LE FRANK EN GAULE
fjESTA DEI PBR FHANCOS
SoHHiiBE ; La Truste àe WiTOwig. — «La bilaille! la bataille! ■ Le pillage. L'orgie teutooique. — Parole de Fraok. — L'intérieur de la cour d'un roi frank. — Les femmes. — Les douces et blondes Germaines. — La chasse à
, l'Iiomme. — Incroyable supériorité iat Franks dans l'inveniion de^ supplices.
— Clovis et sa famille. — Massacres. — Clolaire el ses neveux. — Massacres.
— Franks et Gaulois de (78».
César, dans ses Commentairei, prête à l'Éduen Divitiac ud prophc' tique discours où le grand druide s'écrie :
<i Voilà que les Germains passent le Rhin. Ces hommes rudes et grossiers, charmés par le sol de la Gaule, les mœurs policées et les nchesses des habitants, arrivent en grand nombre, et dans peu d'au^ nées tous les Gaulois seront chassés de chez eux et tous les Germains traverseront le fleuve, car on ne peut comparer le sol de la Gaule à celui de la Germanie, pas plus qu'on ne peut comparer le genre de vie des deux peuples » *.
I . Honim primo circiter millia XV Rhenum Iraosiâse ; posUlquam agro», et oui' tum, et copias Oalloruoi, homiaes feri ac barbari adamasseat, Iraductos plurosiDUDe
Le jour funeste de la prédiction de Divitiac était arrivé. Derrière le nhin, depuis de longues années, grouillaient des niasses sombres, campées dans la Forêt-Noire. Du haut de leurs rochers abruptes, comme des aigles fauves, ils regardaient d'un œil d'envie les belles prairies du Doubsetdela Sadne, Quand ils jugèrent venu le moment psychologique, ils descendirent.
Terrible fut le cboc, plus tenibie encore l'occupation; elle a duré des siècles et n'a pu finir que par une absorption qui, de nos jours mêmes, grâces à des circonstances, h des tendances, à des principes contraires qu'il ne nous est pas permis d'étudier ici, n'est pas encore complètement terminée.
Parée de la dépouille des ours et des veaux marins, des aurochs cl des sangliers, plus semblable i\ un troupeau de bêtes féroces qu'à une nation d'hommes, la Truste de Mérowig ' s'abattit, rapace, avide, désordonnée, sur nos fertiles campagnes, et la grande chevauchée des Sicambres et des Salliens commença.
Des ceintures de cuir dessinaient leurs hautes tailles, des baudriers de cuir ornés de larges plaques de fer argenté, couvertes de dessins fantastiques, où les entrelacs se tei-minaient par des télés de serpents, des becs d'aigles ou des profils de dragons, chargeaient leurs épaules.
Sur la tête ils avaient des peaux de bête, aux pieds des bottines fauves, le poil en dehoi's, de longues courroies de cuir se croisant sur la jambe rattachaient à la (aille ces chaussures grossières.
Un justaucorps de couleur sombre, vert-bleu-brun, orné de dentelures rouges, dissimulait leui-s poitrines.
Les bras étaient nus.
Un bouclier blanc, poli, rond, armé d'une pointe au centi-o, pendait à Tarpon de leurs selles. Une large épée battait les flancs de leurs montures, un poignard appelé skramasax, à iame empoisonnée, se balançait sur leur cuisse gauche. Une hache lourde, épaisse, funeste, qu'ils lançaient de loin à la face de l'ennemi, était attachée par le manche à leur côté droit. Ils tenaient en main des harpons au fer recourbé en
esso in Gnllia nd ceiilum «L XX uiïlliurn numenim... Futuruni esse paucis annis uti omaea ex Oallis (Inibus, pelUrentur alque omnea GermaDJ Rhenum Iransirant ; ncque enim conrerendum esse Galiioura cura GcrmaDorum ajro, neque hanc conaueludinem viclua, cum illa conipantidim.
Guerre des Gaules. Cf/mmeiiliiirei rfe J. .César. Paris, Cliarpentier, IBK, p. 33 et 35.
