‹ De la predication sous Henri IVChapitre 32 sur 35 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Saint François de Sales orateur. — Ses sermons. — Oraison funèbre du duc de Mercœur. — Entretiens spirituels. — Traité de la 'prédication.

Nous voilà en présence d'une grande et séduisante figure ; quel que soit toutefois son attrait, et si vif que soit le désir d'en essayer, ne fût-ce qu'une esquisse, il faut se borner et ne point oublier la thèse que nous développons, le but où nous tendons. François de Sales, d'ailleurs, a été bien des fois étudié, et sous tous ses aspects; on a depuis longtemps dépeint ses grandes vertus morales et son aimable génie ; on a, tour à tour, loué en lui le doux et saint évêque, le pénétrant moraliste et aussi l'écrivain plein de charme et d'originalité. Nous ne considérerons en lui que l'orateur, recherchant s'il a

Us

été et en quoi il a été utile au progrès de la prédication >

Pendant trente ans, François de Sales fut un prédicateur infatigable. Rien ne le détourna de ce qu'il regardait comme la partie la plus importante de son ministère sacré. Les institutions qu'il fonda, les œuvres qu'il établit, les conversions qu'il opéra, tout ce qu'il fit obtint le secours de sa parole. A peine engagé dans les ordres, il se mit en campagne pour arrêter les progrès du protestantisme dans la Savoie. Bientôt la réputation de son talent et le bruit de ses succès se répandit au loin, et toutes les chaires se le disputèrent.

François de Sales était venu à Paris demander à Henri IV qu'on appliquât au pays de Gex les dispositions en vigueur dans toute la France, c'est-à-dire, pour les catholiques, en vertu de l'édit de Nantes, le libre exercice de leur culte i ; comme l'affaire traînait en longueur, la duchessse de Longueville, chargée par la reine de pourvoir à la chaire de la chapelle royale, lui proposa de prêcher le carême à la

\ Le pays de Gex, bien que faisant partie du territoire français, dépendait du diocèse de Genève. Les Genevois, par une infraction au traité de Nyon, avaient entravé la libarté religieuse de ce pays.

cour. La chapelle ne put bienlôt plus contenir les auditeurs émerveillés de cette éloquence pleine d'onction et de dignité, si nouvelle pour eux. Cette parole a la fois douce et incisive, ces discours remplis de traits d'une sensibilité exquise et d'accents énergiques, relevés en même temps par la haute idée qu'on avait de la vie de l'orateur, attiraient les esprits les plus distingués et déterminèrent plusieurs hérétiques |à revenir à la religion de leurs ancêtres '.

Henri IV avait passé tout le temps du carême à Fontainebleau; il n'avait pu entendre François de Sales. Mais après Pâques, l'évêque de Genève voulant hâter l'affaire qui l'avait amené à Paris vint trouver le roi, qui, désireux de l'entendre, l'invita à prêcher dans la chapelle du château. Henri IV le trouva encore au-dessus de sa renommée, et dès lors résolut de l'attirer en France 2. Sa science, sa vertu,

1 Vie de saint François de Sales, par M. Hamon, t. I, liv. III.

2 II le sollicita plusieurs fois, mais en vain, de rester en France, lui promettant de riches bénéfices. « Demeurez avec moi, lui dit-il un jour, je vous procurerai une position meilleure que celle que vous avez dans les Etats du duc de Savoie. — Sire, répondit François, je suis marié, j'ai épousé une pauvre femme, je ne puis la quitter pour une plus riche. »

En 1608, Henri IV fit une nouvelle tentative, sans plus de résultat. L'archevêché de Paris ne put tenter François, ni lui faire abandonner son modesle Annecy.

ses talents, sa douceur, le lui faisaient considérer comme l'homme le mieux fait pour extirper l'hérésie et établir solidement la religion catholique. Il voulait demander au Pape de l'envoyer en Angleterre pour travailler à la conversion du roi Jacques.

Qu'était donc cet orateur qui faisait l'admiration, non seulement des foules, si souvent enthousiastes sans raison, mais des meilleurs juges et des esprits les plus délicats?

François de Sales, avec son auréole de douceur et d'amabilité, paraît à tous ceux qui n'ont fait que l'effleurer avoir été surtout un génie facile, laissant couler de source les dons heureux dont il était comblé, ennemi d'ailleurs d'un effort obstiné. On n'est pas peu surpris quand on connaît la profondeur de son savoir l, la variété de ses connaissances et sa persévérance au travail 2. Aussi, dans ses luttes avec

1 Le cardinal du Perron et le cardinal de Bérulle le considéraient comme le plus savant théologien de son temps. Vie de saint François de Sales, par M. Hamon, t. II, p. 30.

