‹ De la predication sous Henri IVChapitre 13 sur 35 · MESURES DE HENRI IV · texte numérisé non relu

MESURES DE HENRI IV

alla entendre Bélanger à Saint-Germain-PAuxerrois prêcher que l'obéissance au roi était le premier des devoirs, et que ceux qui disaient le roi excommunié Pétaient eux-mêmes. Morenne, curé de Saint-Merry, fur promu à Pévêché de Séez; Benoit de Saint-Eustache fut nommé à Troyes ' ; Chavagnac mourut avant d'être récompensé.

Cependant les hostilités ne cessaient pas dans toutes les chaires ; il n'était pas de semaine qu'on n'entendît, dans quelque église de Paris, des paroles blessantes pour le roi et dangereuses pour la paix publique. Henri IV publia, au mois de septembre 1 595, une sévère ordonnance contre les prédicateurs séditieux 2. Les menaces rigoureuses qu'elle .contenait

\ Benoist n'obtint pas de Rome l'institution canonique.

2 « Chacun peut connaître, était-il dit dans cette ordonnance, , combien les longues et continuelles guerres dont cet état a été

[agité ont apporté de licence et désordres Mais ce qui est

{surtout à déplorer... est que ce mal ait si avant pénétré que de prendre pied jusques à ceux qui pouvaient et devaient servir de lumière et d'exemple... qui sont les ecclésiastiques, la plupart... n'ayant... fait conscience et difficulté de faire servir et appliquer la parole de Dieu à leurs propres passions... induisant le simple peuple sous prétexte de piété et de religion et le provoquant par leurs blasphèmes à une révolte et sédition...

» A quoi étant très nécessaire de pourvoir et empêcher tels [ monopoles, insolences et apostasies, qui sont directement contre

effrayèrent les plus courageux; le silence se fit quelque temps. Une grande mesure politique devait , moins de trois ans après, faire rompre ce silence, gardé à contre-cœur.

Cherchant à désarmer, dans une certaine mesure, un parti puissant, Henri IV tenta de réunir deux choses en apparence incompatibles : professer une religion d'Etat sans offenser la liberté des cultes, protéger l'Eglise sans opprimer les sectes. Ayant compris, par tous les malheurs du xvie siècle, par les flots de sang répandus, que le principe de la répres-

rhonneur et service de Dieu et de son Eglise, et au grand scandale et mépris de la religion chrétienne, et en attendant que, avec le commun consentement de notre Saint-Père le Pape et 1 l'Eglise universelle, il se fasse une entière et sainte réformation. . . » Pour ces causes. . . avons déclaré et déclarons que nous avons toujours désiré et désirons que la parole de Dieu soit prêchée et annoncée... par tous docteurs à ce faire appelés... pourvu que les dits docteurs soient suffisants et capables, non de

Iceux qui... veulent induire et provoquer nos sujets à sédition et révolte... en leurs dites prédications... auxquels et à tous autres qui voudront faire le semblable, nous défendons très exprès- t«v sèment de se mettre en chaire sous peine d'être contempteurs de ..v jrf v l'honneur de Dieu, schismatiques et fauteurs d'hérésie et perver- «^ . , i tissant son expresse parole, et comme tels avoir la languq per- \jky-

cée, sans aucune grâce et rémission, et bannis de notre royaume ! A , i

à perpétuité. » — Isambert, Recueil général des anciennes lois w C

françaises, t. XV, p. 102. hjr^

sion des consciences par la force, de l'unité religieuse obtenue par Pépée, était dans les circonstances présentes impuissant et funeste, il pensa qu'il devait adopter cette politique, aussi en horreur, du reste, aux protestants qu'aux catholiques, mais rendue nécessaire par les guerres civiles , de deux cultes différents vivant sur le même sol sans se faire la guerre ; Henri IV rendit l'édit de Nantes qui assurait à chacun l'exercice de sa religion. Si cela n'était pas l'application du meilleur principe, c'était, du moins, la réalisation d'une mesure devenue indispensable. Cet édit amenait peu à peu les esprits à pratiquer la tolérance civile 5 s'il n'était pas absolument bon, il était le meilleur possible en ce moment. Le succès devait répondre à la sagesse de Henri IV. Sa conduite habile et généreuse ramena à la foi par la persuasion. Le catholicisme regagna, par la parole au sein de la paix et de la liberté, ce qu'il avait perdu par les armes !.