1. Truite, banda de vassaun armés. — A, Thierry, p. ïga, t. II.
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fitur de lis, dont ils se servaient pour accrocher les gens dans la bataille.
Leur chevelure vierge, ramenée en avant sur la poitrine et teinte d'une liqueur rouge semblable à du sang et à du feu, encadrait leur facQ blême, où brillaient des yeux couleur de mer orageuse et qu'accentuaient des moustaches pendantes qui donnaient à leurs lèvres l'apparence d'un mufle de dogue ou de loup '.
u La bataille I criaient-ils de toutes parts, la bataille! Roi Aoning, doone-nous l'occasion do nous battre, de gagner des richesses. Alors on t'élèveru dans le mal sur le haut bouclier, tu seras le vrai chef de guerre, le digne lits de ta mère, l'épouse de la bSte des vagues 6cumantes, et nous obéirons à ta bouche n ^.
Et les kangs, les harpons, les francisques, les épieuz, les skramaïax battaient le fer des boucliers en cadence, et les cavaliers hurlaient, et les chevaux piaRaient, et sur les chariots pesants, Iraioés par des bœufs, les femmes aux tresses blondes, assises sur les grands coffres cerclés de fer, à triples serrures, où s'entassaient le butin, les vases, lesbijous précieux, les sacs d'or, les étoffes voyantes, agitaient les bras et criaient :
Il La bataille 1 — la bataille ! h
1. V. fUcils de» temps mérovingient, pu AugusUn Thierry. Puis, Gunter triros, ISeT.Tome 1, pages 309, 3t3, 332, tome 11, pages 13, 26,50, 73, 79, elo. LBsMarlyrt, par M. le vicomle de CbateaubrUad. Puis, Didot, ISIC, p. 102 et
Hâloire de France, U'Hoarï Mutin. Passim.
Ilùtoire de France, d'tprè» lea docaments originaux et les moQumenb de l'ut de chaque époque, pu M. Henri Dcrdier et Edouard Charlon. Paris, ISSÎ, t. I, p. 1», 110, I«E.
Mémoire sur let tépultures det barbares de Cipoque mérovingimne, découTerles eu Bourgogne et particulièrement & Cbarnay, par Henri Baudot. Paris, Didron, 1860. Pas*im, planches 1 i U de l'albuni.
a. Voir sur le Utre de Koning, Auguatin Thierr/, Récit» mérovingiens, t. I, p. 297, sur la mdl, grande aitemblée guerrière, ii., t. II, p. I et p. IS; sur le mot obéir à ta bouche, id., t. H, p. 79. t^ bouche était pour les Germains le symbole da l'autorité, et l'oreille eeini de la dépendance, et sur le m de la bataille, Id., L H, p. 39.
La naissance de Mérovée fut enveloppée de tradlUonsfabulenses. Fredegher, l'abréviateur et le oonlinualeurdeQrégoiredeToor», rapporte & ce sttjet un conte populaire qui aTail cours cbei tes Franks. « On raconte, dil-îl, qu'un jour d'élé, ver» le midi, Chtodeo se reposant avec sa femme sur le rivage de la mer, la femme se leva pour s'aller baigner dans les eaux, et fut épouvantée pu un monstre marin {bestia .Yc/>f uni, semblable au MinoUnra, qui avait eu désir d'elle... Ayant été touchée soit par la béle,so)tpar son mui,ellecon;utet engendra un Ois appelé AferoKeu», du nom duquel les rois des Franks furent depuis nommes Mérovingiens. (Henri Marlin, Hial. de France, t. I, p. 370.)
274 POTERIK OAULOISK.
Alors, lorsque la tourbe que traînait à sa suite le roi chevelu était arrivée près d'une ville, il envoyait dire ; a Si l'on touche un des miens, je vais brûler tout le pays... Si vous ne faites pas ce que j'ai dit, si TOUS résistez à ma volonté, je vais détruire tout ce qu'il y a de verdoyant à une lieue autour de la cité, si bien que la charrue pourra y passer. » Et le fait suivait son dire, quelquefois le précédait; au reste, . rien, pas même lui, ne pouvait prévaloir contre la fureur des gens venus de l'aulre côté du Rhin i.
