CHAPITRE IX
Production comparée des lainages dans la France et dans l'Angleterre.
La valeur des laines fournies à nos manufactures dans l'année de- notre plus grande fabrication, c'està-dire en i8a3, a été, selon M. Moreau de Jonnèsfa),
(l) Qui ont ncquillo u» (Irait d'ciivirou i,qoo liv. 11er.
(ï) Vajei du Commerce au iif siècle, loin. I", |.ag. Î66 et
— GJS —
■pou r tulles indigènes, de 100,000,000 fr.
et pour celles exotiques, de. .... i3,ooo,ooo
Total "7Ï37ooojOOO~ îr.
Elle a, scion lui, clé triplée par la fabrication, ce qui l'a portée eu tout à une valeur de 339,000,000 fr., dont le commerce extérieur n'a enlevé que pour 24,040,000 francs; l'excédant reslé pour la consommation intérieure a été de 3 14,960,000 francs, qui, en les supposant placés en totalité, ne représentent, dans l'année la plus forte de nos productions en
de la Fiance, consommation réduite de près de moitié dans les années suivantes; tandis qu'eu Angleterre et eu Ecosse la consommation individuelle s'élève chaque année en lainages, selon le méiue auteur, de 19 à 30 fr. par personne.
Cette différence résulte do ce que la valeur vénale des produits du sol est beaucoup plus considérable audelà de la Hanche que chez nous, et de ce que la production des laines anglaises, dans laquelle celle des mérinos el des métis n'entre pas ou n'entre que pouiune fort petite quantité, s'élevait annuellement en ]8io, suivant James Bishop, à i44, 000,000 liv. de laines lavées à dos, équivalant à 360,000,000 liv. de Jaiues.ensuinl.ou a 1 1 r, 3 r 0,000 k. de ces laines, quan- ■ tilë plus que double de la production de nos laines françaises, obtenue sur nu territoire qui n'équivaut en étendue qu'à deux cinquièmes du nôtre, par une population de moitié, l'Irlande n'élaut pas comprise dans ce calcul (1).
(1) Selon M. Monta d« Jonnta , on trouve qu'entre la Fiante
Les conséquences de celte étonnante production de laines, pour la plupart grossières , étaient alors =
i°. La formation d'une valeur annuelle
de 340,000,000 fr.
pour les laines indigènes de l'Angleterre et de l'Ecosse seulement, sans compter la production de la- chair, du suif et des peaux de moutons, qui s'y trouve ati moins quintuple de ce qu'elle est dans la Franre.
1°. La possibilité, sans nuire à leur agriculture, d'importer des laines étrangères pour une somme de 10,000.000 fr.
et de pouvoir ainsi fournir à leurs fabriques (r) un lolal, en matières premières, valant a5o,ooo,ooo fr.
et l'Angleterre , (ontidêréeï soin te rapport du commerce de) [nioaçct , il J » une différence en meiui , pour le premier de ces pays , de 1S7 millinni de livrea, ou pris dn deux tieri , dans l.i production des maliens premières de i5o millions de francs dans lent valeur; de iji'j million» de francs dans le produit de* fabriques; de 45o millions de francs dana l'exportation des lainage» i de a ■ 3 millions de bétes a laine, et d'un* litre ei demie par toison.
(l) Pendanllei dit anne'ei (coulées do 1809 k 1819, l'Angleterre, a importé par année 1 1,000,000 li»., faiaant enriron 5,ooo,ooo k. de laines , partie à 2 ililDiugi 6 deuiert uu 3 franc» U livre , et partie à 5 sh. ou 6 [r. la litre , ce qui formerait uue somme de 4o à 60 millions de francs par année ; et pourtant, selon M. Moreau de Jnnnts , l'imporlation des laines étrangère! ne l'est éleiée , lerme moyen , en Angleterre , dans les années d* 1B19 à i8aï , i[u':i 10,000,000 fr. pat année. Celle grande diiléiente provient
que, selon M. Moreau de Jonuès, elles triplent par leur industrie, et élèvent ainsi à une valeur de 750,000,000 fr., dont, suivant Eden, l'Angleterre et l'Ecosse consomment annuellement pour une sommg
de 375,000,000 fr.
et exportent pour 475,000,000
5°. Cette exportation ne peut se composer au plus en produits des laines exotiques que de la totalité des 10,000,000 fr. , équivalant à leur valeur, et formant en étoffes une valeur de 3o,ooo,ooo fr. ; le reste de l'exportation se compose nécessairement des produits fabriqués avec des laines indigènes pour 44 5, 000,000 fr., dont le tiers, appartenant à la production du sol britannique, est de :48,333,333 fr. , qui doivent être considérés comme une prime payée à son accroissement par le commerce extérieur.
