LA RENAISSANCE DE L'ART GAULOIS
SoHiiiiii : CoDcluslon de la seconde partie. — Rome d'après Napoléon Itl et d'après Voltaire. — César massacra tout en Gaule et ne Ht rien pour la civilisalion. — Les empereurs ont pillé la Gaule, mais ne l'ont pas civilisée. — La conquête rapprochant les tbiucus. Les Grecs détruits retrouvent des Trères dans les Gaulois dédmés.— De la putréfaction romaine renaît ane fleur divine. — L'art gaulois. — Résumé de l'étude de cette renaissance. — Qu'at-on fait deRumel Tout. — Que fut-elle! Rien. — Qu'i-l-on fait de la GaiileT flim. — Que fut-elle? Quelque chose.
Oser décrier Rome, marchaDder son adœiratioD pour fVrbs alertia, c'est encore aujourd'hui blasphémer un nom sacro-saint. C'est presque mériter le bâcher, c'est être un barbare.
Rome, dit M. Francis Wey dans son grand ouvrage (Paris, Hachette, 1872), a c'est la Jérusalem de l'art antique et de fart moderne, c'est te sanctuaire où tout se résume et d'où sont parties toutes les civilisations actuelles. »
Rome, s'écrie S. M. Napoléon ni {Histoire de Cétar), u c'est le génie de la force. 3>
Le soldat romain était un chevalier errant allant & travers le monde (I défendre partout le faible » . (td.)
a 11 y avait alors sur la terre, une nation qui, à ses frais, au prix de a fatigues et de périls, faisait la guerre pour la liberté des peuples, « même éloignés de ses frontières et de son continent. Elle traversait « les mers, afin que dans le monde entier il n'existât pas une seule domin nation injuste, et que le droit, réguilé, la loi, fussent partout les plus a puissants, u (W,, p. 173, Cil. de Tite-Live.)
Rome inventa une chose admirable entre toutes, inconnue des races barbares, Vamour de la patrie, {Id.)
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Voltaire, avec son bon sens habiluel, avec cet esprit sain qui ne le quitte jamais, se charge de répondre : u L'amour de la pairie chez les II Romains, dit-il dans son Etsat sur les mœurs, consista pendant plusde ic quatre cents ans à rapporter à la masse commune ce qu'on avait pillé « chez les autres nations. C'est la vertu des voleurs. »
u Aimer la patrie, c'était tuer et dépouiller les autres hommes, n
Les empereurs, d'après lui, n'étaient que de simples « capitaines de fiibustiers, u (CEuvres comp., t. XV, p. 225.)
Pour nous, dans l'histoire de la Gaule, dans l'histoire de l'art chez nos ancêtres, voici notre inébranluble conviction :
Qu'a-t-on voulu faire de Rome ? — Tout,
Qu'était-elle î — Rien.
Qu'a-tK)D voulu faire de la Gaule dans sa propre initiation aux arts? — Rien.
Que doit-elle être quand on veut sérieusement étudier son génie local î — Quelque chose.
Voilà ce que nous avons cherché à démontrer, en détruisant les légendes des historiens qu'avec un incroyable parti pris on a voulu nous faire passer pour des vérités absolues.
Voilà ce que nous avons cherché à prouver, en indiquant ce que furent les campagnes de César en Gaule, ce quefut l'invasionromaine.
Une irruption violente, sauvage, faite avec ordre et discipline, méthodiquement, réglementairement.
Un massacre horrible d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards, commandé froidement par un homme pour lequel on ne saurait avoir assez de baine, puisque son bonheur lui a créé dans la suite des temps de trop nombreux imitateurs.
Oui, égorger sans dangers des fuyards pendant des journées entières.
Passer au fit de l'épée des milliers de prisonniers,
Vendre, corps et Ame, sous la lance, un nombre incalculaJïle d'êtres humains comme on vend des troupeaux,
Faucher des hommes comme des épis mûrs,
Condamner à mort de blancs vieillards, magistrats aimés d'une cité vaincue,
Frapper, tant que les bras peuvent sautenir-les sanglantes épées,
Brûler des cabanes, des champs, des forêts, des villes, des régions entières,
Décimer une nation.
LA RENAISSANCE OK l'aRT GAULOIS. âOiî
Faire couler le snng jusqu'à en dégoûter les soldats,
Appeler à son aide un peuple de brigands, les Allemands, aux exploits duquel on assiste impassible,
Couvrir de morts tout le territoire d'un peuple.
Mutiler, pour en finir, de nobles défenseurs de l'indépendance de leur patrie,
C'est peut-être conquérir. Je ne dis pas. — Ce n'est pas civiliser !
Lancer ensuite dans ces contrées dévastées toute une armée d'administrateurs rapaces, insolents et voleurs, de gentilshommes ruinés, désireux de refaire rapidement leur fortune.
Légats, exactcurs, procurateurs, questeurs, propréteurs, censeurs, etc., suçant avec une avidité de vampire, le sang, l'aident, l'flme de ces pauvres débris des funestes guerres.
