Alf. de Musset, par -Arvède Barine, Hachette, Paris
PH ue très xvur° siècle -d’esprit, ressemblant beaucoup au Marquis de Pry de la Guerre en Dentelies de G. d'Esparbès. La lignée maternelle Guyot-Desherbier avait fait preuve d'imagination poétique et d’esprit jaillissant et gai avec infiniment de bon sens. Parmi ses ascendants on pourrait trouver plusieurs hommes d’esprit, pleins d’une verve joyeuse et plus ou moins poètes, et deux femmes d’une sensibilité vive, d’une éloquence naturelle et chaude.
A trois ans, il était au suprême degré, impressionnable, excitable. et même éloquent, s’il faut en croire son frère Paul. Celui-ci raconte qu’à peine hors des langes, le petit poète en herbe avait des mouvements oratoires et &es expressions pittoresques pour peindre ses malheurs ou ses plaisirs d’enfant.
Déjà aussi il montrait impatience de jouir et la disposition à dévorer le temps qui ne le quittèrent jamais.
Il avait sept ans, lorsqu'il dévora les Mille et une nuits pendant des mois, il ne pensa en classe et hors de classe qu'aux enchanteurs et aux paladins. En 1827, il obtint le second prix de philosophie au grand concours. Il quitta les bancs sur cette apothéose, il était bachelier, mais refusait énergiquement de préparer le concours de l’école Polytechnique.
Il donna ses premiers vers à l’âge de douze ans en 1822, Don Paez, les Marrons du feu, le Saule en 1829, à dix-neuf ans.
Parmi les poètes et écrivains actuels, nous avons recherché, s’il n’y aurait pas d'exemples de précocité.
François Coppée donna des vers très jeune, et à vingt-
quatre ans, il avait publié /e Reliquaire. Le poète Scan-
+ Go dinave Jacobsen est une précocité maladive et une jeunesse studieuse et pensive.
Lombroso explique les génies tardifs par le manque d'occasion. Zola pourrait être rangé dans cette catégorie.
A sept ans, il ne savait pas lire,il fut un élève médiocre à Saint-Louis, où il témoignait d’une profonde répugnance pour le grec. Il commença par un roman assez faible, des Mystères de Marserlle et ses contes à Ninon ne furent
écrits qu’à l’âge de 24 ans (1).
M. le professeur Richet a bien voulu nous donner des détails inédits sur son ami Emile Guiard, né vers 1854, et qui donna des preuves de la plus grande précocité.
Madame Augier, fille de Pigault Lebrun a eu trois enfants : Emile Augier, Mme Guiard et Mme Deroulède. A sept ans, lejeune Guiard, donnait de petites représentations, dans lesquelles il était acteur et auteur, et qu'il jouait derrière les fauteuils du salon. À huit ans il compose une tragédie absurde et étonnante : c’est l’histoire d’un certain Varus, esclave libéré par son maître ; il surprend sa fille adultère. « Puisque tu m’as surprise, dit celle-ci, va me dénoncer, tu n’es qu’un vil esclave.» Varus a trop de grandeur d'âme pour commettre cette mau-
vaise action, et 1l s’écrie :
« Et dans la double vie où la mort nous jeta Je ne suis plus Varus : vous n'êtes plus Alta,
et plutôt que de trahir : « rendez-moi, mes fers » dit-il.