‹ De La Précocité Intellectuelle Étude Sur Le GénieChapitre 22 sur 29 · Dr Toulouse. Emile Zola · texte numérisé non relu

Dr Toulouse. Emile Zola

Duché >

es On reste étonné devant ces vers d’un enfant de huit ans

remplis d’une énergie presque corneillienne.

Le Prof, Richet a bien voulu nous communiquer une

fable du jeune prodige :

Un éléphant chargé d’une lourdeur extrême, Marchait fier de sa grâce ec mesurant ses pas, Etalait lourdement ses prétendus appas..….

De tout ce qu’on possède on fait titre de gloire. . On est vaincu parfois qu’on crie encore victoire. Il est rare qu’on ait les biens qu’on croit avoir ;

EL l’on ne se voit pas dans un juste miroir.

Notre ami marchait donc tout fier de son visage: Contre un hippopotame il se heurte au passage, Et d’un air de mépris clignant son petit œil, Ilaisse dans ces mots éclater son orgueil :

Que fais-tu, lui dit-il, de cette lourde graisse, Que tu nommes ton corps par sotte vanité,

Va promener ailleurs cette matière épaisse

Et laisse loin de moi cette difformité,

Qui me laisse ignorer le côté de ta tête.

La masse de répondre : O misérable bête,

Plus longue portez donc votre queue, et rognez Cet étrange serpent qui vous tient lieu de nez. Notre éléphant se pique, et puis il se retire, Penaud comme un bavard qui ne sait plus que dire. Mais il se racheta par la conclusion

Qu'il eut l’art de tirer de sa confusion.

Il ne faut pas railler l’infirmité des autres

De crainte qu’en retour ils ne raillent les nôtres.

Nous ne saurions trop admirer cette charmante petite

fable, où se récèle un si précoce talent. Le jeune poète a

AT

su rendre en vers expressifs et avec une grâce parfaite, son idée ; il a su en tirer une morale que ne désavouerait pas La Fontaine. La mort a enlevé l’enfant, qui serait

devenu un homme de génie.

Jean Pic de la Mirandole (1463-1494) est l’un des hommes les plus célèbres par la précocité et l’étendue de son esprit, Il fut élevé par sa mère et reçut les leçons des maîtres les plus habiles. Il avait à peine dix ans que le suffrage publique le plaçait au premier rang des artistes et des poètes. Toujours avide de connaître et d’apprendre, il parcourut l'Europe pour s’instruire. Il n’oubliait rien de ce qu'il avait lu ou seulement entendu réciter et son esprit était si pénétrant qu'on ne pouvait lui proposer aucune difficulté qu'il ne résolut à l’instant même.

En 1486, (il était alors âgé de 23 ans), sous le pontificat d’Innocent VIII, il voulut trouver l’occasion d’étaler sa vaste érudition, il publia une liste de neuf cents propositions, de omni re scibili qu'il s’engageait à soutenir publiquement contre tousles savants qui se présenteraient

pour l’attaquer.

Un autre petit prodige, futle marquis de Rancé (1626- 1700) le célèbre réformateur de la Trappe. Doué d’une vive intelligence, il apprit avec tant de rapidité les lanques classiques, qu'à treize ans il composait en grec et

publiait un commentaire des poésies d’Anacréon.

Otto Pœlher (1) est né à Brunswick et a montré une

1, Revue de l'hypnotlisme, 1897, p. 365.

précocité inconnue chez les enfants de son âge. Son grand plaisir était de se faire indiquer et expliquer les enseignes des boutiques, les plaques indicatrices ou les noms de rues. Partant de là et mettant à profit les associations par ressemblance ou par analogie, il est arrivé sans trop de peine, à l’âge de deux ans, à pouvoir dire très couramment les divers caractères latins ou gothiques, manuscrits ou imprimés. Sa mémoire est prodigieuse, il se rappelle les dates, les noms des villes ou des fleuves.

Il a été son seul maître : tout ce qu'il connait, il Pa appris depuis qu'il sait lire, il Va appris spontanément et de lui-même dans les livres.

Il ne sait pas écrire ; on a voulu lui apprendre et il s’est montré tout à fait rebelle ; il n’aime ni la musique ni le calcul.

Les images auditives et les images motrices graphiques occupent une place à peu près nulle dans son imagerie mentale. C’est par-dessus tout un visuel et accessoirement un moteur d’articulations.

Il ne se prête à aucun enseignement suivi et régulier ; il s'applique spontanément à ce qui lui plaît, mais à cet objet seul.

Le corps est toujours en mouvement, à moins que l’attention ne soit fixée par quelque chose; les doigts remuent aussi sans cesse.

Il paraît hors de doute que le jeune Otto présente une

tare neuro-pathologique, laquelle explique son état cérébral anormal.

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