L'Anglais, favorisé par la grande production agricole et par le commerce, a rendu à ce dernier le prix de ses laines, accru d'un gros intérêt, puisqu'au lieu des 340,000,000 fr- qu'il en a reçus, il lui a acheté pour 375,000,000 fr. d'étoffes fabriquées, et lui a fourni la matière première nécessaire a la confection de tissus valant 445,000,000 fr. , qu'il a reçus de l'étranger.
Pouvait-il en être de même dans la France, quand en i8a3 plus d'un cinquième des laines consommées
•uni Jouta île ce que M. Moi-mu .de Jonnè> nui» compris dix million pcunl de livret lie biuct pour dix millions de ftiuu. Je n'ai pu »eViï<r si celte errent itnii gliuc'r. tlnut tou important ouvrage.
par nos manufactures, ayant été achetées en 1S22 à l'étranger, pour être vendues fabriquées à l'intérieur, avaient réduit de 4'> pour 100 la valeur de notre production agricole en ce genre 7
Remarquez en outre que notre exportation en tissus , qui n'avait été que de moins du treizième du produit de nos fabriques, n'avait pas égalé le prix, des laines brutes importées dans l'année précédente , bien que celui-ci eût été triplé par la fabrication , en sorte que sur les a4,ooOjOOO fr. payés pour les laines importées, 16,000,000 fr. avaient été employés a fabriquer pour 48, 000, 000 fr. de tissus consommés dans la France.
Quelque favorables que les chiffres de Bishop et d'Eden, admis par M. Moreau de Jounès , puissent paraître au système de la grande production indigène , ils ne sont pourtant pas les plus favorables que je puisse citer. La preuve s'en trouve dans les tableau* officiels des douanes. Ces tableaux n'ont donné comme positif, pour l'exportation moyenne par année des tissus de laines anglaises,
en 1765, 1766 et 1767, que. . . 4,63o,584 liv. st; en tbo4, i8o5 et iSoR.rp.e. . . 5,G6?,55i en 182a, i8a3 et 10*34, que. . . 6, a no, 584
en i8a5, que 5,939,542
en 1826, que 5, 041, 585
et en 1837, que 5,024,546
ce qui ne porto l'exportation annuelle des lainages anglais que de i3o à i5o millions de francs par année depuis vingt-cinq ans (1).
(i) Renurq'ici ici i\nc, ilfpnii l8i4, l'exportation des liisui
Il n'en est pas moins constant que, suivant toutes lis données recueillies sur la statistique britannique, la production des laines anglaises, que M. Ternaux admet de 5oo,ooo' balles, ainsi que cela a été avancé et non contredit dans le parlement , est donble de la production des laines françaises, qui n'atteint pas, suivant cet habile fabricant lui-même , z5o,ooo balles, estimation que je crois très-exagérée dans l'état actuel de la France.
Les conséquences de ce fait sont encore bien plus graves que celles que je viens d'admettre; car, si la fabrication des tissus de laine est réellement, comme
icqneqce du l'accroissement des fabriques de lainage bon de l'Ànglelei-ra et de la France. Si pendant os temps notre exportation dans le inime genre l'eut accrue, nous ne le Jetons qu'aux bénéfices que nos primes à la sortie des tissus ont procuré! à nos manufacturiers i mais, quoi quo nous fassions, il est hors de doute que l'accroissement de l'industrie au-dell de nns frontières nous mettra rapidement dans l'impossibilité de unir le marché étranger avec un grand avantage; cl la preuve s'en trouve déjà dans la diminution de la valeur de nos exportations en tissus de i8i5 i i8a8 , uou-
«Wricls -, l'ignorante et misérable Espagne a vu elle-même tripler sa fabrication dans la Cataloguer ainsi que dans le royaume de Valence, et bien que M. Ternaux en gémisse, lea manufacturas . d'Aicej, de Ségovie et de Bejar ont fait d'immenses progrès que
uiiu.i li'nil[L<,Li& )■:: X iii-tuLL et 'jll'! IILIU t\<; ]jf.nli Ions ;i[rct<T, l;iut
il est vrai que lu plus grands ennemis du développement de la raison ne peuvent reculer deianl la nécessité de la icicuce.