2 Un seul fait attestera de quelle manière il travaillait et comment il se préparait à faire un livre. Il avouait à l'évêque de Belley que quatorze lignes de son Traité de l'amour de Dieu lui avaient demandé la lecture de douze cents pages in-folio. Esprit de saint François de Sales, \\b partie, XV.

les dissidents, il se montra prêt au combat sur tous les terrains et toujours à la hauteur des circonstances. Il étonnait par la précision et l'imprévu de ses réponses. Car il avait sa manière à lui dans la controverse. Au lieu de puiser ses arguments dans l'arsenal des écoles, il s'empara du procédé qui avait si bien réussi à ses adversaires. Il allait, comme eux, résolument au fait, raisonnant avec liberté, sans raisonner d'après les Docteurs, ni surtout d'après la lente et embarrassante méthode de ses prédécesseurs, se gardant bien de faire étalage de sa vaste érudition, et la seule Bible à la main s'adressant de prime-abord à l'intelligence de l'auditoire. Dans l'ardeur de la jeunesse, il montait hardiment et vite à l'assaut ; parfois même sa véhémente dialectique , comme celle de ses antagonistes, n'était pas exempte d'âpreté '.

Malgré ses succès, il renonça bientôt à traiter des sujets de controverse en chaire, et comprit qu'il valait mieux ne pas faire dégénérer la prédication en discussion ; — la prédication étant, à son avis, plutôt établie pour édifier que pour démolir. Sa méthode,

4 Sayoue, Histoire de la littérature française à l'étranger, au XVI I* siècle, t. I, p. 15.

soit dans les sermons, soit dans les conférences particulières avec les protestants, fat d'exposer avec sa clarté 1 et son habileté ordinaires les enseignements de la foi ; il pensait que la vérité, <cen sa simplicité toute naïve, avait des grâces et des attraits capables de se faire aimer par les âmes les plus rebelles 2. » Dans la controverse il ne fut plus un argumentateur jaloux de la victoire, mais un père plein du désir de ramener ses enfants égarés 3. Cette méthode lui valut encore plus de triomphes. Avec le seul secours de sa piété affectueuse, il ramenait plus d'âmes qu'avec toute sa science théologique et son habileté de controversiste. 4 « J'ai toujours cru , disait-il, que qui prêche avec amour, prêche assez

1 II exposait avec clarté les points les plus difficiles de la théologie, et faisait comprendre aux plus humbles esprits les choses les plus abstraites. Vie de saint François de Sales, par Charles- Aug. de Sales, p. 493.

2 Esprit de saint François de Sales, XIVe partie, IV.

3 «J'aime la prédication qui ressent plus l'amour du prochain que l'indignation, voire même des huguenots, qu'il faut traiter avec grande compassion, non pas les flattant, mais les déplorant^ » Lettre à l'archevêque de Bourges, Sur la vraie manière de prêcher .

4 Du Perron avait longtemps mais inutilement travaillé à la conversion de la famille de Raconis. François de Sales fut plus heureux. Henri IV parlait un jour avec l'évêque d'Evreux de cette victoire si bien et si tôt remportée : « Peu s'en est fallu ,

S. FRANÇOIS DE SALES. u217

contre les hérétiques, quoiqu'il ne dise pas un mot de dispute contre eux. « »

A la science puisée dans les livres et acquise par de longues études , François de Sales joignait une autre science que les livres n'enseignent pas et non moins indispensable à l'orateur : la connaissance du cœur humain. Sans elle la rhétorique est impuissante à faire un homme éloquent. C'est elle, qui lui donna cette force d'insinuation à laquelle on ne savait pas se soustraire , et ce tact exquis qui lui faisait voir aussitôt où il devait porter ses efforts, où il devait frapper pour convaincre et émouvoir. Grand praticien dans la « science des âmes qu'une infusion première et l'observation de chaque jour lui avaient enseignée 2 », nul mieux que lui ne vit les mille nuances des sentiments les plus délicats et ne connut les incessantes fluctuations de noire nature, nul ne pénétra plus avant dans les insondables replis du cœur humain. Doué d'une extrême finesse psycholo-

Isire, dit du Perron, qu'à cette nouvelle je n'aie jeté a* feu tous mes livres de controverse pour m'appliquer uniquement à imiter sa douceur et ses vertus, qui gagnent tous les cœurs. •» Vie de saint François de Sales, par Charles-Auguste de Sales, p. 264.

1 Lettre CLXXXIVe.

2 Sainte-Beuve, Port-Royal, t. I, p. 218.

gique , il était des plus habiles à découvrir tous les calculs, toutes les manœuvres, toutes les ruses de nos passions, et les divers mobiles qui nous font agir !.

Cette science pratique de l'âme exprimée dans un langage clair, gracieux, abondant et coloré, est un des caractères dominants de l'éloquence de saint François de Sales. Il a pour cette analyse des choses les plus intimes et les plus « ondoyantes, » une langue originale et qui se prête à toutes les variations du sujet; pour peindre ce qui est la mobilité même, il trouve des couleurs aux reflets les plus variés. Pour reproduire la nature morale, il emprunte ses tableaux à la nature physique L'homme qui fut sa grande étude, il semble ne le voir qu'à travers ce qui l'entoure 2. Toutes les merveilles de la création sont des sujets de comparaison qui lui servent à mieux faire comprendre ce qu'est la plus merveilleuse et la plus incompréhensible des créatures.

