Tudot, page
174 POTBBIK GAULOISE.
On cuisait, et l'on avait le vase samien, le vase sigillé, le vase lustré que vous savez'.
Dans^iout cela, où était l'art?
Enlevez les personnages qui se promènent sous des arcades en se tenant le menton dans la main, réfléchissant à je ne sais quoi... Peut-
. tig, ;a.
être à l'idée curieuse de percher des aigles sur des fleurs flesibles (fig. iOO). Enlevez les femmes qui regardent, étonnées, des plantes d'eau collées auprès de leurs mains, ou des artichauts et des grenades, formés en faisceaux réguliers {flg. lOi) ; enlevez ces sangliers qui grognent devant des palmettcs [id.] ; ces cavaliers qui lancent des javelots sur des joueurs de flûte ; ces danseuses qui dressent des chèvres
1. Toutes ces poteries rouges où l'on a vu de la terre de Samos, auxquelles Ees saTsntaoDt doQui les noms les plus extravagants de leurs répertoires, où même on s décourerl des chréliena livrés atu bStea et je ne sais quoi encore, sont tout aimplement des vases toscans.
Aurum, vasa Numx, Saturniaque impulit xra ; Vestalesque umas, et Tuacum fictlle mutât.
L'or a banni las vases de Numa et le cuivre de Saturne; l'or remplace l'argile des Toscans et l'urne modeste dos vestales.
Perse, Satire I, p. !6T, v. 60. ftubrumque... catinum.
Id., Satire V,v. 183, p. 288, Ponebant igitur Tusco farrata catiuo.
C'est sur des plats de Toscane qu'ûtait servie la farine bouillie.
Juvéaal, Satire XI, v. 108, p. iiS.
LES ROUAINS ARTISTES. 175
(flg. 78), cesMercuresdontjc qc veux pas parler (lig. 86), cesTibicens que je passerai sous silence (fig. 8i), que vous restora-t-il ? tf Des cases géométriques, remplies, avec une naïveté sans égale, de triangles, de cercles, grands et petits, de guirlandes lourdes et disgracieuses, do volutes incompréhensibles, de fers de lances formant l'extrémité dos plantes (flg. 100) ; d'oiseaux de pioic entourés de lauriers, de bêtes fauves se jouant uu milieu des festons. Le tout répété, redit, refait, moulé, surmoulé, indéfi nimtnt, nu hasard, sans goût, sans recherche, bêtement; quelque chose, en un mot, de semblable ù l'art du
soldat désœuvré qui modelait les monuments du camp de Cbâlons, aux temps bienheureux du dernier empire.
Un os suflit au naturaliste pour reconstituer un animal disparu, uu fragment seul est nécessaire à l'observateur pour faire revivre une époque oubliée.
Les cœurs, les flammes, les feuillages enchevêtrés des fenêtres du style flamboyant; les chardons frisés, les choux contournés, les houx dentelés des chapiteaux du quinzième siècle, ne rappellent- ils pas la subtilité merveilleusement obscure et difficile de Peina de Petronibus^ et les argumentations en Baralîpton des Capêles de Montaigu et du punais Lac de Sorbonne.
De même, les délicieuses faïences d'Oiron, chandeliers ornés d'amours en déshabillé, de satyres cornus, d'écussoQs symboliques, coupes chargées de triangles, de croissants, de flèches, de carquois et de pieux enguirlandés de faveurs, font naître en mémoire le souvenir des élégantes tourelles, des terrasses ajourées, des divines fontaines du
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chAtCBu (l'Anct; et la belle Diane, en fin caleçon de satin perlo, parait aussitôt h nos yeux éblouis, tenant en laisse, avec des cordons de soie blanclie et noire, n ses espaigneuls et ses petits lévriers, » tout en devisant d'amour sous les grands bois, entourée de.1 blanches nymphes de sa cour, avec le doux Henri.