tout lu prouve, double au moins dans l'Angle le tic de ce qu'elle a été dans la France a son plus haut période, sa valeur totale surpasse 650,000,000 fr. , dont une partie, estimée par les douanes au plus h i5o,ooo,ooo fr. , étant exportée chaque année, laissa le surplus, valant 5oo,ooo,ooo fr. , pour la consommation intérieure de l'Angleterre et de 1 ' Ecosse , et donne ainsi plus de 5i fr. de consommation annuelle par individu , au lieu des ro. à ao fr. que M. Moreau de Jonnès a calculés,
La production britannique agricole, qui n'a reçu pour ses laines que 2.^0,000,000 Ir. de la production industrielle, lui a donc fait rendre par les Anglais 500,000,000 fi - , ol l'a lait Ix'-mlficier de '^60,000,000 fr., tandis que l'exportation ne s'est élevée , malgni l'importance du commerce britannique, qu'au cinquième envirou de la masse des lainages fabriqués; cinquième qui est encore plus que quadruple de notre plus grande exportation en ce' genre.
Quelle preuve plus forte pourrait -on demander pour conclure avec nous que toute la prospérité acquise par les fabriques de lainage en Angleterre, n'a dépendu que de deux causes : i°de ce que la production des laines indigènes s'est accrue dans une proportion étonnante sous la protection légale qu'elle a reçue; et a° de ce que la qualité de la laine étant appropriée aux besoins de la grande masse des consommateurs et noa à la fabrication des objets de luxe, le débit, tant a l'intérieur qu'à l'extérieur, a pu et a dù acquérir toute l'extension dont il était susceptible.
Malheureusement il n'en a pas cic ainsi dans la France, où l'on demande à tort que la grande pro-
diictiou lies laines soit sacrifiée au perfectionnement de leur brin. Quelques réflexions sur la situation de notre commerce rendront cette vérité évidente.
« L'exportation de la France, d'après les tableaux « des douanes, est ainsi qu'il suit, quand on ramène a avec M. Morcau de Jonnès (1) les laines à l'eut de
laines fines, laines communes.
« 1820 1,346,000 liv. 3i4,ooo Mr.
« 1831 i,oG4,ooo 384,ooo
«" 1833 1,042,000 4io,ooo
[ nTermcmoyen, i,i5o,ooo ltv. 370,000 liv.
n La quantité de laines fines employées dans la fait brication des étoffes exportées, et dont les états de ■ douanes fournissent l'indication, s'élève , si 011 les « suppose en suint, à 4j°t>6,ooo liv.
« La consommation annuelle, à. . 16,000,000
o L'exportation en nature, à. . i,i5o,ooo 1 a Total des laines fines employées « par la France 3i,aiC,ooo liv.
Ainsi, dans la France, qui n'a jamais employé plus de 111,000,000 livres de laines en suint, notre fabrication de lainage s'exerce sur près d'un cinquième de laines fines et sur moins des cinq sixièmes de laines communes (2), tandis que la fabrication des Anglais ne s'exerce pas sur un vingtième de laines fines et s'exerce
(1) Du commîtes au dji-ntaviime tuelt.
{») Cet i'r.1 de nolte iodtutria minufieluriàe louinwil le liant prix piopoilionnel des Uiiici Sne* el superflu m d*ni la Fiance , »l un puhmiilmglif pour «clltr noi cullivaicnn i inulllpliti le»
sur plus (le dix-neuf vingtièmes de laines communes, ou de laines longues que nous n'avons pas.
a". Notre exportation en lainage lin égale le cinquième de notre fabrication de ces lainages , et notre exportation en lainage commun n'est guère que d'un trentième de notre fabrication en ce genre. Le contraire a lieu en Angleterre, où plus du' cinquième des (issus communs fabriqués par elle sont exportés, tandis que l'exportation de ses tissus de laine fine est très-peu importante par rapport à l'autre.