Toutefois cette politique si prudente eut de la peine à triompher. Il fallut de longs efforts de savoir faire et d'éloquence pour faire accepter du clergé et des parlements les concessions faites à l'hérésie.

î Mercier de Lacombe, Politique de Henri IV.

L'émotion fut forte parmi les catholiques, dans le cœur desquels n'étaient pas étouffées les anciennes rancunes et les anciennes craintes. On avait bien pressenti ce qui devait arriver; un article de l'édit était ainsi conçu: «Nous défendons à tous prêcheurs, lecteurs ou autres qui parlent en public d'user d'aucunes paroles, discours et propos, tendant à exciter le peuple à sédition : ains leur avons enjoint et enjoignons de se contenir et comporter modestement et de ne rien dire qui ne soit à l'instruction et édification des auditeurs, et à maintenir le repos et tranquillité par nous établi en notre dit royaume, sous les peines portées par les précédents éclits... ' » Mais cette fois le zèle n'écouta pas la prudence. Plusieurs prédicateurs s'emportèrent sur ce qu'ils . ' . cvJ* appelaient une trahison à l'égard du catholicisme/ ^ .,f L'évêque de Senlis entr'autres se laissa aller aux ' plus violentes attaques contre la royauté. Henri IV se décida à faire un exemple. Guillaume Rose fut traduit devant le Parlement et condamné à faire « droit et tête découverte » , en présence de la grand'chambre, amende honorable et à « déclarer

1 Isambert, Recueil gênerai des anciennes lois françaises, t. XV, p. 173, Édit de pacification, dit de Nantes, art. 17.

que témérairement et inconsidérément, après avoir eu grâce du roi , il s'était glorifié d'avoir signé des premiers le serment de la Ligue et avoir dit qu'il le ferait encore si l'occasion se présentait. » Rose ne put d'un an rentrer à Senlis, ni prêcher dans son diocèse.

Cependant l'édit de Nantes fut encore attaqué ; le Parlement qui n'était pas unanime pour sévir, résistait de son côté pour l'enregistrer. Le roi le rassembla (7 février \ 599), s'y rendit en personne, et se plaignant des parleurs séditieux et de leur impunité, prononça une harangue comme il savait les

faire. « Je vous prie, dit-il, vérifier l'édit que

j'ai accordé à ceux de la Religion, ce que j'en ai fait est pour le bien de la paix, je l'ai faite au dehors,

je la veux faire au dedans de mon royaume Je

sais bien qu'on fait des brigues au Parlement, que l'on a suscité des prédicateurs factieux, mais je donnerai bien ordre contre ceux-là et ne m'en attendrai à vous. G^est le chemin que l'on a pris pour faire des barricades et venir, par degrés, à l'assassinat du feu roi. Je me garderai bien de tout cela: je couperai la racine à toutes les factions et à toutes les prédications séditieuses, faisant accourcir tous ceux qui les suscitent. J'ai sauté sur des murailles de ville, jesau-

terai bien sur des barricades. Ne m'alléguez pas la religion catholique, je l'aime plus que vous, je suis

plus catholique que vous Vous vous abusez si

vous pensez être bien avec le pape, j'y suis mieux que vous. Quand je l'entreprendrai, je vous ferai tous

déclarer hérétiques pour ne me vouloir pas obéir

Quand mes régiments ne me servent pas, je les casse. Que gagnerez-vous quand vous ne me vérifierez pas mon édit? aussi bien sera-t-il passé \ les prédicateurs ont beau crier comme a fait le frère de M. de Sillery1, à qui je veux parler en cette compagnie. 2 »

Sur ce, ayant appelé M. de Sillery, il lui dit : « Je vous avais bien averti qu'on m'avait fait plainte de votre frère et vous avais commandé de l'admonester, qu'il fût sage. J'avais cru au commencement que ce n'était rien de ce que l'on disait qu'il avait prêché jcontre l'Edit, parce qu'il ne s'en trouvait pas de 'preuve, mais il est bien vrai pourtant; et enfin, il prêcha à Saint-André, où mon procureur général l'a ouï prêcher séditieusement contre l'Edit, On le veut excuser, qu'il est emporté de zèle et sans dessein.

\ Jean Brulart, frère de M. de Sillery, était capucin. Sa famille le fit passer en Italie, voyant qu'il continuait malgré tout , ses prédications séditieuses.

2 Recueil des Lettres missives, t. V.

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