Moreau. La folie chez les enfants, p
mit chose et telle autre, et qu’il était remonté ainsi jusqu’à ces définitions et ces axiomes. Pour le récompenser, on lui donna les éléments d’Euclide, pour qu'il les lut pendant ses récréations.
Il lui fut alors permis de se livrer à ses chères études scientifiques en même temps qu’au latin et à [a philosophie. Il s’y appliquait avec ardeur, surtout aux mathématiques où il trouvait les marques de la vérité.
Son père le mena bientôt à des conférences célèbres qui avaient lieu chaque semaine chez le P. Mersenne, et qui furent l’origine de l’Académie des Sciences. Les hommes d'esprit y conféraient sur les questions scientifiques ou théologiques à l’ordre du jour et le jeune Pascal prit
souvent part à la discussion.
Dans une telle atmosphère, ses facultés se développèrent rapidement. Il devint surtout habile dans les mathématiques et la physique. Il acquit le sens des démonstrations rigoureuses. Il comprit comment on prouve, soit en mathématiques, soit en physique, et que la certitude ne peut venir que de l’accord de nos idées, non avec notre
esprit, mais avec les choses.
En matière littéraire il acquit une connaissance très suffisante du latin. Le lire et l’écrire ne lui causaient aucun embarras. Il paraît avoir su assez de grec pour confronter une traduction avec le texte.
Dans son esprit si actif, la production suivait de près, si elle ne devançait l’enseignement reçu. Il n’avaii pas seize ans, lorsqu'il conçut l’idée d’un Æssai sur les coni-
ques. Descartes, consulté, se montra peu bienveillant,
Leibnitz au contraire, témoigna d’un grand enthousiasme, et lengagea à publier son traité.
Il s’occupa bientôt de déduire de ses connaissances scientifiques, l’invention d’un instrument pratique auquel la théorie devra conférer son infaillibilité. Il pensa qu'il devait être possible de réduire en mouvement réglé toutes les opérations de l’arithmétique, et par conséquent de construire une machine qui Les exécutât.
L'idée générale une fois trouvée, il se préoccupa de tous les détails de l’exécution ; il y réussit enfin après deux ans de travail (1640-1642), et il n’avait pas encore vingt ans !
Ce labeur lui permit de constater que les mathématiques ont ce privilège de ne rien enseigner qu’elles ne démontrent ; mais pour réaliser un instrument utile les abstractions du mathématicien ne peuvent suffire. Elles ne donnent qu’une théorie des choses en général. Or, une telle théorie ne saurait prévoir les inconvénients qui naîtront de la matière, ou des conditions de fonctionnement des différentes pièces.
Il faut, pour résoudre ces problèmes, joindre aux mathématiques, la physique et l’expérimentation.
Nous ne suivrons pas Pascal dans son évolution ; nous n’avons voulu étudier que l’enfant et le jeune homme.
Nous avons montré cette disproportion frappante entre ses forceS physiques et son génie. II a hérité de son père, mais à/un degré suprême, de cet instinct mathématique; par son éducation raisonnée il a saisi l'utilité des démonstrations rigoureuses, du raisonnement et du choix
des méthodes: dans ce milieu de savants et de beaux
= esprits, il a puisé l’amour de la science. Plus tard, il se passionnera pour les philosophes; Epictète et Montaigne ne le quitteront plus. Toujours par le raisonnement, il en arrivera à admettre, qu'il ne peut y avoir de partage entre le monde et Dieu, et à condamner avec une sévérité particulière la concupiscence de l’esprit, c’est-à-dire la curiosité scientifique. L’enfant de génie deviendra le grand penseur et le grand philosophe que Voltaire a
appelé un fou sublime né un siècle trop tôt.
Malgré une enfance maladive, les progrès de Boerhave (1) (1668-1738), dans ses études furent très rapides ; à onze ans, il savait le grec et le latin : à vingt-et-un ans, il soutint à Leyde une thèse pour prouver que la doctrine d’Epicure était juste. Ce n’est qu’à vingt-deux ans qu’il
commença la médecine.
Le naturaliste suédois Linné naquit à Upsal en 1707. Envoyé à l’âge de dix ans dans la petite ville de Wexio pour y suivre les cours de l’école laïque, il était déjà tellement entraîné par la passion des plantes qu’il négligeait ses classes pour courir la campagne, et son père eut une idée si fausse de ses dispositions qu’en 1724, il le mit en apprentissage chez un cordonnier.
Poussé par un goût invincible vers l’étude de la nature, il marquait un dégoût profond pour l’étude des lettres et de la philosophie ; ses camarades le voyant constamment feuilleter des ouvrages de botanique, ne l’appelaient jamais autrement que le petit botaniste. Ce fut à vingt-
trois ans qu’il commença la nomenclature des végétaux.