‹ De la préservation du choléra épidémique et d'une hygiène spéciale applicable au traitement deChapitre 4 sur 6 · DU CHOIERA £P1D^M|Q · texte numérisé non relu

DU CHOIERA £P1D^M|Q

ment établie dans la science, et à laquelle il n'y a rien de véritablement sérieux à objecter. Mais que le choléra soit inévitablement précédé de la cholé^rine, comme raffirme Maclougblin^ c'est là une affirmation que nous ne saurions accepter : car nous avons observé quelques faits qui sont en contradiction avec cette affirmation abspluei et la clinique de cette maladie, je dis la clinique écrite^ la dément formellement. Il en est du toxique cholérique comme de tous Iqs toxiques; leur actipn sur l'organisme n'est pa3 rigoureusement proportionnelle à leur quantité; cette action se mesure également sur l'impressionnabilité, sur l'accessibilité des individus, qui varie dans des limites indéterminées. M. Rayer nous citait naguère l'exemple d'une jeune femme, que quelques gouttes de laudanum narcotisèrent complètement, quand, d'ordinaire, il faut des doses bien plus considérables pour produire cet effet Quoiqu'il en soit à cet égard, le choléra d'emblée, le choléra foudroyant, comme on l'appelle encore, tout réel qu'il est, est un fait exceptionnel; la règle, c'est le choléra progressif, dont la manifestation première la moins équivoque est la cholérine.

Maintenant^ dès que, d'une part, on eut reconnu cette sorte de loi, et que, de l'autre,, l'expérience eut surabondamment démontré combien sont pré-

caires les ressources de l'art \is-à-vis de la maladie parvenue à son point culminant, expression nonéquivoulue de la saturation de l'organisme par le poison épidémiquc, on mit à contribution toutes les ressources de la thérapeutique pour combatlre cette première période du mal, dans l'espoir d'en enrayer le développement Vomitifs, purgatifs, bismuth, cubèbe, eau chaude^ eau froide, opiacés, haschich, chloroforme, alcalins, astringents, stimulants, émis- Bions sanguines^ neuronisme, etc., etc., tout fut mis tour à tour en usage pour combattre la maladie à cet instant de son évolution, et tout conduisit les médecins à des résultats favorables qui justifièrent chaque médication. Il n'y eut pas jusqu'aux honiœopathes eux-mêmes, ces vicaires savoyards de la médecine^ quand, plus abaissés encore dans l'ordre de l'intelligence, ils ne sont pas des spirites poltrons, dont la thérapeutique symbolique consiste à opposer les ombres des choses à la maladie, qui ne parent citer des cas nombreux en faveur de leur méthode. Sans vouloir entrer dans le détail de ces médications diverses, remarquons seulement qu'on peut les opposer Tune à l'autre, à peu près dans Tordre où nous les avons énumérées, et montrer que leur mode d'action théorique et réelle sur l'organisme implique souvent la plus formelle contradiction. En ces conditions, quand tout guérit, c'est

que rien ne guérit ; la guérison est le bénéfice pur du jeu spontané de la vie, et Thomœopathie, formule ambitieuse du néant, vient par ^es succès, elle aussi, dans ce cas, confirmer la légitimité de cette induction.

Cependant, approfondissons un peu ces faits.

Quelle que soit la médication qu'on lui oppose, quelque disparates que soient ces médications, la cholérîne guérit. Mais si ce ne sont pas ces médications qui guérissent, il y a, à côté d'elles, une influence inobservée qui conduit à ce résultat; en voulez-vous la preuve décisive ? Regardez les individus atteints de cholérine, qu'on ne soumet à aucun traitement, qui vaquent, comme à l'ordinaire, à leurs occupations; tout comme ceux que l'on soumet à l'une quelconque des médications que nous avons indiquées, guérissent, dans l'immense majorité des cas; de môme, ceux-là, dans la majorité des cas, arrivent au choléra confirmé, et en courent les chances terribles. Ceci, nous l'avons tous vu; mais l'institution des visites préventives à Londres, à Newcaslte, à Glascow, etc., ont conduit à des résultats chifi*rés qui ne laissent aucun doute à cet égard.

Si la cause d'une différence si tranchée, dans les conséquences de l'abstention de toute médication, et de médications profondément disparates, nous

ne la pouvons trouver dans ces médications ellesm^mcs. dont les unes ont pour but d'expulser le délétèie hors de l'organisme, et les autres de boucher les pores de l'intestin par lesquels le sérum, les sels du sang s'échappent; dont celles-ci ne visentà rien moins qu'à surexciter l'organisme nerveux pour l'aider ù lutter contre l'action dépressive du poison, pendant que celles-là travaillent à provoquer cette dépression, pour amoindrir l'impressionnabilité de

