C. Invention. — Z/ est souvent bien difficile quand on
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entend un improvisateur de dire ce qui est invention et ce qui est reproduction par la mémoire d'airs et de morceaux déjà entendus. Toutefois il estcertaiïn que, lorsque Pepito se met à improviser, il west presque jamais à court, et il trouve souvent des mélodies extrémement intéressantes qui ont paru plus ou moins nouvelles à tous les assistants. Il y a une introduction, un milieu, une fin. En même temps une variété et une richesse de sonorités qui peut-être étonneratent, s'il s'agissait d'un musiciende profession; mais qui, chez un enfant de 3 ans et demi, devtennent absolument stupéfiantes.
Ce n’est pas que ces airs inventés par Pepito sotent des œuvres supérieures. Bien entendu, c’est extrémement faible comme musique originale ; et je ne crois pas, comme l’a dit un journaliste humoristique, qu'on puisse publier ces compositions ; il y ades répétitions, des enfantillages ; et l’exécution(toujours très inférieure, J'en suis certain, à sa conception musicale) est parfois singulièrement défectueuse. Fausses notes, bafourllage, arrêts ; il y a tout cela ; maïs on avouera qu’en présence d'un cas aussi étonnant, presque unique, il faut tenir peu decompte des éléments défectueux. Ce qui intéresse, c’est ce qu’il fait de bon et de trèsbon ; non ce qu’il fait de médiocre ou de mal. Or, dans les merlleures parties de ses improvisations, il est quelquefois excellent, ayant des idées, des combinaisons de rythme, des pauses, des passages d'un rythme à un autre, des changements de ton, même des leitmotive, amenés avec art, comme st un vrai musicien lui dictaït ces petits chefs-d’œuvre (passagers, mais réels), et dignes d’être constatés. |
Toutes Les personnes, compélentes ou non en musique, qui ont entendu Pepito ont été unanimes à ne pas comprendre par quel véritable prodige, dans un cerveau st Jeune, pouvait exister cette admirable ïntelligence mustcale. À supposer que mille jeunes gens de 18 ans, ayant jamais appris la musique, passent six mois à ne pas faire autre chose que d'étudier le piano, il n'y en aurait pas un seul peut-être qui serait capable d’égaler pour l’exécution et l'invention le petit Pepito.
En présence de pareils faits, toute explication est impossible. Mais 1l est bon de les constater. La science psychologique n’est pas assez avancée pour dépasser la simple constalation du phénomène.
Quant à l’évolution ultérieure du talent de Pepito, il faut étre plus réservé encore, s’il se peut, que pour l'explication de sa mentalité. Espérons, ce qui est posstble après tout, que son génie musical ira en grandssant, qu'on nwassistera pas à ce douloureux spectacle trop fréquent, hélas! d’un enfant prodige qui west qu'un homine médiocre.
Surlout — et c’est le conseil que nous nous sommes permis de donner à sa mère, — il ne faut exercer aucune pression sur son développement intellectuel, ‘afin de permettre à son organisme physique de se développer pleinement et librement. Tout surmenage serait funeste. Peut-être méme ne serait-il pas sage de lui donner des
leçons de piano, selon le rite accoutumé. »
Certains enfants après avoir vu l’éclosion précoce de leurs facultés parvenir à une élévation telle qu'on leur donne le nom si caractéristique d’enfants prodiges, ou meurent jeunes, épuisés, ou vieillissent rapidement de corps et d'esprit, ou enfin et ceux-là sont les plus rares eu égard au nombre relativement considérable de leurs semblables, poursuivent avec éclat une existence si brillamment commencée, Gall avait entrevu et signalé à l'attention l’anomalie cérébrale de ces enfants précoces, il avait bien vu que l’éducation n’était pour rien dans l’état insolite de certaines facultés.
Si nous feuilletons les biographies des grands poëteset écrivains, nous trouverons de nombreux exemples de précocité remarquable.
L’antiquité nous a légué le nom de Lucain dont la gloire et le génie furent précoces. Pour le récompenser Néron l'avait nommé questeur avant l’âge prescrit par la loi ; mais bientôt jaloux de ses succès, il le condamna à mort en lui laissant le choix du supplice ; Lucain s’ouvrit les veines et mourut en chantant ses vers.
Perse mourut à vingt-huit ans après avoir produit jeune, des œuvres remarquables. À vingt-trois ans Virgile avait écrit ses Bucoliques.
Un chroniqueur, raconte qu’à six ans, Montaigne avait. « le latin si près et si à main, que les plus habiles craignaient de l’accoster ».
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S'il faut en croire ses mémoires, d’Aubigné lisait le
latin, le grec et hébreu à l’âge de six ans.
L'intelligence de Bacon (1560-1626) avait grandi de bonne heure sous cette double influence d’une mère religieuse et d’un père instruit. Ayant été présenté àla reine Elisabeth, elle lui demanda quel âge il avait : «Juste deux ans de moins que le règne heureux de Votre Majesté ! » A treize ans il fut envoyé à l’Université de Cambridge où il fit dans toutes les sciences des progrès dont la rapidité étonna ses maîtres etses condisciples. Il n’avait pas encore seize ans, que frappé de la futilité de la philosophie d’Aristote, il fit un ouvrage pour la combattre. A l’âge de dix-neuf ans, il fit un ouvrage intitulé de l’£tat de l’Europe, dans lequel on trouve les marques frappantes de la maturité précoce de son jugement.
Lorsque Bossuet (1627-1704) passa sa première thèse à seize ans il fut accueilli avec un véritable enthousiasme. Sa réputation franchit bientôt les limites du vieux quartier de la Sorbonne et il fut invité à se rendre à l’hôtel de Rambouillet. Le jeune écolier fut prié d’improviser un sermon. Après quelques minutes de réflexion, il parla avec tant de facilité qu’il étonna ses illustres auditeurs. Il était alors onze heures du soir: « je n’ai jamais entendu, dit
Voiture, prononcer un sermon, ni si tôt, ni si tard ».
Pope (1688-1744) un des meilleurs poètes de l’Angleterre montra un goût singulier pour la poésie. A l’âge de douze ans il composa une ode, fort estimée encore aujourd’hui, sur la vie champêtre.
Duché 4
AT
Le D: Rothe (1) de Waschau a fait une étude psychiatrique très approfondie du Tasse.
« Il tenait de sa mère, son caractère passionné et ardent, sa grande irritabilité, son extrême sensibilité; 1l tenait de son père son intelligence extraordinaire et la passivité de son âme. Cest à la réunion de ces deux élé ments qu'il doit pourtant son génie. On peut affirmer que dans des conditions ordinaires, la prédisposition maladive qu'il avait puisée dans le sem de sa mère fut restée latente. Son éducation surmenée, son existence agitée au milieu de la vie fièvreuse des petites cours princières de l'Italie en ont décidé autrement ; il faut aussi tenir compte des affections qui ont porté atteinte à sa santé, la fièvre
typhoïde, la fièvre intermittente ».
Sa précocité fut extraordinaire, à six mois il parlait, à sept ans il connaissait le latin et le grec, à neuf ans ül expliquait les poètes classiques, à dix ans il récitait ses compositions. Envoyé par son père à l’Université de Padoue pour étudier le droit, il s’adonna à la poésie et à la philosophie. A dix-sept ans il composa Renaud et à vingt-deux ans, la Jérusalem. Lui, qui définissait son état: «une mélancolie profonde causée par la double influence de la maladie et du génie » avait déjà à seize ans des hal-
lucinations de l’ouïe.
A douze ans. Lamennais (1782-1854) bataillait déja
avec le curé de son village sur les vérités de la religion