Nous allons voir combien, eu agissant ainsi, les Anglais se sont conduits avec bonheur, si ce n'est avec hahileté, et à quel point leur système a été favorable ii l'accroissement de leur production agricole, en même temps qu'a celui de leur industrie manufacturière et commerciale.
Leurs laines, dont chaque toison est , terme moyen , d'un poids double des nôtres, peuvent encore, en étant vendues de 90 c. à t f. le demi-Vil. lavées à dos(i), ce qui ne représente guère plus de 60 à 65 centimes en suint, être produites avsc avantage par leurs cultivateurs, ainsi que nous le démontrerons tout-à-l'heure. Il suit de là que le tissage de leurs draps de finesse moyenne, faits avec leurslaioesde Soulhdown,de Herefordou du Dorsct, et les laines mérinos de l'Espagne, n'emploie par aune que trois livres de laine lavée à dos, ou pour au plus 3 fr. de laine, tandis que les draps semblables, fabriqués avec
UUt) de lisait à peu de f«U.
(l) Selon M. d'Auûemnnt , en frir est celui où Je» lïiaa au- E Uii« u v tn bhul en lEat.
les laines françaises correspondantes, beaucoup plus chargées de suint en raison de la pins haute température do notre climat et de sa plus grande sécheresse en été, ne peuvent exiger par aune beaucoup moins de trois kilogrammes de nos laines mérinos et métisses en suint, que nos cultivateurs ne peuvent livrer à a fr. lu kilogramme sans être en perte (i).
Les Anglais ont donc sur nous , par rapport ait prix de leur laine seulement , l'avantage de pouvoir livrer leurs draps île grande consommation à 3 on 4 francs par aune de moins que nos manufacturiers ne peuvent livrer ceux fabriqués avec nos laines analogues, et M. Rodet avait d'ailleurs raison , en considérant la perfection des manufactures anglaises , de dire « qu'en examinant la situation actuelle de l'Europe « industrielle, on ne voit pas quel pays pourrait tirer o nn meilleur parti des laines anglaises que l'Anglee terre elle-même (2). »
11 est reconnu par tous les économistes et avoué par tous les fabricans que ce pays, qui ne nourrit pas ou presque pas de mérinos, possède 4-5, 000,000 moulons, nombre que M. Ternaux élève à 6o,ooo,ooo (3), et que ces moutons forment deux familles , l'une à laine longue et lustrée , propre aux étoffes rases, l'autre à laine frisée et médiocrement Gne, qui sert a confectionner les draps.
(i) Voyei le mémoire de M. d'An t «mont, <tuu te Bulletin de la Société d'amélioration des laines. '
(?) Vnvei Du commerce txtérieur. Puis , i8aS. (1] Vnj™ Annales de l'agriculture française.
Ces deux familles, de très-forte taille (i), cl singulièrement améliorées p ar les soins cous ta lis des Backwell , des Eliman , des Glyun et des Boys , peuvent produire un poids de laine beaucoup plus grand que celui que l'on obtiendrait partout ailleurs avec un nombre pareil de moutons de races différentes moins fortement construites.
Le fabricant rêgnicole trouve doue autour de lui une grande abondance <lc matière première, qu'il peut acquérir a bon marche sans nuire an cultivateur qui la Tait croître.
Moins ambitieux que le Français de faire du merveilleux, mais plus ambitieux de luire de l'utile, il s'occupe avant tout d'employer les laines anglaises , en sorte qu'il ne porte dans le commerce étranger que quatre espèces de draps (a), qui forment en quelquesorte loute son exportation eu lainage, et que chacune de ces espèces n'excède jamais un prix que l'on peut regarder comme courant.
