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CHAPITRE IV

Fin de la prédication politique. — Idées de tolérance. — Pierre de Besse, Conceptions théologiques. — Valladier, Mélanéologie sacrée / La saincte philosophie de l'âme.

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Fort célèbres en leur temps, Pierre de Besse 1 et Valladier sont inconnus aujourd'hui ; ils ne méritent guère de sortir de l'oubli. L'historien de la prédication doit toutefois, en passant, les signaler parce qu'ils ont eu le mérite de fermer la chaire à toute attaque contre l'autorité; ils n'onJ^jDur le jvouvoir que du respect. De plus, leur discussion contre le culte dissident est exempte d'anathèmes. Leur parole peut être impolie, elle n'est pas amère ; rien de séditieux ne se fait entendre dans leurs discours; ils

1 Pierre de Besse, chanoine de Saint-Eustache, né dans le Limousin, mort ji Paris en 1639.

n'invoquent jamais contre leurs adversaires la répression violente. C'est déjà beaucoup, — nous avons vu dans les chapitres précédents combien ce mal était invétéré, — cependant les qualités littéraires de ces deux prédicateurs sont nulles, au moins chez le premier, et leurs défauts sont intolérables. Arrêtonsnous un instant, nous verrons ce que l'éloquence sacrée, rendue à son rôle exclusivement religieux, avait à faire pour se débarrasser des vices de forme et de fond enracinés chez elle depuis si longtemps.

Pierre de Besse offre le type achevé de F orateur rempli d'imagination, de savoir et de mauvais goût. Laissons-le se faire connaître lui-même par ses œuvres.

Voici l'analyse d'un sermon sur l'Ascension, pris dans ses Conceptions théologiques sur les principales fêtes de Vannée *.

Après avoir comparé Jésus-Christ à l'arche de Noé, puisqu'il flotta lui aussi « l'espace de quarante heures sur les vagues d'une passion, vrai déluge de douleurs, » l'orateur compare l'entrée du Sauveur dans le ciel empyrée aux triomphes des empereurs

\ Voir sur Pierre de Besse les Mémoires historiques et philosophiques de Michault, t, I, p. 274.

romains ; ensuite il raconte les merveilles de chaque grand événement de sa vie, il décrit les différentes figures par lesquelles le désignent les livres p( saints, et s'arrête à l'aigle, « aigle qui pousse I aujourd'hui son vol si haut, qu'elle passe au-delà des nues, traverse les cieux et va se nicher à la dextre du Tout-Puissant ; ainsi l'avait prédit Job : Elevabitur aquila et in arduis ponet nidum suum. »

Le char sur lequel Jésus-Christ a fait son ascension était tiré par les anges, tandis que « les païens aveuglés en leurs idolâtries croyaient que leurs dieux étaient traînés par divers animaux, comme celui de Saturne par des serpents, celui de Bacchus par des tigres, celui de Neptune par des dauphins, celui du Soleil par des chevaux et celui de Vénus par des colombes. »

En quel jour le Sauveur est-il monté au ciel? Ce n'est pas chose assurée. L'orateur émet divers sentiments, mais se range parmi ceux qui croient que ce fut un jeudi, « et il y a bien plus apparence, car la tropoîogique et anagogique cause est qu'il était raisonnable, ou à tout au moins bien séant que les pêcheurs des hommes fussent envoyés au peuple au même jour que les poissons avaient été produits des eaux. Or ce fut au jeudi premier du monde, que ces

citadins écaillés reçurent avec l'être la possession de leur Neptune. 11 fallait bien aussi que cette grande aigle volât au même jour que tout le train des oiseaux avait commencé à voler, et ce fut à un jeudi que tous ces volatilles se saisirent de Pair et étendirent leurs ailes. »

Il rappelle les rapprochements de Jésus-Christ avec les personnages de l'Ancien Testament qu'ont faits les Pères de l'Eglise : Saint Augustin, saint Jérôme, saint Grégoire, saint Bernard ; puis il en fait à son tour avec les personnages de l'histoire fabuleuse. aNotre Jésus-Christ a été un vrai Persée et un vrai Bellérophon, car ayant dompté de si grands; monstres comme sont les péchés et les diables, il a fait mourir la Méduse de la mort. » Bientôt après Jésus-Christ devient « le vrai Hercule du monde. »

Ensuite, Pierre de Besse le compare successivement et très-longuement au « petit bergerot David,» car il est descendu du ciel pour attaquer et combattre le grand Goliath des enfers ; au « petit Joseph,)) car il a été lui aussi accusé par «la paillarde synagogue, autre Putiphar; » il le compare encore à un vaisseau qui entrant au port encourage toute la flotte; à l'arche sainte qui guidait le peuple vers la terre de promission ; à un cerf, a lorsque les cerfs veulent

passer quelque bras de mer pour s'en aller aux îles, le plus fort, le plus courageux se jette à travers les eaux pour fendre les flots, résister aux vagues, et servir de guide et conducteur aux autres, le second s'appuie sur la croupe du premier, le troisième sur le second, et ainsi tous à la file passent à la faveur de ce premier, leur capitaine. 0 le brave trait pour mon propos ! Curieux, ce monde est une mer, les cieux sont des îles fortunées, nous sommes des cerfs timides, il était question de traverser cette mer du monde... Voilà notre Jésus-Christ comme le maître cerf et le plus fort qui ait paru au monde....... » ; il le compare encore à la panthère, « animal fort beau et moucheté de diverses couleurs, » car Jésus-Christ « est beau au possible et couvert de diverses couleurs, qui est Dieu et homme ; » enfin, à l'ambre, pierre merveilleuse, au dire des philosophes, qui a la propriété d'attirer la paille, les fétus et de leur faire perdre terre : « Jésus-Christ est une pierre, ainsi l'appelle saint Paul : Petra aulemarat Christus... mais une pierre d'ambre, et nous ne sommes que pailles et fétus... »

Au milieu de tant de choses disparates, constatons qu'on trouve çà et là quelques images saisissantes, des expressions originales, des traits à retenir, mais

comment aller chercher ces trop rares beautés sous cette pédante et risible érudition, comment les découvrir au milieu d'un tel fatras i ? On n'est vraiment pas payé de la peine ; Pierre de Besse est PEnnius de la prédication et il y a fort peu de perles dans son fumier.