! « Cette science pratique de lame, cette sagesse qui tient dans sa main tous les secrets du cœur, n'était sans doute pas chose nouvelle dans l'Eglise, mais c'était chose fort inconnue dans la littérature. » Demogeot, Tableau de la littérature française au XVIIe siècle, avant Corneille et Descartes, p 30.

2 « Il a aimé, senti, compris les symboles de la nature, comme personne en son temps. » Sainte-BeuTe, Port- Royal, t"l, p 219.

Son langage est souple, délié comme sa pensée. Il n'a point l'ampleur cicéronienne que plusieurs voulaient mettre en honneur. Il ne veut point enfler son style de paroles pompeuses, ni surcharger « ses conceptions d'une éloquence altière et empanachée. ' » Il n'a pas les grands mouvements, l'ordre habile 2, l'énergie croissante ; rien de ce qui produit la force oratoire n'était son fait 3. Sa pente est vers Montaigne. Il en a la grâce et la délicatesse. Sa marche est légère et dégagée. Sa phrase d'une lumineuse clarté va au sens, sinon par le plus court, clu moins par le plus agréable chemin \ son expression est pittoresque , son vocabulaire abondant et varié. Le tour de son esprit est fin , enjoué, d'une douce gaieté, plein de ressort et de saillie. 4

Mais il n'a pas le goût aussi ferme et aussi sûr que Montaigne ; il ne sait pas comme lui éviter

■1 Traité de l'amour de Dieu, préface.

"2 II allait « sans trop de système, ni de rigueur de méthode, mais à travers, par effusion et surabondamment. Il avait son ordre secret pourtant. » Sainte-Beuve, Port-Roy il, p. 249.

3 Sayous, Hist. de la littérature française à l'étranger au XVII* siècle, 1. 1, p. 37.

4 « Il y a une certaine gaieté, un certain vermeil riant dans tout ce qu'il pense et ce qu'il écîrÇ" jusques dans les moindres choses un agrément salutaire. » Port-Royal, p. 239.

l'excès de l'ornement. La sobriété lui fait quelquefois défaut. Tout chez lui « festonne et fleuronne. * » Il se complaît trop aux grâces inévitables qui tombent de sa plume. Il prodigue ses images et pousse souvent jusqu'à l'abus ses comparaisons ingénieuses. L'amour du joli dans la description , le conduit au détail minutieux et enfantin. Bien qu'il pensât et qu'il dît « qu'il ne faut ni blanc ni vermillon sur les joues d'une chose , telle que la théologie, 2 » et que le plus souvent il cueille au champ voisin beaucoup de ses ornements, parfois il lui arrive de la farder quelque peu. Son horreur du pédantisme, son éloignement pour le faux n'ont pu lui faire éviter ni le raffinement de la pensée, ni les jeux d'une imagination quelque peu intempérante.

Du reste, c'était peut-être par ces légers défauts qu'il plaisait à plusieurs de ses auditeurs. Mais il plaisait à tous surtout par ses qualités morales. C'était par

1 II le reconnaît lui-même, il confesse ces surcroissances, il avoue que parfois il aurait besoin d'être émonclé. « La Nature même, dit-il pour se justifier, qui est une si sage ouvrière, projetant la production des raisins, produit quant et quant, comme par une prudente inadvertance, tant de feuilles et de pampres, qu'il y a peu de vignes qui n'aient besoin en leur saison d être effeuillées et ébourgeonnces. » Traité de l'amour de Dieu, préface.

2 Esprit de saint François de Sales, IIe partie, XV.

la bonté et la beauté de son âme qu'il louchait Pâme de tous ceux qui venaient l'entendre. Sa sainteté prédisposait les esprits à lui accorder créance, et prêtait un charme invincible à ses discours, en les éclairant de sa douce et vive lumière. Il avait bientôt conquis l'affection et la confiance de son auditoire. Sa présence faisait seule la moitié de la persuasion. Il suffisait de l'entendre en chaire pour être touché ; le voir inspirait la vertu, en donnait l'amour. Son cœur parlait par ses yeux, et ses discours les plus simples avaient une grâce persuasive que la rhétorique n'enseigne pas. C'était Tépanchement suave d'un cœur plein de Dieu. On ne pouvait résister au charme de sa parole \ il s'insinuait dans l'âme sans secousse , y réveillait les sentiments les plus tendres, en gagnait et soumettait toutes les puissances. '

•1 « Quoiqu'il sût convaincre,, il savait bien mieux con-

vertir 11 n'est pas combien de brebis errantes il a ramenées

au troupeau : c'est que sa science, pleine d'onction, ne brillait que pour échauffer. Des traits de flamme sortaient de sa bouche, qui allaient pénétrer dans le fond des cœurs. Il savait que la chaleur entre bien plus avant que la lumière C'est cette bénigne chaleur qui donnait un efficace si extraordinaire à ses divines prédications, que dans un pays fort peuplé de son diocèse, où il n'y avait que cent catholiques quand il commença de prêcher, à peine y restait-il autant d'hérétiques quand il eut répandu cette lumière