h Si donc, dit M. d'Autremont à nos manufacmn riers, vons portez sur les marchés étrangers des a draps meilleurs que chacune de ces espèces, mais
(1) M. le baron Monemart- Doi»e , dam ion Traité des race! ovines de l'Angleterre , donne pour poids commun de la plupart d« toiions >ngUiK> G « 10 Unes. Lu n« dont la i oison pfie moml lonl ta plupart peu nombreuses cl n'Sabilont que la mon.agr.fs ou 1» dm»! arides. Le» race, de l'Irlande sont la plupart pelilei et ue dépouillent que d'une Mire cl demie à deux
(3) Vnye* le mémoire de H. d'Aulremont , riant le Bulletin ds la Société d'amélioration îles laines.
a qu'il vous faille, ù raison du leur qualité respective,
a pins d'acquéreurs.
o Nous ne sommes pas placés, comme l'Angleterre, « pour avoir dus fabriques uniformes; au lieu de » quatre espèces de draps, les laines de nos trono peaux offrent tant de variétés que nous en pourrions ■ fabriquer plus de cent avec nos seules laines. Com- « ment pourrions-nous donc établir un pris courant u au milieu de tant de différences relatives? et si co « prix s'établissait jamais, cela pourrait-il être autrete ment qu'aux dépens de la fortune de l'agriculteur n ou de celle du manufacturier? »
Les draps superflus, dont les Anglais s'occupent peu , sont jusqu'à ce moment les seuls que nous puissions vendre au-dehors h un moindre prix qu'eux. Pious avons à cet égard l'avantage sur eux , parco qu'une partie de nos laines indigènes entre dans la confection des nôtres avec celles de la Saxe tandis que les manufacturiers du royaume-uni sont obligés de faire entrer dans la fabrication des leurs beaucoup plus que nous de ces dernières laiuesj mais cet avantage est bien faible, car les laines électorales diminuent de prixebaque année, et d'ailleurs , suivant la remarque de M. d'Autrement , u les draps qui résultent des a mélanges de laines superfines ne sont point ceux de a la vente facile ni de la grande consommation ; ce « ne seront jamais que des draps d'exception, qui n pourront faire la fortune de quelques fabricans, et o non former une grande branebe de travail pour un o peuple manufacturier. »
Voila pourquoi, tandis qu'en 1837 notre exportation
a clé de (i) 37,53g,8o8 fr.
cl qu'en i8a8 elle ne s'est élevée
qu'à -.16,927,189 fr.
l'exportation des Inities et tissus de laine faite par l'Angleterre s'est élevée à près de 1 34,000,000 fr. dans chacune de ces années, et a, par conséquent, encore été presque quintuple de la nôtre, nonobstant la multiplication des fabriques daus les autres états civilisés.
Comparons maintenant le produit des moulons dans
nous pouvons prétendre à rivaliser au -dehors avec celle-ci, tant que notre production en ce genre ne se sera pas accrue proportionnellement à la sienne; ou, pour mieux dire, tant que la nature do notretisol et de notre elimat nous forceront à produire plus chèrement qu'elle.
Selon M. Ternaux (a), nos troupeaux nous rapportent 29, jo l,ooo toisons, pesant en suint 03, 6q5, 000 kil., valant 1 i3,85o,ooo fr. , ce qui donnerait à cette estimation très-forcée de la quantité et surtout de la valeur actuelle de nos laines, pour prix moyen de chaque toison 3 fr. 86 c.
(1) Celle exportation Ml la plu» forle.cn lainage ipii jamais lii élé faite par la France, Lien que plusieurs de nna m a ou face u rien nient avancé - nua noua avoua antérieurement «porté de* laiuagea pour une tomme beaucoup plut forte. La eompiilsion des regittria de nos douane» peut servir à rectifier lent opinion à cet égard.
(1) Voyei lo Annal,, d» l'agriculture françaUea U» Observations litAugraphiéei à Paria en décembre 1838.
Report 3 fr. 86 c.
Nous consommons dans nos boucherie» moins de 6,060,000 (e) de bétes à laine;, produisant en viande et en peaux chaque année, à raison de 8 fr. par lé te , 48,000,000 de fiancs, qui, répartis sur les ■29,504,000, donnent pour chaque un produit par tête de '. . 1 fr. 63 c.
Total des produits vendus par tête . 5 fr. 49 c-
D'après MM. Ternaux et Ch. Dupin, Jn pris morcn de la nourriture et de l'entretien des moutons est dans la
France de 9 fr.* 5o c.
