‹ De la production nationale considérée comme base du commerce, et application de ce principe a la solution de la question des laines; par le bon de MorguesChapitre 11 sur 21 · CHAPITRE Vïf · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vïf

Effets, pour le commerce, de la diminution du nombre des bêtes ovines, et des pertes éprouvées par les cultivateurs dam la France.

Li crise de l'agriculture fut la cause principale des pertes que nos manufacturiers éprouvèrent en l8a3

— filet dans lui années suivantes , bien que M. Cunin- G ridai ne les ait attribuées uniquement à l'immensité des spéculations qu'ils avaient faites sur les laines en ]8ai et iSaî (i). Ces spéculations, quoi qu'il en dise, ne firent pas hausser le prix de la matière première lors de toute proportion , puisque si, en 182 1 seulement, les laines de haute finesse se vendirent un septième de plus qu'en 1816 , 181; et 1818, toutes les antres laines se vendirent un cinquième de moins, et que depuis ce temps toutes nos laines ont baissé de près de moitié.

C'est donc une erreur de croire que celte hausse momentanément favorable à quelques propriétaires de troupeaux superfins ait enrichi les propriétaires beaucoup plus nombreux des troupeaux de nature différente ; mais ce qui est bien certain , c'est que la baisse du prix de nos laines causa, en i8ï3 et dans les années postérieures, la ruine d'un grand nombre de nos manufacturiers, en les empêchant de vendre les objets de leurs fabriques.

Pouvait -il en être autrement, quand l'introduction des laines étrangères ayant réduit de près de moitié la valeur des laines indigènes, ainsi que le

(1) La masse gigantesque d'entreprises conimerciilea faites aussi en Angleterre avec trop de précipitation dans les. année» idai et 18m, ja camé, comme dani lu France., en iBi4 et i8a5, une crise tret-Hchau». Une multitude do banqueroute! en furent la suite; les riïets publia tombèrent a Lendits a un pria extremeaim bai, et les laines adressées aux maisons anglaises furtDI renvoyé» sur le continent en février 1816 , comme /tant alors r> vendable!.

prouve le tableau (le M. Ternaux, le cultivateur fui obligé de renoncer a acheter des draps, ou au moins ne put en acheter que pour moitié de ce qu'il en pouvait acquérir dans les années précédentes? le propriétaire et l'ouvrier, participant à sa pénurie, réduisirent aussi leurs acquisitions, et nos manufacturiers, pour avoir trop spéculé sur tes laines étrangères, subirent une perte énorme par la diminution de notre marché intérieur; diminution que la petite augmentation de notre marché extérieur ne put pallier que très- faiblement.

Bientôt le mal s'agrava encore pour nos fabricans, qui ne trouvèrent plus dans nos campagnes un approvisionnement de Urnes, indigènes proportionné à leurs besoins, quelque restreintes que fussent leurs demandes; en sorte que, le 3 mai 1818, l'honorable M. Cunin-Grinaine put combattre avec raison la prohibition absolue des laines étrangères, en disant que nos laines de 183G et 1837 étant épuisées, il n'y avait plus encombrement ma i 3 rareté dans les laines de toutes les qualités.

Cette rareté, que la baisse du pris de nos laines avait amenée par la destruction d'une partie de nos troupeaux, ne put trouver de remède que dans de nouvelles acquisitions faites à l'étranger, à des prix qui les firent encore tourner au détriment de la France, où la masse déjà diminuée des toisons indigènes était

(1} L'encombrement de faine dans nos manufactures n'a jamais étrangère» daui I. Franc., uuiauur, jamais la France n'a fourni ta

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trop peu protégée par notre tarif de douanes, contre, des laines exotiques similaires qui se livraient dans, nos ports au-dessous de moitié et quelquefois audessous du sixième de ce qu'elles coûtaient à, nos cuU tira leurs.

La laine française , avilie de prix par la concurrence étrangère , diminua lout-à-coup de qualité en même lumps que de quantité dans une proportion effrayante, parce que, tandis que beaucoup de fermie» furent contraints d'affaiblir leurs troupeaux et du diminuer les soins qu'ils apportaient à leur perfectionnement, beaucoup de ceux qui élevaient les races améliorées reprirent les anciennes races communes, dont l'entretien était moins onéreux pour eux (1),

Qui souffrit le plus alors? ce furent nos fabricant, dont les magasins restèrent encombrés par suite de la pénurie de nos consommateurs nationaux.

La France, qui, en igaa, avait importé pour i4)3o5,8o7 fr. de laines étrangères , n'en importa plus en i8j3 que pour .13,729,339 fr. , et n'en a plus importé en 1834 1 ue pour 9,542,000 fr. , bien que son exportation de laines et tissus de laine , qui , en 1823, n'avait été que de 18,329,036 fr. se fût élevée en 1824 à 20,040,000 fr., parce que la baisse du prix, des laines indigènes ayant causé la gène des cultivateurs français, notre consommation intérieure avait

(1) Selon M. le rapporteur de la Société d'Eure-et-Loir , ce

de 8,000 de i8a3 à l8a3, et l'accroitsenient du «omble drt mnutons importée dï«s la France pendant ce la^ï de lemp» * rendu cetts assertion ïncou.tetlsble.

plu

i que notre vente à l'étranger ne

s'était accrue.