Saint François de Sales doit-il être compté au nombre des réformateurs de l'éloquence sacrée? Si le succès pouvait donner cette gloire, qui pourrait la lui contester ? Tous les témoins et tous les historiens de sa vie sont unanimes pour raconter l'empressement des populations autour de sa chaire et les triomphes de sa parole. Mais le succès n'est pas toujours une preuve irrécusable du bon goût et du bon sens d'un orateur. Pierre de Besse aussi etValladier eurent de grands succès, Camus dont nous parlerons tout à l'heure vit aussi, tant qu'il prêcha, de nombreux auditeurs à ses sermonsj et toutefois nous sommes loin de les considérer comme des orateurs utiles aux progrès de la prédication. Cherchons donc, en dehors du témoignage et de l'enthousiasme des contemporains, comment François de Sales concourut à la transformation de l'éloquence évangélique, et comment il fut de ceux qui, par leurs exemples et

ardente de l'Evangile. » Bossuet, Panégyrique de saint François de Sales.

Le cardinal du Perron disait : « Dieu a donné à Monsieur de Genève la clef des cœurs. S'il ne s'agit que de convaincre, amenezmoi tous les hérétiques, je me fais fort d'y résister; mais s'il faut les convertir, menez- les à Monsieur de Genève » Vie de saint François de Sales, par Charles-Auguste de Sales, p. 264.

IS. FRANÇOIS Dli SALES. 223

ours conseils, la ramenèrent à ses plus pures traînions.

Comme on Ta très-bien remarqué, « c'était à la ondition d'un travail double, en quelque sorte, d'un double progrès intellectuel et moral, littéraire et religieux que la réforme de l'éloquence sacrée pouvait enfin s'accomplir au xvne siècle. » En effet, « où l'entière adhésion de Târne aux leçons que la bouche répète, où l'intime harmonie et pour ainsi dire l'étroite solidarité des sentiments avec les doctrines, des mœurs avec la parole, est-elle plus nécessaire que dans la chaire de vérité 1 ? » Or, qui mieux que François de Sales, avec l'ascendant de son génie et de sa vertu, pouvait contribuer à la rénovation de cet art depuis si longtemps en souffrance, mais à la veille d'un épanouissement sans exemple. Si l'homme vraiment orateur est le vir bonus dicendi peritus, que dirons-nous de l'homme qui porte le dévoûment jusqu'à la sainteté, et qui est en même temps doué pour parler aux autres de facultés exquises, goûtant le beau, pénétré du sentiment de l'art à un degré éminent. De l'aveu de tous, François de Sales a été, pour \

1 Jacquinet, Des prédicateurs du XVIIe siècle, avant Bossuct, p. 107.

les prédicateurs de son temps, un exemple digne d la plus haute admiration par son zèle, son désinté ressèment, ses vues élevées; enfin, par tout ce qu-j Ton est convenu d'appeler les mœurs de l'orateur | Etudions ce qu'il a été dans ses œuvres oratoire; elles-mêmes.

On ne peut appuyer aucun raisonnement sur l'ensemble des discours qui nous ont été transmis. Dam les deux volumes qui contiennent ses sermons, il y er.l a fort peu d'authentiques1. A part un sermon sur le Pentecôte 2, un sermon pour le jour de saint Pierre3, un sermon sur l'Assomption 4, l'oraison funèbre du duc deMercœur, et vingt-deux ou vingt-trois abrégés

1 Les sermons qui parurent pour la première fois en 1641, n'étaient que la reproduction des notes recueillies par les religieu ses de la Visitation d'Annecy. Mais ces notes, avant d'êlre imprimées, avaient été retouchées et très- modifiées par deSyllery (le frère du grand chancelier de Henri IV). Madame de Chantai les trouvant trop altérées, provoqua des corrections et désira faire une seconde édition. Madame de Chantai mourut sur ces entrefaites, et l'édition des sermons donnée en 1643 fut encore plus infidèle que la première.

2 Ce fut son premier sermon. Il a été imprimé sur l'original, écrit de sa main.

3 Ecrit aussi de la main de François de Sales.

4 Prononcé, en 1602, à8aint-Jean-en-Grève de Paris. Celte église possède encore l'original, conservé dans un cadre' de \ermeil.

de sermons, en partie écrits en latin, le reste ne doit à peu près inspirer aucune confiance. Mais ces quatre discours, à défaut d'autres preuves, suffiraient pour montrer ce que doit l'éloquence sacrée à François de Sales.

