Lombroso. L'Homme du génie
Michaud, Biographie universelle.
Chez lui, on ne saurait invoquer l'influence du milieu ou de l'éducation qui fut un peu livrée au hasard.
Sa précocité fut prodigieuse ; avant de connaître Îles chiffres et de savoir les tracer, il faisait de longues opérations à l’aide d’un nombre très restreint de petits cailloux ou de haricots secs, qu’il rangeait suivant un certain ordre, et par le raisonnement il en déduisait la solution des problèmes qu'il s'était posés. (était là son jeu. Un jour, il était malade, sa mère, voulant lui éviter toute fatique, lui supprima ses cailloux. Le jeune Ampère ne se découragea pas pour si peu ; il prit son biscuit, le brisa en morceaux et recommenca ses opérations.
Il sut bientôt lire et se mit à dévorer les livres. Sa mémoire était prodigieuse et vieillard, il pouvait réciter de jongues tirades de l’encyclopédie qu’il avait apprises enfant. Il eût bientôt épuisé la bibliothèque paternelle. Il alla à Lyon et demanda dans une librairie, les œuvres d’Euler. L’employé, voyant ce bambin, ne put s'empêcher de rire et lui demanda si c'était pour lui. Sur sa réponse affirmative lil finit par les lui donner ; elles étaient écrites en latin et il ne connaissait pas cette langue. Il se mit courageusement à l’étudier et six mois après il pouvait traduire ces volumes qui avaient tant d’attraits pour lui.
Il avait dix-sept ans, lorsqu’en 1893, son père qui était retourné à Lyon fut arrêté, accusé et conduit à l’échafaud. Pendant quelque temps, il fut terrorisé et ses facultés si brillantes firent place à une véritable idiotie ; il passait ses Journées à contempler machinalement le ciel et à errer sans but et sans pensées,
À dix-huit ans, faisant un examen attentif de sa vie
passée, il ne voyait que trois points culminants: sa première communion, l'éloge de Descartes par Thomas, et la prise de la Bastille: religion, mathématiques, philosophie et liberté,
Jasqu’à dix-huit ans, les sentiments esthétiques, lui firent complètement défaut ; plus tard, ils se développèrent un peu, mais ce n’est qu'après trente ans qu'il put
souffrir la musique.
Les quatre frères Arago se distinguèrent dans les différentes carrières qu’ils abordèrent. Jean Arago, fut un soldat plein de courage qui rendit de grands services au Mexique pendant la querre de l’Indépendance. Jacques-Victor fut un homme de lettres et un grand voyageur, mais le plus célèbre fut Dominique-François, né en 1786, près de Perpignan. A l’âge de dix-sept ans, il fut admis après un brillant examen à l’École Polytechnique ; au sortir de cette école il fut attaché à l'Observatoire comme secrétaire du bureau des longitudes, et en 1806, l’empereur, sur la recommandation de Monge,le chargea de continuer la grande opération géométrique pour donner une mesure plus parfaite de l’arc du méridien terrestre. Il était à ces travaux en Espayne lorsque éclata la querre ; pris pour un espion il n'eut que le temps de se déquiser en paysan et d’emporter ses précieux papiers contenant ses observations. Embarqué à Alger, il fut fait prisonnier par un corsaire espagnol et jeté sur les pontons de Palamas. Relâché, il s’embarqua une troisième fois pour Marseille, une tempête le jeta sur les côtes de Sardaigne. Ce n’est qu’en 1809 que
le jeune et intrépide savant revit le sol natal, Pour le
récompenser de tous ses labeurs, l’Académie, contrairement à tous les règlements, le reçut dans son sein à l’âge de vingt-trois ans, et l’empereur le nomma professeur à l’école Polytechnique où il fut l’un des collègues de Laplace et de Monge et où il enseigna pendant plus de vingt ans, l'analyse et la géodésie.
