Annales médico psychologiques, 1879. Tome I, page
et semblait si incrédule qu’on dut reculer sa première communion, À quinze ans il possédait le latin, le grec,
l’hébreu et plusieurs langues modernes.
Auguste Comte qui devait fonder l’école positiviste, entra en 1814, à l'âge de quatorze ans à l’école Poly-
technique.
Goethe semble avoir été un génie universel ; ses connaissances en musique, peinture, littérature, étaient extraordinaires. Il apprenait en se jouant ; c’est ainsi qu’en quelques mois il put parler couramment le français avec le Vicomte de Thorane qui était en détachement dans ce pays. À peine âgé de six ans, il donnait déjà des signes
de sa puissance intellectuelle.
Unautre poète allemand, Lenau, un des plus grands lyriques modernes, qui fut enfermé longtemps à l’asile d’aliénés de Dôbling, fut un enfant d’une remarquable précocité ; tout jeune, il improvisait des sermons et faisait des con-
férences.
Elevé au milieu des tristes montagnes de l’Ecosse, ayant pour toutes caresses, celles que lui donnait l’amour froid d’une mère qui avait la triste habitude de s’ennivrer avec le gin pour oublier ses chagrins, le caractère de Byron se voilà dès son enfance de cette tristesse sombre, qui plus tard devait se changer en une misanthropie
dédaigneuse.
A douze ans, épris de la beauté d’une jeune parente, il
rie
fitses premiers vers ; treize ans, il entreprit une tragédie, à seize ans il fit des vers qui ne sont pas sans grâce, pour Marie Chaworth. Enfance triste et maladive, humeur fantasque, caractère indépendant, il fut le scandale de l’Université de Cambridge, par les excentricités d’une vie libertine et désordonnée. A dix-huit ans, il publia les Feures de paresse, où se montre avece son génie, son esprit dédaigneux, son ironie sarcastique, son immense mépris
des hommes, avec quelques sens tendres et touchants. :
Dans Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, nous avons puisé de nombreux renseignements. Il naquit à Besançon le 7 ventôse de l’an X. Il aurait été conçu après une ascension sur le pic d’un glacier (1). Le professeur Lombroso (2) a émis l’opinion“que le moment de la conception ne serait pas sans influence sur le génie et la folie, et Erasme a pu dire de lui qu’il n’était pas le fruit d’un ennuyeux devoir conjugal ; mais ce sont là des hypothèses qui n’offrent pas beaucoup de certitude et auxquelles on ne peut attacher grande importance.
Le poète a raconté par quels soins, par quelles tendresses, 1l fut deux fois le fils de sa mère. Il n'avait rien de la belle mine de ses frères ; il était petit et chétif au point que l’accoucheur déclara qu'il ne vivrait pas. Lorsqu’on l’eut emmailloté, on le mit dans un fauteuil où il tenait si peu de place qu’on eut pu en mettre une dou-
zaine comme lui. On appela ses frères pour le voir; il
1. Witkowski. Accouchement dans les beaux-arts, p. 3. 2. Lombroso. L'Homme de Génie.
était si mal venu, disait la mère, et ressemblait si peu à un être humain, que le gros Eugène, son frère, qui n’avait que 18 mois et qui parlait à peine, s’écria en le voyant : Oh! la bebéte!
IT fut inscrit à la mairie de Besançon le 26 février 1802. Six semaines après, il fit le voyage de Besançon à Marseille, Pendant ses premières années, il mène une vie de voyages et d'aventures à la suite de son père et des armées de l'Empereur. A l’âge de trois ans, il accompagne son père en Corse. Il était toujours lanquissant et manifestait une tristesse rare pour son âge ; on le trouvait souvent dans les cours, pleurant sileacieusement sans savoir pourquoi. Cepeudant, à vingt-deux mois il savait parler.
Le père partait pour l’Italie, et ne voulant pas exposer sa femme et ses enfants aux dangers d’une campagne longue et pénible, les envoya à Paris où ils habitèrent 24, rue de Clichy.