Par un procédé facile, il est vrai, mais aussi fort peu concluant, Fauteur des Prédicateurs avant Bossuet, afin de prouver que rien n'a été fait sous le règne de Henri IV pour la réforme de la chaire, que le xvne siècle naissant trouva l'éloquence religieuse déformée et gâtée plus qu'elle ne l'avait jamais été, et que l'historien de la prédication se trouve en présence d'une décadence arrivée à son dernier terme, analyse un sermon ridicule de Pierre de Besse, prêché à Paris en 1 602. Si tous les sermons prêches en \ 602 étaient semblables à celui-là , M. Jacquinet aurait entièrement raison. Mais ne pourrait-on pas fournir une preuve toute contraire, en analysant aussi des œuvres oratoires estimables prêchées à Paris dix ans auparavant» et affirmer avec autant de raison que la réforme était alors accomplie. Comme aussi des sermons qui ne valaient guère mieux que ceux de Pierre de Besse, prêches du temps de Bossuet, en 1650, ne démontreraient-ils pas que la réforme n'était point encore opérée à cette époque.

Le sermon sur la Pentecôte, que nous avons ck François de Sales, a été prêché au plus tard en 1 592, ou 1593 *. C'était son premier sermon. Avait-i entendu, autour de lui, prêcher de la sorte; ou d'instinct, par un effet de son bon sens et de son génie, en débutant mettait-il le pied dans la véritable voie \ nous l'ignorons. Toujours est-il que ce discours est. nous ne disons pas une œuvre de génie, mais un modèle de bonne prédication. Nous ne l'analyserons pas; un résumé n'en saurait indiquer le ton général. Mais, qu'on le considère en lui-même, et à plus forte raison, qu'on le compare à la plupart des productions analogues de la même époque, on est forcé de reconnaître que, dès Henri IV, la véritable manière de prêcher était trouvée.

Le critique qui, dans son travail sur les Prédicateurs avant Bossuet, admet comme idée fondamentale et point de départ, qu'il faut attribuer la gloire entière dans la rénovation de la parole évangélique au règne de Louis XIII, use à l'égard de François de Sales de la même méthode qu'à l'égard de du Perron, de Goeffeteau, de Gospéan et de tous les orateurs qui

1 François de Sales le prononça avant d'être prêtre. Il fut ordonné prêtre en 1J>&2L

pouvaient contrarier les conclusions de sa thèse l. Il apporte pour preuve un fait particulier, et en tire une; conclusion générale; il cite quelques traits de mau-' vais goût, inévitables à toute époque de tâtonnement, et s'en autorise pour déclarer mauvaise l'œuvre tout^ entière. C'est ainsi qu'il procède pour ce qui nous reste d'authentique de l'œuvre oratoire de l'évêque de Genève.

Forcé, toutefois, de reconnaître que François de Sales, écrivain de génie, a eu une grande et salutaire influence sur les esprits de son temps, il avoue sa supériorité dans tous les genres d'écrits qu'il a laissés, mais il en excepte les sermons. « Si l'on a pu, dit-il, signaler chez lui, parmi les beautés les plus franches et dans ce naturel même qui le distingue, une veine de subtilité et de faux goût, s'il a été accusé d'avoir, lui aussi, plus d'une fois sacrifié littérairement à la mode, c'est par les sermons surtout qu'il a pu prêter à ces reproches. » Dans les autres écrits religieux où il a été si remarquable, il pouvait suivre, sans obstacle et sans ^ène^ l'impulsion de son heureux génie, rien ne l'empêchait d'être lui-même. « Dans le sermon, au contraire, il trouvait une voie

\ V. Dm prédicateurs du XV IIe siècle, avant Bossuet, p. 64, 71.

tracée, des procédés en vigueur, des formes autorisées par l'usage, consacrées par le succès ; il trouvait un genre établi et régnant despotiquement dont il était bien difficile, même au bon sens et au génie, de s'affranchir du premier coup, quelles qu'en fussent les imperfections, les étrangetés !. »

Et cependant, au début de sa carrière apostolique, François de Sales, nous l'avons dit, sort de la voie tracée et se met en dehors des formes à la mode, consacrées par le succès. En 1602, il prononçait, dans l'église de Notre-Dame de Paris, sur les instances de la princesse Marie de Luxembourg, l'oraison funèbre de son époux Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur 2. Qu'en la lisant on tienne

1 Des prédicateurs duXVHQ siècle, avant Bossuet, p. 77.

Le père de François de Sales trouvait au contraire qu'il s'affranchissait trop « du genre établi et régnant despotiquement ; » il lui en faisait même des reproches. Se plaignant de ce que François de Sales prêchait trop souvent, il lui disait : « De mon temps, les prédications étaient Lien plus rares; mais aussi quelles prédications ! Dieu le sait ; elles étaient doctes, bien étudiées ; on disait des merveilles ; on alléguait plus de latin et de grec en une que tu ne fais en dix. »

Esprit de saint François de Sales, IIIe partie, V.

2 « On célébra, l'an 1G0 2, à Paris, où j'étais, les obsèques de ce magnanime prince Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur Madame Marie de Luxembourg, sa veuve, me

compte do Tannée où elle a été prononcée, et Ton jugera si dans l'oraison funèbre, comme dans le sermon, François de Sales ne sut pas s'affranchir des procédés en vigueur.