Leur donner comme exemple des progrès de l'humanité, del'idéfd de In vie, le fainéantisiue d'un peuple pour les amusements duquel on mettait à contribution l'Asie et son luxe doré, l'Afrique et ses bêtes féroces, l'Océan et ses monstres.
l/immoralité honteuse des grands, se cachant à peine dans des litières aux rideaux flottants, s'étaient sur les places publiques, au thé&trc et dans le milieu de la voie sacrée.
La gourmandise des parvenus se vautrant dans des festins monstrueux, au milieu des femmes nues et des esclaves, dressés à l'orgie sans bornes.
Le scandaleux triomphe d'empereurs encensés, adulés, flattés, divinisés.
La cruauté barbare des Césars couronnés, savourant des supplices et ne jouissant que d'entrailles palpitantes, de poitrines ouvertes, de troncs séparés et de têtes coupées.
La prostitution immonde, enHn, des courtisanes parfumées, venant tendre leurs flancs aux impurs baisers de la brutalité publique.
C'est peut-être énerver une nation trop vigoureuse et trop pure, pour ne pas faire honte à ces maîtres écrasés de débauches. Je ne dis pas. — Ce n'est pas civiliser.
Rome asservie dans son triomphe, n'a pas fait autre chose pour la Gaule libre encore dans sa défaite.
. Les arts chez elle ne pouvaient être que l'expression du goût d'une race de loudardt et de filles, l'alignement, le régulier, le symétrique ou l'ostentation, le faux éclat et le clinquant.
S66 POTERIE QAULOISE.
Ils ont pu être ingénieurs, constructeurs de chemins, de < d'aqueducs, de remparts, etc.
Ils ne furent jamais artitte».
Estnce qu'ils avaient le temps d'inventer? Us copièrent, ou plutAt surmoulèrent ce qu'ils avaient volé partout.
C'estceque nous espérons avoir sufHsaœmeot démontré dans l'étude de la fabrication banale de leurs poteries rouges de Toscane.
Ce D'est point avec de petits poinçons estampés sur des pierres gravées, ce n'est pas avec des roulettes, des outils préparés, des cases géométriques remplies selon la formule, que l'on constitue un art, qu'on élève et qu'on fait épanouir l'intelligence d'un ouvrier.
Nous n'insistons pas sur les colosses de vingt-cinq pieds de haut, sur les portraits en perle, sur les casques à' faux cheveux des matrones, sur le bon goût de Mummius ou de Metellus, sur les statues iconiques et les Césars en uniforme.
Ce fut là véritablement l'art romain, art qui n'est qu'une décadence triste, bien triste.
De lui ne pouveit sortir aucun germe, il était hUratité, donc il était mort.
Mais après le mal ici-bas, apparaît très-souvent le bien.
Du fumier naissent les fleurs,
La putréfaction romaine provoqua en Gaule une résurrection. Du formidable mélange occasionné par l'ambition des Césars qui voulaient porter partout leurs aigles victorieuses, et qui confondirent, sous la baguette du centurion, le noir Africain, l'Égyptien à l'œil oblique, le Grec au front pur, le Gaulois à l'œil rêveur; de cet entassement de peuples réunis, sortit comme un éclair lumineux de la pensée.
Du choc de deux corps, qui contiennent comme un feu latent, jailht parfois comme une étincelle.
De l'immixtion nouvelle et forcée des races de l'esprit, séparées depuis longtemps, brusquement rassemblées tout à coup, naquit la lumière.
Une de ces races qui était restée, grâce à son respect inouï des traditions primitives, plus élevée, plus grande, plus pure, elle venait de le prouver par sa force de résistance à l'envahissement militaire, gardait en elle-même une véritable ft)rce de cohésion,
Elle attira, comme un aimant, tout ce que le bouleversement du sabre avait remué, déplacé, séparé, désuni.
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Od peut dire que la Gaule servît dès lore de pivot au grand mouvemeot de rmai$èance de l'humanité désorganisée par les soldats de Rome.
Ses écoles de Marseille, de Lyon, d'Autun, de Boi-deaux, rayonnéreQt sur le monde. Juvénal lui-même le constate. Sous la domination pacifique des empereurs philosophes, on se reconnut dans le désordre alTreux an milieu duquel vivait le monde. Les initiés se firent un signe, et les mains s'unirent, dans la grande nuit, oîi l'ambition sanglante des conquérants venait de plonger le vieux monde tout entier.
n Reine du ciel, quels que soient le nom, la forme ou le rit sous lesquels on puisse t'invoquer, mère d'Horus, mère d'Apollon, mère de Tftliesîn, daigne nous secourir, o
La mire. Ce fut au culte de la mère, conservé si pieusement en Gaule, et qui a survécu à l'obscurité plus profonde encore des invasions germaniques, ce fut au culte de In mère que nous dûmes de de • venir la grande nation.
Femmes sublimes, femmes de France, vous venez de prouver que vous êtes grandes encore. Vous avez osé rêver la libération de la patrie ; ce que n'avaient pu les hommes, vous avez voulu le tenter... Hélas t.. . Honneur à vous, femmes ! Tant que votre culte restera dans nos cœurs, les orages peuvent fondre sur nous, nous resterons debout. Vous avez été le passé, fasse le ciel que vous soyez l'avenir.