L'enfant aïtrois ans ; c’est de cette époque que datent ses premiers souvenirs. Il se rappelle qu'il y avait dans la maison une cour, dans la cour un puits, près du puits une auge, et au-dessus de l’auge un saule; que sa mère l’envoyait à l’école, rue du Mont-Blanc ; que comme il était tout petit, on avait plus soin de lui que des autres enfants ; qu’on le menait le matin dans la chambre de Mile Rose, la fille du maître d'école ; que Mille Rose, encore au lit le plus souvent, l’asseyait sur le lit près d’elle, et que, quand elle se levait, il la regardait mettre ses bas.
En classe il était assis près d’une fenêtre par laquelle
il regardait bâtir l'hôtel du cardinal Fesch. Un jour un
MR Ti cabestan hissait une pierre de taille et sur cette pierre un ouvrier, la corde cassa et l’ouvrier fut broyé par la pierre. Un évènement qui lui fit autant d'impression fut une pluie si violente que la rue de Clichy et la rue Saint-Lazare étaient devenues des rivières et qu’on ne vint le chercher qu'à neuf heures du soir.
Il a encore gardé mémoire d’une représentation donnée pour la fête du maître d'école. On jouait Geneviève de Prabañt, Mle Rose faisait Geneviève, et lui, comme le plus petit de l’école, il faisait l’enfant, on l’habilla d’un maillot et d’une peau de mouton qui laissait pendre une griffe de fer. Il ne comprit rien au drame qui lui parut long. Il se désennuya de la représentation en enfonçant sa griffe dans les jambes de Mile Rose, ce qui fit qu’au moment le plus pathétique, les spectateurs furent surpris d’entendre Geneviève de Brabant dire à son fils: — Veuxtu bien finir, petit vilain !
Ce qu'il se rappelle encore, c’est à l’âge de cinq ans son voyage en [italie ; il pleut et la pluie cingle les vitres de la diligence. Il se souvient encore de l’impression que lui firent les toits gris de Suse et d’un dîner dans les Appenins ou ils mangèrent un aigle. Il se rappelle aussi un entêtement d’Eugène à qui l’on avait mis des bas de laine à cause de Ja neige et qui, malgré les injonctions et les menaces s'obstinait à les défaire autant de fois qu’on les lui remettait.
Ils ne restirent pas longtemps à Avellino ; Joseph Bonaparte devenu roi d’Espagne appelant Hugo auprès de lui. Les enfants durent retourner à Paris et s’installèrent rue
des Feuillantines.
FOR Mme Hugo envoya d’abord ses enfants à une école de la rue Saint-Jacques où un brave homme et une brave femme, le père et la mère Larivière enseignaient aux fils
d'ouvriers la lecture, l’écriture et un peu d’arithmétique.
Quand on voulut apprendre à lire à Victor, il se trouva qu'il le savait. IL avait apprit tout seul rien qu’à regar-. der les lettres. L'écriture alla vite, et l’orthographe aussi, et la mère Larivière s’est vaulée souvent d'un évangile qu'elle lui avait dicté dans le premier semestre et où il n'avait fait qu’une seule faute, bœuf avec un e.
Vers le milieu de 1809, la famille Hugo donna asite au général Lahorie, ancien chef d'état-major de Moreau ; il faisait apprendre le latin aux enfants, et le jeune Victor âgé de huit ans, pouvait déjà expliquer Tacite,
En 1811, nouveau départ ; ilfaut aller rejoindre le père en Espagne.
Pendant le voyage, Victor Hugo, laisse déjà percer ses sentiments esthétiques. A Angoulême il remarqua de vieilles tours. Ilavait déjà un tel sentiment de l’architecture qu’elles lui sont restées dans la mémoire, et avec assez de précision pour les dessiner, sans les avoir revues depuis.
À Burgos son bonheur fut d’abord la cathédrale. Du plus loin qu'il la vit, il fut fasciné par l'abondance touffue de son architecture qui accumule les clochetons comme les épis d’une gerbe. A peine arrivé il fallut la visiter. L'intérieur n’a pas cette prodiyalité (umultueuse du dehors qui semble la fête de la pierre ; c’est la majesté après la joie. Victor admirait également ces deux carac
tères de la cathédrale ; il ne se lassait pas de regarder
Site
les vitraux, les tableaux, les colennes. Soudain une porte s’ouvrit dans le mur, un bonhomme bizarrement accoutré, une espèce de figure fantastique, bouflonne et diforme, se montra, fit un signe de croix, frappa trois coups et disparut. On lui dit que c'était le gobe-mouche, c’està dire la poupée d’une horloge qui frappait les heures. Il fut ému par cette imposante cathédrale, qui mêlait brusquement cetie caricature à ces statues de pierre et qui faisait dire l’heure aux saints par Polichinelle. Cette fan- , taisie de l’église solennelle retraversa plus d’une fois la pensée de l’auteur de la Préface de Cromwell et l’aida à comprendre qu'on pouvait introduire le grotesque dans le
tragique sans diminuer la gravité du drame.
