‹ De la production nationale considérée comme base du commerce, et application de ce principe a la solution de la question des laines; par le bon de MorguesChapitre 12 sur 21 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Moyens de rétablir la consommation à l'intérieur de la France.

Noire consommation intérieure , qui est presque notre seule ressource pour la vente de nos tissus communs, ayant été restreinte par la baisse du prix des laines indigènes, qui causa une gêne extrèmeà la grande masse des consommateurs français, l'élévation des droits de douane à l'entrée des laines brutes, et surtout à l'entrée des laines communes, est le principal moyen de faire prospérer de nouveau le commerçant qui les fabrique, en commençant par améliorer le sort de l'agri-

eu lteur , qui ne les produit que pour les lui vendre-.

Cette élévation de droits, si elle est suffisante, favorisera noire débit i l'iuténeur, sans nuire à notre commerce extérieur d'une manière sensible, puisque celui-ci n'exporte que peu ou point de tissus communs, que chaque jour l'industrie étrangère devient pour lui de plus eu plus redoutable, et que d'ailleurs il serait convenable d'accorder les primes à l'exportation des tissus les plus communs , proportionnelle-

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ne des droits supportés par

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tandis que leur

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du travail fictif des machines.

L'influence d<

s la consommation intérieure

est d'ail-

leurs tellement plus grande que celle de la consommation extérieure sur le prix des laines et des draperies , qu'on lit dans le Journal du commerce du 10 juin 1828 que les laines se sont payées, à Aii, 7, 8 et même 1 o p. cent de plus que l'année précédente , et que l'on attribue cette hausse tant à l'achat par spéculation de ce qui restait de laines lavées de 1827, qu'à la levée de 80,000 hommes qu'il fallait habiller, c'est-à-dire à l'habillement de 40,000 hommes de plus que dans lus années précédentes.

Ainsi l'habillement à neuf d'un huit-centième de la population française de plus qu'à l'ordinaire, ou, pour mieux dire, le changement d'habillement de ce huit centième, a plus influé sur les spéculations de nos labricans et sur le prix de nos laines indigènes, que n'avait pu le faire l'accroissement de 17,000,000 fr. de ventes de tissus à l'étranger , dans l'une des années écoulées depuis i8»3 et iflaij.

Tout ceci se conçoit aisément, quand on se représente de combien notre consommation intérieure de laine est supérieure au débit que noui en faisons à l'étranger.

M, de Gasparin a adressé , il y a six ans, à la Société d'encouragement, un mémoire danslequel il évalue la consommation moyenne de chaque Français à une demi-aune de drap, provenant d'un kilogramme 45o grammes de laine en suint, ce qui donnait alors, pour environ 3 0,000, 000 Français, 43,5oo,ooo kil. de laine, consommation qui, eu 1 824, a été portée à S 1 ,000,000 k. par MM. le vicomte Perrault de Jotemps, Fabry et (iirod ( de l'Ain ), tandis que ces messieurs n'ont évalué la masse de nos lainages de toute nature vendus à l'étranger à la même époque, qu'à 4,3u6,ooo kil. de laine en suint , c'est-à-dire à la treizième partie en poids des lainages fabriqués dans la France , ou à la douzième partie de la quantité des lainages qu'elle consomme.

Les auteurs des Observations lithographie?.? nous disent , pour soutenir la demande de la libre entrée des laines étrangères, jointe à la prohibition à l'entrée des tissus analogues à ceux qu'ils fabriquent , que l'ouvrier, mieux payé par le fabricant, consomme plus

de produits agricoles. Cela est vrai jusqu'à uu certain point; mais ensuite l'augmentation du sa consommation par l'accroisse meut de son aisance a principalement lieu sur les objets fabriqués, qui , lui étant moins indispensables encore que les denrées du sol, sont ceux dont il se prive le plus, quand il est dans la misère, et qu'il n'achète que quand il a d'abord pu se nourrir.

Il est donc encore plus dans l'intérêt du fabricant que dans celui du cultivateur que l'ouvrier soit dans l'aisance; et comment parvenir à l'y mettre plus sûrement qu'en augmentant le besoin du travail des bras par l'extension donnée aux travaux agricoles?

D'autre part, la culture occupe en France douie bras contre un occupé par les fabriques, aidées des machines; si donc l'agriculteur, en restreignant ses prix de vente, est obligé de restreindre la masse des salaires qu'il pave, ce sont les fabrïcans qui éprouvent la perte la plus grande.

Vainement voudrait-on placer le travail des fabricans en première ligne de ceux qui favorisent et accroissent la consommation dans la France. Nul homme instruit en statistique ne saurait soutenir celle assertion, que je suis lâché d'avoir vu défendre par M. Mallet ; c'est une erreur matérielle, dont les tonsequencts seraient encore plus funestes pour nos négocia ns eu laine, nos laveurs et nos fabricans de couvertures d'Orléans, qu'elles ne l'ont été pour nos agriculteurs de la Beau ce et du val de la Loire.