Nous avons essayé de démontrer comment ce culte d'Isia, de la grande déesse, trouva bien vite des adeptes en Gaule, oti celui de Koridwen n'était pas encore complètement éteint. Nous avons essayé d'expliquer cette obscure inscription des autels de Chartres et de Gh&lons ; Virgini parilune, sans nous appesantir sur les rapports nécessaires qui durent s'établir entre les fils des philosophes d'Athènes et les disciples des semnothées d'Aristote.
C'était le rapprochement de nos petits vases, presque grecs, qui nous avait conduit à renonciation de ces analogies. Nous avons trop parlé du rôle de la céramique dans l'histoire des peuples, pour insister à nouveau sur cet objet constant de nos recherches.
Mais nous ne pouvions, rencontrant sur tontes nos poteries des noms grecs mêlés à des noms gaulois, trouvant sur nos monuments des inscriptions grecques, constatant dans nos cimetières des inhumations grecques, ne pas conclure que de la patrie des Socrate et des Platon, des Phidias et des Praxitèle, non de Rome la grande prostituée, nous était venue la flamme sainte qui provoqua notre réveil. Pour mieux
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acceo tuer la portée de ce grand réveil, nous sommes allé demander aux maîtres es arts de la Cm du douzième siècle le pourquoi de leurs immortels chefs-d'œuvre. Nous les avons suivis dans les fraîches vallées de la Seine, allant cueillir les primevères, la renoncule, le muguet, l'iris ou le nénuphar, et le sculptant au lendemain sur les frises, les frontons et les chapiteaux de leurs grands temples.
Noua les avons trouvés Gaulois jusiju'au bout des ongles, transmettant à la postérité les types, les sentiments, les afieclions, les passions même de la grande famitU frani^aisc.
Et le divin potier de Saintes nous a conduit dans ses sublimes rêveries des douces prairies du fleuve de Charente, à déduire, qu'ainsi que lui, ceux qui enroulèrent sur leurs vases noirs les délicieuses guirlandes que nous dessinions avec tant d'amour, lesvignes ondoyantes que nous reproduisions avec tant de joie, avaient aussi parcouru les campagnes au renouveau qui suivit les grandes défaîtes, et s'étaient retrempés à la source intarissable qu'avait sanctifiée la triade des vieux bardes, la grande, la belle, l'immorlellc mère, la Nature.
On nous demandait des traces certaines de cet art national, dont nous avions si souvent affirmé l'existence. Nos pauvres petits vases nous en ont donné ce que de raison.
Ils éclataient de joie dans des paroles naïves et douces, nous avons transcrit les termes si français de cette joie, franche, gaie, suave, de ce rire adoré chez les vieux Celtes, et recherchant au milieu de nos paysans modernes, dans la charmante accointance des menus propos de friandise et de passe-temps, dans les joyeux propos des buveurs de la cave peinte, dans les dires si philosophiques des convives de Beroalde, dans l'esprit si plein d'indépendance des poètes delà pomme, les traces indestructibles du caractère de ceux que nous tenons tant à montrer tels que nous les rêvons, nous avons pu traduire par les faïences du moyen âge, par celles du dix-huitième siècle, par les cruches, les bols, les tasses du Poitou, de Normandie, du Nivernais, de la Bretagne, les mots mêmes des grands calomniés des premiers siècles, assez heureux pour passer encore là au-dessus de Rome, et pour renouer la chaîne qui réunit, par tes Grecs et les Circassicns, les nôtres, à leurs véritables aïeux, ceux du profond Orient.
<( De même qu'il y a une sorte de piété à recueillir les moindres objets qui ont appartenu & des parents qu'on ne retrouve plus, en revenant à la maison natale, après une longue absence, de même les moindres débris de l'héritage de nos ancêtres, nous doivent toucher
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profoadément. » (Esprit des Gaules, Jean Reynaud, p. 306.) C'est pour cela qu'il nous a éti^ doux de faire retentir dans notre vraie langue ces cris de ceux gui nous ont devancé, que nous avons trouvé un inexprimable charme à redire, avec le grand penseur que nous citions plus haut, avec nos modeleurs d'argile si dédaignés, et pourtant si artistes dans leurs premières œuvres, de cette Renaissance oubliée ; n Voilà les paroles que prononçaient nos pères. "
Ah ! s'il nous a élé donné d'enlever à Rome quelques-uns de ses admirateurs, et de convertir à l'amour des œuvres de nos artistes nationaux, des yeux désillusionnés des soi-disant chefs-d'œuvre de la perfide Italie, combien grand serait notre bonheur; nous pourrions alors répéter hardiment ce que nous écrivions au début de ce chapitre.
Qu'a-t-on voulu faire de Rome pour la civilisation artistique de la Gaule? Tout. Que fut-elle? Ries,
Qu'u-t-OQ voulu faire de la Gaule pour sa propre initiation aux arts? Rien.
Que fut-elle ? Quelque chose.