Citons ce passage pris d'un sermon pour le jour de la Pentecôte. L'orateur parle des effets produits par l'Esprit- Saint dans l'âme des apôtres; il rencontre une très-belle comparaison : « Le potier ingénieux, après qu'il a moulé ses vases et donné toutes façons sur la roue de son métier, voyant qu'ils sont sujets à rompre et à se casser aisément au premier

1 Veut-on voir jusqu'où pouvait aller l'abus des métaphores, l'entassement des images poussé jusqu'aux dernières limites du mauvais ? Qu'on en juge par le début de cette dédicace des Conceptiuns théologiques sur les quatre fins de l'homme, au cardinal de Retz.

« Voulant donner voile à un Avent du port de votre diocèse, sur un océan de conceptions nouvelles, pour côtoyer tout ce royaume, et de là voir les dernières îles, les climats les plus reculés et les frontières étranges ; pour assurer cette navigation et voguer sans bris et sans naufrage, on m'a donné pour avis de vous choisir pour pilote du navire, d'arborer son mât et sa hune du champ de \os armoiries, et graver sur sa proue pour sau vegarde le très-illustre nom du premier évêque des Gaules »

heurt qui leur fera rencontre, pour les endurcir mieux et rassurer davantage, il a accoutumé de les jeter au feu et faire passer par la fournaise. Jésus- Christ, ce grand maître potier du monde, ainsi appelé par Job, en qualité de Dieu , Manus tuœ fecerunt me, et plasmaverunt me totum in circuitu... ayant pétri et moulé ses apôtres comme douze beaux vases d'honneur, et leur ayant dcnné beaucoup'de façons par ses prédications et remontrances, et considérant qu'ils étaient si fragiles, qu'au moindre heurt et premier rencontre, venant tomber à terre ils se cassaient et mettaient en pièces, pour les endurcir tout-à-fait, mettre hors de ces dangers, les confirmer en grâce et rendre du tout imprenables, il se résolut de les faire passer par le feu, et aujourd'hui, envoyant le Saint- Esprit, les jette en cette fournaise, et dorénavant vous ne verrez rien de si solide, de si fort, ni qui ait plus de courage. Ceux qui tremblaient auparavant devant les simples femmelettes, ci- après se moqueront des Nérons et des Césars, et dresseront leur crucifix au milieu de leur Capitole !. »

Ce qui suit, pris du même sermon, ne vaut rien,

1 Conceptions théologiques sur les principales fêtes de l'année, pag. 63.

bien que Fauteur l'ait désigné à l'attention du lecteur par l'enseigne de « belle similitude, » placée à la marge. Rapportons-le cependant, on en connaîtra mieux Pierre de Besse.

« Quand les canons, artilleries et pièces de batterie ne sont pas chargés et que le feu n'y est pas encore, bien qu'ils soient braqués de la main du maître canonnier, on ne s'en soucie point, les femmes et petits enfants les manient, mais sitôt que le feu y est mis, ils font un si grand bruit, et donnent de tels coups, que petits et grands en tremblent, et tout le monde en est alarmé. Les apôtres furent douze grands canons et pièces de batterie, destinés, de la part du Tout- Puissant, pour battre en ruine et canonner tout l'univers, et bien qu'ils fussent déjà chargés de grâces et bénédictions, et braqués de la main de leur grandmaître, parce que le feun'y était pas encore, on les tournait comme on voulait, personne ne les craignait; mais aujourd'hui que ce feu divin leur est appliqué, ils causeront de tels tonnerres et feront de telles brèches, qu'ils étonneront tout le monde »

Valladier eut autant de succès et presque autant de mauvais goût que Pierre de Besse. Son caractère

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et sa vie apparaissent sous un jour différent, suivant les documents que l'on consulte 1. Ce qu'il y a de certain, c'est que son existence fut très tourmentée. Il eut pour défenseur le P. Coton, et pour protecteur le roi. Entré à vingt-un ans chez les Jésuites, il fut envoyé malgré lui en diverses résidences. Le Père général Aquaviva n'ayant pu ou voulu faire droit à une de ses demandes, le Pape Paul V l'engagea à quitter la compagnie. Henri IV, lorsqu'il tomba sous le couteau de Ravaillac, venait de le désigner pour l'évêché deToul. Alors les religieux de Saint-Arnoul, de Metz, grâce à l'influence du cardinal de Givry, l'élurent pour leur abbé, et dans cette nouvelle position il eut encore de grands ennuis, soit avec ses subordonnés, soit avec les magistrats de la cité. Mais partout et toujours il se montra écrivain et prédicateur infatigable. 11 se consolait de ses chagrins

1 La Biographie universelle ne contient pas la vie de Valladier ; la Bibliotheca script, soc. Jesu ne mentionne de lui que ce qu'il fit avant de quitter la compagnie : « Andréas Valladerius natione Gallus, patria Foresiensis, in diœcesi lugdunensi adm issus in societatem anno Domini 1586, œtatis 21, rhetoricam et humaniores litteras septennis in ea docuit et aliquot annis concionanatorem egit.

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