Cette assertion ne pourrait pas même être soutenue en Angleterre, où un tiers seulement de la population est employé directement aux travaux agricoles,,

parce que, sur 1rs deux autres tiers, plus de la moitié- vit immédiatement ou médiate ment Je s revenus provenant du sol et du commerce intérieur de ses produits. En France, où la. masse des habitans qui vivent des revenus du sol et du commerce intérieur de ses produits, forme les neuf dixièmes de la population , celle assertion de certains négociai», plus accoutumés aui calculs de leurs spéculations particulières qu'à ceui de la statistique, est tout-à-fait insoutenable.

On convient généralement qu'aujourd'hui nos voisins nous devancent, et que notre commerce extérieur esl menacé d'une destruction totale. Nos fabricans ont donc tort, dans leur propre intérêt, de demander l'abolition des droits à l'entrée des produits agricoles étrangers, qui, en opérant la ruine de nos cultivateurs, entraînerait infailliblement celle de notre commerce intérieur. Gardons-nous au moins celte ressource, si la première vient à nous manqner.

Les étoffes de laines communes fabriquées à l'étranger ont baissé, dit-on, depuis l'établissement de nos droits , et sous ce rapport notre commerce est perdu. Cela ne pouvait arriver différemment, non à cause de nos droits, mais parce que l'industrie a suivi à l'étranger la grande production agricole. Qu'y faire maintenant, si co n'est accroître aussi notre production agricole, pour donner plus de moyens d'échange à nos industriels.

v Les laines communes du Levant, de la Barbarie, « de la Sardaigne, disent les négocians de Marseille,' a faisaient d'abord fructifier dans cette ville l'industrie « qui s'applique au lavage;.... ensuite elles passaient « dans les manufactures d'étoffes communes et gros-

h stères, dans celles de bonnets communs il l'usage h îles campagnes et des marins ( notamment en Corse, » en Espagne, en Italie, en Sardaigne); elles pas- » aaient aussi dans les manufactures de couvertures, où • elles étaient exclusivement employées, faute d'au 1res « sortes similaires ; et enfin elles devenaient, pour maie lelas, un article de première nécessite pour toutes (e les classes de la population , et sous ce rapport elles « ne pourraient jamais l'obtenir à un taux assez bas.

« Tous ces produits de la laine grossière se réex- •i portaient en grande partie sur le sol étranger qui ii l'avait créée, mais décuplée de valeur par la ri- « chesse d'une main - d'œuvre toute profitable à la « France.

u Tant d'industrie a été anéantie par l'ordonnance « du i4 mai i8a3, convertie en loi le 17 mai 1826.

ii Les lavoirs, les fabriques de draperie commune, « de bonnets, de couvertures, renversés en France, « se sont élevés dans le Piémont et dans l'Italie, où « ils fleurissent à l'abri de la concurrence. Pcuvcnl- « ils redouter les fabricant français, quand ceux-ci , « pour créer le même produit, déboursent sur la u matière première un droit énorme contre le remit, bours d'une prime légère? Peuvent-ils les craindre, a s'ils emploient les laines indigènes qui leur coûtent a plus cher encore, cl qui ne donnent pas à leurs « produits la qualité spécialement exigée par le con- « sommatcur étranger? a

Je ne vois aucun remède à ce mal, si ce n'est d'engager nos fabricans à Faire cemme les fabricans étrangers , c'est-à-dire à fabriquer nos laines indigènes pour les vendre dans noire propre pays.

chandilef que chaque peuple ne peut ni produire flict lui , ni remplacer ilans sa consommation par un objet analogue obienu de son travail indigène?

Ce n'eu pas- notre.(aussepotitiquequi a rendu uos voisine plus httbikt, c'est le cours naturel des ptogrésde h science. Imitons-les, sans cesser de nous conserver notre marché par des droits prolccleurs de noire prrjduclion agricole et manufacturière. Nous essaierons ensuite de rivaliser chez eux avec leurs propres fabriques au moyen des primes d'exportation, quand nos fabrïcans seront devenus plus habiles que les leurs, et surtout plus économes qu'eux.

Tout ce que nous pouvons faire maintenant pour nos industriels de tout genre se réduit à protéger leurs productions par des droits restrictifs de l'entrée des produits étrangers, droits aussi nécessaires sur les tissus pour les uns que le sont pour les autres ceux sur les laines. Tous ces droits, ainsi que les primes à l'exportation , sont également dans l'inlérét de toute la France.

C'esl l'ambition peu calculée de plusieurs de nos fabricans qui a causé leur ruine et celle de beaucoup d'autres; ils ont spéculé uniquement sur la probabilité de fortes ventes à l'étranger: leur allente a été trompée , et c'est encore pour rattraper le marché extérieur, qui leur manque cl qui leur manquera chaque

jour de plus en plus à cause des progrès ies industrie* agricole et manufacturière au-dehors, qu'ils demandant îi liants tris le sacrifice de l'agriculture française. Sachons repousser leur* dangereuses prétentions, autant dans leur propre intérêt que dans celui de la nation tout entière.