Le physicien Petit (Alexis-Thérèse) est un des plus beaux exemples de cette précocité partielle dans le génie. Il fit ses premières études à l’école centrale de Besançon et suivit simultanément les cours de langues anciennes et surtout ceux de mathématiques dans lesquels il se montra d’une grande supériorité. À dix ans, il avail toutes les connaissances exigées pour être admis à l’école Polytechnique. Son jeune âge l’empêcha d’y entrer. Dès qu'il eut atteint sa seizième annéeil se présenta aux épreuves de l’école Polytechnique et comme on s’y attendait, il fut reçu le premier de la promotion. Il en sortit avec plus de distinction encore, et il resta à l’école comme répétiteur. En 1811 il fut reçu docteur ès-sciences et il étonna ses examinateurs par son élocution brillante et par l'extrême facilité avec laquelle il répondait à leurs questions. En 1815, âgé de vingt ans, il fut nommé professeur de physique. En 1814, il fit paraître, en collaboration avec Arago, un travail sur les sciences, et en 1818 un ouvrage sur le Principe des forces vives dans le calcul.
Cest ainsi, qu'après avoir inventé la loi qui porte son nom, le physicien Petit est mort, déjà célèbre, à vingtet-un ans, ]
Le mathématicien suédois, Abel, était le fils d’un pas-
teur protestant. Il ne montra pas la précocité de Pascal
TEE ou d'Ampère ; ses premières années furent celles de tous les enfants de son âge. Il montrait si peu d’application et faisait si peu de progrès que lon n’espérait plus rien de lui.
Subitement, à l’âge de seize ans, son génie s’éveille. Il recherche les difficultés les plus ardues et il se livre aux mathématiques avec tant d’ardeur et de succès qu’il dépasse bientôt ses maîtres. Une bourse de voyage lui permet de visiter l’Allemagne et la France, où il est d’ailleurs incompris.
Découragé, il retourne dans son pays, où il meurt dans la pauvreté, à l’âge de vingt-cinq ans.
Evariste Gallois (1811-1832) montra à quatorze ans des dispositions extraordinaires pour les mathématiques; à dix-sept ans, il était arrivé à la plus haute connaissance de l’algèbre.
Un mathématicien français, J. Bertrand, né en 1822, mort récemment, témoigna aussi d’une certaine précocilé pour les mathématiques. Il était entré le premier, à l’âge
de dix-sept ans, à l’école Polytechnique.
M. Poincarré, membre de l’Institut, avec la plus grande amabilité, a bien voulu nous donner quelques renseignements sur ses premières années,
Il a eu une enfance maladive ; à cinq ans, il a eu la diphtérie, compliquée d’une paralysie du voile du palais et d’une paralysie du membre inférieur ; aussi, pendant plusieurs mois, eût-il de la difficulté pour émettre les
sons.
A 8 ans 1/2, il entra au collège. Il débuta en neuvième,
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où il se montra élève docile et studieux. Ce n’est qu'à partir de la sixième que commencèrent à se développer ses préférences pour les mathématiques. Il se plaisait à feuilleter les livres de sciences et les revues ayant trait aux mathématiques; et en quatrième, avec une facilité étonnante, il résolvait les problèmes les plus ardus et s’adonnait aux mathématiques supérieures.
Il est des enfants prodigieux, qui montrent dès l’âge Île plus tendre une précocité remarquable. Nous avons pu réunir un certain nombre de cas de ces petits prodiges.
Binet, étudiant les calculateurs précoces a essayé de les ranger en une famille et d'établir leurs caractères distinctifs.
L'influence héréditaire et l’influence du milieu auraient une part nulle ou très minime. L'enfant naîtrait le plus souvent dans un milieu misérable, et les premières manifestations de la précocité auraient lieu à un âge très tendre ; il prend une moyenne de huit ans.
Cette aptitude au calcul se montrerait chez lenfant encore illettré et toute l'intelligence serait absorbée par les chiffres. De plus, cette aptitude se développerait par l'exercice et diminuerait rapidement par le non usage.
Nous avons recueilli dans la Revue de lhypnotisme (année 1896, p. 306) une étude de Paul Farez sur deux calculateurs célèbres, Périclès Diamandi et Jacques Inaudi. Le premier n’étant pas un cas de précocité nous l’examinerons simplement au point de vue psychologique : en deux minutes il peut extraire mentalement, soitla racine carrée, soit la racine cubique d’un nombre de six chiffres
en ayant Soin par surcroît d’énoncer les restes, En moins
nn Ce d’une minute il indique combien de secondes il peut y avoir en 20, 50 ou 75 siècles. Lorsqu'on lui propose une série de chiffres, il les traduit aussitôt en images visuelles, les caractères chiffres prenant place sur une sorte de tableau noir mental. Il ne tarde pas à pesséder, profondément gravés dans sa mémoire tous les nombres qu'on lui a proposés ; dès lors il peut effectuer mentalement les opérations les plus compliqués comme ïül le ferait sur un véritable tableau noir, puis les calculs une fois terminés, il possède distinctement la représentation visuelle des résultats obtenus, il n’a plus alors qu’à les énoncer.