Ségovie est restée dans l'imagination de Victor Hugo comme un rêve. Maisons sculptées à machicoulis et à clochetons, palais de jaspe et de porphyre, toutes les magnificences et toutes les dentelles de l’architecture arabe, et, pour couronnement, dominant la ville comme une im-
mense liare de pierre, l’Alcazar.
Cette notion du beau était très marquée chez Victor Hugo. Il n'avait que neuf ans et déjà il savait discerner toutes les manifestations de l’art. C’est ainsi que pendant ce voyage en Espagne, pendant une étape, la femme de chambre alla chercher de l’huile pour faire de la salade. Mme Hugo eut la précaution de goûter l'huile, Elle fit aussitôt une grimace et ordonna d’enlever au plus vite cette médecine, au grand déplaisir de Victor, qui, pendant que sa mère ne voyait que l'huile, contemplait l’hui-
lier, un grand huilier Louis XV, tout enguirlandé de roses
me CURE
d'argent. Sa mère le railla de contempler cette vieillerie contemporaine de son carrosse.
Plus tard, V. Hugo, aimait à raconter ses premiers amours d’enfant, qui sont de l’amour, comme l’aube est du soleil.
Il appelait cela le premier cri du cœur qui se lève et le chant du coq de l’amour. C'était en 1811, à Bayonne : il avait neuf ans; il jouait avec une petite fille de dix ans qui habitait la même maison. Sa peau mate el transparente avait la blancheur délicate du camélia. Il pouvait la regarder à son aise pendant qu’elle avait les yeux sur le livre. Lorsqu'elle levait la tête de son côté, il devenait tout rouge. Une fois, elle le regarda dans un moment où il contemplait son fichu soulevé par la respiration. Il fut si troublé qu'il alla sans rien dire à la porte du perron et se mit à jouer énergiquement avec le verrou dont il tordit la poignée, à s’accrocher les doigts.
Trente-trois ans plus tard, il repassa par Bayonne. Sa première visite. fut pour la maison de 1811, mais il n’y retrouva pas sa petite liseuse.
À Madrid, la femme du général Hugo, fut logée dans le palais Masserano; Victor aimait à se promener dans ses immenses galeries. On l’y trouvait seul,assis dans un coin, regardant en silence tous ces personnages en qui revivaient les siècles morts; la fierté des attitudes, la somptuosité des cadres, l’art mêlé à l’orgueil de la famille et de la national.té, tout cet ensemble remuait l’imagination du futur auteur d'Hernani et y déposait sourdement le germe de la scène de don Ruy Gomez.
De son lit, il voyait une vierge, dont le cœur était percé
ON
de sept flèches, symboles des sept douleurs. Il la revoyait plus tard, avec l'incroyable précision de mémoire qu'il avait dans les yeux comme dans l'esprit.
Lorsqu'il entra au collège des Nobles, les moines ne savaient en quelle division le mettre ; il avait alors neuf ans. Sur la table il y avait des livres latins. On lui présenta l’Æpitome, il le traduisit couramment, on passa au De viris, il n’eut pas besoin de dictionnaire, non plus que pour Justin ni pour Quinte-Curce. De difficultés en difficultés, on vint à Vrrgéle; il fut plus attentif et moins rapide, il se tira encore de Lucrèce, quoique péniblement, et n’échoua qu'à Plaute. Il sauta ainsi de la septième à la rhétorique.
C’est dans ce collège des Nobles, qu’il a pris des types de personnages qui plus tard reparaîtront dans ses drames.
Triboulet n’est que Corcovita, le veilleur de nuit, qui venait chaque matin à cinq heures les réveiller par trois coups frappés sur le bois de leur lit: Son frère avait été battu par le comte de Belverana ; il l’a vengé en faisant d’un des personnages les moins sympathiques de ses drames, un comte de Belverana. Une autre de ces rancunes à été un affreux grand gaillard à cheveux crépus, à mains qgriffues, mal bâti, mal peiyné, hargneux et risible qui s'appelait Elespuru :il en a fait un des fous de Cromwell.