. Jleste en perle sur les. ventes, compensée par le seul prix des fumiers, par chaque lûte de mouton ,-j IV. 01 <:.
Remarquez que nos bétel à laine, beaucoup plus coilteusesà élever et bien moins productives que celles de l'Angleterre, mais pourtant indispensables à conserver, à cause de la chair, du suif et de la peau qu'elles nous donnent et des engrais qu'elles nous fournissent, vivent cinq ans , tandis que celles de l'Angleterre sont ordinairement tuc'es à trois, et que ce pays récolte par année 45,000,000 toisons, qui, se vendant 2,io,ooo,ooo f., donnent 5 fr. 58 c. par toison (2).
(1) Yuyei De l'industrie française , par H. la comte Cunpul, (1) Cens eHimUion de U valeur des toiions anglaises te rapportant à ifchl se Ironie aujourd'hui réduiie du prit d'un tiort par la baisse que le piiï des laines a subie , et l'an dernier In
a Été lu cause tîes ivct jn.iliom dci cullwaïaiira de « p»js.
Le mouton anglais vit dans des enclos et se relire sous des hangards, sans avoir les loups à redouter ; là, parcourant des prairies et des pacages abondans, presque sans frais de garde , de berger el du chiens, no s'engraissant pour l'ordinaire que sur des champs de navels ou dans les herbages, et ne consommant pas plus de fourrage sec que dans la France, ses frais d'entretien ne s'élèvent guère à plu» de 7 fr. par tète.
Tué à trois ans, chacun produit 3o kilogrammes de chair, à So cent, le kil. , ce qui donne par moulon abattu pour 24 fr. de produits en chair, plus pour 1 fr. 5o c. de peau, la chair étant beaucoup plus chère en Angleterre qu'en France , et les peaux y ayant un poids double de celles de nos moutons.
Voilà donc en chair et en peau pour a5 fr. 5r> c. de produit par mouton abattu, ou pour le tiers de celle somme, c'est-à-dire pour 8 fi*. 5o c. par mouton vivant. Joignez-y les 5 fr. 58 c. produits par les toisons, et vous aurez pour produit vendu des moutons anglais, 14 fr- 08 c. par tête (t) de troupeau , qui ne coule que 7 fr. de frais.
(l) M. le baron de Mortemart rapporte, page 3? de snn Traité des races ovines de l'Angleterre , que Us fermiers du Lincoln-
Ime iterliog et un ibiUlog par a. .née, pour celle mèmt race icuiiée avec cille de LW.I.y, don chaque bile leur donne ta
profil chaque année, ce qui porte le produit actuel Je la la. m el <U la -l.a.r de ce. aounau a 36 fr. ï5 c. par (été , au lieu d« .4 fr. 01 e. q,e sont lut attriboona Ici, .1 ™ ceriaiu a-ji.i que cei r-fca l,i-t- t „oduci,.«. cjnaunprmrK (.lu. que Iti peiuca racla du même paya.
Il restera ainsi, outre le produit en fumier noii compté, 7 fr. 08 c. de bénéfice par tète de troupeau , taudis que dans la France, ai le fumier était non compté, il y aurait 4 fr. de perte par téte, même en adoptant les estimations que M.Tcrnaux a établies, avec une grande exagération, du prûduil de nos troupeau* dans le moment présent.
Il résulte do ces calcula,
1°. Que les 45,000,000 moutons anglais rapportant net à l'Angleterre plus de 7 fr. par tête, rendent ù son agriculture 3i5,ooo,ooo fr. de produit net , leur fumier non compté (1), tandis que, les 3o, 000, 000 moutons français que M. Tcrnaui nous accorde nous coûtant, selon lui-même, 4 fr* par téte, occasionnent à noire agriculture une dépense annuel le de 1 ao,ooo,ooofr. Cette dépense est couverte seulement par la valeur des fumiers, et elle irait sans cesse en s'accroissant , si on diminuait la taille des moutons pour augmenter la superfinesse de leur laine, dont la valeur, déjà tombée de moitié dans les plus belles qualités, se réduirait rapidement , pour cp* qualité* mêmes , au niveau de la valeur des laines ordinaires, l'usage de celleci étant et devant rester toujours beaucoup plus étendu.