Jacques inaudi, lui, ne regarde pas les chiffres, 1l se les fait énoncer lentement, les écoute avec attention et les répète lui-même à haute voix; ce n’est pas sur la forme d’images visuelles, mais sur la forme d'images auditives qu'illes fixe dans sa mémoire. Diamandirépond au type visuel et Inaudi au type auditif.
Diamandi n’a pas été un précoce, Inaudi au contraire Va été beaucoup.
C’est vers l’âge de six ans qu’il a commencé de caleuler de tête. Depuis lors, il s’est appliqué à développer et à étendre cette merveilleuse aptitude. Il n’a reçu aucune éducation: c’est seulement à vingt ans qu’il a appris à lire; jusqu’à cet âge, il ne savait même pas chiffrer. Ayant voulu étudier dans les livres, il n’a pas tardé à s’apercevoir que sa puissance de calcul mental avait beaucoup diminué et pour la conserver il a dû renoncer à ses études. Jacques Inaudi est un être anormal que l’on pourrait
faire rentrer dans la tératologie mentale,
Entre le savantetle musicien, il semble y avoir une certaine corrélation, aussi voyons-nous souvent de grands mathématiciens, qui furent d’excellents musiciens.
Nous allons examiner Lulli, Hœndel, Bach, Rameau, Mozart, Chérubini, Haydn, Beethoven, Weber, Meyerbeer, et deux enfants prodiges, Crotsch et Pepito Rodriques Arriola.
Lulli naquit à Florence en 1633 et mourut à Paris en 1687. Né de parents nobles suivant les uns, simple fils d’un meunier suivant les autres, il râclait de la guitare tout enfant, lorsqu'il fut rencontré par le duc de Guise qui le ramena en France et le donna à Mile de Montpensier. Celle-ci, après s’en être amusée l’envoya comme marmiton aux cuisines ; mais le jeune musicien composait au lieu de surveiller ses rôtis, si bien qu’on finit par le remarquer, et on lui donna la place qui lui convenait. C'était un grand ami de Molière ; il composait la musique pour ses ballets.
Il était ivrogne, libertin, et avait assez d'esprit, pour
pouvoir se moquer des gens que sa musique charmait,
Haendel (1684-1759), naquit en Allemagne, mais passa une partie de sa vie à Londres. Il manifesta dès l'enfance un goût passionné pour la musique ; son père qui était médecin chercha à le détourner. Ce fut peine inutile. Il avait découvert une épinette qu’on avait reléguée au grenier ; là, à l'insu de sa famille il s’exerçait sur l’instru-
ment et parvint, à force de persévérance, à en jouer avec
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facilité bien qu’il ne connut pas une note de musique. Il n'avait pas encore huit ans, lorsqu'il alla à la cour du duc de Saxe-Weïssenfels. À dix ans il écrivait des motets qui chaque semaine étaient exécutés dans l’église principale de Halle. Après quatre années d’un travail assidu il eut complètement terminé ses études musicales et en 1703 âgé de dix-neuf ans, il composa à Hambourg son premier
opéra intitulé : A/mira.
Originaire de la Thuringe, pendant près de deux cents ans, la famille Bach (1) a donné naissance à une suite non interrompue d’artistes de mérite et l’on ne connaît pas d'exemples d’une telle accumulation de facultés musicales dans une seule souche.
Le père était musicien de talent ; il mourut, laissant de bonne heure le jeune S. Bach orpheïin. Celui-ci vécut quelque temps auprès de son frère Jean, organiste à Ohrdrof : il le quitta bientôt,en 1708, âgé de dix-huit ans, pour aller vivre à sa guise et obtint la place d’organiste à église d’Arnstadt. Plus tard, il fut organiste à l’église de Saint-Blaise à Mühlauser, puis chez le duc de Saxe- Weimar.
J. S. Bach fut surtout un autodidacte apprenant tout par lui-même sans qu’on eut besoin de lui enseigner.
Les progrès de l’enfant étaient extrêmement rapides et dépassaient tout ce que l’on avait attendu de lui.
Les morceaux que lui présentait son frère ne lui suffi-
saient plus; au bout de quelques heures d’étude il en