‹ De la predication sous Henri IVChapitre 3 sur 35 · RÉFORME POÉTIQUE · texte numérisé non relu

RÉFORME POÉTIQUE

celui qu'il croyait son maître '. L'autre comprenant sa mission et raisonnant son dessein, esprit raide et dédaigneux, tout d'une pièce, régulateur plus que créateur, ayant plus de goût que d'imagination, à défaut de verve doué d'un zèle opiniâtre, brusque de caractère, armé de l'énergie indispensable à tout homme qui veut imposer de nouvelles lois, passe en revue tous les mots de notre langue, accepte ceux qui sont dans son génie, donne des lettres de naturalisation à quelques autres venus de loin, mais agréés par l'usage; et sans pitié, sans ménagement, inflexible dans ses décrets, condamne à l'exil perpétuel tous ceux qui sans raison voulaient devenir Français. Grâce à lui, la crise de la langue française est passée. Les mots grecs et latins ne la défigureront plus ; elle ne risquera pas de voir altérer ses vertus propres et ses grâces natives sous l'influence italienne ou gasconne. La poésie possède dans un tour net et précis sa forme naturelle et définitive. Elle saura désormais être noble sans emphase, gracieuse sans fadeur.

Le farouche d'Aubigné, ce guerrier théologien et

1 Saint-Marc Girardin, Tableau de la littérature française au XVI* siècle, p. 82.

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