-dessus de l'horizon. Sur son dos, se balançait un bouclier rond, chargé de la branche d'aune, signe distinctif de son clan '. Un poignard à manche blanc, large, aigu, tranchant, pendait à sa ceinture dans sa gaine de métal ; au flanc droit, il avait sa grande épée, dont le baudrier, chargé de pendeloques d'ambre, traversait son armure.
11 fit à cheval le tour de l'estrade, d'un mouvement élégant et gracieux, sauta lestement h terre, puis dénouant son casque, & terre il le jeta bruyamment; déliant son bouclier, à terre il le jçta de même. 11 dégrafa son manteau, son baudrier, sa ceinture, et sur Te casque et le
I. .\t. Vern. Le vrrgnc, l'uunc. Les Gauiolï porlaicot tous des armée purtanlos.
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bouclier, tombèrent le poignard et l'épée grande ; il quitta son collier d'or et ne garda que le bracelet rivé au braa que lui avaient jadis accroché ses soldures, et qui devait accompagner son cadavre au delà même du tombeau.
Puis il vint au pied du Irdae, s'assit, et lalirsant tomber sur sa maîn fine sa belle tête aux grands cheveux, il se tut.
César eut le triste courage de l'insulter et de lui reprocher « l'odieux de sa conduite 11.
Lui rêva sans mot dire et murmura tout bas, la grande triade de
l'espérance, (i Trois choses s'accroissent continuellement : la lumière, la vertu, l'intelligence. Ces choses finiront par prédominer sur toutes les autres, et alors ceux-ci seroat détruits '. n
Les licteurs le chargèrent de chaînes, il ne devait mourir que six ans après. La pompe du triomphe le réclamait vivant. Sa Majesté l'empereur Napoléon III qui ne comprend ' pas la grandeur de ce silence, met, d'après Plorus, dans la bouche de Vercingétorix cette phrase banale et vide : u Tu as vaincu un brave, toi le plus brave de tous. » Puis elle prend texte de ce fait pour parler de la clémence de César et de la grande raison dÉlat h laquelle il fut forcé d'obéir * !
Tout était fini.
1. Voir la planche 69 des ngurinea sauloUes d'Edmond Tudot. S, Triade, XL[. Abred eat le monde de la force brutale. — Le myHère de» Banki de nu de Bretagne, Adolphe Pictet, d> 7S.
3, Henri lAwiia, Hùtaire de France, t. I, p. 187. Amédfe Thierry, Hàtoire des Gaulait, 1. II, p. SIS. Commentaires, liv. \U, p. 399.
Plutarque, p. 7il ; Dion Cassiug, p. 1(0.
i. Histoire de Juies César.Pu'a, Henri Plun, t. U, p. 3U.
Chaque soldat romain eut nn captif pour part de prise. César était généreux avec les militaires, dans la guerre contre les Bituriges, il donna deux cents sesterces à chaque homme et deux mille écusà chaque centurion'. Le pillage se faisait régulièrement : les nations de proie savent, en général, s'organiser très-complètement pour ce genre de travail.
Restaient quelques chefs, on leur courut sus comme après des bétes fauves.
Corrée du Beauvaisis força les ennemis à l'accabler sur le champ de bataille, il tuait tout ce qui l'approchait sans rien répondre, on amena des archers qui le couvrirent de flèches'.
Com, du pays d'Arras, se rendit ô la condition que jamais ses yeux ne seraient souillés par la vue d'un Koraun *.
Gutruat, du pays Chartraïn, fut battu de verges jusqu'à ce que mort s'ensuivit *.
Les Poitevins n'avaient pas déposé les annes, César envoya du renfort à ses lieutenants. Ils battirent les Poitevins et, après la victoire, ou poussa les chevaux, tant que les chevaux purent aller, on frappa tant que les bras purent frapper et ou massacra douze mille Gaulois, soit de ceux qui avaient les armes à la main, soit de ceux qui les avaient jetées bas*.
Restait une montagne inaccessible, le Puy-d'lssolu. César en fit l'assaut. Les légions montèrent au pas de charge par tous les côtés de la montagne et prirent la ville.
Les marchés d'Italie regorgeaient d'esclaves, il y avait baisse sur la
1. Deux oentB sesterces font 40 Truies; deux mille éous romains Ton t (,960 frsncs. V. AmédAfl Thierry, Histoire des Gaulois, t. II, p, 32i, 319, S31.