' Devant ce flot, le pauvre Gaulois fermait sa chaumière et chassait ses troupeaux dans les bois. Les cités épouvantées ouvraient leurs portes. Quand on s'était rendu, le soldat allemand emplissait d'abord SCS havre-sacs de cuir, puis après avoir pillé les maisons, profané les heux saints, incendié les églises, détruit les couvents de fond en comble, on mettait à mort les prêtres, on violait les religieuses, et l'on triiînait ce qui restait sous le joug attaché comme desbêtcs de somme '. On enlevait aux sanctuaires, pour les faire foudre, tous les vases sacrés; on cherchait l'or jusque dans les tombeaux'. On se drapait dans des étoffes de soie brochée, semées de pierres précieuses enlevées aux sépulcres des martyrs ; on abattait à coups de harpon les colombes d'argent, figures de l'esprit, suspendues aux lambris des chapelles; on entassait sur des barques chargées à couler bas les trésors des monastères, puis, avec des lances en guise de rames, on ramenait les navires au rivage *.
Après ce qu'ils appelaient la victoire, — l'orgie commençait, orgie teutonique qui dévorait des sangliers , des dalns entiers servis tout embrochés, qui défonçait des tonneaux dont les fûts restwent éventrés aux quatre coins de la salle '.
1. .1. Sin aatem tliaà totsm regianem illam igùl Euocendam. Chilpérla i Orégoire de Tours. — (Grog. Toron., Hiit. Franc, lib. V, t. II, p. 230.)
. >. Cuncta ïirsntia qaie SQDt cires urbem ad terram ul dignos liât aratro locus Ulc. (W-, lib. V, t. II, p. 23*.)
Vicos quoque quioirca Parisiug eranl, maiime tuncflaramascoasumsit : cttamdo' mus quam res rellquûe ab hotle direplœ aaal, at eliun et capUri dueereotur. Obteatabaturenim rex ne hcec llt^rent; sed futorem gentiumquœ de ulUrioreRbenl am- DiB parle vénérant BUperars non polerat. (Id., lib. IV, p. 229.) Augustin Thierry, Récils mérovingien», U H, p. Ht, 17, 30.
i. Voir le pillage de Saint-Denis et d'un monaslÈfo de Saint-Martin, près de Tours. — Deuxième récit, Augustin Thierry, n. 21 et 80, t. 11. 5. H., f. I, p. 39t.
OBSTA I)EI PKR t'KANCUS. IlJTÛ
Les tubles étaient couvertes de plats d'or, d'argent ciselés, fruits du pillage de la conquête. Le vin, la bière coulaient sans interruption dans des coupes ornées, dans des comes de buflle dont les Germaios se servaient pour boire.
Les buveurs se portaient des défis, aux acclamations, aux éclats d'une joie complètement sauvage.
Les mots rudes, les rires grossiers retentissaient dans les salles. Merowig racontait les crimes de son père, les débauches de sa bellemère ', On ae querellait, on se battait, le bruit couvrait le cbaitt des oflices, allait troubler les prêtres dans leurs stalles ou les religieux au fond de leurs cellules, et les convives pris de vin se colletaient jusqu'auprès de l'autel. Et quand, tout le monde était ivre, le roi s'écriait, n'ayant plus soif de vin, mais ayant encore soif de sang :
(( Je tuerai bien quelqu'un ici ^ ! u
Les femmes regardaient, hébétées, caressant leurs longues tresses gi asses et quelque poète italien bien gorgé comme Venantius, Honorius, Clementianus, Fortunatus, les comparait à Vénus, aux Néréides qui nagent dans les mers d'Hibérie, aux sources de l'Océan, aux napées, aux nymphes des ileuves, au saphir, au diamant, au cristal, à l'émeraude, au jaspe, aux perles, etc. Au milieu de ce cliquetis de mots sonores, ces chasseresses, plus habituées à entendre le son du cor dans la forôt que le rythme harmonieux de la lyre, & filer le chanvre des quenouilles, à ouïr la voix des chiens fauves poursuivant le cerf lancé, ouvraient les lèvres, écoutaient bouche béante ■*.