rien, l'agriculture anglaise gagnerait encore, sur la choir de ses moutons seulement, 67,500,000 franc»
(1) Ce bénéBce promit par les moulons niiglaus so trouve aujourd'hui réduit, p 9r Ubaîiie du prix dei lainei, a environ 5 fr.
cjmple , ce qui donne encore n/^,bo<3/>oa franc* pour prodoit toi.l «met.
par année a la production Je ses races de grande [aille, sans les considérer comme machines à fumier, tandis que dans l'élat actuel des clioses il faudrait que l'agriculture française vendit ses laines iao,o»o,ooo f.
de plus qu
3 M. Ternaux i
e les estime pour qu'elle ne
s qu'elle ne considérât ses
e à fumier, supposition dont
dém.
ntré les
'unestes conséquences ;
3°. Que
la lai
u anglai
lions ci-dei
e veuda
en iSaa moins de i franc
go c. le k
l. en
t dont la valeur actuelle est
d'un tiers
[a-deaj
ous de'ce
prix, serait encore produite
utilement
pour
tour anglais , quand même
il vendrai
beaucoup mo
ns aux fabriques britanui-
ques, tandis que la laine française, qui , avant i8a3 , ne se vendait guère plus cher que la laine anglaise , quoiqu'elle fût beaucoup plus Cne , devrait être plus que doublée du prix où elle est tombée aujourd'hui, si nous ne grossissions pas nos races de moutons, pour que nos agriculteurs pussent la produire avec bénéfice. Le seul moyen de nous conserver la production des moutons est donc de nous garder, par de très-gros droits a l'entrée , de la concurrence des laines et des moutons étrangers.
En faut-il plus pour nous démontrer :
i". L'absurdité des prétentions de ceux qui voudraient que notre commerce de lainage luttât au dehors contre le commerce de lainage des Anglais, pour les tissus communs, que partout on fabrique à meilleur marché que nous.
a". L'impossibilité où sont nos agriculteurs de produire leurs laine» à un prix approchant de celui où
où leur valeur vénale a aussi été diminuée.
3". La fausseté du système du ceui qui tenteraient de -nous l'aire diminuer notre production en chair, on suif et en peaux, en nous faisant rapetisser nos races pour obtenir des laines plus belles, mais moins pesantes, dont la valeur baisserait rapidement en raison de leur multiplication (i).
4". La nécessite pour nos agriculteurs et pour nos négociai» eux-mêmes de grossir uos races ovines, de multiplier nos troupeaux, et de favoriser assez l'élève des moutons pour nous mettre dans la possibilité de les tuer à deux ou trois ans , comme le font les Anglais , au lieu de les tuer à cinq ou à six , ainsi que. nous le faisons aujourd'hui.
5°. L'urgence de repousser les prétentions singulières et Irèa-erronécs de ceux qui voudraient nous faire considérer nos moutons comme de simples machines à fumier, en oubliant que dans un pays où le sol exige beau i coup d'engrais pour produire des céréales, colles - c" devieudraieutd'aulautplus rares et d'autant plus chères que les machines à fumier seraient moins abondantes et moins économiques.
Ces conclusions dérivent toutes immédiatement de
(\)VayKt Notice sur l'amélioration des troupeaux lie moulons,
■par M. Ternau*. PbiLb, 1H17 Observations des propriétaires lia
troupeau de Haï. Mari, 1818.— De la baisse dts laines , par M. Mall.t. Annales Je l.i Société du idtncca d'Orlcan», lame IX, et OLicrratains litlwgraphiées , Vnris , dàcmLre 1818.
la comparaison de ta situation des Anglais avec la nôtre, relativement à la production des moulons, de» laines et des tissus. Elles dérivent aussi de» progrès de l'industrie agricole el manufacturière à l'étranger, progrès que les regrels peu génêrcui de quelques
d'jiili, où, pour !c bonheur du monde, l'instruction a envahi tes peuples comme elle a envahi les familles françaises , eu dépit des partisans des vieuï préjugé» que la raison a détruits pour toujours.