De tous les défauts, alors si communs, qui défiguraient si étrangement la prédication chrétienne : du vain étalage du savoir, du pédantisme de la dialectique, du bel esprit intempérant, de toutes les profanes bagatelles, de l'interprétation raffinée de l'Ecriture-Sainte, de l'humeur satirique et frondeuse, des familiarités inconvenantes, de l'ingérence dans la politique, du jargon emphatique, de la phrase ambitieuse, pleine de prétention et d'embarras, que retrouve-t-on de tout cela dans l'oraison funèbre du duc de Mercœur ?

Quelle belle occasion pour un orateur, venu précisément à Paris traiter d'affaires politiques, d'avoir à prononcer l'oraison funèbre d'un des chefs les plus célèbres et les plus tenaces de la Ligue, qui si longtemps avait refusé de faire la paix avec Henri IV, le dernier enfin qui eût déposé les armes. Que d'al-

choisit pour faire la harangue funèbre je la iis volontiers

imprimer.... A même que l'on imprimait cette oraison, j'appris que j'avais été fait évoque.... » Préface du Traité de l'amour de Dieu.

lusions il eût pu faire ! Quelle heureuse circonstance pour se mêler à ces malheureuses disputes, et porter son jugement sur des événements dont on ressentait encore le contre-coup. François de Sales, qui bientôt ne devait plus même oser porter dans la chaire de vérité les sujets d'une controverse trop irritante, se garde bien davantage d'y porter des souvenirs dangereux, et de faire entendre en face des autels des paroles qui ne seraient qu'un écho des passions de la terre '.

Ce n'est point seulement dans leurs égarements sur le terrain politique que François de Sales n'imitait pas les mauvais prédicateurs de son temps ; il ne les suivait pas davantage dans leurs travers littéraires. Le discours tout entier, dans la forme et pour les idées, présente un contraste frappant avec les discours prononcés alors du haut de la chaire chrétienne. Ce que nous affirmons de l'oraison funèbre du duc de Mercœur, nous l'affirmons non moins des

1 II s'excusait ainsi auprès de Marie de Luxembourg, d'avoir passé sous silence certains faits dont la prudence ne lui permettait pas de parler : « La plus belle partie, lui écrivait-il, aurait raison de se plaindre d'avoir été omise; mais ne devant dire que ce qui convenait au temps, au lieu, aux auditeurs, j'ai dû laisser a l'histoire de suppléer à mon défaut. » Lettre XXXllR

trois sermons authentiques qui nous sont parvenus. Et cependant, ces compositions ne peuvent nous montrer ce qu'était François de Sales orateur. 11 n'était pas fait pour cette éloquence préparée, écrite, étudiée, récitée. Comme Saint-Augustin, celui des Pères de l'Eglise avec lequel il a le plus d'affinité, comme Fénelon, celui des grands génies du siècle de Louis XIV qui prendra le plus de sa ressemblance, François de Sales était surtout un orateur de premier élan, tout d'eftusion, laissant couler de son cœur ce qu'il renfermait de sentiments affectueux et de pensées délicates. Après avoir choisi son sujet, il cherchait les principales idées, en préparait la suite, traçait les grandes lignes, rassemblait les textes de l'Ecriture qui fortifiaient son discours, puis parlait d'abondance, se laissant doucement aller au courant de sa facile et aimable élocution. Nous n'avons pas ses sermons, parce qu'il ne les a jamais écrits 1.

1 II lui eut été impossible d'écrire tous ses discours. Il prêchait trop souvent. Ses biographes racontent que lors de son premier voyage à Paris (1602), il prêcha pour le moins cent fois, pendant les six mois qu'il y resta. Lorsqu'il y revint (1618, 1619), non seulement il prêcha à Saint-André-des-Arts, l'Aventet le Carême, mais encore partout où on l'invita. Quelques personnes ayant eu la curiosité de compter le nombre de ses prédications, il fut constaté (pie durant son séjour, qui fut environ d'une année, il était

Mais nous avons sous le litre d' Entretiens spirituels, les familières instructions qu'il adressait aux religieuses de la Visitation d'Annecy. Ces entretiens n'ont point été, il est vrai, écrits de la main de François de Sales, mais le soin particulier avec lequel ils furent recueillis et publiés par les religieuses, permet de les considérer comme une reproduction fidèle des paroles du pieux évêque 1. Les sujets traités ne conviennent pas à tous les lecteurs; ce n'était pas à un auditoire ordinaire que s'adressait François de Sales. Les âmes d'élite qu'il instruisait et reconfortait de sa douce et vivifiante parole, et qui

monté en chaire plus de trois cent soixante fois; du reste, sans jamais lasser son auditoire, et au milieu d'une telle affluence, qu'il lui arriva plus d'une fois, et notamment pour un panégyrique de saint Louis et pour la fête de saint Martin, dans l'église des prêtres de l'Oratoire, de ne pouvoir entrer que par la fenêtre et à l'aide d'une échelle.