Un individu, une collection d'individus, un spéculateur, ou une association de marchands , s'appauvrissent toujours quand ils réduisent à la pauvreté ceux qui sont en relation avec EUX. Qui leur achètera beaucoup quand les masses ne pourront plus payer ? Qui soutiendra leur grand débit quand les masses manqueront du nécessaire? La source de leur richesse s'epuisera donc elle-même rapidement, car nulle source considérable ne peut rester concentrée; il faut que ses eaux se répandent, ou que son utilité se restreigne pour ceux mûmes qui voudraient la réserver pour eux seuls.

On ne peut, est-il dit dans le Mémoire de Marseille , créer avec les laines indigènes d'autres produits pour remplacer ceux obtenus avec les laines étrangères. Sans doute que cela peut être encore vrai dans ce moment pour la vente de quelques objets à l'étranger; mais eela est inexact et peut le devenir chaque jour de plus en plus pour la vente a l'intérieur. J'en trouve la preuve dans les Observations lithograpl liées elles-

olé forces de remplacer pour la fabrication des flanelles, molletons et circassieimes , les laines d'Allemagne par des pelures et agneaux de France , il est dit : u On s'est contenté de cette nouvelle fabrication a à l'intérieur, faute, de mieux; mais les étrangers

« l'ont icpoussée. » Cela ne pouvait être autrement à cause des rapides progrès de leur propre industrie. L'abandon des droits n'y remédierait pas-, les étrangers, qui fabriquent aussi bien que nous, ayant de plus leurs propres laines à des prix moins élevas, et affranchis des frais de transport.

M. d'Aulremont a d'ailleurs reconnu (i) « que nous a pouvons établir en France toutes les espèces de laines « convenables à nos fabriques, depuis la moyenne jusa qu'à l'extrafine; » et nous savons que les races à grosses laines de ta Beauce et du Béarn, ainsi que celles susceptibles de provenir du croisement des grandes races anglaises avec les nôtres , peuvent être trèsmultipliécs dans la France : cela est devenu évident depuis qu'un grand nombre d'expériences rapportées dans les Annales de l'agriculture française l'ont constaté. Avec un peu de patience et de temps, nous parviendrons donc facilement à nous approvisionner par nous-mêmes de toutes les sortes de laines les plus en usage.

Si alors, pour quelques tissus de fantaisie, et par II même de peu d'importance, nous sommes encore obligés d'acheter au-dehors les laines utiles à leur confection , ces laines entreront toujours en quantité suffisante , en payant les droits légaux. Mais nous ne risquerons pas plus de sacrifier notre grande culture pour consommer à un peu meilleur marché quelques étoffes de peu d'usage, que nous ne risquons de sacrifier notre moyenne culture pour boire à meilleur marché les vins

(i) Dans le Bulletin de la Société d'amélioration des laines.

à plus bas pris les tissus de coton et autres, que l'Angleterre fabrique mieux et plus économiquement que nous. Partout il faut bannir les prohibitions absolues, mais aussi partout il faut des droits protecteurs de la productiou indigène pour la faire préférer à la production exotique.

1 Ceux qui se plaignent que la France ne produit p,is toutes les variétés de laines nécessaires à ses manufactures, n'ont qu'à demander que Sa production de celles qui lui manquent soit suffisamment protégée par nos douanes, et provoquée par des prix et des primes utcordc's à nos cultivateurs; bientôt la France, qui, tout en produisant une bien moins grande quantité de laines que l'Angleterre, en fournit beaucoup plus de variétés, nous donnera toutes les qualités de laines que nos fabricans pourront désirer, sans que nous ayons besoin, pour les obtenir, de nous faire tributaires des agriculteurs étrangers.

Ainsi, par exemple, la laine do Sologne est bonne au feutrage; mais elle ne peut, comme celle de Hambourg , donner un feutre dont le poil ressorte avec facilité. La Société d'encouragement a proposé un prix pour celui qui obtiendrait en France une laine équivalente à celle de Hambourg; et madame la comtesse Du Caria a presque immédiatement remporte ce prix en présentant des laines obtenues de ses troupeaux par leur croisement avec des béliers de l'Abyssinie qu'elle possède. Ces races franco - abyssines réunissent encore a la qualité de leur laine l'avantage de donner plus de chair et plus de fumier que les races françaises.

L'accroissement de la production des laines hors de l'Angleterre et de la France, ainsi que leur appropriation aux besoins des peuples qui les ont produites, s'est manifeste* déjà par la diminution des exportations de laines de la Grande-Bretagne elle-même, nonobstant les facilites accordées aux agriculteurs anglais sous le ministère de M. Huskisson. L'état présenté par ce ministre a porté cette exportation dans l'année Unie

au 5 janvier i8a5 4 i,5o5,ooo liv.

tandis qu'on voit, dans les Annales de l'agriculture française, publiées en janvier 1818, qu'elle n'a été en 1837, en laines brutes, que de. . . 178,53a liv. et en laines filées, que de a43,0a8

Total. ..... 5aa,i5ol.(i).

Que faire à cela , si ce n'est varier et accroître notre production de laines, nous conserver la vente à l'intérieur de nos étoffes, et na nous fier que sur nous pour la consommation régulière et très-importante de nos lainages de toute nature?

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