Un œil exercé remontera facilement du Marly, d'une assiette de Rouen, copiant la vaisselle plate transportée, on sait dans quelle circonstance, à la Monnaie de Paris, au rutilant soleil du lit de Louis XIV % Versailles ; et la vue de ce soleil, de ces tentures, de ces balustrcs, de ces fauteuils pansus et dorés, ne fera-t-elle pas renaître dans l'imagination, la pompe de la cour du grand roi, le style noble, les hautes pen'uqucs, les grands cordons, les chapeaux à plume, leshakils chamarrés, les illustres héros de Racine, les discours au roi, les épitr-'s dédieatoircs, et l'étiquette du grand couvert et du petit lever? Une pendule contournée de Louis XV, un Dunkerquc irrôgulier, tout brillant de vernis Martin, expliqueront Bagatelle, Brimborion, la Pompadour, et le café de la Fronce, au Parc-aux-Cerfs. Une aiguière, une soucoupe, une tasse raide, à médaillon bleu de Moustiers, une corbeille, une applique à bcrgeiies roses de Saint-Amand, vous feront rêver malgré vous à la laiterie de Tnanon, à la. belle Antoinette, au meunier poudra du moulin Joli.
Enfin le ruolz et l'acajou plaqué ne donnent-ils pas la note moderne et le mot de l'énignie de notre richesse do pacotille ?
De même, les moulages en argile rouge de Toscane, transportés par les Romains dans leur nouvelle conquête, les peignent tout entiers, tels qu'ils furent.
Soldats grossiers et féroces, débauchés, hideux et dégoûtants.
Grâce à ce Calinum Rubrum, nous apercevons le bout de l'oreille, et nous pouvons chasser au grand ébahisscment dos badauds l'âne revêtu delà pewt du lion vers le rustique moulin d'Aricie.
Rome ne resta capitale que parce que tout ce qu'il y avait de Romains dans elle s'effaça sous l'influence grecque.
« Tout Itomnin eut un maître grec, apprit à fond la langue d'Homère, et jusqu'à négliger la sienne. On ne parlait qu'en grec à Rome, et dans les moments les plus vifs, où le cœur même échappe dans l'accès de l'amour (Juvénal), sous le coup de la mort. Quand César est frappé, il crie en grec. {Helléniati, Plut.)
« Aux Grecs on demandait les règles de la vie; la philosophie grecque en toutes ses écoles, régnait, trânait à Rome. Et je nu parle
pas des idées théoriques, da la spéculation, je parle de l'action, des mœurs, de la coaduite. Le philosophe grec, dans chaque grande maison romaine, était le conseiller, à qui on demandait force et lumière aux moments troubles de la vie. Les héros de la résistance, les Thraseas, avaient leur philosopke pour les assister à la mort. Les empereurs euxmêmes avaient leur Grec qui modérait, adoucissait, calmait. Auguste, sans le sien, n'aurait été qu'Octave '. »
Le Romain décrassé c'était qu'une contrefaçon, un Hunnoulagc du Grec de la décadence.
Ses dieux eux-mêmes étaient Grecs. — Jupiter n'est que la p&le copie du divin Zeus; Vénus, l'amante adultère du dieu Mars, descend directement de la reine do beauté, Cythérée la blonde, choisie par le beau Paris ; la grosse Junon n'est autre que la grande |Héré au bras d'ivoire, et Minerve, nu casque reluisant, ne fait pas oublier les yeux bleus de la sage Athéné,
Je me trompe, ils en ont de particuliers : la Louve, l'assassin Romulus, l'infâme César et son auguste successeur, Claude l'imbécile, Néron le féroce, et les autres.
La langue elle-même de l'agreste Lalium, qui gardait au temps d'Horace tant de traces de sa rudesse primitive, ne se forma que par l'immistion forcée de l'idiome athénien dans ses phrases barbares.
Gr<ecUcapla Terum violorem o^pit et arles, Inluliltkgresti Utio (2).
Va mot n'avait droit de cité à Rome que s'il dérivait du grec.
Graeco toote cadeol puce detorta (3).
Et c'était en feuilletant jour et nuit les poètes de l'Attiquc que les Romains apprenaient à penser, à parler, à écrire.
VoB eiemplaria OriBca, Nocturna versats manu, vénale diuraa (4).
C'était en Grèce que tous leurs grands hommes allaient puiser la philosophie, la rhétorique et l'art de bien dire.
i, Mickelcl, BiWe </e i'AamnniW. Paris, Chamorot, 1861, p. 4IÎ.