\ Aucun éditeur n'a touché à la rédaction des religieuses de la Visitation,

« Voici les vrais entretiens que notre bienheureux Père nous a fait en divers temps et en diverses occasions ; nous les recueillions sincèrement et rédigions par écrit, après qu'il les avait achevé de faire, et comme nous en avions alors la mémoire toute fraîche, et que chacune de nos sœurs en rapportait une partie, nous tâchions, en assemblant toutes les pièces, de les ajuster le mieux qu'il nous était possible pour en former un corps.... ■> Avertissement placé par Us religieuses d'Annecy, en tète de l'édition de 1641.

s'étaient élevées au-dessus de bien des misères d'icibas, demandaient d'autres conseils et d'autres exhortations que les auditoires mondains. Il est donc difficile de juger par comparaison ces discours, où sont traités les sujets de la plus haute spiritualité, où sont enseignées les pratiques difficiles et délicates de la perfection chrétienne. Toutefois, en les parcourant, on voit aisément de quelle façon neuve, naturelle et digne, l'évêque de Genève parlait dans la chaire évangélique, et comment il réagissait contre le mauvais genre à la mode.

Soit qu'il montre à ces pieuses filles l'excellence de la modestie et de l'humilité, soit qu'il leur explique la confiance en Dieu et l'oubli de soi-même, soit qu'il leur enseigne la sublimité de l'obéissance et du renoncement, c'est toujours la même grâce aimable, sans vaine recherche, sans esprit affecté, sans ornement ambitieux. Rien n'est disproportionné dans ces causeries familières -, partout le sentiment exquis des nuances, un tact suprême pour saisir les affinités des personnes et des choses, une finesse d'analyse et une délicatesse de touche inimitables, un enlacement de mots enfin, et une variété d'images, qui donnent à sa parole un charme qu'on ne peut rendre.

Mais ce qui permet d'affirmer encore mieux la

salutaire influence de François de Sales dans la rénovation de l'éloquence sacrée, c'est sa lettre à l'archevêque de Bourges sur la vraie manière de prêcher !.

La question y est assez longuement étudiée pour que certains éditeurs lui aient donné le titre de Traité de la prédication.

On a mis au nombre des premiers réformateurs, le P. Caussin 2, dont les sermons sont certes loin de pouvoir être pris pour modèles3, parce qu'il a écrit en latin un petit traité d'éloquence sacrée 4, où, dans un langage empreint des défauts qu'il combat, il reproche, sur un ton un peu vif et assez déclamatoire, à ceux qu'il appelle les profanateurs de la chaire, la vaine parade de leur science, leur amour du faux et du fardé, leur soin puéril du style, leur recherche des succès profanes, leur oubli complet, en un mot, des

1 Ecrite, en 1604, à l'archevêque de Bourges, André Frémiot, frère de Madame de Chantai.

2 V. Des prédicateurs du XVIIe siècle, avant Bossuet, p. 204

3 V. Le Buisson ardent, figure de l'Incarnation, contenant \ingt quatre discours sur le mystère de l'A vent.

4 Eloquentiœ sacrœ et hurnanœ parallela. La Flèche, 1619. Gibert parle sévèrement de ce traité dans ses Jugements sur les

rhéteurs. Bayle se contente de le mentionner dans son Dictionnaire historique.

saines traditions et leur mépris des exemples des Pères.

La lettre de saint François de Sales, écrite plus simplement, traite le même sujet d'une manière plus méthodique et plus complète, avec une fermeté de raison, une pureté de goût et une précision, qui font de ce court opuscule un guide des plus sûrs pour les orateurs sacrés. Fénelon , dans ses Dialogues sur l'éloquence, pourra dire autrement, il ne dira ni mieux, ni plus juste.

Pour parler avec ordre , François de Sales considère : « qui doit prêcher, pour quelle fin Ton doit prêcher, ce que l'on doit prêcher , et la façon avec laquelle on doit prêcher. »

Nul ne doit prêcher qu'il n'ait une bonne vie, une bonne doctrine, une légitime mission. La fin du prédicateur est, « que les pécheurs morts en l'iniquité vivent à la justice, et que les justes qui ont la vie spirituelle l'aient encore plus abondamment. » Et pour arriver à cette fin, il faut qu'il fasse deux choses: « c'est enseigner et émouvoir... donner de la lumière à l'entendement et de la chaleur à la volonté. » Puis, il ajoute : « Je sais que plusieurs disent que, pour le troisième, le prédicateur doit délecter ; mais quant à moi, je distingue et dis qu'il y a une délectation qui

suit la doctrine et le mouvement Et pour cette

délectation, elle doit être procurée; mais elle n'est pas distincte de l'enseigner et émouvoir; c'en est une dépendance. Il y a une autre sorte de délectation, qui ne dépend pas de l'enseigner et émouvoir. C'est un certain chatouillement d'oreilles, qui provient d'une certaine élégance séculière, mondaine et profane de certaines curiosités, agencements de traits, de paroles , de mois, bref qui dépend entièrement de l'artifice : et quant à celle-ci, je nie fort et ferme qu'un prédicateur y doive penser ; il la faut laisser aux orateurs du monde, aux charlatans et courtisans qui s'y amusent. Ils ne prêchent pas Jésus Christ crucifié, mais ils se prêchent eux-mêmes '. »

