CHAPITRE X
Disciples de saint François de Sales. — Camus. — Fenoillet : ses oraisons funèbres. — Molinier.
Deux prédicateurs célèbres, à la fin du règne de Henri IV, Camus et Fenoillet, eurent saint François de Sales pour ami et pour maître, mais ils profité rent bien inégalement de ses leçons. Le premier, aujourd'hui plus connu que le second, doit surtout sa renommée à l'originalité de son caractère et à | l'excentricité de ses talents. Sa vie irréprochable fut | toute entière consacrée au bien de son diocèse, mais il eut sa manière à lui de travailler au salut des / âmes et de procurer la gloire de Dieu. Plein de viva- / cité et d'imagination, il ne pouvait contenir sa verve / intempérante. Dans son zèle ardent et désintéressé, il poursuivait de dures et cruelles railleries ceux dont il blâmait la vie mondaine et relâchée. Il semble
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avoir retrouvé la verve gauloise ; ses saillies sont remplies de mordant et d'imprévu. Dans ses compositions se heurtent les souvenirs les plus bizarres et } les ornements les plus disparates. C'est un pêle-mêle surprenant de fantaisies naïves et d'humeurs folâtres. Son érudition l'embarrassait, sa mémoire le gênait. Manquant totalement de goût, il ne savait pas faire un choix. Il connaissait, du reste, à merveille ses défauts. Saint François de Sales se plaignait' un jour à lui de son peu de mémoire : « Plût à Dieu, lui dit Camus, que je pusse vous donner un peu de la mienne qui m'afflige souvent de sa facilité (car elle me remplit de tant d'idées que j'en suis suffoqué, en prêchant, et même en écrivant), et que j'eusse un peu de votre jugement; car de celui-ci, je vous avoue que j'en suis fort court '. »
Doué d'une facilité prodigieuse et d'une activité infatigable, il ne sut jamais, ni s'arrêter, ni se borner. Sa plume ou sa langue étaient toujours en mouvement. « La semaine du dimanche gras, dit-il luimême, je ne prêchai que six fois; la suivante, que quatre ; celle-ci, que cinq ; c'est ainsi que se passe le carême, confirmant çà et là une fois ou deux la
1 Niceron, Mémoires, t. XXXVI, p. 94.