En 1812, retour en France. Sa mère l’envoyait chez un libraire chercher des volumes. Il fourrageait dans la bibliothèque et empochait ce qu’il voulait. Il se couchait à plat
ventre et déqgustait ce qui tombait sous sa main. Quand
Pintérêt l’empoignait, il restait quelquefois là des heures entières. Il lut ainsi Rousseau, Voltaire, Diderot, Faublas et d’autres romans de même nature.
L’ennemi envahissait la France ; dans cette campagne suprême, Napoléon étonnait les alliés par la rapidité de ses manœuvres ; en lui reparaissait le jeune général d’Italie. L’émotion publique devint telle qu'elle gagna les enfants. Les jeux furent délaissés pour les cartes de géographie ; Victor s’y plongea avidement, et les dévora toutes, il apprit la géographie comme on l’apprend bien, par les yeux. |
Hélas, le 29 mars 1813, le canon des alliés annonçait la défaite de l'Empereur.
La restauration des Bourbons fut pour Mme Hugo une joie extrême. Sa haine de Napoléon, comprimée jusque là, par crainte de compromettre son mari, éclata librement, aussi le comte d'Artois, envoya-t-il aux fils d’une si bonne royaliste la décoration de l’ordre du Lys. Le général Hugo, lui au contraire qui avait concouru trop énergiquement à la défense de Thionville fut destitué de son commandement et mis hors d’activité.
Victor et Eugène furent envoyés à la pension Cordier, où ils établirent bientôt leur prestige sur les autres élèves, qui se divisèrent en deux camps rivaux, ceux de Victor s’appelaient les cArens, et les sujets d'Euyène, les veaux.
Le 1° mars 1815, Napoléon débarquait à Cannes, et le général Hugo se rendait à Thionville ; il refusa de capituler ; et lorsque la paix fut signée il ne voulut pas donner une place qu’on n'avait pas pu lui prendre, etles Prus-
siens devant entrer le 20, il partit le 13.
ME
L'empire s'était écroulé; ce n’était plus que ie souvenir d’un passé prodigieux, qui inspirera plus tard les plus beaux vers de Victor Hugo.
Nous avons suivi l’enfant depuis sa naissance (1802) jusqu’en 1813.
Nous l'avons vu faible et gracile, courant à travers l’Europe à la suite des armées victorieuses ; nous l’avons vu s’émerveillant en présence de la nature, s’enthousiasmant devant les œuvres d'art. Sa précocité est remarquable : il sait lire, écrire et contempler à un âge où les enfants ne rêvent que jeux et plaisirs. Si nous recherchions les influences des milieux, nous trouverions d’un côté l’esprit de la mère, royaliste, hautaine, rancunière, détestant Napoléon qui n’a pas su ou n’a pas voulu comprendre le général Hugo. Les premières œuvres de Victor Hugo seront orientées dans ce sens. Mais le sujet n’est pas assez grand pour sa lyre. Il a du sang de soldat daus les veines, son père était soldat, ses oncles étaient soldats, il a vécu au milieu des soldats, il a été bercé par la voix du canon, il a vu l'épopée napoléonienne et il s’en souviendra. La figure puissante de Napoléon 1° le hantera ; lui républicain, il chantera l’empereur et ses victoires ; ses Chätiments seront une épopée où sa haine pour Napoléon LIT, se mêlera à son admiration pour Napoléon I*.
Dans ses longues pérégrinations, Victor. Hugo a su saisir le côté sublime de la nature et des choses. Il a compris l'Espagne et son peuple, il a saisi le sens des cathédrales ; dans sa jeune intelligence il a déjà gravé ébauche de ses héros, et plus tard il les immortalisera
dans Ruy-Blas, Hernani, Notre-Dame de Paris, ou Le
260) Roi s'amuse. Mais ce Victor Hugo ne nous appartient pas, nous ne voulons qu’étudier l'enfant.