l'économie vis-à-vis de ces derniers, etc., etc., si, dis-je, la cause d'une différence si tranchée dans les conséquences dé l'abstention de toute médication^ et de médications profondément différentes, nous ne pouvons la trouver dans ces médications ellesmêmes, il faut bien qu'elle soit ailleurs : cherchonsJa. La trouverons-nous^ cette cause, dans la différence du régime auquel se soumettent les individus non traités ou traités, les uYis continuant à prendre des aliments, et les autres s'en abstenant? Non, car si l'alimentation pouvait à elle seule produire un tel effet, en imposant au tube digestif une surexcitation physiologique qui tourne au profit du mal, à plus forte raison verrions-nous cet effet se produire sous l'influence de plusieurs des médications dont il -' "et qui, cependant, nous le savons, ne font tecle h la guérison. Mais là n'est point Hrence qui s'observe dans le régime des

DE aOLCl tHDÛnQUE. 9%

deux catégories de malades que nous étadîcms en ce inoment ; il y en a one antre qne personne n'a saisie, et qu'a déjà laissé pressentir, nous l'espérons, la longue et laborieuse analyse qui précède : c'est que, pendant que les uns viTcnt de lavie ordinaire, c'esl- &-dire à l'air libre; les autres, obéissant aux néces* sites d'une médication plus ou moins complexe, comme aux conseils de ceux qui la leur prescriYent^ vivent dans un air limité^ et où^ à moins d'une en* demie locale, c'estAnlire d'une sorte de saturation épidémique, ils ont infiniment moins de chances d'absorber une nouvelle quantité de poison, suffisante pour bire passer la maladie du premier au second degré. Voilà la véritable cause de la différence qu'il s'agit en ce moment d'expliquer; ne la cherchons point ailleurs, car elle n'y est pas. Par la vie à l'air libre, au sein d'une atmosphère^cholérique, rhomme imprudent^ qu'a déjà touché le poison, court les plus grands risques d'en absorber peu à peu de nouvelles doses qui, saturant progressivevement l'organisme, le conduisent à une mort non infaillible^ mais probable; au bas de la pendule, qui marque les heures de cette vie insensée, on pourrait graver la sentence qui se lit sur le socle de rhorloge d'Drugne : Vulnerani omnes, uUinm meti toutes blessent, la dernière tue.

Je ne voudrais pas qu'on conclût de cette diae|i»>

sion que je nie le pouvoir de la médecine vis-à-vis du premier degré du choléra épidémique, je ne la nie môme pas Tis-à-vis du choléra confirmé; mais dans le premier de ces cas, bien plus encore que dans le second, où l'organisme presque cadavérisé n'absorbe plus, ne sent plus, et répond à peine aux coups de fouet les plus énergiques de la thérapeutique, si Ton ne rationne pas, en quelque sorte^Fair que les malades respirentencore à pleins poumons^ en les plaçant dans une atmosphère immobile et limitée, ces médications courront grand risque de perdre ce qu'elles peuvent avoir d'efficace, en tels ou tels cas donnés. Nous verrons plus tard comment il faut entendre cette efficacité de la thérapeutique; en attendant, constatons le fait que nous avons voulu surtout mettre en lumière ici, c'est, à savoir, que les médications les plus opposées, ayant le droit • de citer un bon nombre de cas de cholérine en faveur de leur efficacité, tandis que la cholérine, chez les individus qui continuent à vivre de la vie commune, aboutit presque fatalement au second degré du choléra, il faut chercher plus haut que dans CCS médications la raison de ce résultat, et que cette raison se trouve dans une circonstance commune à des médications si diverses, la soustraction des malades à l'air libre, c'est-à-dire au foyer, où se renouvelle incessamment par une force d'expan-

sion propre ou communiquée le miasme cholérique.

J'ai dit quela diarrhée avec ou sans vomissement constitue le principal phénomène par lequel se traduit l'intoxication cholérique à son premier degré ; mais tout fréquent qu'il est, ce phénomène n'est pas le seul indice révélateur de l'infection commençante de l'économie. Dans une épidémie cholérique bien accentuée, à côté des malades qui présentent ces symptômes, on en rencontre un certain nombre d'autres, dont le système nerveux, plus impressionnable peut-être, est le rouage de la machine qui reçoit le premier choc, et qui fait entendre, pour nous servir d'une expression de Broussais, le premier cri, comme organe souffrant, par la manifestation de vertiges, de pesanteur de tête, de résolution musculaire inexpliquée, etc. L'homme du peuple que les nécessités réelles ou factices de la vie entraînent, passe à Tordre du jour sur ces accidents; dans les classes élevées de la société, dans les classes moyennes môme, où l'on s'écoute vivre davantage, surtout en temps d'épidémie cholérique, on s'arrête, en général, à ce premier avertissement ; le repos au lit, dans la chambre tout au moins, prévient presque toujours l'absorption d'une nouvelle dose de poison, et par le simple jeu de la vie, l'organisme se débarrasse de la petite

Page 1