Passant ensuite à ce que l'on doit prêcher, François de Sales recommande avant toute chose de s'inspirer de l'Ecriture sainte , d'aller puiser la doctrine dans les livres des Docteurs chrétiens, et d'alléguer

1 « C'est avoir de l'esprit que de plaire au peuple dans un sermon par un style fleuri, une morale enjouée, des figures réitérées, des traits brillants et de vives descriptions ; mais ce n'est point en avoir assez. Un meilleur esprit néglige ces ornements étrangers, indignes de servir l'Evangile ; il prêche simplement, fortement, chrétiennement. » Caractères de Lahrayère, de la Chaire. »

les exemples tirés de la vie des Saints. Quant aux histoires profanes, « elles sont bonnes, dit-il, mais il s'en faut servir comme l'on fait des champignons , fort peu, pour seulement réveiller l'appétit, et lors encore faut-il qu'elles soient bien apprêtées. » Mais , peut-on se servir « des fables des poètes? Oh! de celles-là point du tout, si ce n'est si peu et si à propos et avec tant de circonspection, comme contrepoison, que chacun voit qu'on n'en veut pas faire profession... Leurs vers sont utiles : les anciens les ont parfois employés, pour si dévots qu'ils fussent... saint Paul fut le premier à citer Aratus et Ménandre. Mais quant aux fables, je n'en ai jamais rencontré en pas un sermon des anciens, sauf une seule d'Ulysse et des Sirènes employée par saint Ambroise en un de ses sermons. C'est pourquoi je dis, ou du tout point, ou si peu que rien. » Mais que le prédicateur se garde bien « de raconter de faux miracles , des histoires ridicules, comme certaines visions tirées de certains auteurs de basse ligne , choses indécentes et qui puissent rendre notre ministère vitupérable et misérable. » Il conseille toutefois d'user « des histoires naturelles »; on sait en effet qu'il s'en servait beaucoup lui-même et souvent jusqu'à l'excès. Il enseigne ensuite comment il faut disposer la

matière ; et enfin traitant de la forme , « c'est ici , dit-il, où je désire plus de créance qu'ailleurs, parce que je ne suis pas de l'opinion commune , et que néanmoins ce que je dis , c'est la vérité même. La forme donne l'être et l'âme à la chose. Dites merveilles, mais ne les dites pas bien, ce n'est rien : dites peu et dites bien, c'est beaucoup. » Il faut se garder « des longues périodes des pédants, de leurs gestes,

de leurs mines et de leurs mouvements parler

affectionnement et dévotement , simplement et candidement , et avec confiance \ être bien épris de la doctrine qu'on enseigne et de ce qu'on persuade. Le souverain artifice est de n'avoir point d'artifice. Il faut que nos paroles soient enflammées non pas par des cris et actions démesurées, mais par l'affection intérieure ; il faut qu'elles sortent du cœur, plus que de la bouche. On a beau dire, mais le cœur parle au \ cœur, et la langue ne parle qu'aux oreilles. » Et il termine en énumérant les qualités que doivent avoir le langage et l'action du prédicateur.

Cette lettre écrite « à course de plume » est, on le voit, toute une rhétorique sacrée, où sauf peut-être les conseils touchant les similitudes à tirer « des histoires naturelles », les plus difficiles critiques ne sauraient trouver à reprendre. Voilà comment François

S. FRANÇOIS DE SALES. w239

de Sales voulait qu'on prêchât et comment il prêchait lui-même.

Nous pourrions arrêter ici la démonstration de notre thèse. Le Traité de la prédication de saint François de Sales est une preuve assez convaincante que, sousHenri IV, la vraie rhétorique sacrée était / '.- ± , retrouvée, et nous avons vu comment elle était pratiquée, même avant que François de Sales l'eût formulée. Mais la façon excentrique dont prêchait Camus, le r principal disciple de saint François de Sales , a pu accréditer l'idée qu'aucun changement ne s'était opéré dans la prédication au commencement du xvne siècle, puisque Camus appartient entièrement au règne de Louis XIII. Et comme Camus fut le disciple préféré de saint François de Sales, on a pu croire le maître complice des travers de l'élève. Continuons donc notre démonstration, et complétons-la par une étude rapide de quelques disciples de l'évèque de Genève.

1 Vers la fin de cette lettre, François de Sales s'exprime

ainsi : « J'ai écrit à course de plume, sans aucun soin, ni Je

paroles, ni d'artifice Je n'ai point ?ité les auteurs que j'ai

allégué en certains endroits; c'est que je suis aux champs ou je

ne les ai pas. Je me suis allégué moi-même: mais c'est, Monsieur,

parce que vous voulez mon opinion et non celle des autres ; et

quand je la pratique moi-même, pourquoi ne le dirais-je pas ? »

Page 1