À treize ans, en 1815, il avait déjà composé onze cabiers de vers dont le plus ancien contient 85 pièces. Les premiers vers balbutiés par Victor chez le père Larivière étaient des vers langoureux et chevaleresques, puis il avait passé au genre guerrier Ct héroïque. Sans maître ct sans prosodie, il lisait tout haut ce qu’il avait écrit, s’apercevait que ça w’allait pas et recommençait, changeait, cherchait jusqu'à ce son oreille ne fut plus choquée. De tâtonnements en tAtonnements il s’apprit luimême la césure, la mesure, la rime et l’entrecroisement des rimes masculines et féminines. À la pension Cordier sa fièvre de versification se déclara tout-à-fait. On pouvait bien le forcer à éteindre sa chandelle le soir et à se coucher, mais non à dormir, il employait une partie de la nuit à rimer. Un des exercices de ses veilles était de traduire en vers français les odes d’Horace ou les églogues de Virgile qu’on lui avait fait apprendre par - cœur.
Un de ses camarades l’ayant blessé au genou, il resta des semaines au lit, lâché par les mathématiques il se donna tout entier à la poésie. Pendant trois ans qu’il passa à la pension Cordier (1815-1818) il fit des vers de toutes les sortes possibles, même un opéra-comique.
Il est curieux de relire ses cahiers. A la fin d’un des cahiers, il plaide la circonstance atténuante de son âge
(treize ans).
Ami lecteur, en lisant cet écrit,
N'exerce pas sur moi ta satirique rage Et que la faiblesse de l’âge Excuse celle de l'esprit.
Dans un autre, il a mis en tête cette note : Un honnéte homme peut lire lout ce qui n’est pas biffé, et il a tout biffé. Plus. loin il se traite de misérable pour avoir fait rimer safran avec paissant. À quatorze ans il avait composé une tragédie, /rtaméène, que plus tard il traite d’ouvrage mort-né.
Ce qui ressort le plus de tous les cahiers, c’est la tendresse absolue du fils pour la mère, dont il épouse d’ailleurs les opinions politiques; haine de la révolution et de l'empire.
Il admirait fort Voltaire dont il avait bien étudié le théâtre. Après /rtamèneil composa une nouvelle tragédie, Athelie ou les Scandinaves qu’il n’acheva pas.
À 15 ans il se mit à écrire un Opéra-Comique, À quel- | que chose hasard es! bon, puis il se tourna vers le drame el fit Znès de Castro, pièce curieuse à connaître comme première ébauche et point de départ de son théâtre.
Avec son frère il fonda une Revue, le Conservateur littéraire. Il y collabora assidûment, et il y publia en 1818, Bug-Jargal.
En 1817, le sujet proposé par l’Académie pour le prix de poésie était : le Bonheur que’ procure l'étude dans
. utes les situations de la vie. L’idée lui vint de concou-
2 4 een rir, il se mit au travail et fit 320 vers. Il y avoué son jeune âge.
Moi, qui toujours fuyant les cités et les cours De trois lustres à peine ai vu finir le cours.
À cause de ce jeune âge il n’eut qu’une mention ; Casimir Delavigne qui avait concouru en même temps n’eut rien du tout. Il établit alors des relations amicales avec le vieil académicien François de Neuchâteau, qui se rappelait lui aussi avoir été couronné à l’âge de 15 ans. Il s’intéressa à lui, lui fit faire des traductions que d’ailleurs il signait de son nom.
Le sujet pour le concours général était la démonstration de l’existence de Dieu, il concourut mais n’obtint rien, Il fut plus heureux en physique o il eut un sixième accessit. En 1817 il obtint le prix aux Jeux Floraux de Toulouse.
À 20 ans il publiait les Odes et Ballades, qui n'étaient que le prélude d’une longue série de prose et de vers, et lui qui, à 44 ans disait: « je veux être Châteaubriant ou
rien », l'admiration d’un peuple le sacrait poète.
Alfred de Musset (1) n’a pas été un petit prodige à la façon de Gœthe ou de Victor Hugo; à dix-sept ans son bagage littéraire était bien peu important; mais il serait curieux à étudier au point de vue de l’hérédité. Il naquit à Paris dans une vieille famille où l’amour des lettres était de tradition et où tout le monde de père en fils avait de l'esprit. Le père gai, spirituel, prompt à la riposte et
mordant à l'occasion, fut un père aimable, trop indulgent,