Cependant )'

importation, qui avait fournil), 000, oonti-

logramnies de

laines en i8»a , n*eu a plus fourni h

nos fabriques que

5,000,000 kil. en )8a3 , et dans les

i8a4 et iRî5, celte quantité a été

réduite à 4,5

10 kil. par année; elle ne remonta

en 1826 qu'à (

,000 kil., et en 1827 à 7,200,000 kil.,

1827 à une exportation qui, favo-

jo fr. de primes, ne put s'élever

qu'à 37,060,.

mo i

:V., diminua ensuite en 1828, et n«

febi

iques de la détresse, ainsi que beau-

coup de faillites, et entre autres celle de M. le baron Poupart de Nenlliie, viennent de le prouver.

L'effet de l'introduction des laines étrangères avaitdonc été de restreindre tout à la fois la production intérieure de nos laines et la consommation intérieure de nos tissus; celle-ci surtout fut si réduite, que nos manufacturiers restèrent encombrés de leurs produite, et que, faute d'un débit suffisant, ils furent contraints de les faire colporter partout ét de les offrir à perte. 11 dut eu être ainsi parce que la gêne du cultivateur, reportée tour à tour sur le propriétaire foncier et sur l'ouvrier qui tenait de lui sou salaire, avait triplé pour nos fabricans la perte que nos cultivateurs avaient éprouvée.

Voili pourquoi, selon M, te ministre du commerce (1), en même temps que les états de douanes lui ont prouvé qu'en 183& et 1827 nos exportations de

(1) D.im son discouti du 5 mai iSjB.

tissus de Initie ^ comparées avec celles d« l8î4 et ith5 r ont subi une augmentation d'un cinquième environ r il lui a suffi d'avoir suivi avec attention le mouvement de nos fabriques et les fortunes diverses de nolru commerce de détail , pour être autorisé à penser qun dans ces mêmes années te travail de nos grandes ma nufaccures, s'il n'a pas été rétrograde, est au moins resté statioouaire.

La somme de consommation, tant intérieure qu'extérieure, et par conséquent la fabrication de nos tissu* de laine, se sont dune ralenties à mesure que l'importation des laines étrangères s'est accrue; et cela pendant que nos exportations de tissus s'accroissaient par la faveur des primes.

L'effet de la baisse de nos laines a été si terrible pour nos fabriques, selon les négocians de Paris euxmêmes, qu'en i8a5 il y avait six cents fabricans à Elbeuf ou dans les environs, et qu'en i8a8 ce nombre s'était réduit à quatre cents; à Louviers, plus des deux tiers des fabricans ont disparu ; à Sedan , le numbre en est réduit de moitié. Toutes les villes de fabriques présentent les mêmes désastres. (0

Quelle plus forte preuve que cette assertion pourrait-on demander de l'insuffisance de la loi des douanes, qui, en causant la gêne de nos cultivateurs, a produit la ruine de nos manufacturiers? Leurs ventes à l'intérieur ont été réduites de plus d'un tiers, et comme ils avaient sacrifié notre marché au marché étranger, lo notre en leur manquant les a mis dans l'impossibilité de soutenir la concurrence au-dehow;

(l) Voy« Ohsf rvrili.-iik Ullin^iiijiliLi..-..

leur débit k l'étranger, mime favorisé par des primes , est resté trop faible pour les soutenir et pour les couvrir des pertes qu'ils faisaient, par suite de l'impossibilité où ils étaient de vendre leurs produits en France.

Les conséquences, pour nos fabriques, de la ruine de nos cultivateurs, ont été telles, ainsi que l'a observé M. d'Autremont, a qu'à l'exception d'un petit nom- « bre d'articles qui leur ont donné du bénéfice , tous • les autres, ceux surtout qui tiennent à la consomu mation du plus grand nombre, se sont vendus à « perte depuis i8a3. »

Il est en effet trop certain que, depuis la baisse de nos laines , le manque d'argent se faisant constamment sentir dans nos campagnes et dans beaucoup de villes, les ventes au rabais n'ont pas cessé d'avoir lieu, et que nos draperies communes, bien que diminuée» de prix, se sont si mal vendues, que toutes les manufactures ont restreint leurs travaux.

Au moisde juillet 1837, les draps manquaient partout tains qu'aucune bauise se fit sentir, ni même sans que les prix des laines braies eussent varié, jusqu'au moment où les besoins de la consommation réveillèrent instantanément l'apathie de cette grande industrie.

t Ainsi, observe encore M. d'Autremont, la baisse « de la matière première el des produits manufac- * turés n'a pas été suivie de l'effet qni l'aurait rendue a moins pénible si ta consommation eôL été plus grande.

n La consommation, au lieu d'augmenter, a été « moindre, parce que les pertes supportées par IV « griculture out diminué le nombre des consomma- « leurs , et que ceux qui ont continué d'acheter w'on (

<• toujours employé par a» que les quantités qui leur « tiraient nécessaires. »

Cela explique assez pourquoi les auteurs des Observations disent, page 16 : « On voit à Louviers, à « Elbeuf, à Sedan , de vastes et nombreux établisse- « mens à vendre à plus de moitié de perte du prix qu'ils « out coûté , et beaucoup même qui sont abandonnés, n

Leur capital est donc considérablement diminué, résultat très-fâcheux pour la France, mais qui aurait été certainement prévenu, si le génie spéculateur de nos manufacturiers, au lieu de fonder leur espoir sur le marché étranger, qui tend sans cesse à s'affranchir de plus en plus d'eux et à s'approvisionner lui-même par les progrès de l'industrie exotique, s'était plus spécialement occupé de l'amélioration de notre marche intérieur et de l'accroissement de notre production agricole, destinée à solder notre production industrielle.

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